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Vodou au féminin : la manbo Dilia Rémolien passe de la PNH au péristyle

Vodou au féminin : la manbo Dilia Rémolien passe de la PNH au péristyle



Dilia Remolien est une ancienne policière devenue prêtresse du Vodou avec le grade de « Manbo ». Elle célèbre le 1er mai, le 2 novembre et le 17 décembre depuis plusieurs années, les principaux esprits ancestraux comme « Zaka » et « Mèt Kalfou », qui dominent l’égrégore de son temple situé dans les hauteurs de la capitale, à Fermathe. La manbo travaille dans son cabinet personnel, tout en rappelant à qui veut l’entendre que : « Dans le Vodou, toutes les activités sont des actes de foi » et « Qu’elle décide qui elle doit servir, sur la base d’un ensemble de principes et de valeurs ».


Dans une sorte de radiographie du secteur Vodou, cette prêtresse confie sa vision en ces termes : « Le Vodou est trop fermé. On doit élargir le cadre pour mieux organiser le secteur, sur la base de recensement indispensable, pour une meilleure structuration des activités des acteurs ».

Du haut de son trône de « Manbo Asongwe », Dilia Rémolien déplore l’absence d’harmonie dans le Vodou, cette religion et tradition, trop traversée par des déchirements et des divisions. Elle encourage vivement des actions au niveau de l’éducation et de la formation continue des membres de tous les groupes, assurant la transmission des valeurs ancestrales et principes de vivre ensemble à travers les Lwa.

Désolée, je ne travaille pas pour les personnes qui se livrent à des activités douteuses, précise la manbo Dilia Rémolien, qui tient à souligner dans une approche à la fois moralisante et karmique : « Qu’il y a des commandes ou des services rendus dans le Vodou, qui vont revenir sur le hougan. Ce dernier sera tôt ou tard la prochaine victime, en raison de la mauvaise énergie dégagée juste pour quelques sous. », a laissé entendre cette femme mystique.

Dénonçant indirectement certaines pratiques, la manbo Dilia souligne : « Une personne vient vous demander de lui octroyer des esprits de protection contre les balles, doit justifier ses véritables objectifs et intensions, et surtout ses activités. S’il n’est pas un hors la loi qui vient chercher la protection des lwa pour perpétrer des activités illégales et le banditisme dans les rues et les villes du pays ».

D’ailleurs elle tente de nous rassurer en disant : « Qu’elle ne fourni pas ses services mystiques aux gens qui veulent tuer un adversaire, un ennemi ou une autre personne, et ne travaille pas également pour des personnes qui veulent diviser ou séparer les couples d’amoureux. »


De 1995 à 2009, Dilia Rémolien agent de la septième promotion, a pratiquement passé 14 ans dans les rangs de la Police nationale d’Haïti (PNH), avant de se tourner définitivement vers le Vodou, comme principale profession, passion et passe-temps en tant que « manbo ». Elle intervient également dans les pratiques à la fois socioculturelles et cultuelles.

Dilia Rémolien est née le 22 mai 1969, dans la capitale haïtienne, depuis plusieurs générations le pouvoir des esprits Vodou est transmis entre les membres de sa famille originaire du département du Sud’Est, plus précisément dans la ville de Bainet, non loin de la zone de « Carrefour 17 ». De son grand-père à son père, c’est elle qui porte désormais le flambeau. Elle est mère d’un garçon. Depuis son enfance, son père s’était déjà initié dans le Vodou comme « Hougan ». Dès l’âge de neuf ans, la fillette commençait déjà à présenter des comportements qui confirmaient qu’elle avait été choisie par les esprits ancestraux. Peu de temps après, elle allait pratiquer des séances de guérison pour des membres de sa famille, à travers des rituels Vodou et des recettes de la médecine traditionnelle.

Durant l’année 2005, Dilia passe de son statut de « Manbo domestique » ou « Manbo Makout », pour s’initier de manière plus profonde dans le Vodou, en prenant « l’Ason » et devenir « Manbo Asongwe ». Une initiation qui avait été réalisée confirme la manbo, chez le prêtre Vodou dénommé Francillion, l’un des plus célèbres hougan de Mariani, en dehors de feu Max Beauvoir.

Dans la liste des programmes réalisés par cette femme mystique et leader communautaire, on peut citer des sessions de formation technique et professionnelle pour les femmes, dans les domaines suivants : la couture et la broderie, la gestion du commerce, les activités économiques, et l’entrepreneuriat.

