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De pétrophilie rouge à pétrophobie bleue !

De pétrophilie rouge à pétrophobie bleue !








Succulente, juteuse, sublime, délicieuse et agréable a été la coopération économique bilatérale, Petrocaribe, pendant environ sept (7) ans au bénéfice du régime politique en place. Le revers de la médaille, le Petrocaribe est aujourd’hui un os effilé et pointu, coincé dans la gorge de cette équipe politique. L’année 2018 aura marqué un point charnière d’une pétrophilie à une pétrophobie spectaculaire de ces acteurs politiques cupides et indignes.

Pour exposer les regrets et les remords occasionnés par des comportements d’imposture, des usurpations et des corruptions, l’anecdote poignante dans le vécu haïtien qui va suivre, souvent racontée aux jeunes, constitue une mise en scène éloquente, à titre de comparaison avec le crime financier du Petrocaribe.

En effet, un citoyen portait le nom de famille « Estime ». À la prise du pouvoir du président Estimé, lequel citoyen a usurpé en falsifiant un accent aigu sur la dernière lettre de son nom de famille. Au cours du règne du président Estimé, cet homme s’érigeait en un véritable imposteur, un profiteur, un exploiteur, un magouilleur, un manipulateur et un bandit, en posant des actes politiques et économiques arbitraires pour satisfaire ses phantasmes et ses extravagantes ambitions. Viols, vols, mensonges, bastonnades, expropriations, assassinats, tout lui était permis juste à la faveur d’un accent aigu usurpé. Sans surprise, à la fin de règne du président Estimé, dechoukaj, vengeances et représailles s’ensuivaient avec comme principales cibles les bénéficiaires de ladite présidence, dont cet escroc qui avait perdu son estime, en faisant usage de faux par le bais d’un accent aigu qui changeait sa signature, comme s’il était de la même race de Dumarsais. Règle du Karma, le fraudeur avait récolté les œuvres qu’il avait semées ; il avait vu de toutes les couleurs, avec une population furieuse qui réclamait sa tête, sa vie, sa mort. Au précipice de sa triste fin, l’usurpateur de nom entonnait le refrain « Gade lan kisa yon accent aigu lage mwen ».

Leçon à en tirer, les corruptions, les usurpations, les contrefaçons et les malversations peuvent vous servir pour un temps. Mais, se présente toujours le revers de la médaille ; vos succès et vos acquisitions injustes vous feront également connaître les résultats inverses. Que de multimillionnaires, de grand-orients, de zabelboks et de notables indignes accouchés par ce régime dilapidateur ! Sublime avait été qualifié l’accord Petrocaribe par ces amuseurs publics, devenus par des manipulations et des supports injustes d’acteurs intéressés, les principales interfaces politiques de cette grande nation. D’énormes euphories et des joies immenses ont été procurées par cette coopération avec le Venezuela, au point que les profiteurs du régime 800 % voulaient immortaliser et déifier le père de cette aide bolivarienne. Pour exprimer leurs jubilations, les deux capitaines de cette équipe politique kwashiorkor, ont inauguré la place publique inachevée de l’Aéroport à l’effigie du célèbre révolutionnaire Hugo Chavez. Ces têtes de mule avaient même perdu le sens du quorum en se pointant maladroitement dans les funérailles du chef du parti socialiste en chemises rouges, en vue d’en témoigner leur gratitude et leur attachement hypocrite viscéral.

Les fonds Petrocaribe ont fait danser et chanter les acteurs politiques de ce régime qui en avaient vu une source intarissable d’enrichissement illicite. Des centaines de projets ont été lancés, sans aucune analyse, sans aucun sens de responsabilité, sans aucun souci de contrôles et de suivis efficaces ; car le mobile avait toujours été d’entamer le plus de chantiers possible, question de mobiliser les firmes bidon de la primature et de la présidence qui déclaraient une compétition acharnée dans les malversations et les dilapidations des deniers publics.

