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Quand les Nations Unies dressent le bilan d’un échec à portée multiple

Quand les Nations Unies dressent le bilan d’un échec à portée multiple



I- Contexte

« Plus l’homme aperçoit adéquatement la réalité, plus il se trouve en position de force dans le monde. Et moins son idée de la réalité est adéquate, plus il est désorienté, insécurise et plus il a besoin d’idoles pour parer son sentiment d’insécurité, plus son sens des réalités est adéquat, plus en revanche il vole de ses ailes ».

J’évoque cet énoncé pour tisser une réflexion sur la situation de plus en plus dramatique à laquelle la société haïtienne est confrontée.

La société haïtienne atteint un stade très critique dans son évolution. Le désarroi et le désenchantement se lisent sur le visage des gens de toutes les couches de la population.

Il y a plus de vingt ans, dans un article publié dans les colonnes du Nouvelliste en date du 6 juillet 1997, il a été dit et je reprends : « Le tableau est déprimant et fait peur, Haïti est abattue, et semble se résigner à mourir après avoir nourri tant d’espoir ».

Mine de rien, cet extrait est tiré paradoxalement d’un article rédigé à la demande des nantis. Néanmoins, loin d’adopter des dispositions destinées à corriger la trajectoire de la société en améliorant les conditions générales de gouvernance du pays, ils se sont complus, comme d’habitude, à gérer leurs petites combines. Tandis que la situation continue à se dégrader. Aujourd’hui, en plus que jamais des acteurs nationaux, ceci, pas des moindres, c’est aussi l’international à travers les Nations Unies qui en viennent à déplorer l’état de dégradation des conditions générales des droits de l’homme et du mode de fonctionnement un peu délétère, des institutions publiques en général et du gouvernement en tant qu’expression politique de l’État.

Je prends le soin de rédiger ce texte afin de faire une mise au point au sujet de quelques prises de position adoptées et exprimées au cours de ces trois derniers mois aux Nations Unies par l’organe du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Par exemple la rédaction du magazine en ligne Rezo Nodwès a rapporté avec maestria, plusieurs extraits du rapport annuel du Haut Commissariat présenté par le chef de cette agence, Madame Michelle Bachelet qui exposait à l’attention des membres du Conseil des droits de l’homme le rapport d’activités relatif à la situation des droits de l’homme dans le monde et je reprends : « Ces derniers mois, nous avons vu des gens du monde entier descendre dans les rues pour protester contre les irrégularités et la détérioration des conditions économiques et sociales » auxquelles elles sont confrontées, a-t-elle déclaré à Genève. »

Tout en reconnaissant la justesse de ce constat et le professionnalisme dont elle fait montre dans l’exercice de ses fonctions et le dynamisme qu’elle a su insuffler à cette agence qui, pendant longtemps, a été reléguée au second plan. Il ne faudrait pas non plus perdre de vue la responsabilité de l’ensemble du système des Nations Unies dans la débâcle à laquelle la société haïtienne est confrontée aujourd’hui. Il n’y a pas de génération spontanée dit-on. Dès le début des années 1960, l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation la science et culture (L’UNESCO), loin de dénoncer les actes de terreur entrepris par le régime en place, s’est associée à ce dernier pour vider la société de ce qu’elle disposait comme capital de ressources humaines qualifiées (plusieurs milliers de professionnels de toutes disciplines) au profit des sociétés africaines nouvellement indépendantes, aussi bien qu’à d’autres sociétés tant d’Amérique du Nord, d’Amérique latine, de la Caraïbe que d’Europe. En plus d’apporter une bouffée d’oxygène sous couvert de la coopération, au pouvoir en place, cette démarche constituait un travail de sape, contre le développement du pays. En témoigne le déclin du système éducatif haïtien aujourd’hui dû, en grande partie, au phénomène dit de rupture de génération. Souvent on répète presque machinalement que 85 % des diplômés haïtiens se retrouvent à l’étranger. S’agit-il d’une situation spontanée d’un construit ou d’un continuum ? Par exemple de 1999 à nos jours plusieurs dizaines de milliers de diplômés se sont migrés soit vers le Canada, le Brésil, le Chili ou vers l’Argentine.

« Où ils ont fait un désert, ils disent qu’ils ont donné la paix » cette citation tirée de Les Anales, ouvrage de l’éminent historien et homme politique romain Tacite traduit, dans une large mesure, l’état de la situation générale de la société haïtienne. Car après environ une dizaine de missions dites de maintien de la paix, la plupart des institutions publiques haïtiennes sont effondrées et les bandes armées tendent à dominer de plus en plus, plusieurs endroits du territoire tant de la capitale que des provinces et l’insécurité fait rage partout. Voilà le contexte dans lequel la représentante de la MINUJUSTH s’est dite satisfaite des réalisations de cette Mission en Haïti. Alors, comment parler de satisfaction du bilan des activités de la MINUJUSTH en Haïti dans l’état actuel de dégradation caractérisée de la situation générale de la société haïtienne ?

- « Vérité en deçà — erreur au-delà »

Pour mieux comprendre le sens et la portée de ce qui constitue le fond de pensée en vigueur au sein des Nations Unies, il ne faut jamais perdre de vue les conditions historiques inhérentes à l’insertion d’Haïti à l’économie internationale (le commerce triangulaire, la colonisation et la ségrégation raciale) et le déni que les puissances coloniales et leurs alliés ont témoigné envers la révolution haïtienne et l’Etat-Nation tout au cours de son existence.

