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Lettre autour de la formation du cabinet ministériel

Lettre autour de la formation du cabinet ministériel








J’écris ces lignes au cœur du pays profond.

Il est deux heures du matin... je vis pleinement les émois d’une population en liesse, en parfaite communion avec le rythme combien sensuel de l’orchestre Tropicana, Plaine du nord! Saint-Jacques II Majeur! Soirée de volupté! Dialogue muet des yeux parlant aux yeux tout en savourant cette douce et lancinante mélodie.

Quelle euphorie! Quelle beauté! Quelle obscure clarté d’un ciel étoilé! Quelle mixité sociale! Quel contraste avec une Port-au-Prince, Port aux cris pris en otage par une bidonvilisation anarchique, un banditisme social rampant, et une oligarchie politique vidée de toutes cultures et de toute racine ou les ‘’Suppo locaux’’ de l’international se discutent la proie avec la cryptocratie en place. Loin de cette atmosphère délétère et morbide, l’écho m’est parvenu. J’ai appris la formation d’un nouveau cabinet ministériel truffé de jeunes cadres, ce n’est pas malheureusement la jeunesse d’un René Depestre qui à 19 ans écrivait : « Je ne viendrai pas ce soir tisser mon fort espoir dans le flot tumultueux de tes cheveux d’ébène, des camarades de bronze ont convié ma jeunesse à l’assaut de cette citadelle qui s’écroule. »

Ce n’est pas la jeunesse de Jeannine Tavernier qui disait : « Liqueur forte de mon pays vous m’avez trahi, au fond de votre fausse ivresse ma lucidité s’est dressée tel un récif. » Et plus près de nous, ce n’est pas la jeunesse de petrochallengers qui de façon innovatrice et courageuse demandent la reddition des comptes. Une initiative louable et fille de la conjoncture, malheureusement en train d’être galvaudée par des forces obscures, véritable gardienne d’un statu quo moribond. Jusques à quand abusera-t-on de l’infantilisme de ce peuple bon enfant revendicatif par moments!
Ce matin de juillet, sous un soleil brûlant, je les ai vus patauger dans l’eau puante et boueuse du bassin de Saint-Jacques. Les bras en croix! À la recherche de je ne sais quel miracle! Un miracle individuel, personnel, là où Haïti notre bien commun attend un miracle collectif comme ce fut le cas en 1804, un miracle économique, similaire au miracle taïwanais des années 80, avec l’économie du savoir.

Juste une parenthèse ouverte et vite fermée. Évitons de passer à côté. Évitons de piétiner le don de l’essentiel comme on l’a toujours fait tout au long de notre histoire de peuple. Évitons un conflit intergénérationnel. J’introduis toujours mes cours de gériatrie à l’université avec ces verres du Général Mac Arthur:
« La jeunesse n’est pas une période de la vie.
Elle est un état d’esprit.


On devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.

Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille.


Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif.

Réceptif à ce qui est beau bon et grand. »

Dans cette conjoncture difficile et douloureuse, dans cette atmosphère de déliquescence généralisée où le sang n’a plus d’honneur, dans une société où les valeurs humaines de liberté de partage depuis l’assassinat de l’empereur ont été remplacées par les valeurs du mépris; la volonté de fraternité et de solidarité par la volonté de domination et d’exclusion sociale, de l’individualisme et du sauve-qui-peut. L’essentiel, le vrai débat, le beau débat, c’est le primat du politique d’abord, c.-à-d. une œuvre de l’esprit un modèle de société, une vision claire et nette d’une politique publique axée sur le capital humain, pour l’éclosion d’une égalité républicaine.

La Banque Mondiale a dévoilé récemment son tout premier indice du capital humain. Quel capital humain un enfant né aujourd’hui est-il susceptible d’atteindre d’ici ses 18 ans, compte tenu des risques liés à la médiocrité des services de santé et d’éducation.

Notre Haïti d’aujourd’hui ne consent pas les investissements nécessaires pour se doter d’une population éduquée, résiliente et bien portante, prêt pour le monde du travail de demain. D’où la nécessité d’une bonne gouvernance qui passe inéluctablement par la lutte contre la corruption, un fléau redoutable auquel les personnes vulnérables paient la plus lourde tribu. Ah cette corruption systémique! Ces effets sont très concrets, elle empêche aux malades d’accéder aux soins et aux médicaments, elle entrave la construction d’écoles et la formation de professeurs qualifiés et vide les caisses publiques. Elle anéantit la relation de confiance entre les citoyens et l’état, un moteur essentiel au développement. La mauvaise gouvernance, la croissance démographique non maîtrisée, constituent deux des facteurs de cette pauvreté extrême qui ronge la population haïtienne.

Février 1986 - juillet 2019 où en sommes-nous? 33 ans après, les chrysanthèmes peinent à se transformer en papillons. D’où cette crise pluridimensionnelle, politique, économique, sociale et tout aussi bien existentielle. Pour stopper cette descente aux enfers, nous sommes condamnés à trouver une tonalité, un style, une musique, un ton, un modus operandi. Haïti a besoin d’une nouvelle renaissance. Il est impératif de changer nos comportements pour aller vers davantage de responsabilités d’équité d’impartialité, de transparence, d’amour agapè, tout cela pour un « Tèt Ansanm » véritable, arc-en-ciel, malgré nos divergences légitimes, car tout ce qui divise les Haïtiens affaiblit Haïti et tout ce qui affaiblit Haïti affaiblit chacun de nous.

Unissons nos énergies positives, nos ressources, nos savoirs et savoir-faire, notre respect de la dignité humaine, nos épaisseurs historiques, pour pouvoir transformer les sombres hier en lendemain lumineux.

Dr. Jean Claude DESGRANGES

American Geriatrics Society Fellow « FAGS »
Président de la Fondation du Troisième Âge jcdesgranges77@yahoo.fr



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