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La corruption, une pratique encouragée et légitimée par la société haïtienne.

La corruption, une pratique encouragée et légitimée par la société haïtienne.








La corruption devient une pratique très courante dans la société haïtienne. Dans l’administration publique, le secteur privé, elle est présente dans toutes les sphères. Toutefois, cette situation ne fait qu’aggraver depuis un certain temps, mais elle n’est pas datée d’hier.

Depuis près de deux (2) ans, une campagne médiatique se fait en Haïti contre la corruption. Cette campagne est en raison du fonds pétrocaribe que l’opinion publique estime être dilapidée par des hauts dignitaires de la fonction publique, du secteur privé et certaines firmes internationales. Un éclaircissement fut porté sur ce dossier à travers deux (2) rapports élaborés par la commission anti- corruption du Sénat. Dans un premier temps avec le sénateur de l’Artibonite Youri Latortue à sa tête, ensuite avec le sénateur Evalière Beauplan du Nord-Ouest. Bien que ce dossier de pétrocaribe n’est pas le premier scandale de corruption dans ce pays depuis ces 30 dernières années, mais c’est le plus grand.

Depuis la genèse de cette nation en 1804, elle fait face à la corruption (Jean-François 2014). L’État haïtien n’a jamais pu combattre ce fléau, car elle est pratiquée par ces principaux éléments, ceux/celles qui devaient être le véritable remède pour ce virus qui détruit le pays. Presque toute la société haïtienne voit que le véritable problème du pays est la corruption. L’administration publique est envahie par des corrupteurs et corrompus, avec une grande implication du secteur privé des affaires. Pourtant, on identifie le problème qu’est la corruption, mais jamais sa source. Qu’est-ce qui fait qu’immédiatement quelqu’un pense à intégrer l’administration publique, il pense qu’à s’enrichir de manière frauduleuse ? Qu’est-ce qui fait que quand un particulier pense à monter une affaire, il pense d’abord comment il réussirait à détourner le fisc ? D’où provient cet instinct de corrupteur et de corrompu qui subsiste en nous ?

Le berceau de l’acte

D’abord, la famille haïtienne peut- être identifiée comme principal vecteur de cette maladie. Prenons par exemple, un marchand qui passe dans un quartier, une mère l’interpelle, sachant qu’elle n’a pas de l’argent et veut acheter le produit. Elle convint le vendeur de lui donner le produit à crédit et lui donne rendez-vous dans huit (8) jours. Après huit jours, le marchand vient chez elle. En le voyant arriver, elle court se cacher, et ordonne à son enfant de dire qu’elle n’est pas là. L’enfant qui n’a peut-être pas bien compris, accourt vers le marchand et dit : « Ma mère m’a dit de vous dire qu’elle n’est pas là». Ainsi, la mère se trouve dans l’obligation de venir voir le marchand, tout en lui donnant un autre rendez-vous. Après le départ de ce dernier, elle tabasse l’enfant. Cette réaction de la mère traduit son mécontentement, car l’enfant a mal exécuté son instruction, mais dit aussi à l’enfant qu’il doit apprendre à mentir et doit être un bon menteur dans la vie.

En effet, cet exemple est un cas, il existe tant d’autre qui pourraient expliquer cette approche. D’ailleurs, posez-vous la question, combien de fois que vos parents vous ont demandé de mentir pour eux ? Combien de fois vous voulez dire la vérité et qu’ils vous ont contraint de mentir pour eux ? De ce fait, notre formation de menteur professionnel commence sous le toit familial. Notre construction sociale se fait autour du mensonge. On grandit donc dans cette dynamique et on reproduit cette pratique dans tout ce qu’on entreprend.

