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Le financement de l’enseignement supérieur en Haïti : obstacle ou échappatoire ?

Le financement de l’enseignement supérieur en Haïti : obstacle ou échappatoire ?



Le terme d’Enseignement supérieur désigne généralement la formation dispensée par les universités, les hautes écoles et d’autres institutions, selon la définition de Larousse.

Ces études servent à acquérir un niveau supérieur généralement via une inscription, un concours d’entrée ou une méthode de présélection établie. Un cursus ponctué par des examens en fin de session ou de fin d’année. Historiquement, il s’agissait autrefois d’abord de former les élites recrutées par l’État, l’armée et les hauts dignitaires religieux. L’enseignement supérieur, tel que nous la connaissons aujourd’hui, a pu se constituer avec l’institution de la société moderne principalement en intégrant et en développant en son sein la recherche scientifique. À son tour, la recherche, en transformant l’université du Moyen-âge en un haut lieu de débat ouvert, a favorisé l’éclosion de la culture savante et du jeu intellectuel de l’échange argumentatif, rendant ainsi possible, non seulement l’épanouissement du métier de scientifique et celui d’intellectuel, mais également leur participation dans la construction de la société par la prospection.

L’Enseignement supérieur, de sa création à nos jours, s’avère une aventure humaine qui s’est particulièrement développée sous l’égide de la rationalité scientifique qui différencie les fonctions et les métiers entre eux, tout en les séparant d’avec les individus qui les exercent. À travers cette aventure, les hommes ont alors acquis une certaine maîtrise de leur destin collectif et individuel qui leur permet d’intervenir sur les conditions d’existence. Le développement du capital humain et de la matière grise restent donc les ressources fondamentales dans l’élargissement des possibilités d’évolution d’une société. Cette historicité de la transformation du capital culturel et des mécanismes d’accès ne serait pas sans résonance dans la compréhension et l’explication de la situation actuelle de l’enseignement supérieur en Haïti (1).

L’Enseignement supérieur, dispensé en Haïti par l’Université d’État d’Haïti (UEH), par d’autres institutions publiques du pays et des institutions privées, est demeuré à un stade tout à fait embryonnaire. Cet ordre d’enseignement regroupe ici un ensemble de petits établissements surpeuplés présentant entre eux de grandes disparités et qui évoluent dans un isolement quasi généralisé. Il n’existe aucun mécanisme qui permettrait à chacun de tirer profit de la présence de l’autre de façon à répondre adéquatement aux besoins de la société haïtienne.

L’absence d’une politique de l’enseignement supérieur qui en définirait la mission générale explique que les acteurs s’adonnent à une explosion anarchique et irrationnelle de la demande sociale de formation supérieure, d’autant plus qu’il n’y a aucun moyen pour les permettre de prendre en compte de façon systématique les besoins des employeurs et l’évolution du marché du travail. Les finissants et diplômés sont lourdement pénalisés, car, après avoir payé de leur temps, de leur argent et consenti à un manque à gagner, ils sont nombreux à être réduits au chômage à cause de cette désarticulation des différents corps de la société (2).

L’enseignement supérieur en Haïti connaît depuis sa genèse une crise aigüe du fait de beaucoup de facteurs comme le manque de moyens pédagogiques, la faiblesse des infrastructures et des structures, le manque de professeurs et l’absence d’un campus universitaire pour les étudiants, le ratio anormal professeurs/étudiants, la non-totalité de l’intégration des bacheliers, la faiblesse de structure d’accueil, le problème financier des parents, etc. tous ces facteurs ont un point commun.

Après la tentative avortée du royaume du nord de Christophe vers 1815, il a fallu attendre le milieu du XIXe siècle pour voir les traces palpables de l’Université haïtienne avec l’inauguration à Port-au-Prince par Élie Dubois en 1860, du premier établissement public d’enseignement supérieur, l’école de droit. D’autres institutions ont suivi, dont l’école de médecine, l’école des sciences appliquées, la faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire sous l’occupation américaine. Le décret du 27 décembre 1944 créant l’université d’Haïti s’est contenté de réunir et d’intégrer les institutions existantes sans vision d’ensemble. Il sera abrogé par le décret du 16 décembre 1960, instituant l’université d’État d’Haïti dont la finalité était davantage le contrôle politique de l’institution universitaire après la grève des étudiants au cours de la même année.

Les constitutions de 1983 et de 1987 et 1987 amendée consacrent l’indépendance de l’université d’État d’Haïti sans en définir le contenu. Dans ce flou structurel et juridico-légal, des initiatives sont prises, des institutions sont créées au gré des individus et des opportunistes, en dehors de toute vision de société. Cela conduit à un patchwork aux multiples contours qui par défaut fait office du système d’enseignement supérieur haïtien ou l’éducation supérieure en Haïti.

Il est aujourd’hui difficile de dire à quiconque précisément les éléments constitutifs de ce système ; les dernières estimations font état d’environ deux cents (200) institutions d’enseignement supérieur dans le pays, dont très peu ont l’accréditation nécessaire de la part du ministère de l’Éducation nationale et de Formation professionnelle (MENFP) (4). Quand on aborde la problématique régulatrice de l’enseignement supérieur en Haïti, il est important de distinguer le secteur public du secteur privé. Jusqu’à récemment, l’Université d’État d’Haïti (UEH) était souvent mentionnée comme la seule Institution d’Enseignement supérieur (IES) du pays et l’état dans lequel se trouvaient les autres Institutions d’Enseignement supérieur (IES) incitait à cette marginalisation.

