S'identifier Contact Avis
 
26.11° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
“Blan di w mouri ou mouri!”

“Blan di w mouri ou mouri!”








Qui ne se souvient pas de cette réponse faite par un traducteur Ayisyen en service à l’un de ses congénères compté pour mort par l’occupant et qui se défendait de ne pas être mort, mais bel et bien vivant...

Une boutade classique datant de la période de l’occupation américaine (1915-1934) et qui paraît refléter la mentalité de soumission et le rapport de domination entre l’occupant et l’occupé.

L’ occupation, soit dit en passant, aura permis de faire revivre le mythe de la toute-puissance de l’homme blanc enfoui dans notre imaginaire collectif comme traumatisme hérité de la période esclavagiste dont l’affranchissement se fait encore attendre...

Dans la pyramide de la stratification sociale telle que conçue par les colons, le blanc représentait le sommet du triangle dont la grande masse des noirs, les plus noirs, constituait la base. La mise en place de cette pyramide renforcée par le code noir a forgé la construction mentale des colonisés et esclaves à accepter et avaliser comme normale et légale la suprématie du blanc d’ un côté et de l’autre l’asservissement du noir érigés en système légal comme mode de fonctionnement d’une société foncièrement dominatrice et inégalitaire.

L’importation des Africains pour remplacer les autochtones conquis, dominés que l’esclavage avait décimés a débuté, nous rapporte-t-on, vers les années 1560 sous la recommandation du Prêtre espagnol de l’ordre des Prêcheurs, Bartolomé de Las Casas. Entre l’importation de la main d’oeuvre d’Afrique et la proclamation de l’indépendance en janvier 1804, le commerce et le déracinement des Africains pour en faire des esclaves aux Amériques et dans les Antilles auront duré environ plus de 2 siècles. Plus de 200 ans donc de conditionnement, de persuasion systématiques pour déconstruire l’ humain chez ces Africains et leur faire croire qu’ à cause de la couleur de leur peau ils n’ étaient que des bêtes de somme et n’existaient que pour servir et produire pour leurs maîtres...

Tout le système d’organisation qui a été savamment mis en place ” par et pour la colonie” reposait sur le travail non rémunéré et l’exploitation à outrance des déracinés n’ayant aucun droit.

La cruauté et la monstruosité du système finirent par faire d’eux des insoumis, des révoltés. Et la suite, on la connaît.

L’alliance de fait qui avait conduit à la victoire ne dura pas et les premiers signes, les premières secousses de la contre-révolution ne se firent pas attendre. On peut supposer que l’une des causes de la rupture serait due à certains non-dits sur la gouvernance effective et le contrôle du pays après la défaite des colons. Quel projet, quelle vision politique seraient mis à exécution une fois la lutte gagnée? Le congrès de l’ Arcahaie, paraît-il, n’ avait pas été aussi loin, n’ avait pas prévu ces cas de figure...

À qui devrait revenir l’héritage? À ceux qui, toutes tendances, toutes variations épidermiques confondues, s’étaient battus pour la liberté et la dignité? Ou à ceux qui, fils naturels, s’identifiaient aux vaincus par le sang et leur proximité épidermique?

Au temps de la colonie à St Domingue, il y avait les grands blancs, les petits blancs, les affranchis, les esclaves créoles, les esclaves bossales, ces deux derniers, dans leur grande majorité, des déracinés africains au bas de l’échelle. Après l’indépendance il y eut du jour au lendemain des Ayisyens noirs et mulâtres sans transition, sans fusion identitaire avec de part et d’autre des esclaves noirs devenus tous des hommes libres recouvrant leur humanité et des métis devenus automatiquement des nouveaux blancs éduqués et fiers, ambitionnant de mener enfin l’existence dont ils avaient toujours rêvé: être séparés des noirs et vivre comme leurs pères, les blancs.

Une grande partie des Noirs trop heureux d’ être enfin libérés de l’ esclavage, conscients que le retour à la terre natale ne pouvait plus se faire, ils se résigneront à aller vivre leur vie libre ailleurs en dehors des villes et des plantations, dans les montagnes et à s’organiser à partir des traditions et de leurs souvenirs de la terre qu’ ils avaient été contraints de laisser. Les autres par contre, la minorité, intelligemment, s’investiront dans le contrôle du pouvoir tant politique qu’économique pour consolider leur hégémonie et renforcer leur cohésion. Entreprise d’ autant plus facile que leur statut de blanc leur conférait automatiquement prestige et autorité dans un espace où la référence à la figure du Père n’avait pas changé. Qui aujourd’hui dans l’arène politique n’a pas “son allié blanc “ pour ou consolider sa position ou pour essayer de renverser ou de déstabiliser ce qu’ il perçoit comme étant le statu quo, le “système “?

Le courant indigéniste prôné par les penseurs de l’époque a été une tentative de changer la donne pour sortir du carcan ségrégationniste insupportable pour les élites intellectuelles noires. Il n’a pas débouché, pour diverses raisons, sur le changement de paradigme tant souhaité par les promoteurs du mouvement. Il faudra cependant beaucoup plus que des théories et des “ révolutions” pour déconstruire des siècles d’aliénation, de manipulation et de mensonge. L’éducation semble être la porte de sortie idéale, la voie royale pour créer l’ Ayisyen de demain . La première démarche se devrait d’être cette quête d’authenticité, cette quête de la vérité qui nous affranchira tous, nous libèrera tous des séquelles de l’esclavage pour enfin initier le processus de déconstruction et prendre en main notre destin pour faire les choses autrement pour le pays, pour nos ancêtres et pour nos fils...

SAMUEL E. PROPHÈTE



Articles connexes


Afficher plus [1026]