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Les Femmes veuves en Haïti : entre histoire, mémoire et déboire !

Les Femmes veuves en Haïti : entre histoire, mémoire et déboire !



Dans ce contexte de pandémie de Covid-19, des milliers de familles se voient obligés de porter le deuil pour un parent, et des femmes qui perdent leurs maris vont devenir veuves. Une situation souvent imprévisible, qui ne laisse pas toujours le temps de rédiger les testaments entre les conjoints. Et si l’on tournait les projecteurs sur les femmes veuves en Haïti, le 23 juin 2020, pour marquer cette journée internationale dédiée à ces femmes invisibles, ces héritières pas toujours heureuses, victimes de tous les maux dans une société souvent insensible à leurs sorts ou leurs cris.

Dans plusieurs cas : « L’expérience de pandémies précédentes comme, par exemple, le VIH/Sida ou Ebola montre que des veuves se voient souvent refuser leurs droits de succession, se voient confisquer leurs biens après la mort de leur conjoint et peuvent faire face à une stigmatisation et à des actes de discrimination sans précédent, car elles sont taxées d’être, à leur tour, « porteuses » de la maladie.

Des femmes veuves, qui méritent pourtant de la consolation des proches comme de l'assistance sociale pour pouvoir traverser ces épreuves et faire le deuil de poto-mitan respectif dans leurs foyers, devenu absents et souvent rattrapé par d’autres remplaçants pas toujours à la hauteur. D’autres maris parfois se convertir en fantômes pour continuer à occuper l’espace physique de la maison ou le cœur de leurs amours à l’horizon, quand ces dernières ne portent pas de sous-vêtements de couleur rouge en dehors de certains rituels.

Dans chaque famille en Haïti, elles sont souvent nombreuses ces femmes à qui nous devons des hommages, quand ce n’est pas l’inverse, ou des maris qui deviennent veufs. Elles ont certainement des histoires inconnues ou inédites à raconter autour du vécu intime, de l’héritage collectif et des expériences partagées, avec leurs défunts partenaires, époux et maris, entre des soupirs, des sourires et des souvenirs.

Derrière la mort de chaque homme mature et surtout des pères de familles, se trouvent dans la majorité des cas, des enfants orphelins, mais également des mères devenues veuves. Si ces maris qui meurent des suites de maladies incurables ou de vieillesse laissent des douleurs moins amers, ceux qui sont assassinés, tués lors des catastrophes humaines et naturelles, dans des accidents et qui sont portés disparus laissent pratiquement une double douleur et des cicatrices difficiles à effacer dans le cœur et le corps, l’esprit et l’âme de ces veuves.

De toutes les veuves haïtiennes (officielles et célèbres, inconnues, marginales et oubliées) dans l’histoire d’Haïti, figurent les noms de Marie Claire Heureuse Bonheur Félicité Dessalines, la première dame et impératrice d’Haïti, qui allait connaitre une triste fin depuis l’assassinat de son mari, Jean-Jacques Dessalines, le 17 octobre 1806 au Pont-Rouge. Arrive ensuite le nom de la dame Marie Madeleine (Joute) Lachenais, qui s’était marié au président Alexandre Pétion, devenue veuve de ce dernier, elle allait épouser le successeur de son feu mari, le nouveau président Jean-Pierre Boyer, sans pour autant devenir sa veuve, puisqu’elle est morte à la Jamaïque le 22 juillet 1843, tandis que son deuxième mari président, Boyer, est mort de son exil à Paris le 9 juillet 1850.

Depuis, de nombreux chefs d'État haïtien, en passant par le roi Henry Christophe, qui s’était suicidé le 8 octobre 1820. Tandis que la reine déchue et veuve allait mourir 31 ans après son mari, en mars 1851. Que s'est-il passé dans la vie de cette veuve durant toute cette période durant son exil en Italie ? Comment a-t-elle porté le poids ou la croix de son défunt et puissant mari ?

Des veuves pleurent et pleuvent durant toute l'évolution de l’histoire d’Haïti. Rares sont les anciens chefs d'État haïtiens, qui ont été cité, en tant que veufs en dehors de l’ancien président et général Paul Eugène Magloire devenu veuf, dont l’épouse, Yolette Leconte, a rendu l’âme avant lui en 1981. Ce qui laisse croire, que dans la majorité des cas, ce sont les femmes dans leur statut d’épouse ou de maîtresse, qui viennent se recueillir devant le cercueil ou l’autel de leurs feux maris hommes politiques.

