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Derrière les jeunes, les personnes âgées encore plus vulnérables en Haïti !

Derrière les jeunes, les personnes âgées encore plus vulnérables en Haïti !



Des jeunes pleins d'énergie et de rêves, de fourgue et d’avenir espèrent et attendent des programmes d’assistance et des politiques publiques pour garantir leurs lendemains meilleurs. Et pourtant, parallèlement, la majorité des personnes âgées en Haïti, pour la plupart les parents et grands-parents survivants de toutes les drames sociopolitiques et les catastrophes au soir de leur vie, ne disposent pas pour autant de meilleures conditions pour survivre dans la paix et la dignité. Ils/elles vivent au jour le jour, ne disposent pas toujours d’un toit confortable et des soins appropriés pour leur santé. Nombreux parmi eux, meurent dans le chagrin et la misère. À qui la faute ? Comment protéger ces vieillards ou pour éviter moins jeunes de connaître le même sort qu'eux ?

Dans un article publié dans les colonnes du Nouvelliste, en juillet 2015, qui porte la signature de Gloria Germain et Magdaline Louis-Jean, autour du titre : « Le calvaire des personnes âgées en Haïti », le sujet a été abordé avec soin et sur plusieurs fronts.

Du portrait de la dame Italia Gilot, « Qui dit avoir 80 ans (85 ans en 2020), l'air jovial », cette marchande de café veuve de son mari et de ses huit enfants », qui selon l’article : « entreprend cette activité depuis 30 ans », en passant par Madeleine, une autre octogénaire, qui se livre dans la mendicité, ce sont pratiquement des histoires presque toutes similaires qui traduisent la réalité des personnes âgées en Haïti, au cours des dernières années, particulièrement après le tremblement de terre de 2010.

Dix ans après, on ne saurait ne pas faire le bilan des personnes devenues âgées, qui ont pratiquement tout perdu pendant le séisme, et qui continuent de survivre à l’ombre de leurs familles, des parents, des maris ou des épouses, et des enfants tués pendant la catastrophe et leurs maisons effondrées. Qui sont-elles et comment vivent-elles ? Quelles sont les institutions et les autorités qui arrivent à subvenir en partie aux besoins des personnes du troisième âge ?

Dans le même article, de la doyenne de la presse haïtienne, on retient un portrait de l’une des rares institutions sociales du pays, en charge des personnes âgées, qui certainement est encore d’actualité. Les auteures précisent : « L’Asile communal de Port-au-Prince, un constat effrayant ! À l’Asile communal de Port-au-Prince, les salles sont renfermées et sentent le ranci. Elles sont mal éclairées. Des corps presque sans vie sont jetés sur des lits. Les déshérités de la maison jettent des regards furtifs. Dans la cour, certains d’entre eux discutent, rient et parlent comme pour oublier leur misère qui se lit pourtant à grand trait sur leurs visages. » Mazouz Hacène nous dit : « C’est la vieille qui paye les erreurs de jeunesse. »

Des ONG et des institutions religieuses tentent de suppléer à la faiblesse de l’État haïtien en matière de protection des personnes âgées, nous rapportent Gloria Germain et Magdaline Louis-Jean, les deux femmes auteures de cette contribution, en guise de plaidoyer en faveur des personnes du troisième âge, qui ont profité pour rapporter les propos du journaliste et sociologue Djems Olivier. Selon ce dernier, toujours selon l’article : « Les personnes du troisième âge font partie des catégories les plus vulnérables. Elles sont sujettes à de différentes formes de violence et l’État n'a aucune politique publique en leur faveur. », conclut ce dernier.

Derrière les jeunes, qui espèrent et attendent beaucoup de l'État, de leurs proches de la diaspora, de la communauté internationale, et des élites économiques et intellectuelles, les personnes âgées en Haïti, semblent pratiquement oubliées dans le lot des priorités. Quelles sont les réflexions en cours au niveau de l'administration centrale pour penser et accompagner cette catégorie aussi vulnérable ? Quelles sont les actions en cours dans les mairies du pays, pour trouver un endroit plus valorisant et des moyens pour assister ces vieillards et ces vieilles dames sans familles sans asile, sans nourriture et vêtements, sans des soins de santé, sans espoir de loisirs et d’amour ?

Depuis toujours on retient dans les milieux populaires en Haïti, la formule : « Janw fè kaban ou se konsaw ka dòmi ! », cependant, on ne saurait se lancer dans une aventure déloyale pour accuser ces personnes âgées et surtout déshéritées comme étant les seuls responsables de leurs sorts. Particulièrement dans une société, où rien n’est acquis et tout peut se perdre à n'importe quel moment de la vie, du jour et de la nuit, en dehors de la dégradation accélérée de la situation économique surtout (avec les chiffres de l'inflation qui parlent), et son impact sur la vie sociale, politique, sécuritaire, migratoire, la paix sociale et le bien-être des familles.

Devant un triste constat, avec ces dizaines de personnes âgées qui trainent dans les rues et devant les bureaux ou les temples religieux, aucun jeune ne devrait pas rester insensible. Parfois, ces personnes âgées trainent avec un enfant ou petit enfant pour quémander aux passants. D’autres continuent d’assurer parallèlement leur survie à partir d’un petit commerce de café comme Italia Gilot, ou pistaches grillées, d’Akasan, ou de bondons, quand les maladies ne les obligent pas à rester allonger sur un lit ou dans un coin crasseux d’une maison de leurs proches, avec sans doute des reproches au passage.

De Chevalier de Méré, on retient cette sagesse : « Le propre de la vieillesse est de plaindre le présent, de vanter le passé, et de craindre l’avenir. ». Si toutes les victimes de l'insécurité et des accidents, des manques de services de base et des catastrophes qui frappent le pays, particulièrement les jeunes, n'ont rien à regretter en constatant l'état misérable de la majorité des personnes âgées, évoluant tant dans les villes que dans les campagnes, la vie dans ce coin de terre parait presque insignifiante en sachant que : « L'enfance et la vieille se ressemblent, dans les deux cas, pour des raisons différentes, on est plutôt désarmé. », rappelle Susanna Tamaro.

Des amies et voisins de longue date, d'anciens camarades et des collègues des parents des anciens chefs d'État haïtien et d’actuels présidents de la République, et de la première dame, d'anciens premiers ministres et ministres, des directeurs généraux et ambassadeurs, qui n’ont pas eu la chance de jouir du bien-être de la centenaire Odette Roy Fombrun, ou du professeur Gérard Gourgue, espèrent et attendent que l’État leur accorde une attention minimale pour amoindrir leur sort.

Dans l’attente de voir aménager ou inaugurer au moins une maison de retraite dans chaque commune en Haïti, l'Administration publique haïtienne, par respect pour les personnes âgées et surtout, les fonctionnaires retraités, comme les professeurs, le personnel médical, les policiers et les anciens hauts cadres qui ont servi la République, a pour obligation d'inscrire dans la liste des urgences à court terme, des programmes d’assistance équitable, sans démagogie ni de parade stérile dans les médias, pour améliorer le décor du quotidien des personnes âgées dans le pays, souvent sans pain et sans bain, sans vie et sans envie de sourire ou de jouir des derniers désirs et plaisirs de l’existence.

De Stendhal, on retient cette affirmation : « La vieillesse n'est autre chose que la privation de folie, l'absence d'illusions et de passion. »

Dominique Domerçant




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