S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Covid-19: la maladie à l’origine de médicaments et de vaccins à coloration politique

Covid-19: la maladie à l’origine de médicaments et de vaccins à coloration politique



À l’heure du Covid-19 qui s’abat sur la Terre depuis bientôt dix mois et que rien n’a pu stopper dans sa course au point d’avoir provoqué la disparition à ce jour de près d’un million de morts dans tous les pays de la Terre, les autorités politiques sont de plus en plus enclines à se mettre en avant en termes de présentation de nouvelles pratiques médicales. C’est ainsi que depuis avril dernier le Président malgache s’est fait connaître dans le monde entier avec un médicament-miracle fabriqué dans son pays et qui aurait pour vertu de guérir de la pandémie. Puis, on a vu le Président russe présenter à la date du 11 août le premier vaccin dit opérationnel, baptisé Spoutnik V. Enfin, depuis deux semaines, le président américain s’est mis de la partie pour annoncer le début d’une campagne de vaccination contre le Covid-19 à l’échelle nationale dès la première semaine de novembre, juste à la veille des élections américaines. Dans ces trois cas, ce sont les chefs d’État qui se sont mis en avant, volant la vedette aux autorités médicales, poussant les observateurs à s’interroger sur la valeur des produits en termes d’efficacité et de sécurité et suscitant la méfiance des usagers. Ce qui amené plus d’un à qualifier ces produits de médicaments ou de vaccins à connotation politique.

Notre propos sera de faire le point sur ces produits médicaux qui inspirent ou pourraient inspirer une énorme méfiance dans les milieux scientifiques et dans le public.

1. Le médicament-miracle malgache : le Covid-Organics

Le premier médicament qualifié de « politique » par la presse internationale a été le médicament-miracle malgache, le Covid-Organics, CVO en abrégé, ou Tambavy CVO en langue malgache.

C’est un produit principalement à base d’une plante célèbre pour ses vertus curatives : l’Artemisia dont il existe de nombreuses espèces dans le monde et dont Madagascar est l’un des principaux producteurs (3 000 tonnes par an) avec l’espèce Artemisia annua ou artémésine annuelle qui représente 62% du médicament-miracle, Mais, le Covid-Organics contient aussi en plus faible quantité une autre espèce d’Artemisia, l’Artemisia afra, plus un certain nombre d’autres espèces de plantes qui n’ont pas été révélées au public, sans doute pour raison de protection de la propriété des efforts du fabricant.

1.1 Quid de l’artemisia annuelle ?

L’artémésine annuelle ou artemisia annua que l’on appelle communément armoise annuelle est une plante herbacée ressemblant à la fougère verte, qui est utilisée en médecine traditionnelle depuis l’Antiquité pour lutter contre les fièvres.

Elle contient plusieurs substances actives dont l’artémésine, efficaces pour lutter contre le paludisme.

Les deux espèces d’artemisia les plus connues sont l’artemisia annua et l’artemisia afra. Plus d’un a vanté les vertus curatives de l’artemisia annua qui est connu pour guérir le paludisme depuis les études des Chinois au début des années 2000, qui avaient scientifiquement prouvé son utilité contre cette maladie grâce aux recherches de Tu Touyou, Prix Nobel de médecine qui avait découvert tout au long de sa carrière quatre autres « nouveaux médicaments de première catégorie en Chine ». Cependant, à ce jour, aucune étude scientifique n’a permis de montrer l’efficacité de l’armoise annuelle dans la lutte contre le Covid-19 malgré le marketing passionné d’Andry Rajoelina.

Le Covid-Organics est présenté à ce jour sous forme de tisane, mais on sait qu’il y a en projet la perspective de réaliser une forme en gélules et une forme injectable.

Le Covid-Organics n’a pas reçu à ce jour la bénédiction des instances de contrôle attitrées des médicaments du pays d’origine où les doutes persistent sur l’efficacité du médicament. De même, les réserves vis-à-vis du produit considéré comme un « médicament présidentiel » sont nombreuses chez les scientifiques et par l’OMS..

1.2 Le marketing pour le Covid-Organics

Le Covid-Organics a été présenté sur une tonalité messianique le 20 avril 2020 au monde entier par le Président malgache, Andry Rajoelina devant un parterre d’invités de marque - ministres, diplomates et scientifiques - comme un remède possédant les vertus préventives et curatives contre la pandémie du Covid-19. Cela dans un contexte qui semblait favorable au produit, le pays ne connaissant alors aucun décès alors qu’ il a enregistré 183 cas de contamination. Le Président croyait dur comme fer pouvait sauver le monde entier grâce à son médicament miracle, persuadé que la potion préparée pat l’Institut malgache de recherches appliquées [l’IMRA) détenait la solution au problème posé par la nouvelle maladie. Il s’était même permis d’en faire personnellement la publicité et de le promettre et de l’envoyer aux États africains qui en feraient la demande ainsi qu’à Haïti.