La cigale a chanté pendant tout l’été

Des croisières en bateaux, des voyages inutiles au Vatican, de folles excursions officielles des présidents, de leurs femmes et de leurs enfants en avion, en hélicoptère ; des missions superflues des ministres, des directeurs généraux, des conseillers, des ambassadeurs, au terroir, en Europe et en Amérique, au frais de la princesse. Des acquisitions incalculables de biens, des constructions et des achats démesurés de maisons luxueuses, ornées, au bord de la mer, dans les montagnes, au terroir, en terre voisine, en Floride ; d’importants transferts de fonds vers l’étranger, des dépenses absurdes dans les casinos. L’opulence, les gabegies et les gaspillages faisaient rage avec ces âmes ruinées sans science ni conscience. C’était le temps des années de vaches grasses, période agréable d’une lune de miel qui a duré plus de sept (7) années ; c’était la phase de la pétrophilie. « Nous t’aimons et nous t’adorons tellement ce liquide naturel, s’exclameraient les dirigeants myopes de ce régime ». Ces grands mégalomanes, auraient-ils oublié que le pétrole constitue aussi un ingrédient fondamental pour détruire par le feu les cupides, les dilapidateurs et les pétrovoleurs. Pendant que ces cœurs méchants et ces hautains festoyaient et chantaient « O quel bonheur ; O quelle douceur », la population continuait de croupir dans une misère abjecte. Les forces vives du pays décrépissent ; des hommes et des femmes énergiques comptent sur le trafic routier pour vendre des petits sachets d’eau, du papier hygiénique ou des sachets de pain, afin de pouvoir nourrir leurs familles ; des maisons s’appuient sur des fast-food nocturnes se résumant à des hot-dogs et des salamis pour assurer leurs soupers ; les enfants des rues essuient les vitres en contrepartie de quelques adoquins pour défendre leurs « alekens », ils se pointent dans les restaurants pour réclamer des os destinés à la poubelle ; les étudiants, les professeurs, les jeunes se découragent et font la queue devant l’immigration et les ambassades pour obtenir leurs passeports et leurs visas pour se jeter au Chili ou au Brésil. Désespoirs, découragements, déceptions et désarrois sont les principaux héritages légués au pays par ces novices et ces cupides du pouvoir Tèt Kale.

Aucune sensibilité, aucune pitié, aucune émotion humaniste ne traversaient les cœurs endurcis de ces animaux politiques qui ironisaient la population dans des programmes de « Gouvènman Lakay » motivés par des intérêts et des ambitions politiques mesquins, et dans des projets indécents de cantines communautaires et des distributions honteuses de kits alimentaires à l’instar de « Ti Manmie Chérie et Ti Papi Doudou ». Loi du Talion oblige ; aujourd’hui, ces sans vergogne sont en train d’encaisser la monnaie de leurs pièces. En plus de quelques cas de suicides déjà enregistrés, les insomnies, les discordes, les divergences, les crises d’anxiété et les autotrahisons deviennent l’objet du vécu quotidien de ces êtres dépourvus de compassion. Ils sont divisés, ils s’entretuent, ils s’entremangent.

Le Petrocaribe, la pièce en or cambriolée et cachée dans le sac du PHTK

Après les années petrocaribéennes paradisiaques, au septième ciel, vient la période de divorce avec cette ancienne femme vertueuse. Cette même source qui a procuré des plaisirs et fait le bonheur de cette administration est porteuse de malheurs. Trahisons, incohérences, ingratitudes, telles sont les récompenses des nouveaux dirigeants du parti socialiste du Venezuela qui semblent être les artisans des inconforts de ces pétrovoleurs qui les ont brandi un carton rouge dans le concert des nations des États démocratiques. Pourtant, ces mêmes têtes avaient participé à la fête d’investiture du président élu Maduro, un an auparavant. Incohérences, impostures, hypocrisies et traitrises sont les véritables marques de fabrique de cette équipe. Cette belle femme fidèle, angélique du nom de Petrocaribe, adorée, adulée, gâtée et bercée, est vue aujourd’hui comme une pute. Elle est rejetée, vilipendée, putréfiée et anéantie par ceux à qui elle a fourni des services loyaux, de première classe. Le Petrocaribe est devenu une patate chaude, entre les mains de ces bandits « légal et illégal ». Ce nom prononcé dans les stations de radios, sur les petits écrans, par les enfants, les jeunes, les adultes, procure tous les maux du monde aux vampires qui suçaient le lait de cette vache source financière intarissable. Cadet de souci de ces apprentis politiciens était le bien-être des enfants des rues, des jeunes, des étudiants, des hommes et des femmes qui se décapitalisent en fuyant en masse la mère patrie pour le Chili, le Brésil, le Canada.

