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Quand les citoyens réclament la fin de la société du mépris

Quand les citoyens réclament la fin de la société du mépris








On en a assez crie-t-on tous les jours. Il faut s'attaquer au système, dit-on, parce qu'il a causé beaucoup de torts à la jeunesse et aux paysans. Il faut que ça change est plus qu'un simple slogan politique, mais un projet de société qui traduit la fin de la société où l’âne travaille, le cheval en tire les gallons » pour qu’advienne une société égalitaire, « la fin de l’État massacreur » pour que soit possible la construction d’une communauté solidaire, « la fin des politiques de liquidation nationale », en vue de la reconquête de la souveraineté nationale.

On se plaint depuis deux siècles d'un État qui se ligue quotidiennement contre les intérêts des masses désabusées au profit d'une minorité possédante que Frantz Fanon appelle ironiquement dans "les damnés de la terre" la bourgeoisie nationale pour critiquer le comportement de la bourgeoisie algérienne qui s'était mise en face du mouvement libertaire de l'Algérie. En effet, la situation n'est pas différente en Haïti. La bourgeoisie traditionnelle nationale à dominance mulâtre ne se voit pas comme un élément de la société haïtienne qui doit travailler à sa grandeur et à sa prospérité, mais se considère comme une nation dans la nation avec un projet différent de celui des masses endolories, d'où le sens de l'expression de Jean Casimir: Dialogue entre les sourds.

Elle se dresse contre toute tentative de développement et de stabilité politique, économique et sociale, car sa domination sans responsabilité dépend des situations de chaos qu'elle provoque ou finance pour conserver l'ordre économico-politique de rente et démophagique établi depuis la sociogenèse du pays, particulièrement sous la gouvernance du tandem Petion-Boyer. Et, c'est à partir de là que le système kleptocratique a pris naissance. Cette période est considérée par plusieurs historiens et économistes, dont Leslie Manigat et Gérard Pierre Charles comme la genèse de la société féodale en Haïti.

En Haïti, a l’exception de la minorité jouissive et dominante, le peuple dans sa grande majorité est rejeté aux oubliettes de l'histoire, c'est-à-dire ils n'ont jamais été pris en compte sauf au moment des élections où les politiques font sembler de nouer des relations avec eux. Cette relation de bluff est considérée par Jacques Rancière comme la prise en compte de l'incompté comme manière de compter.

Nous avons entendu prononcer par certains leaders politiques populistes de beaux discours, pendant les différentes périodes électorales que nous avons connues, visant à offrir aux défavorisés monts et merveilles afin de les attirer à voter aux élections. Mais, de façon concrète aucune disposition n'a été prise pour les sortir de la pauvreté bicentenaire ou du fascisme de sous-développement. Cette triste réalité est la preuve de ce que le Professeur Illionor Louis appelle:« la dissonance entre une affirmation d'un professionnel de la politique, candidat à la présidence ou aux autres postes électifs, et la politique menée à son arrivée au pouvoir ». Cette pratique prouve un manque d'éthique politique dans le sens de Weber entre les promesses faites au cours de la campagne électorale et les réalisations après les élections.

En effet, l'exclusion qui se manifestait contre la partie majoritaire de la population l'entraine dans une marginalité socioéconomique imposée par les élites dominantes. Face à cette exclusion, elle est de tout temps en situation de défense, car elle a besoin de s'affirmer et dire à son bourreau qu'elle existe et qu'elle a droit à une partie des richesses du pays. Elle réclame sa part d'humanité qui a été volé par les élites dominantes de connivence avec l'État, car ce dernier a pour mission de permettre à tout un chacun de s'affirmer et de s'assumer.

En effet, bon nombre de citoyens sont dans l'impossibilité de se prendre en charge et de se frayer un chemin merveilleux. Ils sont confrontés à l'insouciance de l'État qui ne jure que par la perpétuation de la société du mépris qui a été mise en place après l'indépendance. En réalité, les racines de cette pratique attentatoire à la dignité et au bien-être des "damnés de la terre" tiennent aux structures de production et à l'organisation économique de la société, depuis l’assassinat de Dessalines en 1806, l’État s’est construit comme une structure de production de la pauvreté pour la partie majoritaire.

