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Le cas de Nice Simon: objet de mépris de la justice haïtienne

Le cas de Nice Simon: objet de mépris de la justice haïtienne








L’histoire de la femme haïtienne est une histoire de luttes constantes, douloureuses et permanentes. Une histoire de lutte pour la libération, l’acceptation, l’existence, l’intégration et l’émancipation de la femme haïtienne. Une histoire de grandes luttes de la femme contre cette société machiste qui l’a toujours dominée et écrasée en faveur de l’autre sexe, une histoire pour l’affirmation de son être. Au fil des années, ces luttes ont connu de bien nouvelles trajectoires, diverses formes, cependant les objectifs n’ont point changé pour accéder à l’autonomie, à l’équité, à l’égalité parfaite et à plus d’espaces dans le domaine politique.

Dans un pays où les femmes constituent plus de 52% de la population, la représentation de cette majorité dans les institutions nationales est quasiment insignifiante. Malgré les dispositions de l’article 17.1 de la Constitution de 1987, imposant un quota d’au moins 30% de femmes à tous les niveaux de la vie nationale, notamment dans les services publics, la présence des femmes dans les espaces de décision tend à diminuer. Dans l’actuelle législature, on ne compte malheureusement que 3 femmes députées sur 117 et 1 sénatrice sur 30.

Parlant de femmes et de leur accession au pouvoir, à l’issue des joutes de 2015, l’ancienne actrice vedette du film I love you Anne, NICE SIMON dit Anne, est élue mairesse principale du conseil d’administration communale de Tabarre, sous la bannière du parti politique Renmen Ayiti. Le 2 octobre 2018, Mme Simon, mairesse en fonction a été violemment battue par Jean-Yves Léonard son conjoint et père de son deuxième fils. Il faut dire que cette infraction a eu lieu suite à une dispute sur des dossiers de corruption entre l’ancienne administration de la mairie et l’ULCC pouvant mettre en question la réputation, les responsabilités et les engagements de la mairesse. Elle -refusait catégoriquement de se laisser faire par le commissaire du gouvernement de la commune de la Croix-des-Bouquets manipulé par son ami et bienfaiteur, M. Léonard, compagnon de la mairesse et propriétaire de Kingdom hôtel où le commissaire du gouvernement a été hébergé gratuitement pendant plusieurs mois. La mairesse, refusant de se faire complice dans ces dossiers de corruption, Jean-Yves Léonard l’’a affreusement battue.

Il est important de rappeler que M. Léonard est un grand ami de l’actuel Président de la République et aussi propriétaire de la maison où habite la famille présidentielle. L’homme d’affaires est aussi proche de plusieurs hommes politiques puissants, dont le Premier ministre d’alors, Me Jean Henry Céant, leader du parti Renmen Ayiti dont Mme Simon est membre.

C’est avec beaucoup de dédain que tout le monde a constaté le silence tant du président Jovenel Moise que de l’ancien Premier ministre Céant dans ce dossier en dépit de sa médiatisation par voie de publication de plus d’une dizaine de photos authentiques de la victime sur les réseaux sociaux avec blessures, bleus et morsures et une conférence de presse et des plaintes formelles de la victime. Qui ne dit mot consent, dit-on!

Mme Nice Simon, en tant que femme d’État a choisi la voie de la justice qui devrait être le meilleur choix dans un régime démocratique où l’État de droit est censé l’un des piliers sur lesquels repose la société. Selon l’avocat de la victime, le cas de Nice Simon fait l’objet d’un ensemble d’infractions graves comme tentative d’assassinat, séquestration, voie de faits et blessures graves, etc. La loi prévoit au regard des articles 2 et 292 du Code pénal des sanctions. Cependant à la surprise générale, le juge instructeur du dossier a rendu une ordonnance en faveur de l’accusé Jean-Yves Léonard, retenant une seule infraction contre lui, ce qui annule du même coup le mandat d’amener qui a été émis à l’encontre de l’agresseur.

Sortie triomphale de Jean-Yves Léonard de sa cachette

Après six mois de silence, Yves Léonard en grand patron sort calmement de sa soi-disant cachette en annonçant une conférence de presse dans un endroit public en vue, de présenter sa version des faits. Grâce à la mobilisation des organisations féministes, cette première conférence planifiée a avorté et a été reportée. Peu de jours après, M. Léonard tient une conférence de presse dans son hôtel à Tabarre, à laquelle il a formellement interdit à toutes les organisations de femmes et celles de droits humains de prendre part. Entouré de ses avocats, l’agresseur a présenté un discours rempli de contradictions dans lequel il a maladroitement tenté de se faire passer pour victime.

M. Léonard pousse loin son audace au point de solliciter de la justice la garde de l'enfant. Quel toupet ! Comment quelqu’un d’aussi dangereux peut-il oser exiger la garde d’un enfant qui mérite et nécessite protection? En dépit du fait que la loi haïtienne exige que ces dossiers soient traités avec célérité, Mme Simon, face à la complaisance des autorités judiciaires a du recourir à la justice américaine en vue d’obtenir la garde de son fils de nationalité américaine.

Si Nice simon en tant que figure de proue du cinéma haïtien, autorité politique en fonction a autant de mal à trouver justice pour son cas de violence flagrant, qu’en est-il des autres femmes victimes?

L’injustice dans la démocratie

L’impunité en Haïti dit pays démocratique a, une fois de plus, franchi toutes les limites imaginables. Les coupables restent toujours impunis et circulent librement pendant que les victimes sont menacées, méprisées, humiliées et livrées à elles-mêmes sans grand espoir que justice leur sera faite un jour.

La mairesse de la commune de Tabarre n’est pas la première femme victime de ce fléau, elle ne sera pas la dernière non plus. D’après nos constats, d’octobre 2018 à nos jours, nombreuses sont celles qui ont été tabassées et même tuées par leurs conjoints. Ces femmes décident de garder le silence parce que, selon elles, l’impunité est la règle en Haïti surtout pour les cas de violence faite aux femmes. La justice haïtienne devrait se servir du cas de Nice Simon pour tracer l’exemple et envoyer un signal clair aux agresseurs en vue d’arrêter ce « « féminicide » » qui fait rage depuis des années. Mais non! On veut plutôt “kase fèy kouvri sa” en innocentant le bourreau, comme d’habitude.

À quand la fin de ce règne d’impunité au détriment des femmes de toutes les classes sociales victimes de toute sorte de violence?

Le mouvement de la libération des femmes en 1970 à donner naissance à une nouvelle démocratie, la vraie, car celle inventée à Athènes excluant les femmes ne saurait être la vraie démocratie. Chez nous en Haïti, le 3 avril 1986, les femmes haïtiennes se sont courageusement libérées du patriarcat.

Toutefois, cela ne demeure qu’un leurre. Comment peut-on oser parler de démocratie quand les droits des femmes sont bafoués? Quand cette catégorie, représentant la majorité de la population, est doublement voire triplement victime tant de ses bourreaux, de la société que du système judiciaire? N’y a-t-il pas lieu de se demander quelle justice et quelle femme pour Haïti en ce 21e siècle? Je pense qu’il nous faut des hommes et des femmes justes et intègres pour établir la démocratie en Haïti en vue d’une société équitable où la JUSTICE RÈGNERA.

Justice pour Nice Simon et pour toutes les femmes victimes de toute forme de violence!

Non à l’impunité!

Nathalie MONDÉSIR
Féministe révoltée



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