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La brume de sable de cette semaine : un cadeau empoisonné qui nous arrive du Sahara

La brume de sable de cette semaine : un cadeau empoisonné qui nous arrive du Sahara



La brume de sable qui balaie Haïti depuis le début de la semaine bat son plein ce mardi 23 juin et ce mercredi 24 juin 2020. Plus d’un Haïtien a affiché son profond étonnement de voir une couleur très sombre avec un petit fond rougeâtre qui affecte les basses couches de l’atmosphère et tout à fait différente de ce qui est observé d’habitude. En cause, un épais manteau de sable qui gêne la visibilité et qui change complètement la couleur du ciel. Le phénomène était annoncé depuis mercredi 17 juin et avait affecté profondément les Petites Antilles depuis le 19 juin au point de déclencher l’alerte rouge en Martinique depuis cette date, il s’agit d’une couche de particules très fines qui suit une tempête de poussière se produisant dans le désert du Sahara. Ce phénomène qui s’observe généralement à la fin de la saison sèche - entre avril et juin - dans la zone intertropicale de l’hémisphère nord est récurrent en Amérique centrale, dans le Golfe du Mexique et même le sud-est des États-Unis et au Mexique. En général, il dure de deux à trois jours par an dans la zone à chaque passage, mais on peut enregistrer plusieurs séquences au cours de l’année. Cependant, cette année comme en 2017, elle est partie pour tenir au moins une semaine, puisqu’elle a commencé le vendredi 19 juin dans la partie orientale de l’arc antillais et devrait se manifester au moins en deux séquences successives en cette troisième semaine de juin, sans doute au-delà du prochain week-end. En effet, selon les prévisions des météorologues, un arrêt ou une pause devrait se produire le mercredi 24 juin, suivi d’une reprise ou du passage d’une autre brume de sable dès le prochain week-end, qui pourrait poursuivre sa course vers le nord-ouest jusqu’au sud des États-Unis..

1. Le phénomène de brume de sable

1.1 D’où vient le nom de brume de sable ?

Le terme brume de sable comprend deux mots. D’abord, celui de brume qui indique une légère diminution de la visibilité dans les basses couches de l’atmosphère. On parle de brume quand la visibilité est comprise entre 1 et 5 kilomètres, elle correspond au mot créole « labrim » qui est familier aux individus âgés ou vivant dans les campagnes. Si la réduction de la visibilité est plus forte, avec une visibilité inférieure à 1 kilomètre, on parle alors de brouillard.

L’autre composante est le mot sable, qui correspond à de petits grains issus de la décomposition des roches que l’on trouve en surface, mais les géologues considèrent que la taille d’un grain de sable ne doit pas dépasser 2 millimètres de diamètre.

Cependant, le terme de brume de sable est impropre, parce qu’il s’agit de particules très fines en suspension dans l’air et dont la taille est définie en microgrammes, le microgramme valant 0, 001 milligramme.

En conséquence, il serait plus juste de parler plutôt de brume de poussière.

Certains auteurs parlent plus rarement de vents de sable, de nuages de sable et parfois aussi de brume sèche.
1.2 D’où vient ce sable ou cette poussière ?

Le point de départ de ce phénomène est le désert du Sahara, où la surface est essentiellement recouverte de sable. Dans cette zone, si la vitesse et la force du vent local - que l’on appelle harmattan en Afrique - sont suffisamment élevées, les grains de sable et les poussières sont détachés du sol ou des dunes du désert et soulevés à une certaine altitude. D’abord, les grains de sable proprement dits ne vont pas tarder à retomber tandis que les éléments les plus fins restent en suspension dans l’air. Puis, un vent puissant en altitude va transporter ces particules sur plus de 8 000 kilomètres à travers l’Atlantique, à une altitude qui peut monter jusqu’à 6 ou 7 km. Au terme du voyage, ces particules qui vont constituer un nuage continu que l’on appelle aussi nuage de sable vont retomber plusieurs kilomètres plus loin dans la Caraïbe, en Amérique Centrale, au sud des États-Unis et même au nord de l’Amérique du Sud.

Ces brumes de sable qui se déplacent à une vitesse de 20 à 25 km/h suivent une trajectoire est-ouest, rencontrant généralement en premier les Petites Antilles, puis les Grandes Antilles avant d’aborder la partie continentale de l’Amérique, entre les États-Unis et le Brésil.

Plus au sud, dans le continent africain, ces brumes de sable sévissent plusieurs mois, de janvier à avril, voire le mois de mai, dans tous les pays d’Afrique occidentale, pouvant même faire de courtes incursions dans certains pays d’Afrique centrale comme le Gabon et le Cameroun.

2. La fréquence des brumes de sable dans la zone caraïbe.

En Haïti, plus d’un pense que c’est pour la première fois que l’on observe ce phénomène de brume de sable. Il n’en est rien. C’est simplement une question d’intensité cette fois-ci. Si l’on consulte les articles météorologiques publiés sur Internet, on constate que c’est un phénomène régulièrement observé dans la zone au point que plusieurs études sont de plus en plus en publiées à son sujet entre autres par les Américains, les Portoricains, les Martiniquais et les Guadeloupéens.

