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Seulement 4% d’’Haïtiens font confiance à l’administration publique, révèle une étude.

Seulement 4% d’’Haïtiens font confiance à l’administration publique, révèle une étude.








Le décret portant organisation de l’administration centrale de l’État définit l’administration publique haïtienne comme l’instrument par lequel l’État concrétise sa mission et ses objectifs. Pour garantir sa bonne marche, elle doit être structurée de manière à être gérée avec honnêteté. C’est aussi l’outil d'opérationnalisation des politiques publiques menées par l’État et le médiateur entre ce dernier et les citoyens à travers les services publics offerts. En se fondant sur les théories de la démocratie, certains auteurs affirment que l’administration publique joue un rôle majeur dans le maintien de l’adhésion des citoyens à la démocratie (Ariely 2013). Cependant, l’administration publique à travers les courants de pensée n’allait pas toujours de pair avec la démocratie. Certains spécialistes de l’administration publique ont affirmé que la bureaucratie et la démocratie étaient des concepts incompatibles (Durant, 2010). Cette tendance a, surtout, émergé avec l’ensemble des critiques adressées à la théorie wébérienne comme : la lenteur dans les prises de décision, la ligne hiérarchique trop complexe, centralisée et inefficace. C’est ainsi qu’une vague de réformes a été entreprise dans les administrations publiques à partir des années 1970 avec le new public management.

Dans cette vague, Haïti a pu avoir un cadre de référence pour l’administration publique en 1982, avec la promulgation d’une loi portant sur le statut de la fonction publique. En 1994 un ministère de la fonction publique a été créé, mais n’a pas fait long feu. Il est suivi en 1996 d’une commission de réforme et ce sera ensuite le tour des décrets du 17 mai 2005 avec la création de l’École nationale d’administration et des politiques publiques (qui fera l’objet d’un autre article) et un programme-cadre de réforme en 2007 suivi de deux autres en 2012 et 2018. Tout ceci était dans l’objectif d’améliorer la qualité des services publics, la performance et la réputation de l’administration publique, afin de satisfaire les usagers et gagner leur confiance.

Les perceptions et certaines expériences ont donné le pressentiment que ça ne va pas dans l’administration. Tout en considérant certains facteurs comme les crises politiques et les catastrophes naturelles, une étude empirique a été menée entre juin et octobre 2018 auprès des usagers pour connaître leur perception de l’administration publique haïtienne.

Dans cette partie, il est question de décrire les participants à cette étude qui ont complété le questionnaire eu égard aux variables démographiques suivantes : sexe, tranche d’âge, niveau d’instruction et leur appartenance à quel département du pays.

Sexe : sur les 154 répondants, 101(65.6%) étaient de sexe masculin contre 49 (31.9%) de sexe féminin et 4 (2.6%) personnes ne souhaitaient pas préciser leur sexe.

Âge : l’âge des répondants était réparti en cinqcatégories : (1) les moins de 25 ans ; (2) 25-35 ans ; (3) 35-50 ans ; (4) 50-65 ans (5) 65-X. le plus grand groupe était composé des 25-35 (57,8%) suivi des moins de 25 ans (26%).

Niveau d’instruction

La plus grande partie des répondants est composée de personnes de niveau licence. Ensuite viennent les gens qui ont un baccalauréat. Le graphique ci-après représente plus en détail le niveau d’instruction des répondants.

Répartition géographique

Les répondants se situent au niveau des dix départements géographiques du pays avec une bonne concentration dans le département de l’Ouest. Ceci peut s’expliquer par le poids démographique dudit département et la concentration de certains services publics.

À la question « avez-vous déjà payé pour un service public non payant ou avez-vous payé en plus que le prix normal ? » Au total 64 % des répondants ont répondu oui. Dans l’ensemble, 62 % des répondants ont déjà fait appel à un « raquetteur » pour avoir accès à un service public payant ou non payant.

En ce qui concerne la durée de livraison d’un service, 84,5 % des répondants ont déclaré que le service a pris plus de temps que prévu. 62,8 % des répondants ont déjà payé pour un service non payant. À la question « faites-vous confiance à l'administration Publique ? » seulement 3.9 % des répondants ont répondu oui. 41% des répondants n’y font pas du tout confiance et 51.1% des répondants disent pas trop. Le graphique suivant donne plus de détails.

À la question concernant la satisfaction des usagers pour un service public, les résultats se présentent comme suit :

Par rapport au niveau de satisfaction , les répondants qui se situent dans la tranche d’âge 25-35 ans, se sont montrés plus insatisfaits. Seulement 10 % des répondants se déclarent satisfaits de l’administration publique. Viennent ensuite les moins de 25 ans qui font montre d’un petit progrès. Environ 20 % des répondants se sont dit satisfaits. Ce qui pourrait s’expliquer par le fait qu’ils n’utilisent pas encore beaucoup de services publics à cet âge. Supposant que leur principal besoin pourrait se résumer à une carte d’identification nationale, une matricule fiscale, la légalisation des pièces. cela peut expliquer aussi le fait que les gens qui se situent entre 35 ans et plus sont totalement insatisfaits avec une petite nuance en ce qui a trait aux satisfaits car à cette tranche d’âge ils utilisent beaucoup plus de services publics.