« Le seul moyen de maintenir un régime colonial serait le blocage de l’évolution des indigènes au niveau le plus bas, sans que ne soit admise la moindre exception individuelle ou collective ; mais c’est une impossibilité ou un espoir déçu ».

Cet énoncé tiré de l’ouvrage, La présociologie haïtienne, Haïti et sa vocation nationale de l’éminent écrivain et chercheur haïtien Dr René A. Saint-Louis a fourni un éclairage très solide à propos des velléités des anciennes puissantes coloniales de poursuivre, sous de nouveaux jougs, cet ordre inique. Et les institutions internationales (multilatérales et bilatérales) participent, d’emblée, de cette dynamique.

- Petite rétrospective relative à la situation d’Haïti au milieu des années 1940

Le mouvement indigéniste haïtien, initié à la fin des années 1920, fut lancé par l’éminent idéologue et théoricien du développement Jean Price Mars. Comme la Renaissance, ce fameux mouvement prit corps et entraina un bouleversement pertinent dans l’organisation et le développement de la société haïtienne en matière artistique, culturelle et politique. En effet en plus des distinctions décernées à la délégation des peintres haïtiens au biennal de la Havane, l’organisation de la commémoration de la fondation du bicentenaire de la fondation de Port-au-Prince, comme manifestation a eu un succès retentissant. La diplomatie haïtienne quant à elle connut également une situation d’auréolée, c’est ainsi que la commission chargée de la rédaction de la charte des droits de l’homme des Nations Unies, présidée par Madame Eléonore Roosevelt, épouse du Président en exercice des États Unis a eu comme secrétaire rapporteur son excellence, le professeur Émile Saint-Lot ambassadeur d’Haïti auprès de l’ONU.

- Regard sur l’évolution des relations de certains organismes et Agences du système des Nations unies avec Haïti —

La toute première initiative entreprise par l’Organisation des Nations-Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) se réalisa malencontreusement en Haïti, deux ans après la création de cette fameuse Agence. Il s’agit de : « l’Expérience témoin de Marbial, (Section rurale de Jacmel, commune de l’Arrondissement du Sud-est) dirigé de 1947 à 1949 par l’éminent ethnologue français Alfred Metreaux assisté de l’ingénieur Agronome, et sociologue Édouard Berrouet et l’anthropologue Michel Lamartinière Honorat. Ce projet donna lieu à des études très pertinentes en matière “’de sociologie rurale, d’anthropologie et de développement en Haïti”’. Haïti, la terre et les dieux rédigé par le prof Metreaux et l’expérience de Marbial, etc. sont autant d’ouvrages, au demeurant très pertinents et très utiles à la communauté scientifique pour aider à comprendre le phénotype rural/urbain haïtien. Néanmoins l’une des faiblesses majeures de ce projet c’est que contrairement à Haïti, l’expérimentation de la scolarisation universelle comme étant l’une des résultantes du projet fut réalisée au Mexique et en Colombie. Autre facteur à retenir c’est que la problématique de développement comme champs d recherche trouva par la suite, un écho beaucoup plus favorable chez les scientifiques sociaux tant haïtiens qu’étrangers. Le Bureau national d’Ethnologie, créé cinq ans avant, fut d’un apport important.

Pour bien comprendre ma démarche, laissez-moi pour le besoin de la cause passer en revue les principales missions des Nations Unies à savoir :

1) La paix et la sécurité
2) Le développement
3) Les droits de l’homme

L’Affaire Seitenfus ou l’arbre qui cache la forêt

Dans une entrevue accordée par le Dr Seitenfus, diplomate brésilien et ancien représentant de l’OEA en Haïti au Journal le Nouvelliste en date du 18 décembre 2018 il est dit et je reprends “Les plus hautes autorités des Nations Unies, le Secretaire général des Nations Unies le département des affaires juridiques du Secrétaire général, le représentant des Nations unies, le commandement militaire de la MINUSTAH pour avoir nier pendant longtemps jusqu’en 2016 leur responsabilité dans l’introduction du virus choléra en Haïti”.

La vérité relative aux vraies données relatives à la quantité de victimes du choléra en Haïti.

Le Dr Seitenfus a ouvert la boite de pandore en fournissant des données inédites en rapport au nombre de victimes fatales de l’épidémie du choléra s’élève à plus de cinquante mille contrairement aux dix mille de ces chiffres officiels annoncés par l’organisation panaméricaine de la santé » les Nations Unies doivent reconnaitre leur culpabilité et aussi leur responsabilité légale a-t-il poursuivi : « il ne s’agit pas d’une question d’argent d’indemnisation, d’amélioration de l’accès à l’eau potable ou encore moins du système sanitaire » — Selon l’ancien représentant de l’OEA, l’ouvrage qu’il a présenté est un dialogue entre le droit et la médecine par lequel il dit avoir établi tous les faits et suivi étape par étape l’évolution de l’épidémie pour pouvoir tirer les conclusions sur les responsabilités des uns et des autres à cet effet.

Selon l’article de M. Saint Pré la deuxième partie a offert un éclairage a ce sujet, grâce a une discussion sur le droit international, les traités sur le droit international militaire et humanitaire – « les Nations Unies ne peuvent être coupables sans être responsables » il ne s’agit pas d’une responsabilité morale, mais d’une responsabilité légale. La notion de responsabilité morale évoquée par le Secrétaire Général Ban Ki – Moon à la fin de son mandat est vide de sens.

