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Diplomatie culturelle haïtienne : la créativité, le Vodou et le créole, les trois piliers pour négocier !

Diplomatie culturelle haïtienne : la créativité, le Vodou et le créole, les trois piliers pour négocier !



Déjà neuf ans après l’organisation des premières assises nationales de la culture en Haïti autour du thème : « Notre culture est notre force / Kilti nou se fòs nou », on retient pratiquement les trois principales dimensions incontournables (la créativité artistique, le Vodou et la langue créole), pouvant aider dans l’articulation de véritables politiques publiques, autour d’une diplomatie culturelle qui découlerait de la politique étrangère d’Haïti sur la scène internationale.

Difficile de mettre en avant l’histoire d’Haïti dans sa genèse et sa grandeur, quand les principaux héritiers, notamment les dirigeants et les élites (économique, culturelle et de la société civile) n’arrivent pas à assurer l’héritage avec honneur, grandeur et dignité. Cela ne peut que décourager l’interlocuteur, en face de l’haïtien, qui ne cherchera qu’à se cacher derrière des excuses, du blanc, et des catastrophes naturelles pour justifier l’échec et l’effondrement du rêve de Toussaint Dominique Louverture, de Jean-Jacques Dessalines, d’Alexandre Pétion et de Henry Christophe. Autant s’accrocher à un discours politique et diplomatique, puisant sa source dans les trois principaux sous-thèmes ou dimensions comme la créativité artistique, l’identité Vodou et la langue créole pour négocier des échanges et des opportunités pour Haïti.

Dans la première dimension qui concerne la créativité artistique, pratiquement tous les champs artistiques (arts plastiques et visuels, arts de la scène, spectacle vivant, cinéma et multimédia, etc.), sont à retenir. Au départ, il faudra reconnaître les limites certaines d’Haïti dans ces champs, par rapport à l’absence de structure dynamique et de financement pour assurer la recherche et appuyer la formation des professionnels créatifs et compétitifs capables de nous représenter dignement sur la scène internationale. On ne pourra non plus, sous-estimer le peu de canaux de diffusion, des médias, et des espaces débats en dehors des « Jeudi de l’Art contemporain », pour vulgariser les nouveaux paradigmes culturels qui influencent de nos jours l’art et la créativité en général. Il faudrait signaler qu’en matière de diplomatie culturelle officielle et surtout non gouvernementale, la majorité des talents haïtiens d’origine qui rayonnent au niveau international le sont pratiquement grâce à la reconnaissance des institutions, qui sont supportées par des politiques. On pourrait citer les cas de : (Belo/RFI, Jean-Jean Roosevelt/OIF, et Dany Laferrière/Académie française, parmi tant d’autres.

Dans la deuxième dimension culturelle que représente le Vodou, notre culture ancestrale et notre richesse multidimensionnelle, Haïti tarde malheureusement à investir de façon intelligente et durable, dans la recherche, les industries et la promotion de ce levier indispensable pour son véritable positionnement à l’échelle nationale. L’absence d’une politique culturelle, du financement et non de budget de fonctionnement, et des institutions dédiées à la recherche, la formation, la création, l’exploitation et la diffusion des œuvres et des produits, des services et des savoirs autour du Vodou est un handicap majeur pour engager une véritable stratégie de diplomatie culturelle haïtienne sur la scène internationale, comme la Jamaïque le fait avec le Reggae, les pays arabes le font avec la religion musulmane et leurs mosquées, etc., et le Vatican avec la religion catholique et leurs cathédrales, entre autres. Il est venu le temps pour Haïti d’institutionnaliser le Vodou dans les relations internationales. Cela demande non seulement d’identifier une sélection d’œuvres à offrir en cadeau, mais surtout d’investir dans des institutions stratégiques comme la création et la promotion des musées du Vodou, des distinctions, des monuments, des villages, etc., afin d’enrichir les collections du monde, d’assurer la diffusion, d’animer la curiosité des touristes, d’illustrer positivement les articles des journalistes, et d’argumenter les recherches des chercheurs.

Dans la troisième dimension culturelle qui représente véritablement la base de la culturelle Haïtienne [totale et capitale], qu’est la langue créole, on ne peut que saluer les efforts en cours, tant avec la promotion depuis plusieurs années du mois dédié à la langue et les cultures créoles, mais aussi, avec la création de l’Akademi Kreyòl, qui fait malheureusement face, comme toutes les autres institutions culturelles publiques du pays, à des manques de moyens financiers et des ressources pour véritablement assurer son rôle. Afin de ne pas réinventer la roue [en se basant sur le modèle de l’Institut français], Haïti n’a d’autre choix que de définir une stratégie culturelle visant à encourager dans une double dynamique la diffusion d’un ensemble de documents et des créations en créole, mais également, d’encourager progressivement le plus grand nombre des étrangers à parler le créole, en misant principalement sur le rôle des médias, des universités et aussi des institutions publiques du pays qui doivent montrer la voie lors des interventions des dirigeants, lors des débats en présentielle ou en mode webinaire.

