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La lutte des femmes doit intégrer les hommes

La lutte des femmes doit intégrer les hommes



Depuis 100 ans, chaque 8 mars, on commémore le Jour international de la Femme. Jusqu’à l’an dernier, cette journée spéciale était célébrée en grande pompe dans beaucoup de pays à travers le monde.

Cette année, les célébrations se font à distance à des mesures sanitaires dues à la pandémie. Ceci a un impact certain sur le 8 mars qui n’est pas l’habituelle grande messe à laquelle les représentantes officielles du monde entier prenaient part. Dans la plupart des pays, on se concentre sur l’art et des offres numériques. Par exemple, avec des expositions locales et des offres en ligne, dans de nombreux endroits, on invite les gens à célébrer le féminisme et l’égalité des sexes et à prendre position contre la discrimination.

Chez nous, en Haïti, la situation est encore pire puisqu’en plus du coronavirus, nous sommes confrontés à une insécurité qui prend des proportions inédites de plus en plus inquiétantes. La distanciation sociale s’impose donc de fait, comme le témoignent les restaurants déserts, les églises vides et autres lieux habituels de rencontre dans les villes.

Vu les circonstances, les organisations de femmes ici et ailleurs ont été obligées de réduire leurs prétentions en célébrant cette date avec les moyens du bord. Peu importe là où nous nous trouvions, l’essentiel était de nous recueillir et de réfléchir à notre situation en tant que femmes, mais aussi comme citoyennes. C’était l’occasion d’élaborer un dossier sur nos besoins, lesquels pourront éventuellement être intégrés, plus tard, dans un grand plan national, qui sait !

Le 8 mars, c’est toujours l’occasion pour nous autres, femmes, de se souvenir des luttes féminines accomplies au cours de l’histoire, évoquer leur apport au patrimoine de l’humanité, établir un bilan de ce qui a été réalisé et ce qu’il nous reste encore à entreprendre pour parvenir à une égalité de droits entre l’Homme et la Femme dans nos sociétés modernes où les discriminations, de quelque nature qu’elles soient, ne doivent plus être permises.

Les femmes de par le monde, surtout en Occident, ont atteint beaucoup d’objectifs. Chez nous aussi. En Haïti, nous avons même un ministère à la Condition féminine depuis des décennies. Cette structure politique ainsi que les nombreuses organisations de femmes ont fait avancer bien des choses, notamment la dénonciation systématique des violences faites aux femmes et le paiement d’une pension alimentaire en cas de divorce, pour ne citer que ces acquis. La participation des femmes à tous les niveaux de la chose publique est aussi possible, même si un certain machisme sévit encore au sein de la classe politique, encore dominée par des hommes.

Malgré tous ces acquis, l’égalité à laquelle nous tendons est loin d’être parfaite. La problématique des genres ne parvient pas à évoluer dans les faits. Dans plusieurs régions du monde, les femmes continuent d’être opprimées. Beaucoup de femmes de par le monde sont battues, humiliées par leurs partenaires, sans compter celles qui sont tenues en servitude. Même chez nous, ce qui est paradoxal, compte tenu que nos ancêtres se sont justement battus contre toutes ces formes d’oppression.

En Haïti, des millions de femmes connaissent l’ostracisme. Les femmes des milieux populaires, les paysannes, les ouvrières sont tous les jours exploitées. Elles sont triplement victimes : souvent dominées à la maison par leurs partenaires violents, exploitées économiquement et exclues socialement, sans oublier qu’elles subissent les exactions des gangs sans foi ni loi.

C’est la raison pour laquelle, quand nous parlons de libération de la femme ou d’égalité avec l’Homme, il faut penser aussi à cet aspect de la réalité. On doit lutter pour l’égalité entre l’Homme et la Femme sur le plan social et juridique – c’est impératif –, mais ce combat est loin d’être suffisant, car il est nécessaire de s’attaquer au système d’exploitation et d’exclusion qui maintient les femmes - mais aussi les hommes des classes sociales pauvres - dans la misère la plus abjecte, l’arriération sociale et l’insécurité sous toutes ses formes.

C’est pour cela qu’il convient de lutter sur plusieurs fronts, car il existe différentes formes d’exploitation et d’exclusion et elles sont liées entre elles. Si nous n'en combattons qu'une, nous courons le risque de ne pas atteindre de changement véritable, car notre combat pour l’émancipation des femmes est intimement lié à la lutte pour l’égalité de tous citoyens, hommes et femmes. Pour cela, il nous faut beaucoup d’autres 8 mars pour dénoncer toutes ces injustices que les plus pauvres d’entre ces femmes subissent.

Attaquons donc le système global d’exploitation qui produit l’exclusion et en même temps luttons contre la domination des femmes et des enfants (filles et garçons) en domesticité ! Toute autre voie ne conduira qu’à des résultats partiels dans cette nécessaire lutte pour le changement, l’épanouissement et le bonheur de chaque Haïtienne, mais aussi de chaque Haïtien, de toutes classes, de toutes conditions et de toutes couleurs. Nous ne voulons pas de société à deux vitesses, c’est-à-dire une société où uniquement les femmes des milieux aisés profitent de la libération : celles des masses pauvres ou appauvries ont aussi droit au respect et au bonheur.

Régine Nicolas Hérard
Présidente de la « Fondation Lifaite Nicolas »




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