Quelques recommandations formulées par l’ex-représentant de l’OEA relatives à l’éradication de l’épidémie du choléra face à un État faible et des élites dirigeantes vassalisées.

Le Dr Seitenfus préconise le renoncement, dans le cas spécifique d’Haïti, à cette soi-disant immunité, la demande d’un avis consultatif par le gouvernement haïtien à la Cour internationale de Justice que les Nations Unies s’engageraient à respecter ainsi qu’une méditation du pape François. Le diplomate brésilien a dénoncé également le désintérêt de l’état haïtien et des autorités haïtiennes somme toute incompréhensibles a — il dit étant donné leur dépendance au système des Nations Unies. Alors qu’entre temps la négation systématique de la participation des Nations Unies a provoqué des morts inutiles, et l’une des conséquences de l’épidémie est l’introduction par les Nations Unies des examens prophylactiques sur les Casques bleus avant de les envoyer en mission.

Le choléra, une énigme pour Haïti, l’ONU au banc des accusés.

Tout en reconnaissant les limites du système sanitaire existant en Haïti qui est réputé être précaire et sous-financé. Il conviendrait de reconnaître également que la société aura résisté, malgré tout, pendant plus de cent quatre-vingts années avant qu’elle ne soit frappée de plein fouet, par cette vilaine épidémie meurtrière, sinon criminelle introduite malencontreusement à cause de la présence inopportune des Casques bleus de l’ONU dits en mission de paix en Haïti (rann sevis bay chagren).

Il conviendrait de souligner, pour besoin de la cause, que le choléra fit rage aux États-Unis d’Amérique et dans bien d’autres pays occidentaux au début des années 1830. Tandis que Haïti, petit État insulaire, n’y a jamais été touché ni sous l’Administration du président Jean-Pierre Boyer (1818/1844) ni sous d’autres administrations ultérieures jusqu’en 2010.

La situation sanitaire et épidémiologique d’Haïti vue, en partie, d’un historien. –

La professeure Deborah Jenson, Dre. En littérature, spécialiste en santé publique, chercheuse à Duke Université (États-Unis) prononça une conférence en Haïti au début des années 2010 avec la participation du professeur Casimir (PHD) sociologue écrivain et chercheur, par laquelle elle a offert des pistes de recherche et de réflexion, quant aux au profil épidémiologique du pays particulièrement en matière de choléra. En effet, elle a fourni, grâce à une analyse comparée, le profil épidémiologique d’Haïti en la matière par rapport à d’autres pays en Amérique réputée être des foyers du choléra, dont les États-Unis d’Amérique du Nord.

Aussi a-t-elle avancé : « Aucun type de bactérie susceptible de provoquer la pathologie du choléra n’a été identifiée nulle part sur le territoire haïtien de 1830 à 2010 ». Et aucun cas de patient atteint de cette maladie n’a été non plus identifié et traité dans le système sanitaire, hospitalier ou non en Haïti jusqu’au jour où les premiers cas ont été recensés dans la sous-région du Bas-Plateau et de l’Artibonite en Haïti. De là d’autres études sont venues préciser l’état de la situation et spécifier, du coup, la caractéristique de la souche des bactéries identifiée en Haïti qui s’apparente, dans une large mesure, à celle trouvée au Népal, pays de l’Asie du Sud, réputé être un foyer de choléra.

- Entre les déclarations d’intention et la praxis de la coopération internationale, Haïti aux prises au vrai visage de l’ONU.

« La force crée le droit » dit-on. — La gestion d’une mission de maintien de la paix de l’ONU dans n’importe quelle société à laquelle elle est basée revient au chef de mission, il devient dans ce cas de garantir la sécurité de chacun des membres de cette structure ; tout comme il lui revient également de s’assurer que les membres des populations d’accueil soient aussi bien protégés. En effet, sans être grand clerc, il est connu de tout le monde que dès qu’il y a déplacement de population, à quelle échelle que ce soit, les risques de propagation de virus voire d’épidémie sont fort probables. Il devient par conséquent, impératif d’œuvrer à minimiser tout risque éventuel d’introduction ou de propagande.

Par conséquent, comment se fait-il que des Casques bleus du contingent militaire népalais puissent être admis sur le sol haïtien au sein de la MINUSTAH sans qu’ils ne soient pas correctement contrôlés au point que ces derniers événements à de contaminer les populations locales ? Qu’est-ce qui pourrait motiver que ces gens aient dérogé délibérément aux normes sanitaires qui sont en vigueur au sein de la mission au point d’aller déverser des vidanges dans des sites non protégés voire dans des plantes d’eau (rivières, lagon, lacs fleuves etc.) Ce faisant, les auteurs, coauteurs et complices d’une pareille forfaiture se font coupables d’actes criminels sinon terroristes.

D’autant que tout porte à croire qu’il s’agissait de relâchement, de négligence ou même d’un choix délibéré de porter préjudice aux populations qu’on est censé protéger. Car on comprendrait mal, dans ce cas, qu’aucune disposition n’ait été adoptée quant à la vérification de la situation sanitaire de chacun des membres de chacun des contingents militaires de la mission. Encore plus s’il s’agit d’une société ou d’un territoire réputé être un foyer de choléra comme c’est le cas du Népal, pays d’origine des Casques bleus incriminés de cet acte scélérat !

