S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
Quand la diaspora demande des comptes sur son $1.50

Quand la diaspora demande des comptes sur son $1.50








Malgré leur mode de vie dans un contexte économique difficile et une politique d’immigration de jour en jour plus compliqué dans leurs différents pays d'accueil principalement les États-Unis et le Chili, les migrants haïtiens continuent de plus en plus de s’assumer pleinement de leurs responsabilités à l'égard de leurs membres de leurs familles et d’amis en Haïti. Mais, quand, à travers le programme d’éducation gratuite initié par le président Martelly il ya de cela plus de huit ans, l’état haïtien continue de collecter de l’argent de la diaspora pendant que, pour l'ouverture des classes, des parents et amis ne cessent de demander de l'argent à des compatriotes de l’extérieur pour pouvoir envoyer spécialement leurs enfants à l’école, donc il ya de quoi de se demander: Mesye leta ki sa ou fe ak 1.50 lan .

Dans les colonnes du quotidien Le Nouvelliste en date du 11 avril 2019, sous le titre: les transferts d’argent vers Haïti en nette hausse par rapport à 2017, Patrick Saint-Pre écrit que « Haïti arrive à suivre sans peine la cadence des pays à revenu faible et intermédiaire, où les envois de fonds ont atteint un niveau sans précédent en 2018. Selon la dernière édition de la note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement, en parts du produit intérieur brut, Haïti réussit même l’exploit de se tailler la part du lion avec 30,7%, loin devant El Salvador (21,1%) et Honduras (19,9%). En 2018, selon le rapport de la Banque mondiale, la diaspora a envoyé en Haïti un montant de 2,98 milliards de dollars de transferts. Dans la liste des principaux bénéficiaires dans la région, Haïti se retrouve à la neuvième place, tandis que le Mexique, avec environ 36 milliards de dollars de transferts reçus en 2018, reste le principal bénéficiaire dans la région. »

L’auteur a aussi fait remarquer que «Par rapport à 2017, les 2,98 milliards de dollars de transferts reçus par Haïti l’année dernière représentent une hausse de 9,70% et permettent au pays de se classer en septième position. Cette progression place Haïti légèrement en retrait par rapport à la région Amérique latine et Caraïbe, où globalement les envois de fonds ont augmenté de 10 % en 2018, atteignant 88 milliards de dollars, stimulés par la vigueur de l’économie américaine », peut-on lire du texte de Patrick Saint-Pre. Mais, qu'en est-il de l'argent envoyé directement par le biais des parents ou d’amis en voyage en Haïti ?

L’argent transité au pays par le biais des vols quotidiens

Quid d’autres compagnies aériennes, pour des raisons politiques ou autres, assurant des vols internationaux à Port-au-Prince, il ya plusieurs vols venant spécialement de la Floride et de New York avec la American Airlines, Spirit, Delta et de Montréal avec Air Canada. Ajouter à cela, il y a aussi la Air France, les vols de Curaçao, St Martin, les Antilles Françaises et d’autres pays d’Amérique du Sud comme le Chili et le Brésil. Supposons que chaque vol y contient entre cent à deux cents passagers ce qui nous donne en moyenne, mille par jour à pouvoir fouler la piste de l'Aéroport de Maïs Gâté de Port-au-Prince. Disons, par exemple, que la moitié d'entre eux sont des étrangers qui sont au pays soient pour des voyages d'affaires ou autres. Le reste est indiscutablement des touristes locaux venant des différentes communautés haïtiennes de la diaspora. Mis à part des produits de qualités et de bijoux de grande valeur que ces compatriotes de la diaspora puissent rentrer au pays pour faire cadeau à des parents et amis, imaginons qu’ils ont en cash un minimum de 500 dollars. Donc, on n'a pas besoin d'être trop calé en arithmétique pour trouver la somme de devise apportée au pays quotidiennement par les Haïtiens vivant de l'extérieur. Tout en ignorant de fausses déclarations comme quelqu’un qui, pour ne pas avoir des ennuis avec l’immigration, vous dit qu’il a moins que dix-mille dollars, dans l’ensemble, pour une journée de vols de toutes les compagnies aériennes, une estimation d’un montant de plus ou de moins de 250, 000 dollars est transité dans le pays. Donc quand la BID dit 2.98 milliards de dollars, ce sont seulement pour les transferts, mais on peut, à partir des voyages quotidiens des Haïtiens, avoir une idée des devises qu'ils apportent au pays. Dieu seul sait combien serait le taux des dollars américains en devise, si toutefois il n'y avait pas ces fréquentes visites des Haïtiens de la diaspora.