Les brumes de sable sont réputées pour se produire surtout entre mai et novembre. Cependant, on en observe de temps en temps dès le mois de janvier en Martinique comme il en fut le 30 janvier de cette année. On les signale aussi parfois en février ou mars. On estime que ce phénomène s’étend sur 124 jours en moyenne par an en Martinique et sans doute autant en Guadeloupe.

Certaines séquences dans la zone des Petites Antilles durent parfois jusqu’à neuf jours comme il a été observé en 2017 à la Martinique.

3. Les effets des brumes de sable

Les effets des brumes de sable sont nombreux, concernant le climat et la santé des humains.

3.1 Les effets sur le climat

Quand se produisent ces brumes de sable, la chaleur augmente dans les basses couches de l’atmosphère, la couche nuageuse au-dessus fonctionnant comme un couvercle réduisant la circulation de l’air au niveau du sol, provoquant une sensation d’étouffement, beaucoup de transpiration et favorisant de surcroît la pollution au niveau du sol.

Pendant le passage des brumes de sable, on observe une stabilité de l’air dans les basses couches, accompagnée de pressions relativement élevées qui empêchent la survenue de pluies.

Certains scientifiques pensent aussi que la surface des mers se réchauffe moins lors du passage des brumes de sable, car en circulant sur l'Atlantique, les masses de poussières véhiculées par ce phénomène réduisent la température de la surface de l'océan. Or, on sait que cette eau chaude est l'un des facteurs entraînant la formation et le développement de cyclones...

Parallèlement, plusieurs experts expliquent que le phosphore contenu dans les brumes de sable est un véritable fertilisant pour les zones où les particules retombent, générant ainsi la formation de nouveaux sols dans les îles caribéennes.
3.2 Les effets des brumes de sable sur la santé des humains

Au fur et à mesure que retombent les particules, elles s’accompagnent d’une multitude de débris de métaux lourds, en plus de bacilles, de virus, de pollen, de l’arsenic, de carbone, de pesticides, de matières fécales, de sels, des cendres volcaniques, des cendres de cheminées, que sais-je encore !

La couleur rougeâtre de ces brumes de sable s’explique par la prédominance d’éléments ferreux.

Ce qui est particulièrement dangereux, c’est quand la concentration des éléments polluants augmente. Au-delà d’une concentration de 80 microgrammes par mètre cube, on considère qu’il faut déclencher le niveau d’alerte. On avait annoncé que pour Haïti la concentration ne devait pas dépasser 17 microgrammes par mètre cube d’air, mais, il a été indiqué dans la journée du 23 juin qu’on avait atteint le seuil de 90 microgrammes par mètre cube. C’était pire dans le cas de Martinique et de la Guadeloupe, qui étaient placées en alerte rouge depuis la fin de la semaine écoulée, la situation y étant jugée critique avec 250 microgrammes par mètre cube à Basse-Terre (Guadeloupe) le lundi 22 juin. La mauvaise qualité de l’air dans ces iles était jugée exécrable, puisqu’elle avait atteint le maximum sur une échelle allant de 1 à 10.

Inutile de souligner les conséquences de ce phénomène sur la santé des populations en particulier pour les enfants, les femmes enceintes, les plus de 65 ans, les personnes asthmatiques, les insuffisants cardiaques et les individus souffrant de pathologies respiratoires et cardiovasculaires.

Globalement, il est recommandé à tous d’effectuer moins de sorties dans les cas de fortes concentrations de particules fines, c’est-à-dire au-delà de 80 microgrammes par mètre cube.

En conséquence, des mesures de protection sont recommandées ou imposées aux populations dans certaines îles de la Caraïbe comme en Martinique et en Guadeloupe. Par exemple, la pratique du voiturage, l’utilisation des transports en commun et les modes de déplacement doux (marche, vélo). Parallèlement, les activités sportives sont interdites au sein de l’ensemble des établissements scolaires et des autres structures d’accueil de mineurs ou d’enfants pendant toute la durée de l’évènement. De même, il est conseillé de limiter les activités physiques et sportives intenses autant en plein air qu’à l’intérieur.
Conclusion

On peut considérer que l’intensité de la brume sable actuelle a contribué à sensibiliser les Haïtiens à ce phénomène qui est courant dans la zone Caraïbe/Amérique centrale. Ils ont presque tous été étonnés surtout la journée du mardi 23 juin par la forte réduction de la visibilité ainsi que de l’importance de la couche nuageuse et de la chaleur difficile à supporter qui continue de sévir nuit et nuit depuis le début de la semaine. D’abord, les réseaux sociaux ont été mobilisés en la circonstance par la Protection civile ainsi que par diverses autres organisations. Les Haïtiens doivent désormais se familiariser avec ce phénomène qui fait partie de l’écosystème caribéen et aussi adopter les comportements adaptés à la sauvegarde de leur santé face à ce cadeau empoisonné qui vient d’un continent lointain. D’ailleurs, les Africains de l’Ouest considèrent que la brume de sable - qu’ils appellent brume sèche ou harmattan - qui dure des mois chaque année est pour eux un mauvais cadeau de la nature.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




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