En effet, comment, dans ce cas, disculper les autorités de la MINUSTAH, qui sans avoir pris le soin de diligenter une enquête approfondie ont balayé du revers de la main leur responsabilité dans cette affaire aussi odieuse ? (Kase fèy kouvri sa)

« Bèf ki pa gen ke, bondye pouse mouch pou li ». Privé du soutien politique des plus hautes autorités haïtiennes et la faction dominante des élites, les Nations Unies ont grandement profite du flou qui entourait la question grandement profité du flou qui entourait la question jusqu’au jour où des universitaires, des centres de recherches et d’autres intéressés haïtiens et étrangers sensibilisés par la question ont saisi le dossier, à bras le corps, en fournissant les premiers éléments d’études scientifiquement bien établies qui allaient fixer définitivement la responsabilité des Nations Unies.

D’autres études en venaient à localiser le site (les plantes d’eau) dans lequel les vidanges ont été déversées à savoir une rivière, du Bas Plateau central (département du centre) qui se jette dans le fleuve de l’Artibonite. De là la propagation des bactéries s’est amplifié et les premiers cas de patients atteints de choléra ont été identifiés et localisés et peu après l’épidémie toucha plusieurs régions du pays du Nord au sud de l’Est à l’Ouest.

La communauté scientifique à pieds d’œuvre et la vérité sort, au fur et à mesure, du fond de puits

Les études se sont multipliées et les résultats d’analyses relatives à la souche des bactéries présentes en Haïti sont finalement révélés. Les données ont démontré que la souche des bactéries recueillies en Haïti est identique à celles identifiées au Népal, pays de l’Asie du Sud, situé à plusieurs mille lieues d’Haïti. Ironie du sort.

De l’assouplissement de la position des Nations Unies en rapport à la question du choléra en Haïti

Les années ont passé, la tension a quelque peu baissé, le Secrétaire Général, arrivé en fin de mandat, l’opinion internationale pesait de plus en plus dans l’affaire du choléra en Haïti. Ces divers facteurs ont contribué à un desserrement de l’étau et les Nations Unies ont finalement reconnu publiquement leur responsabilité dans cette épineuse affaire par l’organe de son Secrétaire général, le diplomate Sud Coréen Ban Ki Moon.

Et si l’on astreignait le gardien du temple au respect des normes, des règles et des principes régissant la gouvernance de l’organisation mondiale en Haïti ?

Il y a un vieil adage créole haïtien qui dit : « gwo nèg se Leta ». L’attitude de l’ONU dans la manière dont elle aborde le dossier du choléra tel qu’il se présente en Haïti a posé, tout compte fait, un problème d’éthique juridique et de moralité publique internationale. Car comme une institution dont les piliers ou missions sont la paix et la sécurité internationale. Le développement et les droits de l’homme ne sauraient, en aucun cas, poser dans le cadre de ses missions, des actes qui soient contraires aux valeurs fondamentales qu’elle est censée incarner.

En tout cas ce qui s’est passé en Haïti à cause la présence de l’ONU par l’entremise de la MINUSTAH, comme mission dite de maintien de la paix est très révélateur, d’une situation d’un Léviathan budgétivore, immoral et incapable de remplir ses missions. Car environ neuf mois après avoir été victime d’un séisme très dévastateur, voilà la société haïtienne en tentant de se relever à été une fois de plus, victime d’une épidémie de choléra tout aussi meurtrière soldée par plus de cinquante dix milles morts et prés d’un million de victimes directes.

Voilà le coût humain de la présence de l’ONU, en Haïti, en plus des cas de viols, de paternité non assumée, de pédophilie et de traumatismes divers. Les dégâts causés par les Nations Unies sont incommensurables. Tandis que neuf ans après avoir reconnu la responsabilité de l’ONU dans cette affaire scélérate les promesses qui ont été faites par le Secrétaire général restent pour la plupart, lettre morte. Tandis que le Secrétaire General s’est solennellement engagé à œuvrer au renforcement du système sanitaire national, à l’amélioration du système national d’eau potable, au dédommagement de victimes directes et indirectes. Les résultats sont mitigés sinon c’est : »’Absè sou klou »’.

Une justice de bourreaux de victimes, tel est l’image projetée par les Nations Unions dans l’affaire du choléra en Haïti.

Il est dit : « Même dans la jungle, les bourreaux sont obligés de traiter leurs victimes avec une forme de justice intérieure. » En Haïti, ce n’est même pas le cas, car tant sur le plan pénal que le plan civil rien n’a été fait jusqu’à date. Pas de sanction connue contre les fauteurs de ces actes que l’on pourrait, qualifier soit de délictueux, de criminels ou de terroristes, pas de dédommagement jusqu’à date en faveur des parents des dizaines de milliers de morts (50.000) de près d’un million de victimes directes. C’est l’impunité la plus abjecte et le déni en terme de responsabilité à l’égard des victimes de toutes sortes en particulier et de la société haïtienne en général.
- De la réorganisation du jeu pour mieux brouiller les cartes.

Frappée de plein fouet par une triple catastrophe environnementale, humanitaire et sanitaire, la société haïtienne grandement avait du mal à se relever. Les acteurs internationaux présents sur le terrain en ont aussi grandement profité pour renforcer leur domination et bouleverser l’échiquier politique à leur profit exclusif (système de l’exclusif).