La société haïtienne est foncièrement divisée. Il y a un pays en dehors dépourvu de tout et un pays du dedans ayant en sa possession l'appareil étatique, la justice et l'économie nationale. Ce qui est grave, en Haïti, celui qui est riche l'est pour lui-même et celui qui est pauvre l'est également pour lui-même dans une totale indifférence. C'est ce que le sociologue Illionor Louis appelle une indifférence réciproque.

Plusieurs auteurs le soutiennent, en ce qui concerne Haïti : il existe en Haïti un système d’« apartheid sociospatial » qui constitue une grosse menace pour le vivre ensemble. La société du mépris aménagée au lendemain ne peut plus se reproduire, car les masses marginalisées veulent intégrer toutes les sphères décisionnelles en vue de déconstruire l'ordre social ségrégatif qui a causé tant de maux aux fils des héros vivant dans les bidonvilles de Port-au-Prince et dans les milieux paysans.

Cette situation d'arpatheid social et économique crée des frustrations au sein des couches marginalisées. Et c'est pourquoi Roberson Alphonse a écrit: « ciblant particulièrement vos entreprises et votre classe, le peuple vous fait savoir que, désormais, il identifie les concepteurs de sa souffrance. En guidant sa colère sur des biens, il vous fait savoir qu’il lui reste encore beaucoup de considération pour des vies et que si rien n'est fait le pire est à venir.» Il faut à tout prix éviter le chaos qui me parait irréversible dans ce contexte de délabrement social, politique et économique. En réalité, vu la misère et la corruption qui éreintent la société dans son fondement, si rien n’est fait, il y a de quoi à s'inquiéter et à s'attendre au pire.

Car, avant on pensait qu'ils étaient incapables de se défendre contre la malveillance étatique, la mauvaise foi des élites dominantes. On leur reprochait leur laxisme et leur résignation. Désormais, ils réclament la nourriture, la santé pour eux et leurs progénitures et veulent vivre dans une société où les opportunités sont offertes à tous. Ceux qui avaient cette compréhension du comportement des marginalisés doivent la rectifier après les derniers événements du week-end 6 ,7 et 8 juillet et les événements récents, car ils sont en train de manifester leur existence et contraindre les concepteurs des causes de la débâcle nationale à accepter leur existence.

Désormais,la révolution du partage se fait sentir de plus en plus dans un contexte de crise sociale et politique aiguë, où les gens sont en quête de leur "mounité" effective. Ils semblent déterminés à prendre en main leur destin et celui de leurs progénitures, et n'ont pas besoin d'aide d'un quelconque groupement ou parti politique pour écrire son histoire. Car, depuis, la genèse du pays, les masses haïtiennes demeurent les éternelles oubliées de la prospérité, pour reprendre l'expression d'Arnaud. On leur reprochait leur laxisme et leur nonchalance, mais ils se sont réveillés et veulent s'assumer et se responsabiliser. Anténor Firmin nous dit que: «Dans tous les pays, dans toutes les races, le progrès ne s’effectue, ne se réalise, ne devient tangible que lorsque les couches sociales inférieures, qui forment toujours la majorité, tendent à monter, en intelligence, en puissance, en dignité.» C'est ce qu'ils ont commencé depuis les 6,7 et 8 juillet et continuent pendant ces derniers jours.

Ils ont compris que seul le renversement du système peut faciliter le renouveau du pays. Ils ont également compris que le renversement du pouvoir en place doit servir de prétexte et de point de départ pour initier le changement tant souhaité. Le glas du système a sonné. Il faut désormais l'émergence d'un ordre nouveau et des hommes d'État conscieux pour assurer la gouvernance du pays.

Me Atzer Alcindor, Av.



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