Devant l’incapacité des autorités culturelles et diplomatiques haïtiennes d’influencer directement les choix de certaines institutions culturelles internationales, par manque d’investissement dans la recherche universitaire et le financement du lobbying culturel, parmi celles décidant dans leurs stratégies de pénétration, de rapatriement ou voulant montrer ou faire semblant de reconnaître Haïti dans sa juste valeur, il nous faut surtout miser sur ce qui nous est le plus symbolique comme vecteur de notre identité authentique de peuple, comme le Vodou et le Créole.

Dans l’histoire récente de la représentation de la culture haïtienne sur la scène internationale, on pourrait retenir un ensemble de faits parmi les plus marquants, capables de prouver le pouvoir de la langue créole en particulier, en dehors des autres symboles artistiques, parmi les principaux vecteurs à prendre en compte.

Diplomatie culturelle sur un angle sportif, à travers les phases finales de la coupe du monde de football, Haïti a déjà bénéficié depuis quelques années d’une notoriété sélective, en dépit de l’absence de la sélection nationale de football sur le terrain lors des compétitions, mais grâce à la créativité de ses talents artistiques, notamment dans la musique et le spectacle, qui se confirment comme des références planétaires.

Devant des milliers de personnes qui assistaient au match dans le stade, et devant des millions de téléspectateurs, le créole haïtien allait être à l’honneur lors de la performance de la mégastar d’origine haïtienne Wyclef Jean, en compagnie de la chanteuse internationale Shakira pour interpréter la chanson officielle [l’hymne] de la coupe du monde de football tenue en Allemagne en 2006. Un moment unique et inoubliable, une action ou une contribution impayable, à rattraper, pourquoi pas en 2022, par une diplomatie culturelle haïtienne proactive !

Douze ans plus tard, en 2018, après l’exploit de Wyclef Jean, Haïti allait encore bénéficier d’une nouvelle opportunité unique pour se présenter de façon plus valorisante à la face du monde, dans la phase finale de la coupe du monde de football, réalisée au pays de Poutine. Avec une autre voix venant encore de la diaspora haïtienne, Jason Derulo, qui interprétait l’hymne de la coupe du monde, de Russie 2018. Parallèlement, on allait retenir le choix de la chanteuse russe Katya Lel, qui allait interpréter la chanson « Virtues of a game », en collaboration avec deux jeunes artistes du Cap-Haïtien, Jhenie Timot et Bleck Jey.

Dans moins de deux ans pratiquement, ce sera autour de l’Émirat du Qatar d’organiser la prochaine phase finale de la coupe du monde de football dans le monde. Une première pour la région du Moyen-Orient, dont la première République d’Haïti dispose déjà d’une représentation diplomatique. Sur la base de ces deux grandes expériences artistiques ou performances récréatives positives [2006 et 2018], issues des initiatives personnelles éventuelles, des talents d’origine haïtienne, impliquées dans la promotion de la diversité culturelle et mosaïque que le football seul à date peut offrir à la face du monde.

Diplomatie culturelle proactive associée à une intelligence économique pragmatique, la République d’Haïti, en dehors d’une présence de l’équipe de football haïtienne dans les compétitions sportives au Qatar, pourrait s’imposer culturellement une fois de plus, de façon officielle et diplomatique, grandement miser sur son héritage historique, géopolitique et symbolique, en misant sur les trois piliers [créativité, Vodou et créole]. Haïti se confirme souvent en tant que pionnière dans beaucoup de domaines dans les relations internationales et interculturelles, notamment dans la géopolitique institutionnelle, pour pouvoir bénéficier de façon légitime de la solidarité des autres pays francophones présents diplomatiquement à Doha, après avoir porté le français comme langue de travail à l’ONU, le 27 avril 1945.

De toute façon le Qatar aura tout à gagner, en ouvrant la porte à la créativité haïtienne, aux repères symboliques de l’identité haïtienne via le Vodou et les Vèvè, et à la richesse de la langue créole, pour s’imposer comme la véritable capitale de la diversité culturelle dans la région.

Dans l’application d’une stratégie de communication appuyée sur les multimédias et les technologies, passant par la traduction et la diffusion d’un ensemble de documents, des produits, des services et des informations autour de la coupe du monde en créole, Haïti pourrait augmenter sa présence sur la toile, à travers les futurs talents qui vont défiler comme Wyclef Jean et Jason Derulo, éventuellement.

Dans le cas contraire, la promotion des œuvres haïtiennes vers des musées qataris, la promotion de la littérature haïtienne universelle et des communautés arabes en Haïti [à intégrer culturellement], et la mise en ligne de cours de créole, destinés aux communautés arabes francophones, sont parmi les actions, les atouts et les alternatives pour aboutir à une diplomatie culturelle haïtienne, plus agissante et agressive, dans l’après post-Covid, mettant en valeur les trois principaux piliers suivants : la créativité, la Vodou et le créole.

Dominique Domerçant




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