Difficile de retracer les parcours ou le devenir de Wilmina Delacourse, veuve du président Sylvain Salnave, qui fut condamné à mort et tué le 15 janvier 1870. Quarante-cinq ans après, ce fut le tour du président Vilbrun Guillaume Sam, qui allait être exécuté le 28 juillet 1915. Derrière le chaos et l’occupation américaine qui allaient suivirent en Haïti, on avait perdu totalement de vue le nom de Lucie Parisien, la veuve du président déchu.

Duvalier, de père en fils (François et Jean-Claude), voilà un régime politique qui aura laissé beaucoup de femmes veuves dans l’histoire d’Haïti. Qui sont ces familles et surtout ces femmes qui ont vu mourir ou partir sans retour leurs tendres maris ? Combien sont-elles et que sont devenues ces veuves des années ? Comment les veuves Simone Ovide/François Duvalier et Véronique Roy/Jean-Claude Duvalier ont-elles respectivement fait le deuil de la mort de leurs maris respectifs à leur tour ?

Depuis 1986 jusqu'à nos jours, la machine à fabriquer des veuves continue d’alimenter la société haïtienne en orphelin. Avec les femmes des policiers en première ligne, suivies des épouses et maîtresses des chauffeurs de taxis-motos qui périssent entre les accidents et les crimes.

Des femmes veuves des martyrs, des leaders, des combattants, des militaires, des militants, des vedettes, et des entrepreneurs assassinées ou qui se sont suicidées s’ajoutent également dans cette liste. Comme un appel pour saluer la mémoire ou pour rendre hommage aux veuves de ces maris, dont les noms suivront: Charlemagne Péralte, Charlo Jacquelin père, Sylvio C. Claude, Vladjimy Lagagneur, etc.

Deux statuts non loin ou en face de la façade principale de l’église du Sacré-Cœur de Turgeau à Port-au-Prince permettent de rappeler l’histoire et la mémoire des deux frères : Georges et Antoine Ismery assassinés, dans le voisinage de ce mémorial.
Des veuves d’origine haïtienne et des autres nationalités se sont également ajoutées dans la liste de ces femmes héritières de grandes personnalités politiques, des notables et des célébrités masculines, qui ont marqué l’histoire de ce pays.

Dans le naufrage du bateau Titanic dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, on retient souvent le nom du seul noir qui était à bord, qui était un Haïtien, mais qui a disparu et dont on a jamais retrouvé le corps, sans oublier que ce dernier était accompagné des autres membres de sa famille, dont ses filles et sa femme Juliette (une Française), enceinte d'un petit garçon pendant le voyage. Juliette sa veuve, allait donner ensuite le prénom Joseph au garçon, en souvenir de son père Joseph Laroche.

Des veuves célèbres, ou tristement célèbres, quand elles ne sont pas des survivantes d'un accident, d'une catastrophe ou épargnées de l’assassinat de leurs maris. Dans cette catégorie, le nom de Michèle Montas, la veuve du journaliste et propriétaire de média, Jean Léopold Dominique arrive en tête. On mentionnera également les noms des autres propriétaires de médias qui ont aussi laissé des veuves, comme : Félix Lamy (Radio Galaxie) ou Jean Verdy Bastien (Radio Céleste FM).

Dans l’histoire d’Haïti contemporaine, c’est à madame Élisabeth Débrosse Délatour Préval que revient la palme de la plus célèbre des veuves à la fois qualitative et quantitative. Veuve de son mari Lesly Délatour, ancien gouverneur de la banque de la République d’Haïti, décédé en , elle allait à nouveau porter le deuil de son mari, l’ancien président René Préval le 3 mars 2017.

D’autres veuves continuent de dominer l’actualité à travers des prises de position, des discours, des écrits ou d’autres formes de communications publiques, particulièrement l’ancienne première dame, Mirlande Manigat, Suzie Castor, Marie-Yolène Bazin veuve de Marc L. Bazin, parmi toutes les autres veuves d’anciens chefs d’État, de Premiers ministres, de ministres, de diplomates, et d’autres grands commis de l’État.

Du haut de son centenaire, madame Odette Roy Fombrun, figure parmi les plus anciennes veuves. D’autres célèbres comme Geneviève Dominique Auguste, veuve de feu Ralph Auguste ; Rachelle Charlier Doucet veuve du Dr. Patrick Doucet ; Murielle Wiener Gardère, la veuve de Thiery Gardère de Rhum Barbancourt ; Joëlle Benoit ancienne femme de Billy Lauture ; Jessie Menos Labrousse, veuve de l'ancien ministre Robert Labrousse ; Nicole Malebranche Fombrun veuve de Gérard Fombrun fondateur de Moulin sur Mer, s’ajoutent dans cette liste.