Tenant compte de trois programmes-cadres de modernisation administrative qui sont déjà arrivés à échéance, une question a été posée à savoir : qu’est-ce qu’ils pensent de l’administration publique? Dans la réponse, 72 % des répondants pensent que l’administration publique est archaïque. Le graphique suivant donne plus de détails.

En dernier lieu,« à la question ouverte « qu’attendez-vous d’un fonctionnaire public ? » les réponses sont très variées. Dans ce cas, une catégorisation s’avérait nécessaire.

Nous avons fait un tri par rapport à ce qu’ils pensaient de l’administration publique en termes de modernité pour les lier avec certains verbatim à travers une étude croisée.

Pour ceux qui pensent que l’administration est archaïque (73%) ; les mots les plus fréquents sont : honnêteté, service de qualité aux citoyens, travail bien fait, compétence, modernité, pas de corruption, service à la communauté, efficacité, efficience, le sens du sérieux, professionnalisme, respect de sa mission et de ses obligations, l’intérêt général, agir selon les lois, éthique. Voilà, en quelque sorte, les mots-clés qui ont été repérés parmi les attentes de ceux qui pensent que l’administration publique haïtienne est archaïque. Il y a aussi certains commentaires à prendre en compte par exemple : « Me donner un service qu’il soit payant ou non sans prendre trop de temps ou m’exposer à des abus », « Qu'il fasse son travail correctement sans corruption sans faire souffrir les gens pour le service. », « Sincèrement, je souhaite que le fonctionnaire public soit un représentant digne de l'institution dans laquelle il travaille. Je m'attends qu'il soit crédible, honnête, passionné par son travail et qu'il remette aux clients le travail demandé à la date butoir » et des commentaires plutôt négatifs : « Rien. Puisque dans l'exercice de sa fonction c'est le "Moi" qui priorise », « Dans ce système je n'attends rien ; les fonctionnaires publics haïtiens sont des raquetteurs (yap piye pou yo ale, m pa atann anyen de yo). Ils sont tous pareils ». Grâce aux tableaux croisés d’Excel, on a pu constater que ces mêmes commentaires apparaissent au niveau des réponses de ceux qui sont totalement satisfaits et insatisfaits des services de l’administration publique.

Pour ceux qui pensent qu’elle est en voie de modernisation, on retrouve des mots-clés comme : la conscience, la compétence, l’accessibilité aux services, respect, professionnalisme, responsabilité, intégrité, service de qualité, efficacité, impartialité, équité, promptitude. Et nous avons relevé des commentaires tels que : « qu'il soit à même de servir la population qu'il soit intègre et exempt de tout acte de corruption », « D'un service équitable, émis en toute impartialité, selon la loi », « Qu'il m'assiste pour que je remplisse mes devoirs civiques ; pas qu'il me vole, ou qu'il me donne de mauvaises informations - je ne suis pas stupide. Je veux remplir mes devoirs, je ne veux pas qu'on me vole ni qu'on abuse de moi. Je gagne peu et je travaille dur pour le peu que je gagne. Je veux être respectée, en tant que citoyenne. » En dernier lieu, il y a ceux qui pensent que l’administration est moderne et très moderne . Ceux-là représentent 6 %, ils attendent que le fonctionnaire soit à l’écoute.

Ces données ont montré, dans l’ensemble, que l’administration publique haïtienne ne répond pas à sa mission qui est de servir les citoyens en leur permettant de s’épanouir. Une administration publique qui n’a pas la confiance des citoyens aura du mal à mettre en œuvre les politiques de l’État. Les citoyens ne voudront même pas payer leurs impôts puisqu’ils pensent que leur argent ne va pas servir à la collectivité, mais à enrichir les politiciens. Ce qui fait qu’ils seront réticents à collaborer avec l’administration publique. L’un des défis actuels de l’État haïtien à ce niveau est de retrouver la confiance de la population. Pour ce faire, il doit changer l’image qu’il donne à la population de l’administration publique. En tant qu’instrument de cohésion et de coordination de la société, elle [l’administration publique] doit être crédible aux yeux des citoyens. Toutefois, la satisfaction du citoyen de l’administration est très complexe. Selon (Goddard, 2016), pour délivrer un service public répondant aux nouvelles attentes des usagers, il s’avère nécessaire d’adopter le point de vue de l’usager. Or, celui-ci ne raisonne pas en termes de politiques publiques et de dispositifs d’intervention, mais en événement de vie correspondant à ses préoccupations concrètes. Le parcours de l’usager est à s’inscrire dans une approche ‘’omnicanale’’ : c’est-à-dire proposer à l’usager une expérience de sa relation avec l’administration cohérente, quel que soit le canal utilisé. Par ailleurs il est entendu que les services publics ne justifient leur existence que par rapport aux usagers.

Jean Odelin CASSEUS
Doctorant en administration publique
Master en Développement : Gouvernance et Management Public



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