Sa légitimation

En Haïti quand on parle de corruption, on fait référence à l’Etat, mais la corruption est là chez nous, dans notre quartier, on vit avec elle. Il y a de la corruption dans les petites entreprises, les petites boutiques, les marchés. On parle des hauts dignitaires qui dilapident les caisses de l’État haïtien, quand est-il des marchands qui vendent de l’huile d’olive en détail, quand ils vont se réapprovisionner, mettent de l’eau chaude dans le gallon pour l’agrandir afin qu’il puisse prendre plus d’huile que d’habitude. Quand est-il du marchand de lait en poudre, qui le mélange avec de la farine, pour en tirer plus de profit ? On constate donc un revirement, sur notre conception sur le mensonge, sur les manœuvres frauduleuses, sur la corruption.

Le corrompu est conçu comme l’homme idéal, celui qui a réussi sa vie, on dit qu’il est intelligent. L’homme honnête est perçu de l’autre coté comme le symbole de l’échec. Si vous faites carrière dans un poste quelconque soit dans le secteur privé ou public et que vous n’avez pas une voiture luxueuse, une belle maison, on vous qualifie d’idiot, vous n’êtes pas assez intelligent. Mais dans le cas contraire, peu importe dans la malversation que vous soyez impliqué pour acquérir vos biens, pour l’opinion publique vous êtes un excellent stratège. Par cela, notre société construit la corruption comme étant la règle et l’honnêteté comme l’exception.

Qui combattre et comment ?

En effet, on veut chasser la corruption au sein de l’Etat, mais sans penser au corrupteur et corrompu. Sans penser à changer notre attitude à produire ces derniers, à les encourager, et à les faire passer pour modèles. Ceux du procès de la consolidation ne sont plus de ce monde, mais la corruption y est toujours. Les noms comme R. Tippenhauer, A. Painson, Tiresias Sam, Pourcely Faine, Brutus Saint Victor, Vilbrun Guillaume (Manigat 2018) comme principaux accusés dans le procès de la consolidation ne sont pas les noms qui sont figurés dans les deux (2) rapports sur les fonds pétrocaribe. Tout cela pour dire que les corrupteurs et corrompus du siècle passé ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ils se régénèrent de manière figurante et grâce à la contribution notre société.

De ce fait, la corruption représente une plaie pour le développement. Il faut la combattre. Néanmoins, il faut mener une double lutte. D’abord, il faut à tout prix mobiliser l’appareil judiciaire contre ceux qui ont participé cette vague corruption au sein de l’administration publique. Tous ceux qui ont influencé l’Etat dans des manœuvres frauduleuses, que ce soit des fonctionnaires publiques, des particuliers dans le secteur privé des affaires et des partenaires internationaux doivent tomber sous les sanctions de la législation haïtienne.

Mais la lutte contre la corruption ne doit pas être seulement engagée au sein de l’appareil étatique. Il faut aussi attaquer le problème par le bas. La famille haïtienne ne doit pas être un centre de formation pour corrupteur et corrompu. La société ne doit pas être la première source de légitimation de la corruption. Il faut qu’on apprenne aux futurs cadres à dire la vérité depuis leur enfance. Il faut qu’on leur apprenne à se questionner sur la provenance de richesse de leurs voisins avant d’avoir des propos élogieux pour ces derniers. Il faut qu’ils perçoivent l’administration publique comme un endroit pour faire carrière et mener une vie décente tout en travaillant pour le bien-être de la population, mais pas comme une vache à lait.

Toutefois, les institutions de contrôle doivent remplir leur rôle dans cette démarche. Il faut qu’il ait des rapports d’audit, de contrôles fiscaux chaque année, et personne ne doit pas être épargné. Dans le cas contraire, le procès contre la dilapidation du fonds pétrocaribe peut aboutir à la condamnation des coupables, mais dans 10 ans, 30 ans, 50 ans la population serait dans les rues pour protester contre la corruption, car il y aura à coup sûr d’autres scandales de corruption, d’autres corrupteurs et corrompus, car c’est nous qui les formons et leurs donnent leurs légitimités.

Meatherlinck Jérôme ST JUSTE
Étudiant en Anthropologie-Sociologie
Et Sciences juridiques



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