Prenant acte de cette situation, l’État n’a légiféré que pour son université en négligeant le reste. La loi de décembre 1960 régissant l’UEH représente la quintessence des initiatives en ce domaine (4) et on comprend à nos jours qu’il n’y a pas de loi qui régule la situation de l’Enseignement supérieur en Haïti.

S’agissant des sources, des mécanismes de financement des Institutions de l’Enseignement supérieur (IES) en Haïti dans le secteur public, la quasi-totalité des fonds provient du Trésor public. Les autres sources sont la coopération internationale et la participation des étudiants aux frais de gestion sous forme par exemple de frais d’inscription payés au moment des concours d’entrée. Qu’il s’agit du secteur privé, il est difficile d’avancer des informations financières sur ces établissements. Cependant, les rares données révèlent que l’essentiel des ressources financières du secteur privé provient des frais d’inscription et de scolarité des étudiants.

L’expansion de l’Enseignement supérieur public (ESP) en Haïti est soutenue par une forte demande sociale qui devrait continuer et croître dans la décennie à venir, la disponibilité des structures pédagogiques d’appui, les modalités d’accès, les coûts sociaux et les vrais bénéficiaires de cette démesure, etc. Il nous revient toutefois de poser ces questions fondamentales comme problématique de notre étude : le financement de l’Enseignement supérieur public (ESP) par l’État contribue-t-il à l’émancipation des Universités Publiques en Haïti durant les dernières années ? Ou encore, quel est l’impact ou degré du financement de l’État sur de l’Enseignement supérieur public (ESP) ?

Quel est le volume des ressources publiques mobilisées en faveur de l’Enseignement supérieur (ES) en Haïti et quelles sont les marges d’augmentation des sept dernières années ?
Dans quelle mesure la composition et le niveau de la dépense publique par étudiant sont-ils compatibles avec le niveau des richesses du pays ?

L’Enseignement supérieur en Haïti est confronté à de nombreux défis. Or, l’Enseignement supérieur est non seulement un vecteur de croissance et de compétitivité de l’économie, mais contribue aussi à la réduction de la pauvreté en formant les populations. En Haïti durant les dix (10) dernières années (2010-2020), ce qui est à l’origine d’une faiblesse est non seulement au niveau des ressources humaines, mais aussi la problématique de la qualité et d’équité dans la formation universitaire et professionnelle.

La dimension financière doit être prise en compte dans toute politique de développement de l’enseignement supérieur en Haïti, dans la mesure où plus qu’ailleurs, ce pays fait face à de sévères contraintes financières, macroéconomiques, sociopolitiques et sectorielles. Force de constater, chaque année les recettes publiques sont faibles et irrégulières.

Plusieurs mesures peuvent être envisagées de façons complémentaires pour bâtir des politiques soutenables financièrement et réalistes socialement : réguler et orienter les flux d’étudiants ou de futurs étudiants, mettre en place des mécanismes d’allocation budgétaire qui relient les financements aux performances, améliorer la gouvernance et inciter aux gains d’efficacité en termes de réduction de la durée moyenne des études et de coûts de fonctionnement, encourager le développement de l’enseignement supérieur privé, cibler les aides sociales sur les étudiants les plus méritants et/ou les plus démunis, confier l’hébergement et la restauration des étudiants à des promoteurs privés, promouvoir la diversité des sources de financement, transférer une partie des coûts aux étudiants et stimuler les activités génératrices des revenus en sont les principaux. L’accent relatif et la combinaison de ces mesures doivent être appropriés à la situation spécifique de chaque département et leur mise en œuvre doit refléter l’état du dialogue social et politique.

Pour arriver à une politique de développement dans l’ESP en vue d’un dynamisme de progrès, il est important qu’il se fonde sur une information qui soit plus transparente, abondante, de qualité et partagée par tous les acteurs. Il est aussi important pour les décideurs de disposer d’une vision à moyen terme suffisamment fiable pour défendre les options choisies. Les modèles de simulation financière doivent donc être plus systématiquement utilisés comme outils de communication pour effectuer des recherches entre les différents acteurs et partenaires du système.

D’où, il est possible de progresser dans la mise en œuvre de choix stratégiques aussi difficiles si la relation entre l’État, les établissements d’ESP et les usagers s’établit sur des bases plus objectives dans la formation de qualité des étudiants. Ainsi, le cadre réglementaire doit tout à la fois donner une autonomie accrue aux établissements d’enseignement supérieur pour favoriser la prise de décision et les initiatives pouvant conduire à une meilleure gestion et préciser comment s’exerce le rôle de l’État pour orienter, allouer plus efficacement les ressources publiques et garantir la qualité.

Guito Ternier

1.
Cadet C.L, Saint-Dic E., De l’Enseignement supérieur en Haïti et les possibilités de son intégration dans le programme de coopération Interuniversitaire de la CEE, pp.25-26

2.
Ibid., p.5

3.
www.ueh.edu-ht.

4.
Ibid., pp18, 20,24.




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