Le représentant du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, en l’occurrence le diplomate guatémaltèque Edmond Mulet, en bon proconsul, s’imposa en jetant les bases du régime rétrograde et corrompu actuel. Il fut l’un des principaux instigateurs de toutes les combines qui ont abouti aux élections qui ont accouché du régime en place. Tout comme il était, de par sa position et ses fonctions, l’un des maîtres à penser de la fameuse reconstruction et toutes les déconvenues accusées dans la gestion des onze milliards de dollars américains préposés à cet effet. (Fonds CIRH). En guise de récompense pour tous les préjudices et forfaitures commis dans l’exercice de ses fonctions en Haïti, le voilà promu paradoxalement Secrétaire général adjoint de l’ONU avec l’espoir de briguer un jour ou l’autre le poste de Secrétaire général de l’Organisation mondiale. Quelle infamie ? Tandis que Ricardo Seitenfus, ce prestigieux diplomate et intellectuel brésilien auteur de l’ouvrage intitulé « l’échec de l’aide internationale en Haïti » qui, quant à lui, a dénoncé les travers de la politique et les agissements pervers, de l’international en Haïti, fut mis à l’écart : « Selon que vous soyez puissants ou misérables les jugements de Cour vous rendront noirs ou blancs » dixit l’éminent fabuliste français dans l’une de ses fables, Les animaux malades de la peste.

Tout ceci m’amène à poser la question suivante : « Comment pouvait-on prétendre, après la MINUSTAH dont le bilan s’est révélé plus que catastrophique, accepter la MINUJUSTH ? Là encore la montagne a accouché d’une souris et maintenant ils osent sans vergogne nous proposer une ultime mission dénommée Bureau intégré des Nations Unies en Haïti, (BINUH) il s’agit là d’un ultime témoignage de mépris à l’égard du peuple haïtien et de la société haïtienne.

« ki sa Koukou te fè pou Frize poul fe pitit li poul rele li Frizelya » ? En tout cas l’avenir en dira le reste. J’ai pris le soin à travers ce texte de passer en revue la trame de ce qui a constitué le bilan des activités des Nations Unies en Haïti au cours de ces soixante dix ans d’existence en général et la dernière décennie en particulier. Je ne saurais non plus manquer de porter à l’attention des lecteurs et lectrices de ce texte ce retournement de situation qui semble se dessiner au sein de l’organisation mondiale (Chat échaudé craint l’eau froide) (Chat boule nan dlo cho li wè dlo frèt li pè).

De ce fait, au cours de ces six derniers mois plusieurs rapports ont été publiés tant par le chef du Haut Commissariat aux droits de l’homme que par le Secrétaire général des Nations Unies en l’occurrence Madame Michelle Bachelet et Monsieur Antonio Gutterez. Ce qui devait mettre la puce a l’oreille des uns comme des autres. Voilà ce qui me porte à m’adonner à cet exercice séméiologique pour essayer de comprendre les tenants et aboutissants de cet intérêt soudain porté pour Haïti (Sak gen nan lòj).

Pour mieux saisir la nature et la portée d’une pareille démarche, je me suis proposé de chercher à comprendre, dans une certaine mesure le nouveau positionnement idéologique en vigueur au sein de l’organisation mondiale et la rhétorique y afférente en ce qui concerne Haïti dans ce contexte politique, social, et économique délétère.

La rhétorique des Nations-Unies au sujet d’Haïti, l’expression d’un double langage.

Pour mieux cerner le sens et la portée de cette approche, tel qu’il est formulé, il y a aurait lieu de proposer, un petit cadrage quant aux notions de rhétorique et de double langage que je me propose d’analyser au regard des rapports des Nations Unies en Haïti.

- Éléments de cadrage.
Rhétorique, situation conceptuelle

La rhétorique du point de vue étymologique vient du latin rhetorica, issu du grec rhêtorikê, technique, art, oratoire, lui-même dérivé de rhetor, orateur. La rhétorique est l’étude de l’art de bien parler, de l’impact du discours sur les esprits de l’éloquence, etc.

Évaluée, la rhétorique comme notion ne renvoie pas seulement à la technique de mise en œuvre des moyens d’expression de la capacité de décerner, dans chaque cas, ce qui est potentiellement descriptible — la rhétorique dénote également un sens péjoratif d’où l’expression éloquence creuse, purement formelle. Par-delà les trois tomes rédigés par l’éminent et érudit grec Aristote qui dominèrent pendant longtemps, toute la pensée gréco-romaine, la rhétorique comme notion a évolué et a donné lieu à des ouvrages traitant de l’argumentaire dénommé même traite de l’argumentaire comme champ de compétence. Ainsi bien d’autres disciplines ont pris naissance à partir de ce domaine du savoir tel que la linguistique, la science de la communication, la philologie, la philosophie, etc., et sert de béquille à bien d’autres.

Loin de m’adonner, comme exercice académique, à rédiger un discours sur la rhétorique en tant que telle. Je voudrais circonscrire ma démarche en portant les lectrices et lecteurs, du présent texte à jeter un regard un peu plus scrutateur sur ce qui constitue la trame du discours qui est véhiculé dans certaines institutions internationales en général et les Nations Unies en particulier, ce faisant, ma démarche consiste à jeter un regard sur un positionnement idéologique de cette organisation mondiale en ce moment vis-à-vis d’Haïti, cet État insulaire qui osa remettre en cause, l’ordre colonial esclavagiste, et ségrégationniste établi par la plupart des puissances occidentales. En effet, malgré l’existence de certains courants progressistes, mais minoritaires au sein de cette fameuse organisation, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle représente un puissant levier par lequel les puissances occidentales conduisent les affaires du monde et la toile de fond du discours en vigueur dans cette méga institution reflète, en grande partie, la position idéologique des puissances tutrices qui, sur la base de leur position politique et financière font et défont dans cette institution comme lieu d’expression des rapports de force entre les blocs géopolitiques (qui finance commande).