Quoiqu’il faut le reconnaitre que cette année, spécialement pendant l’été, avec le problème de l’insécurité généralisé dans tout le pays, il ya, en termes de visites des compatriotes de la diaspora dans le pays, une certaine baisse.

C’est cette grande force économique qui, chaque jour, augmente démographiquement que beaucoup dont l’auteur Cédric Audebert a fait mention dans son livre.

Le dévelopement démographique des Haïtiens vivant à l’extérieur

Effectivement, dans son livre La Diaspora haïtienne, Territoires migratoires et réseaux, particulièrement au chapitre 7, Cédric Audebert décrit le processus de développement démographique des Haïtiens vivant à l’extérieur du pays comme suit: « Dans le même temps, le poids relatif de la diaspora dans la dynamique démographique haïtienne et sa contribution à l’économie nationale ne cesse de s’accroître et sont devenus incontournables. Un originaire d’Haïti sur six au moins vit actuellement en diaspora. Les Haïtiens à l’étranger s’affirment aujourd’hui comme les principaux soutiens économiques des familles au pays face à un État-providence inexistant. Ils sont le principal appui à une économie rurale délaissée, voire sacrifiée par des gouvernements n’investissant généralement que de manière limitée au-delà de Port-au-Prince et sa région. La diaspora est aussi la principale source de devises extérieures et permet de relativiser la dépendance des Haïtiens vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux. Elle constitue enfin le principal relais des intérêts du pays à l’extérieur et, le cas échéant, de la politique étrangère haïtienne par ses actions de lobbying et les réseaux politiques qu’elle a pu tisser dans certains pays où elle est installée. »

Toujours dans le même livre et chapitre 7, Cédric Audebert écrit que « Le potentiel économique de la diaspora est en effet un champ considérable d’opportunités pour Haïti, autant pour les exportations de produits et services culturels vers les sociétés d’installation, que les investissements (construction et immobilier notamment) de la diaspora et le tourisme dans le pays d’origine. Dans le champ de la transmission de l’information, du transfert de connaissances et de compétences, du droit des affaires et de la coopération technique, la diaspora haïtienne est probablement la mieux à même de jouer le rôle d’intermédiaire entre le pays d’origine et les marchés des pays d’installation. Parce qu’elle incarne le transfert d’une part substantielle du potentiel humain haïtien vers l’étranger, le poids économique qu’elle représente aujourd’hui constitue en tant que tel une nouvelle ouverture pour Haïti.»

En dépit de tous les efforts économiques et développement démographique des compatriotes haïtiens dans les communautés haïtiennes en terres étrangères, «les relations entre l’État haïtien et les ressortissants à l’étranger sont jusqu’ici restées ambivalentes sur fond de rapports de pouvoir marqués par la méfiance voire la défiance des deux côtés.»

Relations entre l’État haïtien et les ressortissants à l’étranger

Mis à part des apports économiques et d’autres formes d’aides ou de sacrifices que font les Haïtiens de l’extérieur pour permettre à leurs parents et amis d’arriver à subsister dans pays ou l’état, à travers les services de base, est inexistant, donc il est important de mentionner qu’il est rare qu'une période électorale se passe sans que la diaspora ne soit visitée par des politiciens en pleine campagne. Ils arrivent d'ici et de là pour envahir nos niches à New York, à New Jersey, à Miami, à Boston, à Montréal, à Paris et ailleurs, laissant dans leur traîne l'amertume de fausses promesses sur l'établissement de la reconnaissance de double nationalité ou de cet appel prochain de la diaspora pour participer aux affaires publiques du pays. Mais, une fois arrivée au pouvoir, ils oublient tout. N’empêche, comme une vache à lait dans la bouche d’un grand mangeur et faux nationaliste, les politiciens haïtiens ne laissent jamais passer l’occasion pour profiter et exploiter les maigres moyens financiers dont dispose cette communauté. Ainsi, c’est cette diaspora considérée tantôt comme un bouc émissaire, tantôt comme une poule aux oeufs d’or que le président Tèt kale fraichement élu avait taxé de payer les frais de son programme à partir de 1.50 sur chaque transfert éffectué en Haïti.