Petro, le même nom, mais une autre sensation. Aujourd’hui le terme petro est vecteur de migraine, de malaise, de diarrhée, d’insomnie, de crise d’angoisse et d’anxiété. Petro fait parler et déparler les corrompus et les corrupteurs impliqués dans les gaspillages et les gestions frauduleuses des 4.2 milliards de dollars destinés au développement du pays. Depuis 2018, les yeux de la population autrefois putréfiée et zombifiée sont définitivement ouverts. Les citoyens ont compris les enjeux et les conséquences de la gestion grossière de ce fonds sur l’avenir de leurs enfants. Voilà pourquoi ils se sont réunis autour de l’initiative PetroChallenge qui va aboutir à des lumières et des vérités criantes sur les dilapidations de cet emprunt qui devait être consacré à la construction d’infrastructures, d’écoles, d’hôpitaux, de logements sociaux. Le citoyen haïtien moyen comprend aujourd’hui un minimum dans un tableau de bord ; il saisit les notions d’analyses comparatives. À travers des pancartes, du papier, des graffitis sur les murs, sur la toile, sur les réseaux sociaux, des manifestations dans les villes, dans les bidonvilles, dans les ghettos, à la diaspora, un seul refrain : « Kote Kob PetroCaribe a ? ».

À observer les réalisations à l’autre bout de l’Ile, des téléphériques, des highways, des hôpitaux des lycées, des campus, des stades ; d’un coup, les Haïtiens savent dresser des lignes de base pour procéder à des analyses d’effets et d’impacts de ce même projet bilatéral qui a transformé la vie et les perspectives en République dominicaine.
De surcroit, suite à la performance extraordinaire de la sélection nationale à la Gold-Cup, les Haïtiens cherchent dans tous les coins et les recoins de la Capitale, dans des villes de province, dans tous les départements et toutes les communes, recherches diurnes, recherches nocturnes, ils n’arrivent toujours pas à identifier des stades construits par les criminels financiers et les grands corrompus du régime en place qui les ont « Lamothés » dans la farine.

Au lendemain de la publication du rapport de la Cour des Comptes, épinglant de hauts dignitaires et leurs firmes, la curiosité et le sens des investigations ont grandi chez l’Haïtien moyen. Ils ne sont pas journalistes, ils ne sont pas statisticiens, ils ne sont pas des spécialistes ; pourtant, ils détiennent les techniques et les outils permettant de convaincre et persuader de la pertinence de leurs recherches, de leurs enquêtes et investigations. Devant le Rex Théâtre, au marché de Fontamara, dans les complexes administratifs inachevés et abandonnés, au Highway de Delmas, ils alimentent la toile avec des photos et exposent les coûts faramineux de ces projets dans lesquels ils ont été « Jovenélisés ».

Il existait une époque où les pétrovoleurs passaient leurs nuits dans des maisons de luxe, dans des hôtels cinq étoiles, sur des bateaux de croisières. À ce stade de blackout et de rétention d’informations, les bandits « légaux » avaient le cœur léger ; ils disposaient du vin, de femmes, de musiciens, de serviteurs ; ils jouaient, mangeaient, festoyaient et fermaient tranquillement leurs paupières sur des matelas full orthopédiques. C’était la belle époque de l’opacité et de l’obscurité sur les gaspillages des fonds Petrocaribe. Aujourd’hui, le glas de la transparence, de la lumière et de la justice a sonné. Une nouvelle phase s’impose ; les investigations ont été menées ; les rapports techniques ont été soumis ; les dilapidateurs, les corrompus, les profiteurs et les exploiteurs ont été identifiés. Commencent alors les hostilités, les menaces, les stratégies déloyales et les chasses aux sorcières. Des conseillers de la Cour des Comptes sont obligés de prendre le maquis pour sauver leur peau. De hauts dignitaires, de grands commis épinglés n’arrivent plus à savourer convenablement les feelings du sommeil, de l’appétit et d’autres plaisirs épicuriens. Prisonniers dans leur conscience et cibles d’une population révoltée, ces personnages ne peuvent plus accéder en toute quiétude dans les espaces publics. Ils se consolent devant leurs petits écrans pour savourer les dribbles et les buts spectaculaires de Duckens Nazon et de Wilde Donald Guerrier. Finis les balles et les concerts « live », sauf s’ils se font escorter par une batterie d’agents de sécurité.

Ces acteurs politiques indécents sont devenus invalides, impotents et impuissants. Ils sont à la phase d’une petrophobie bleue. Ils ne vivent plus. Au final, que sert-il à des hommes et des femmes de remplir leurs poches dans la cupidité et l’avidité quand ils n’arrivent même pas à jouir des plaisirs naturels de la vie.

Carly Dollin



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