J’ai essayé de formuler le sous-thème suivant : « La rhétorique des Nations-Unies au sujet d’Haïti, l’expression d’un double langage pour justement balayer cette éloquence creuse comme autre définition de la rhétorique et se démarquer, autant que faire se peut, de cette démarche beaucoup plus formelle que toute autre chose. Voilà pourquoi j’ai parlé de double langage pour tout ce qui se rapporte à Haïti au sein de ce puissant organisme qualifié de « ’colosse aux pieds d’argile »’.

- Petit éclairage sur la notion de double langage.

L’expression double s’utilise pour signifier d’une personne qu’elle exprime deux concepts contradictoires à partir de mêmes termes en fonction de l’auditoire.

Cette notion renvoie à une forme, quelque peu pathologique de communication, dans ce cas on parle de pervers narcissiques et d’autres catégories de personnalités pathologiques.

Il arrive de parler de conscience manipulée, de langage ou discours paradoxal.

Je fais toutes ces considérations pour essayer, autant que faire se peut, de soulever une interrogation quant à la portée séméiotique des discours véhiculés au sein du système des Nations Unies au sujet de la situation d’Haïti.

« Selon qu’il vous menace, ou bien qu’il vous caresse. La cour autour… J’embrasse mon rival pour mieux l’étouffer… elle m’a fatigué de ce nom » ces propos prêtés à Néron, ce tristement illustre empereur romain constituent un extrait de la scène 3 de l’Acte IV de la pièce intitulée Britannicus rédigée par l’éminent dramaturge français Jean Racine. Traduisent, dans une large mesure, l’infamie l’hypocrisie et la cruauté caractérisant le comportement des uns et des autres (individus, groupes, institutions) dans des circonstances données, qu’ils soient supposément illustrés ou non. Ces propos traduisent également les travers de la politique, tel qu’elle s’organise et se développe à certains égards, dans certains milieux et dans le temps.

En effet, loin de m’en tenir aux discours, au demeurant, pacificateurs ou pacifistes dans des cas et/ou humanisant, humanistes ou mêmes humanitaires dans d’autres dispositifs idéologiques qui dominent les rapports tant bilatéraux que multilatéraux. Il y aurait lieu, dans l’état actuel de la situation, de chercher à bien regarder les dessous de la carte. Voilà l’exercice auquel je vous convie toutes et tous à faire chers amis lecteurs et lecteurs et d’autres intéressés en soumettant ce texte à votre appréciation.

- Le rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, un prisme destiné à aider à mieux comprendre la nature et la portée de la situation dramatique à laquelle la société haïtienne est confrontée depuis quelques années.

La rédaction de l’agence en ligne, Rezo Nordwès rapporta avec maestria plusieurs extraits d’un exposé effectué en date du 6 avril 2019 par Madame Veronica Michelle Bachelet, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme par devant les membres du Conseil au cours duquel elle disait ceci et je reprends : « La situation en Haïti est différente aujourd’hui par rapport à 2004, quand les casques bleus ont été déployés.

« Si l’ampleur des violations des droits de l’homme enregistrées alors ne correspond pas à la situation actuelle, de graves problèmes structurels persistent. Les griefs sociaux, la corruption et la faiblesse des institutions constituent des obstacles majeurs à la réalisation des droits de l’homme en Haïti a-t-elle souligné. Tout en reconnaissant le leadership dont le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme en l’occurrence Madame Michelle Bachelet fait montre dans la manière dont elle gère cet organe et l’impulsion qu’elle imprime de par son mode de gestion est correcte.

Je dois reconnaitre également que ces considérations quant à ce qu’elle présente comme étant les graves problèmes structurels tels que les griefs sociaux, la corruption et la faiblesse des institutions auxquels viennent se greffer les problèmes de pauvreté, de manque d’accès aux services sociaux de base et de criminalité sont les facteurs déclenchants de la plupart des troubles auxquels la société est confrontée, dont ceux de juillet 2018 qu’elle juge à tort ou à raison, très violents.

Néanmoins quant à sa lecture relative à l’état de la situation des droits de l’homme en 2004 au moment du déploiement des Casques bleus et aujourd’hui, il y aurait une certaine amélioration. De ce point de vue, la chef du Haut commissariat aux droits de l’homme devait être un peu plus nuancé, au regard de la situation globale des droits de l’homme en Haïti. Ne serait-ce qu’au cours de quinze dernières années ?

- Panorama de la situation des droits de l’homme en Haïti pour la période de juillet de 2018 à mai 2019.

Les informations fournies par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme font état de seulement 12 % des cas confirmés de violation des droits de l’homme en 2018 qui avaient fait l’objet d’une procédure judiciaire et aucune mesure n’a été adoptée contre les affaires les plus emblématiques.

Au moins soixante personnes ont été tuées jusqu’ici entre le 7 et le 15 février de cette année. La manifestation la plus longue et la plus violente a pu entièrement paralyser le pays, aggravant ainsi la situation dans les hôpitaux et dans les prisons et rétrécissant l’accès à l’eau à la nourriture et aux médicaments, etc.