Développement économique et communautaire accompagnant les manifestations religieuses et mystiques de la manbo, Dilia confie que : « Se lwa ki sèvim, se pa mwen ki sèvi lwa yo », tout en informant avoir déjà contribué à la formation de trente-six (36) femmes.
Ces dernières, selon la manbo, évoluent dans les deux communautés éloignées, mais très rapprochées par le Vodou, qui sont : Torcel et Fermathe.

Dans la région de Fermathe 63, proche de « Rendez-vous », plusieurs ateliers de formation avaient déjà été organisés pendant les fins de semaine, au cours des dernières années. Ceci bien avant la saison de pays lock, et le confinement imposé par la propagation de l’épidémie du Coronavirus.

Des intervenants se sont associés à la manbo pour contribuer au développement personnel et durable dans le voisinage du péristyle. On retient les noms de : Emann Séjour, Fredly Anténor, et Sophia Timolus. Ces séances de formation offrent ainsi la possibilité à ces femmes de petites bourses, de bénéficier en moyenne des montants de deux mille cinq cents à cinq mille gourdes d’aides financières à partir de 3 % d’intérêt, accordées dans le cadre du programme d’assistance financière baptisé « Tipa ».

Des bénéficiaires parfois laissent le programme et le quartier, sans respecter les conditions pis los de leurs engagements, encore moins pour donner de leurs nouvelles après des semaines et des mois, déplore la manbo, qui confie que les membres de la communauté sont contraints d’utiliser les recours administratifs et mystiques pour sanctionner ces derniers.

Dans le premier cas des sanctions, il s’agit de confisquer ou de saisir un bien que le bénéficiaire du prêt disposait sous forme de garantie, jusqu’au remboursement total du prêt et des intérêts. Et, dans d’autres cas, des membres de la communauté mystique peuvent contraindre le fautif en fuite, à revenir sur les lieux, à partir des rituels appropriés pour le rappeler au respect des engagements. « D’autres membres du temple, dont des hommes et des femmes participent souvent à des ateliers de formation et de production dans les champs de l’artisanat, en réalisant des sandales, des valises, des boucles d’oreilles. Certains artisans y évoluant produisent également des tableaux sur tissu et hardboard. Ils mettent en valeur à travers leurs créations : la flore, la faune et les traditions populaires du peuple haïtien dans les sujets représentés », rapporte la manbo Dilia Rémolien lors des échanges sur les fonctions sociales du Vodou.


Découvrir les œuvres de ces artistes et artisans est possible, lors des danses, des cérémonies Vodou, des expositions thématiques, et des foires organisées dans le Lakou lors des fêtes patronales. Des initiatives qui ont bénéficié de la collaboration de la mairesse de la commune de Kenscoff, madame Eunide Amilcar, informe la manbo.

Dilia nous confirme avoir déjà initié quelque trente-cinq (35) personnes, dont en majorité sont des Haïtiens, à part un français qu’elle a initié sans lui donner les vertus de « l’Ason ». La manbo se dit très reconnaissante envers de grandes figures du Vodou, comme : le hougan Yvon Cazeau, qui évolue dans la région de Caradeux ; la manbo Margo, actuellement en France, qui fréquentait dans le temps le quartier de Martissan ; et d’autres noms comme : hougan Pidou ou hougan Jean, qui vit à Gressier s’ajoutent dans la liste.

Définissant le Vodou à partir de sa vision et de ses expériences, la manbo déclare : « Vodou se mwen. Vodou se nanm mwen. Vodou se manman’m. Vodou se papa’m ».

Dilia est visiblement très fière de son statut culturel et cultuel, en tant que prêtresse évoluant ans le Vodou. Elle rassure qu’elle vit avec sa famille et n’a pratiquement rien à reprocher aux lwa, qui la protègent, qui prennent soin d’elle, qui participent à la guérison de ses proches malades, et encouragent le développement et l’organisation des manifestations socioprofessionnelles, culturelles et cultuelles, au profit des membres de son village.De la satisfaction sur toute la ligne, témoigne Dilia Rémolien, par rapport à ses expériences positives dans le Vodou au fil des ans. « J’ai laissé la PNH avec les honneurs, sous l’influence des esprits (Lwa) », qui voulaient profiter de l’exclusivité de ses connaissances, ses compétences, sa créativité et ses contacts.De la mission principale de la PNH qui est de protéger et servir la population, Dilia Rémolien continue de protéger et servir la population, à partir des pouvoirs mystiques délégués par les esprits de sa famille et les secrets qui définissent les traditions ancestrales du peuple haïtien, tout contribuant au développement économique et social de sa communauté.

Dominique Domerçant




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