Ce qui rendait plus d’un suspect malgré la sympathie que le remède-miracle avait soulevée dans les pays africains qui affichaient fièrement leur solidarité avec leur frère de la Grande Ile, c’est que les autorités sanitaires malgaches avaient pris leurs distances vis-à-vis de ce produit bien présenté dans une belle bouteille vert clair . Le ministère de la Santé malgache jusqu’à ce jour n’a jamais accepté de décerner l’autorisation définitive de mise sur le marché du Covid-Organics parce qu’il n’a pas été testé tant pour son efficacité que pour ses effets secondaires et indésirables.

1.3. Le Covid-Organics, cinq mois après

Cinq mois après son « invention », le Covid-Organics n’a pas fait long feu comme tous les essais médicamenteux, notamment l’hydroxychloroquine du professeur Didier Raoult, de l’Institut France Méditerranée de Marseille, qui a été décrié par toutes les études sérieuses.

Même les pays qui avaient reçu des quantités du produit ne semblent pas avoir pris le risque de le prescrire aux malades, faute de garantie sur son efficacité et sur la sécurité qu’elle offre aux patients.

Au Madagascar, les doutes subsistent sur la valeur médicale du « médicament présidentiel », ce qui prouve une fois de plus que la politique et la science ne font pas bon ménage.

D’ailleurs les résultats du Madagascar par rapport au traitement de la pandémie sont loin de militer en faveur du Covid-Organics. À ce jour, rien n’a marché là-bas, ni en termes de prévention ni en termes curatifs. En effet, le nombre d’individus contamines officiellement au Madagascar s’élevait au 16 septembre à 15 871 cas (le double du chiffre d’Haïti qui n’a jamais reçu le produit-miracle, tandis que celui des morts atteint 215, soit sensiblement le même que celui d’Haïti (220).

De nombreux autres pays comptant des volumes de cas de contamination proches du Madagascar recensent moins de morts. Il s’agit de la Côte d’Ivoire qui ne déplore que 19 132 contaminations pour 120 décès. Il en de presque de même pour le Sénégal qui affiche au tableau 14 568 cas et 299 décès et de la Guinée ou l’on relève 10 154 cas de contamination et 63 décès.

La maladie s’est développée a Madagascar comme dans tous les pays, ayant connu une accélération et son pic au mois de juillet (614 cas le23 juillet contre 12 cas le 15 septembre) où le nombre de cas avait explosé par rapport au mois précédent.

2. Les vaccins à coloration politique

Certains des vaccins qui en sont actuellement dans leur troisième phase d’essai ont pris une coloration politique du fait de leur promotion par des hommes politiques sans la garantie de leur efficacité et de leur innocuité.

2.1 Le vaccin russe

Le Spoutnik V, le vaccin russe qui a été annoncé par le Président de la Fédération de Russie le 11 août 2020 et qui, à l’instar des nombreux candidats-vaccins en cours de développement, est un vaccin de troisième génération, donc très moderne, mis au point par le Centre de recherche en épidémiologie et microbiologie Nikolaï Gamaleïa, en collaboration avec le ministère russe de la Défense. C’est un vaccin qui a été testé sur la fille du Président russe et qui va être administré dès septembre aux enseignants et aux médecins de la Fédération de Russie. Un vaccin à base d’adénovirus, qui utilise des morceaux de matériel génétique modifié, la technique consistant à prendre la capside d’un adénovirus dans laquelle on a inséré des portions du virus SRAS-CoV-2. Pour ce vaccin, on n’introduit « aucun virus vivant ou inactif introduit dans le corps humain au cours des essais cliniques », donc il ne peut « causer la maladie à coronavirus ». Ce vaccin qui n’induit aucun risque d'infection, mais le système immunitaire se comporte comme s'il était infecté par le coronavirus ». En plus, il confèrerait « une immunité longue », s’étendant sur deux années. Selon les autorités médicales russes, enseignants et personnels médicaux de Russie commenceraient à être vaccinés dès le mois d'août 2020, avant la généralisation du nouveau produit le 1er janvier 2021 dans la population du pays.

L’annonce avait laissé l’Occident dubitatif, les chercheurs de tous les pays industrialisés s’interrogeaient sur la validité du vaccin qui a été qualifié de « propagande » par de nombreux experts. En effet, certains d’entre eux pensaient que le vaccin n’a pas été testé suffisamment, et d’autres se montraient étonnés du fait que les Russes n’ont pendant toute la période de la pandémie jamais partagé leurs connaissances dans les grandes revues scientifiques..

Le président russe qui s’était mis en avant comme le Président malgache avait annoncé que la Russie lancera la production de son vaccin contre la COVID-19 dès septembre prochain. Cependant, selon les experts occidentaux, un tel échéancier semblait tout à fait irréaliste, d’autant qu’on ne possédait en Occident jusqu’à l’annonce du vaccin aucune donnée intermédiaire des phases 1 et 2 des essais cliniques et que la phase 3 d’évaluation clinique du vaccin dénommé Spoutnik V n’a pas encore débuté.

Cependant, un mois après la grande annonce, suite à une étude publiée dans Le Lancet, on avait commencé à prendre le vaccin quelque peu au sérieux en Occident. Il a été reconnu que le vaccin déclenche une réponse immunitaire et n’a pas entraîné d’effets indésirables graves, selon une étude publiée dans cette revue scientifique.