La police nationale une épine aux pieds des institutions dites partenaires d’Haïti en matière de sécurité.

Le rapport de la Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme fait état de propos quelque peu ambigus et je reprends : « malgré un meilleur professionnalisme, la police nationale haïtienne a commis de graves violations des droits de l’homme, voire des exécutions sommaires, sans avoir répondu de ses actes, malgré les enquêtes. »

La question qu’il faudrait se poser est la suivante : « Comment parler de professionnalisme, encore plus parler de meilleur dans le cas d’une institution policière en butte à de graves violations des droits de l’homme, passible d’exécution sommaire qui, malgré les enquêtes, n’aura pas répondu de ses actes ? »

Tout porte à croire que cet énoncé est truffé de contradictions et traduit un gène sinon un malaise du Haut Commissariat des Nations Unies quant à cet état de fait de double langage caractérisé, c’est-à-dire des propos traduisant une chose et son contraire en ce qui à trait aux violations graves et caractérisées des droits perpétrées par la police nationale dans l’exercice de ses fonctions.

L’appareil judiciaire haïtien à l’épreuve de l’analyse du haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme est dans la tourmente.

La faiblesse du système judiciaire a aussi un impact négatif sur le système pénitentiaire a poursuivi Madame Bachelet.

Plus de 75 % des détenus sont en détention préventive pour une moyenne de 1100 jours, soit bien plus que la moyenne fixée par la loi. En conséquence les prisons sont surpeuplées et caractérisées par des traitements dégradants et inhumains. L’absence de conditions sanitaires élémentaires et le manque d’accès des détenus à un avocat.

L’établissement de responsabilité, a insisté Madame Bachelet, doit être perçu comme une mesure efficace destinée à renforcer la confiance dans les institutions.

Consolider le lit de l’État de droit est un moyen de prévenir la violation des droits de l’homme et de réaliser une paix durable.

La chef du Haut Commissariat préconisa, entre autres, la création d’un nouveau ministère des droits de l’homme et de la lutte contre la pauvreté pour veiller au leadership tant attendu par le comité interministériel des droits de l’homme qui d’ailleurs, vient d’avancer dans l’élaboration d’un plan national d’action. L’ex-chef d’État a soutenu que : « Ce plan donne lieu a une feuille de route globale et réaliste pour renforcer les droits de l’homme en Haïti ».

Une démarche assortie d’une erreur de docte ou d’une méconnaissance flagrante de la réalité politique et institutionnelle haïtienne.

L’une des faiblesses majeures du technocratisme, c’est de tenter de proposer, sur la base d’expérience antérieure ou exogène, des solutions qui pour la plupart ne tiennent pas compte du caractère spécifique des cas auxquels on a affaire. Par exemple le paysage institutionnel a subi au cours de ces dernières décennies de profondes mutations dues au réaménagement du cadre institutionnel existant. En effet plusieurs ministères et postes de Secrétaires d’État auront été créés. Loin de répondre aux exigences de garantie de service à la population dans un secteur d’activité donné. Ces nouvelles entités ne font que rendre pléthorique l’appareil gouvernemental et, dans la plupart des cas, on assiste à des duplications. En quoi le Ministère à la paysannerie ou celui de lutte contre la pauvreté a — t — il changé quoi que ce soit dans le paysage politique et institutionnel haïtien ? Qu’il soit sous l’administration de Laurent Lamothe ou de celle de Jean Henry Céant ? Si ce n’est d’agrandir et d’alourdir la bureaucratie qui in fine devient plus inefficace et inefficiente que jamais.

Une nouvelle impulsion dans les rapports entre le Haut Commissariat aux droits de l’homme et les États.

Contrairement aux pratiques anciennes qui consistaient à dénoncer les cas de violations des droits de l’homme commis seulement dans les pays du Sud (se sou chen mèg yo wè pis) aujourd’hui la torche de l’organisation mondiale n’épargne personne et sa lecture est plus incisive. Mais une interrogation s’impose : dans quelle mesure les dénonciations de la chef du haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme correspondraient-elles à la catastrophe causée par l’épidémie du choléra en Haïti ? En quoi consiste véritablement le fonds du plaidoyer entamé par Madame Bachelet au regard du drame humanitaire causé par la présence même de l’ONU en Haïti ? Si l’on tient compte de la littérature fournie par le Dr Seitenfus au regard de multiples dégâts et préjudices majeurs causés par l’ONU aux Haïtiens. S’agit-il d’une doctrine des droits de l’homme à géométrie variable ?

Dans un article publié dans les colonnes de l’agence en ligne Rezo Ndwès en date du 5 mars 2019 il est rapporté et je reprends : « Ces derniers mois nous avons vu des gens du monde entier descendre dans les rues pour protester contre les inégalités et la détérioration des conditions économiques et sociales a déclaré à Genève, Michelle Bachelet.

“L’ONU, déplorant la mort de quarante et une personne durant les dernières semaines en Haïti. La chef des droits de l’homme de l’institution mondiale plaide pour une reddition des comptes, l’aboutissement des revendications populaires l’arrêt de l’usage excessif de la force et une véritable reforme du pays.

