S'identifier Contact Avis
 
27° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Premières retombées du Covid-19 en Haïti : La révolution du pain ou Pandémie dans la pandémie

Premières retombées du Covid-19 en Haïti : La révolution du pain ou Pandémie dans la pandémie



Si dans tous les pays, les effets de la pandémie du Covid-19 ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté et dans la famine en ce premier semestre de l’année 2020, la situation d’Haïti s’avère être parmi les plus préoccupantes dans le monde actuel.

En effet, plus d’un avait déjà souligné une amorce de crise humanitaire depuis deux ans -comme le PAM et la CNSA- , après les évènements des 6 et 7 juillet 2018, suivi des épisodes de « pays lock » en 2019. Le nombre de personnes en insécurité alimentaire prévues pour le premier trimestre de l’année 2020 était estimé à 4,1 millions. Mais, avec l’aggravation brusque de la situation générale du pays, ce cap est sans doute dépassé et l’on voit même de plus en plus dans les rues des signes patents de cette détérioration du contexte alimentaire. Non seulement, on arrive à lire sur les visages de plusieurs personnes les traces d’une détresse ou d’un stress d’origine nutritionnelle, mais également, le niveau de la mendicité a sérieusement augmenté et la présence accrue des vendeurs et de vendeuses d’aliments préparés a fortement diminué. On constate au contraire une offre de plus en plus importante de pain le long des principaux axes routiers dans les quartiers de la capitale. Ce qui doit être interprété comme le signe de changements de régime alimentaire que nous appelons « révolution du pain ».

L’objectif du texte qui suit est d’essayer d’expliquer cette sorte d’engouement pour le pain qui a été pendant longtemps un support pour le petit déjeuner ou un casse-croute qui entrait dans la composition de hot dog.

1. Les facteurs de cette brusque invasion du pain dans les rues

Le Président de la République avait très tôt prévu, lors de son adresse à la nation le lundi 27 avril 2020, la famine qui, selon lui, devait se situer dans le sillage de la pandémie. Le Premier ministre Joseph Jouthe avait également annoncé peu de temps après que la faim allait frapper le pays en raison des mesures et restrictions liées au nouveau coronavirus. En somme, quelles en sont les raisons ?

1.1. La diminution des entrées de devises et la chute des activités dans le pays

Plusieurs facteurs entrent en compte dans l’aggravation de la situation alimentaire dans le pays.

D’abord, les envois de la diaspora, qui se situent en temps normal autour de 250 millions de dollars, qui ont dû baisser sensiblement en raison de la chute des activités dans les pays émetteurs, États-Unis principalement et dont l’une des premières conséquences est la dégringolade de la gourde en raison de la diminution des entrées de devises. On est passé entre fin mars et juin 2020 de 100 gourdes pour un dollar à presque 112 gourdes pour un dollar au début juillet. Du coup, l’inflation est transférée aux dépens des plus pauvres sur les prix des différents produits, en particulier les produits de première nécessité.

Par ailleurs, sur le plan domestique, les mesures gouvernementales et les restrictions des activités en lien avec l’état d’urgence proclamé le 19 mars ont eu pour conséquences immédiates de réduire le niveau des activités dans le pays dans tous les secteurs d’activités économiques, sociales et culturelles dans le pays. L’une des premières victimes de cette crise sanitaire est le secteur de la sous-traitance dont on sait qu’il est le plus grand employeur formel du secteur privé, avec 55 000 emplois directs et qui compte pour 90% des exportations totales du pays. Selon les dernières estimations, ce secteur aurait perdu presque 36% de ses emplois en trois mois, soit 20 000.

De nombreuses entreprises tant industrielles que commerciales, hôtelières et autres ont été également impactées par la réduction des activités et cela d’autant plus qu’elles avaient été sévèrement impactées auparavant par les turbulences politiques de 2018 et 2019. Certaines ont dû disparaitre définitivement en raison de ces multiples chocs. Donc, tant pour leurs propriétaires que pour les employés en proie au chômage.

Le secteur informel est sans doute le secteur le plus touché par les épisodes de réduction des activités depuis l’année 2018, avec pour conséquence l’aggravation des conditions de vie des populations qui en dépendent.

1.2 Les autres facteurs de l’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire dans le pays

D’abord, la fermeture de la frontière haïtiano-dominicaine depuis la troisième semaine de mars, qui a pour effet non seulement d’impacter les échanges entre les deux pays, mais également de réduire l’offre de produits de première nécessité, la République dominicaine suppléant traditionnellement au déficit de produits alimentaires essentiels en Haïti comme la banane plantain, les fruits et les légumes ainsi que des produits agro-alimentaires.

Ajouter à ce tableau, les effets de la longue sècheresse saisonnière en cours qui fait que l’eau manque partout et qui a contribué à la chute de l’offre locale de produits alimentaires que la population a l’habitude de consommer.

Au total, tous ces facteurs constituent un matelas d’éléments aggravants de la pauvreté des ménages et de l’insécurité alimentaire dans le pays.

2. La révolution du pain dans les rues de Port-au-Prince

L’aggravation de la pauvreté en lien avec l’inflation généralisée explique le changement de régime alimentaire qui se dessine dans le pays.

C’est pendant le « confinement » que la plupart des gens qui se trouvaient désargentés, ont pris l’habitude de consommer le pain comme aliment essentiel pour tromper leur faim.

Si jusqu’à mars, il était monnaie courante de voir plein de gens dans les rues s’acheter un plat chaud, on a brusquement constaté une raréfaction des plateaux-repas. Quand on interroge les gens, ou que ce soit, leur réponse est que cela est imputable à la baisse du pouvoir d’achat des uns et des autres. En effet, la difficulté de se procurer un plateau-repas pousse plus d’un à se contenter de pain que l’on consomme avec du beurre d’arachide ou simplement avec de l’eau sucrée.

Tout cela, parce que parallèlement le coût du panier de la ménagère, comme le consacre le vocabulaire de l’Institut Haïtien de Statistique, aurait explosé au cours des trois derniers mois. Tous les prix des produits de première nécessité ont explosé au cours des trois derniers mois, depuis celui du riz dont la petite marmite serait passée de 60 à 75 gourdes jusqu’à celui du charbon. Il faut maintenant 75 gourdes pour la grande marmite de charbon contre 50 à 60 gourdes avant la pandémie. Pour les haricots noirs, la petite marmite qui coûtait 80 gourdes avant la pandémie est passée à 125 gourdes maintenant.

Conclusion

On a constaté un brusque changement des habitudes alimentaires pendant la période où le coronavirus a sévi en Haïti. D’abord, bloqués chez eux en mars et partiellement en avril 2020, de nombreux ménages ont dû se contenter de consommer du pain. Et l’habitude s’est installée, qui sera peut-être irréversible de ne recourir qu’à cet aliment, mais pour cause d’impossibilité de se procurer des plateaux-repas devenus trop chers pour la plus grande majorité des populations. La question se pose de savoir combien durera cette « révolution du pain » qui est, selon nous, une véritable « pandémie dans la pandémie » et qui aura des conséquences néfastes sur la santé nutritionnelle des Haïtiens.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




Articles connexes


Afficher plus [3905]