Dans les sphères artistiques et culturelles en Haïti et dans la diaspora, la voix de Mireille Pérodin Jérôme, veuve de l’artiste peintre Jean-René Jérôme, et de Yole Dérose continue de faire rayonner l’héritage d’Ansy Dérose son feu mari. Magali Comeau Denis veuve d’Hervé Denis, qui fut nommé Premier ministre allait devenir à son tour ministre de la Culture et de la Communication. Entre le silence, la distance et l’oubli, on ne manquera pas de saluer les veuves des plus célèbres artistes contemporains comme : Theodore Beaubrun, Dieudonné Cédor, Jean-Claude Garoute dit Tiga, Rolph Sambale, Azor, Eric Charles, Georges Castera,
Déplacement forcé de certaines familles, ou principalement des veuves, contraintes soit de laisser la résidence familiale, le quartier, la ville ou même le pays, afin de faire le deuil de leurs maris respectifs. Dans beaucoup de cas, elles changent de noms, perdent des avantages et des privilèges suivant leurs statuts d’épouses ou d’héritières, suivant des circonstances économiques, des raisons politiques, et parfois même des menaces qui pourraient atteindre leur sécurité morale, physique et mentale, quand elles ne sont pas la cible des bourreaux de leurs défunts époux.

Derrière chaque grand homme dit-on, il existe souvent une ou plusieurs femmes (avec leurs rangs, grades et statuts respectifs). A la mort des maris anonymes ou célèbres, des veuves en deuil ou même des fois en fête ou en quête, vont choisir (avant, pendant ou après) les funérailles de rester fidèle à ce défunt, en restant sans un locataire dans leur cœur, ou d’avoir un partenaire, pour garder en vie et à vif leurs nerfs, (ce qui est de leur plein droit légitime) jusqu'à remplacer définitivement ce mari disparu de façon informelle, formelle ou officielle.

Des données jusqu'ici limitées laissent croire qu’il existe environ 258 millions de veuves dans le monde, avec une sur dix qui vit dans la pauvreté, selon l’ONU. « A l'échelle mondiale, les femmes ont moins de chance d’avoir accès à des pensions de vieillesse par rapport aux hommes, de sorte que le décès d’un conjoint peut entraîner le dénuement des femmes âgées. », toujours selon la publication onusienne disponible sur le lien suivant : https://www.un.org/fr/observances/widows-day

Découvrir prochainement au musée des Femmes d’Haïti, l’histoire et l’évolution, les souffrances et la survie des femmes veuves dans l’histoire d’Haïti. Un bel hommage qui permettra à la société d’honorer la mémoire de certaines, mais surtout de consoler ces femmes courageuses qui portent une double vie et le deuil impossible, parfois dans la chair, dans l’esprit et dans l’âme de ces hommes inoubliables.

Dictionnaire des veuves célèbres d’Haïti, voici le grand défi que je lance à mes pairs en posant cette première pierre dans la littérature haïtienne. À travers cette publication qui s’inscrit comme une hymne aux femmes veuves en Haïti, je vais tenter de répertorier quelques-uns des noms de ces femmes souvent oubliées dans l’histoire et la mémoire collective au lendemain des funérailles ou après la disparition de leurs maris célèbres ou anonymes.

Dix ans après le séisme du 12 janvier 2010, quelques mois après la propagation de la pandémie de Covid-19, à combien se chiffre le nombre de familles victimes ? Combien compte-t-on de veuves dans les familles haïtiennes ? Quelles sont celles qui ont pu se refaire une vie et comment ? Quelles sont les autres veuves, comme les anciennes épouses et compagnes des policiers disparus qui attendent de l'État un soutien et une assistance consistante ? Quelles sont les veuves les plus connues comme les plus oubliées dans l'espace haïtien ? Quelle éducation pour les filles et les enfants orphelins et des programmes d'assistance pour ces femmes veuves ?
Dans l'objectif d'améliorer la situation des veuves dans le monde entier, afin de porter l’attention de la communauté internationale sur la marginalisation des veuves et ses enjeux, l’Assemblée générale des Nations-Unies avait proclamé le 23 juin, la journée internationale des veuves, à travers l’adoption de sa résolution votée le 21 décembre 2010.

Dominique Domerçant





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