Des revendications qui appellent, selon elle à de véritables reformes. Et pourtant dans plusieurs cas, ces manifestants sont confrontés à un usage excessif de la force, des conditions de détention arbitraire, de la torture même, des assassinats sommaires ou extrajudiciaires. —

À Port-au-Prince et dans plusieurs villes haïtiennes en effet des manifestations ont éclaté le mois dernier contre la hausse des prix des produits de premières nécessités et la corruption, au moins 41 personnes ont été tuées et 100 blessées.

- La question de sécurité un domaine régalien de l’État en butte au cafouillage ou à un conflit d’intérêts.

Tandis qu’on parle, à tort et à travers, de démocratie et de l’autodétermination des peuples, la question est déterritorialisée pour se confiner dans les officines des Nations Unies et d’autres chancelleries étrangères.

Réuni à New York le 4 avril 2019, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a entamé, presque à l’insu des nationaux, de l’avenir du pays, la fin du mandat de la MINUJUSTH et la désignation d’une nouvelle entité dénommée Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) selon ce qu’a rapporté ONU Info. Appelé à fournir sa propre version des faits aux membres du Conseil de Sécurité et je reprends : ‘Tout se fait dans un contexte d’incertitude politique avec la chute du gouvernement, les dernières manifestations ont été soldées par 41 morts et plus d’une centaine de blessés. Selon lui la police nationale haïtienne a continué à démontrer sa capacité à faire face aux menaces à la sécurité dans le pays notamment en planifiant et emmenant des opérations anti gangs avec le soutien limité de la MINUJUSTH, a-t-il poursuit par ailleurs, pour avancer ce qui suit : ‘Alors que l’évolution de la situation en Haïti depuis juillet 2018 a confirmé la fluidité politique et la fragilité économique du pays, nous ne pouvons pas perdre de vue les progrès réalisés au cours des années et plus récemment dans le renforcement des institutions du pays avec la police nationale au premier plan’ — quelle ironie ?

‘La fin du maintien de la paix en Haïti est à portée de main, mais cela ne représente pas la fin de notre partenariat.

Le soutien de l’ONU restera fort et encré dans notre engagement continu en faveur du progrès démocratique, de la sécurité et de la prospérité du peuple haïtien.

Voilà, s’il en était besoin, un cas d’école de discours paradoxal. Les étudiants en science politique, en relations internationales et d’autres auront grandement besoin d’analyser ce rapport pour découvrir en quoi consiste cet art, dit de la litote.

La chef du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme quant à elle estime qu’il fallait poursuivre les efforts. (Antre nan won san baton) Elle encourage le Conseil de Sécurité à fournir au peuple haïtien l’appui nécessaire pour renforcer les institutions, lutter contre l’impunité, promouvoir et protéger les droits de l’homme en tant que fondement de la stabilité et du développement. La question qu’il faudrait se poser est la suivante : par quels mécanismes le Conseil de Sécurité comme instance suprême va-t-il appliquer les recommandations formulées par les différentes agences de l’ONU dont le Haut Commissariat dirigé par Madame Bachelet elle-même (kabrit anpil mèt mouri nan soley). Le discours du chef de maintien de la paix de la MINUJUSTH ainsi que celui du Haut Commissariat aux droits de l’homme est truffé de contradictions, et de non-dits. D’autant qu’il ne compte que comme un éléphant dans un magasin de porcelaine). Il s’agit, en tout état de fait, des discours profondément paradoxaux qui, en tout état de cause, reflètent un positionnement idéologique et politique des Nations unies en particulier et des institutions internationales (multilatérales et bilatérales) en général instrumentalisées par certaines puissances occidentales qui sont d’anciennes puissances coloniales. Ces entités en ont tout simplement servi de levier pour aider ces puissances, leurs alliés et les élites haïtiennes antinationalistes, anti patriotiques et profondément rétrograde à mener à bien ce forfait qui consiste à torpiller en soixante ans environ ce qui restait de l’État-nation d’Haïti.

À ce moment-là il y aurait lieu de se demander : ‘Est-ce qu’il eut été réaliste de parler véritablement d’échec, que ce soit des Nations Unies dans ces multiples missions qu’elles ont entreprises en Haïti, des élites nationales qui n’ont montré aucune attache réelle au pays ? En tout cas, ce qui est en train de se passer en Haïti devrait interpeler les autres peuples quant à la vraie mission et aux vrais objectifs de ces fameuses institutions internationales.

Loin d’alarmer, qui que ce soit, au sujet du drame auquel la société haïtienne est confrontée et la responsabilité manifeste de l’international dans cette débâcle. C’est l’occasion plus que jamais de jeter les bases d’une véritable reconstruction du pays. Car les scandales financiers réitérés participent d’emblée de cette dynamique consistant à priver la société des ressources de toutes sortes nécessaires à son organisation et à son développement. La bataille n’est plus simplement militaire comme en 1804, elle est aujourd’hui, économique, écologique, humaine, culturelle, artistique, institutionnelle, etc. Par conséquent une redéfinition des relations entre Haïti et l’ensemble des institutions internationales constituent la clé de voûte de la véritable lutte pour l’émancipation nationale. Le salut est à ce prix.

Je termine le texte par cet énoncé dont je ne me rappelle plus l’auteur : ‘la pensée productrice ou créative est forcément une pensée critique qui en dissipant les illusions se rapproche de la prise de conscience de la réalité. Du fait qu’elle élimine la pensée illusoire, la pensée créative a toujours une fonction émancipatrice.

Wesner Désir




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