L'idée du 1.50 par l’administration Martelly

Comme la diaspora est de plus en plus considérée comme une vache à lait par les politiciens en Haïti, donc immédiatement après son investiture à la présidence le 14 mai 2011, Président Michel Joseph Martelly et son administration, dans le cadre de son programme d’éducation gratuite prôné durant sa campagne présidentielle, avaient commencé, sans débats, sans lois ou cadre légal, à collecter le 1.50 sur chaque transfert de la diaspora. Mais comme quelques années après que cette mesure illégale initiée par l’ancien Président Michel Joseph Martelly et son équipe pour s’asseoir la propagande d’éducation gratuite n’a pas apporté le résultat tant escompté, donc que ce soit en Haïti, particulièrement dans les communautés haïtiennes en diaspora, de nombreuses personnalités se sont déjà montées au créneau pour dénoncer cette décision.

Effectivement, cette exigence faite à la diaspora a suscité bien des remous au sein de la communauté haïtienne vivant à l’extérieur. Beaucoup de questions se posaient et continuent encore à se poser. Certaines avaient obtenu des réponses et d'autres méritent que l'on s'attarde dessus. Mais le plus important de tous ces questionnements est: que faire les autorités de l’État haïtien avec le $ 1.50 collecté à partir de chaque transfert de la diaspora. Puisque plus de huit ans après que l’ancien président et son équipe commençaient à collecter de cet argent pour son projet d’éducation gratuite, le bilan du système éducatif est lourd et très catastrophique.

Contexte du système éducatif haïtien

Dans les colonnes du quotidien le Nouvelliste publié le 30 aout 2019, Michelson Césaire, sous le titre : Écoles Nationales, 10 ans d’apprentissage dans des conditions très difficiles décrit le constat criant des écoles publiques du pays à quelques jours de la réouverture des classes. «Des salles de classe abandonnées et dépourvues de banc. Le délabrement des plywoods qui ne supportent plus le poids des années. Le terrain vague de la place de la cathédrale jouxtant l’établissement scolaire public présage que l’apprentissage ne sera pas une partie de plaisir pour la nouvelle année académique. »

Il poursuit pour dire que « La situation des deux autres écoles publiques qui se partagent l’espace n’est pas changée. L’école nationale Tertulien Guilbaud est toujours logée à l’étage du bâtiment fissuré et l’annexe du lycée Alexandre Pétion au rez-de-chaussée du bâtiment en ruine. Dans moins de deux semaines de la rentrée des classes, des écoles nationales sont dans l’attente du grand ménage. Pour certaines d’entre elles, le délabrement accéléré de leur hangar et de leurs pavillons métalliques peint un triste décor. À côté du problème de mobilier dont souffrent lesdites écoles, leur rénovation semble être le cadet des soucis des responsables de l’État. »

L’auteur a conclu que « La liste des écoles nationales souffrant de problèmes d’infrastructures est longue. Détruite à la suite du tremblement de terre du 12 janvier 2010, l’école nationale Smith Duplessis est abritée dans un long hangar en bloc de six salles, couvertes d’une toiture métallique percée. L’école nationale Esther Beaubrun Honorat, dont le bâtiment temporaire n’a toujours pas été remplacé depuis 2010, est dans la même situation. L’école nationale République du Panama logé dans un hangar mal fagoté dans un espace exigu. La situation des écoles nationales Daguesseau Lespinasse, Discrète Aumone, Thomas Madiou, Esther Beaubrun Honorat révèle la carence des infrastructures scolaires de l’État. » Cependant, quand ce ne sont pas des problèmes de délabrement des locaux, ce sont des problèmes de moyens financiers pour payer l’écolage de leurs enfants que font face des parents.

Mis à part de tous ces problèmes, selon des experts, l'éducation haïtienne est défaillante: il y a carence d'encadrement pour les enfants à la maison, carence de matériels, classes mal conçues, mal équipées et surchargées, manque d'ouvrages pour les élèves et les enseignants. Donc, au lieu d'être une institution capable de former des agents de développement au niveau national et international, le système ne fait que drainer des ressources et des capitales du trésor public sans pour autant former des éléments productifs pour la société et le monde. « Les élèves quittent l'école comme des intellectuels ratés, sans avoir non plus de compétences techniques pour subvenir à leurs besoins. » Ainsi, la situation de l'éducation en Haïti est, pour le moment, le moins très préoccupante.