Il a même été dit que le vaccin en cours de développement par le gouvernement russe et l’institut de recherche Gamaleïa déclenche une réponse immunitaire et n’a pas entraîné d’effets indésirables graves selon un article des chercheurs russes, publié après évaluation par un comité de relecture composé de scientifiques indépendants.

L’étude publiée début septembre dans la revue britannique The Lancet, fondée sur deux travaux de petite taille, réalisés avec deux formulations différentes du Spoutnik V, et menée sur 76 adultes volontaires en bonne santé avait souligné que le Spoutnik V avait permis de conclure que chacun des deux composants du vaccin n’a pas entraîné « d’effets indésirables graves » et que l’administration successive des deux composants « provoque la production d’anticorps »

Cependant, les experts avaient jugé alors que les données que l’on possède a ce jour ne sont pas suffisantes pour garantir la validité et la sécurité du vaccin, soulignant qu’il faudra des études de plus grande ampleur.

2.2 Les vaccins américains

Côté américain, Donald qui a fait de la question du vaccin contre le Covid-19 un thème central de sa campagne en vue de l'élection présidentielle du 3 novembre avait surpris tout le monde en annonçant le 3 septembre dernier la disponibilité d’un vaccin avant l’élection présidentielle du 3 novembre. Les Américains possèdent en effet des deux vaccins très avancés produits respectivement par les laboratoires Moderna et Pfizer. Deux vaccins qui « sont actuellement dans la phase 3 des tests qui vont concerner courant septembre 30 000 personnes » et dont les résultats seront présentés le 22 octobre à l’Agence américaine du médicament, la FDA.

Cependant, les laboratoires concernés par l’ensemble des vaccins américains ou étrangers financés par l’administration américaine (AstraZeneca, BioNTech, GlaxoSmithKline, Johnson & Johnson, Merck Sharp & Dohme, Moderna, Novavax, Pfizer et Sanofi), sachant qu’un vaccin défectueux pourrait détruire leurs entreprises avaient pris leurs distances dès le 7 septembre par rapport aux promesses du Président en publiant « un engagement commun pour réaffirmer leur volonté de développer et tester des vaccins potentiels « dans le respect de hautes normes éthiques et de principes scientifiques rigoureux ».

Le journal La Croix a souligné le 9 septembre que dans leur document, que « ces développeurs de vaccins s’engagent à ne pas faire de demande d’autorisation, même d’urgence, auprès de la FDA, …. si des essais cliniques en bonne et due forme ne démontrent pas l’efficacité et la sûreté du vaccin ».

Parallèlement, un contentieux s’était fait jour entre ces compagnies et la FDA, les premières avaient considéré cet organisme de contrôle « d’être sous pression du président américain pour donner son feu vert à un vaccin avant le scrutin présidentiel du 3 novembre », allant jusqu’à citer « la validation en urgence du recours à l’hydroxychloroquine, …par Donald Trump en personne, comme un mauvais précédent ».

De même, dans un premier temps, l’Agence de santé publique américaine, Centers for Disease Control (CDC), avait « même ordonné, fin août, aux États américains de se tenir prêts à distribuer des doses à la population dès le 1er novembre ».

Pourtant, hier encore Donald Trump, qui a fait débloquer plusieurs milliards de dollars pour accélérer le développement des vaccins et commandé 300 millions de doses, se permettait d’affirmer ceci : «Nous sommes prêts. Nos militaires et les autres responsables sont prêts à agir. Nous pensons que la distribution d'un vaccin pourrait même commencer dès octobre. Sans doute, novembre ou décembre au plus tard», avait martelé le président américain lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, prenant ses distances avec le chef des autorités sanitaires américaines.

Conclusion

À l’heure du Covid-19 qui a causé de nombreux dégâts de par le monde, la demande pressante pour limiter ou réduire les contaminations et les décès a poussé certains chefs d’État à intervenir dans la gestion et la gouvernance des pratiques médicales, volant la vedette aux laboratoires qui sont les seuls organismes habilités à préciser les vertus des médicaments. Tout avait commencé en avril dernier à Madagascar avec le Président malgache qui s’est substitué aux responsables sanitaires de son pays pour vanter le Covid-Organics, qui n’a d’ailleurs pas prouvé son efficacité et qui a fait dans le monde l’effet d’un feu de paille. Ensuite, c’était le cas de Vladimir Poutine, sans doute voulant restaurer l’honneur de la Russie et de la période soviétique. Enfin, c’est actuellement le cas de Donald Trump qui souhaite à tout prix vacciner un certain nombre d’Américains s’interroger sur la validité des vaccins encore en phase d’essais et qui ne seront au mieux être opérationnels que vers mi-21. Il convient de rappeler que la médecine a ses exigences et ses principes parce qu’il s’agit de la vie de millions d’hommes et aussi de la survie des laboratoires qui savent qu’ils ne doivent pas prendre le risque de mettre sur le marché des produits sans être sûrs de leur qualité, c’est-à-dire de leur efficacité et de leur innocuité.

Jean SAINT-VIL
jeanssaint_vil@yahoo.fr




Articles connexes


Afficher plus [4077]