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Gabriel, un brillant non-voyant

Gabriel, un brillant non-voyant



Les personnes vivant avec un handicap sont souvent considérées comme des gens incapables sur le plan académique, Gabriel Aladin est l’exemple de celui qui prouve le contraire. Poursuivre deux études simultanément, et toujours obtenir d’excellentes notes, voilà le palmarès d’une personne incroyablement intelligente et déterminée à réussir malgré les difficultés de toutes sortes.


Jeune homme de 26 ans, Gabriel Aladin est domicilié à carrefour feuilles où il vit avec sa mère et son petit frère. Corpulent, fort, voyant, sont les mots qui le décriraient au premier regard. En effet, Gabriel a les yeux qui ne signalent rien de différent. Ces derniers ont l’air tellement ordinaires que des inconnus iraient jusqu’à parier sur sa vision. Mais, si on le lui demandait pour s’en assurer, il répondrait qu’il en a été privé il y a bien longtemps.

Au début de sa cécité, Gabriel et son entourage avaient beaucoup de doutes sur son avenir, son éducation et les potentiels métiers qu’il pourrait exercer compte tenu de sa condition. Trois longues années s’étaient écoulées dans le noir et le désespoir pour lui puisqu’il avait commencé à avoir des problèmes visuels dès l’âge de 17 ans, à cause du Glaucome. « Pendant ces 3 ans, la radio a été ma plus grande passion. Je pouvais passer une journée entière à écouter les émissions sportives allant d’une radio à une autre. Je ne faisais que cela pour résister à l’ennui infligé par cette nouvelle vie étant donné que toutes mes activités intellectuelles étaient paralysées », confie Gabriel dans le plus grand calme, assis sur une chaise dans une salle de l’Université Quisqueya. Ce n’est qu’après la découverte de la Société haïtienne d’Aide aux Aveugles (SHAA), en 2012, qu’il a commencé à apprendre les méthodes qui pourraient l’aider à recommencer ses activités académiques. L’espace lui a, en gros, permis de comprendre et de faire usage des fonctions sur les appareils électroniques qui étaient destinées à le permettre de devenir autonome.

« Au tout début, je devais apprendre la dactylo et apprendre à utiliser un magnétophone pour pallier mon déficit qui m’empêchait de prendre des notes », raconte-t-il. Quand en 2014, il devait s’inscrire à la faculté d’ethnologie pour la psychologie, son petit frère a dû lire sur son appareil une bonne partie du livre « concours sans peine » pour qu’il arrive à étudier. Lequel concours, il a bien réussi. Sa soif de formation ne s’était pourtant pas étanchée. Un peu plus tard, il s’est aussi inscrit au programme de sciences de l’Éducation à l’Université Quisqueya. En apparence, il se veut un jeune homme doué et discipliné, qui remet ses devoirs avant la date butoir et obtient d’excellentes notes. Mais en profondeur, c’est quelqu’un qui encaisse tous les jours de nombreuses humiliations, de demandes non agréées, mais qui n’a pas peur de travailler pour se faire une place dans une société qui marginalise les personnes handicapées. « Moun sa yo bay pwoblèm bò isi a, ane pwochen nou pap pran yo », se souvient Gabriel d’une déclaration du secrétaire général de l’Ethnologie, alors qu’il venait demander qu’on adapte les examens à sa condition. Lors d’un examen de statistiques à l’Université Quisqueya, il se rappelle avec peine que la personne qui devait retranscrire ses dictées s’était dite fatiguée et avait abandonné en cours de route. Certes, il aurait pu composer directement sur son ordi comme il le fait d’habitude, mais avec les cours de chiffres, c’est une activité coriace qu’il ne peut réaliser qu’avec l’aide d’une personne qui lui lit les consignes, et à qui il doit dire quoi écrire à son tour.

Parmi les lauréats d’un concours pour les personnes vivant avec une déficience physique, organisé par l’Office de Management et des Ressources humaines (OMRH) dans le but de les intégrer dans la fonction publique, aujourd’hui, Gabriel travaille au sein du ministère de la Planification. Il s’apprête à présenter ses mémoires de sortie et en éducation et en psychologie. Le chemin est encore jonché d’embûches, mais avec la foi et le travail Gabriel avance. « En Haïti, quelqu’un qui vit avec un handicap se retrouve dans une situation où il doit se munir d’accessoires de guerrier. Rien n’est jamais prêt pour t’accueillir. C’est toujours à toi de t’adapter à tout, même à l’inadaptable. »

Edlyne FLORADIN




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