Au-delà de toutes ses considérations de délabrement des écoles nationales que mentione l’auteur dans son texte et la défaillance en général du système de l’éducation, c’est sous une forte tension de problèmes d’insécurité et de grandes crises économiques que la rentrée scolaire est fixée pour le lundi 9 septembre. À son approche, de nombreux parents, particulièrement ceux des classes défavorisées du pays sont dans la tourmente. Dans bien des cas, ils ne savent pas à quel saint se vouer. Ne pas savoir à quel saint se vouer est un dilemme. Heureusement, il ya la diaspora.

Chaque année, à quelques jours de l’ouverture des classes, ne sachant comment répondre aux problèmes de frais scolaires de leurs enfants, certains parents se tournent directement vers soient des membres de leurs familles ou des amis de la diaspora. Oui, face à un État irresponsable et un ministère de l’Éducation nationale qui malheureusement en partie a failli à leur mission qui est notamment d’enseigner, d’éduquer et de former l’homme haïtien, c’est aux ‘ATM’ des banques des compatriotes de la diaspora que se sont tournés, heureusement, certains parents.

Mais, quand pour une ouverture des classes, que ce soient des membres de ma famille et des amis, ils continuent à me demander de l’aide financière, pendant que le pouvoir en place collecte $ 1.50 sur chaque transfert que je fais en Haïti, donc il est de mon devoir de demander kote kòb mwen an ale, se demande dans une station de radio a grande écoute un activiste politique et opposant au pouvoir du président Jovenel Moise.

Kote kòb $ 1.50 lan pase

Si jusqu’à présent il n’y a pas vraiment de rapport concret en termes de ce qui avait fait ou est en train de faire les autorités politiques avec cet argent collecté des transferts de la diaspora, pour le Sénateur de l’Ouest, Patrice Dumond, « l'État haïtien a déjà recueilli plus de 107 millions de dollars américains sur les taxes (1.50 $) prélevées sur les transferts d’argent de la diaspora vers Haïti et vice versa. Un peu plus de 4 mois après avoir ressuscité ce dossier de frais sur les transferts, l’élu de l’Ouest affirme avoir obtenu un document de la Banque centrale sur les différentes opérations qui ont été effectuées sur cet argent. « De 2011 à mars 2018, on pouvait compter jusqu’à 107 millions de dollars américains », a révélé le Sénateur qui, dans la foulée, confie qu’il ne restait (il y a trois mois) que 700 mille dollars américains sur le compte. Ces données ne prennent pas en compte les frais prélevés sur les appels internationaux. Il s’agit uniquement du dossier de 1.50 $, précise Dumont dans une interview accordée le 2 août à Buzz Magazine Haïti, diffusée le 10 août dernier. »

Quant à Francklyn B. Geffrard, dans son article ou est l’argent du Fonds national de l’éducation publié dans Haïti Liberté, Vol 6, No 28, 23, janvier 2013, il conclut en ces termes: «En attendant qu’un cadre légale soit établi pour ces nouvelles taxes imposées notamment aux Haïtiens expatriés, le pouvoir en place ferait mieux d’élucider les zones d’ombres qui entourent l’argent collecté au nom du Fonds National de l’Éducation. Il est vrai que le parlement n’a toujours pas ratifié le Projet de loi permettant au FNE d’utiliser ces fonds destinés à l’éducation des jeunes haïtiens ; mais cela ne justifie nullement l’absence de transparence constatée dans la gestion de ces fonds. Alors que tout le monde a la tête ailleurs, les compagnies de téléphones et de transferts continuent de percevoir illégalement de l’argent sur nos compatriotes. En conséquence, les entités tels L’UCREF, l’ULCC, le parlement haïtien, la Cour Supérieure des Comptes, voire le parquet de Port-au-Prince devrait diligenter une enquête pour faire le jour sur cette affaire qui fait penser déjà à de l’escroquerie à grande échelle…» Aujourd’hui, plus de six ans après la publication du texte de Francklyn B. Geffrard, les mêmes exigences sont encore de mises puisque rien n’est donc dit ou fait avec cet argent. Ainsi, comme la mobilisation contre les corrompus dans la dilapidation du Fonds Petro Caribe s’est généralisée dans tous les dix départements du pays, donc les Haïtiens de la diaspora ou du onzième département, eux aussi, pendant qu’ils supportent la population dans sa grande bataille contre la corruption sous toutes ses formes, ils en profitent aussi pour demander des comptes de leur 1.50 collecté par l’état haïtien.

Prof. Esau Jean-Baptiste



Articles connexes


Afficher plus [1115]