S'identifier Contact Avis
 
25° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video
« Toutouni » ou le refus du sensationnalisme politico-médiatique. En guise de réponse à l’article du professeur Nelson BELLAMY

« Toutouni » ou le refus du sensationnalisme politico-médiatique. En guise de réponse à l’article du professeur Nelson BELLAMY








Dès le début du processus de rédaction du livre intitulé « TOUTOUNI : l’histoire interdite de la chute de Jean-Henry CEANT », nous étions convaincus que, de notre lieu d’acteurs politiques, notre œuvre transcenderait les frontières du littéraire pour servir la noble cause du véritable éveil de la conscience de nos concitoyens. C’est ainsi que, malgré l’euphorie du succès historique du 11 juillet 2019 à Marriott, nous avions délibérément choisi de mettre un terme à la tournée des médias pour répondre de préférence aux différentes invitations des jeunes, des femmes, des paysans et de la diaspora. C’est que nous avons voulu toucher du doigt le réel vécu de nos chers compatriotes, pour qu’ensemble nous puissions exorciser le mal-être haïtien sur la base de nos compréhensions mutuelles nées des échanges respectueux s’opérant dans l’espace public que « Toutouni » alimente désormais ...

En général, nous lisons tout ce qui se prête à notre vue via l’écran de nos gadgets électroniques ainsi que par le truchement de nos ouvrages de prédilection. C’est ainsi qu’en ce jour du 29 août 2019, en plein cœur du trajet Cap-Haïtien – Santiago, nous sommes tombés sur un article critique signé Nelson BELLAMY. Paru dans les colonnes du journal Le National le jour même, l’article s’intitule « Toutouni ou les travers du sensationnalisme politico-médiatique ». Après deux lectures ponctuées de débats y relatifs, nous nous sommes résolus d’y répondre dès notre arrivée à Santiago. Mais, la fatigue post-voyage ayant eu raison de cette résolution initiale, nous avons tout remis pour le lendemain dans l’intervalle des heures d’attente précédant notre vol pour Miami. Avant de répondre à chacune des critiques formulées par le professeur d’Histoire, certaines précisions préalables s’imposent. En voici quelques-unes.

Primo, nous ne pensons pas que c’est par hasard que « Le National » a d’abord risqué un éditorial sur le livre avant de publier un deuxième article y afférent. Ceci, selon nous, participe de la volonté du journal de contribuer à la rupture de la loi de l’omerta établie en Haïti. En dehors des sentiers battus, au-delà de la censure des sujets jugés tabou par les journaux-satellites des « pseudo-bourgeois », Le National a offert une tribune à une œuvre qui s’en prend viscéralement à l’apartheid socio-économique en Haïti. Ce que nous avons compris. Segundo, ce n’est pas le premier texte se disant critique que le livre « Toutouni » a suscité. Cependant, si nous avons fait peser un silence sur les précédents, c’est parce qu’ils s’inscrivaient surtout dans une dynamique d’attaque « ad personam » impropre à tout processus réflexif serein. Le texte du professeur BELLAMY a mérité une réponse de notre part. Non seulement dans une perspective d’appréciation de la violence que le professeur s’est faite en contrevenant au principe sacramentel (quoique non-écrit) de « l’entre-soi » en vigueur dans sa « corporation », mais aussi, et surtout pour risquer un débat sérieux sur le devenir historique d’Haïti qui puisse faire la part belle tant à la théorie qu’à l’empirie. Ces précisions liminaires étant formulées, entrons dans l’article responsif proprement dit.

Commençons par le titre de l’article en question. L’auteur écrit : « Toutouni ou les travers du sensationnalisme politico-médiatique ». Comme Monsieur BELLAMY a mobilisé le concept de « socialisation politique » dans son texte, nous ne voyons pas, dans le contexte de la sociologie politique haïtienne, l’évidence du lien entre « livre » et « buzz ». Nous aurions mieux compris le rapport de causalité dans le contexte français et américain, entre autres. Par exemple, Nicolas SARKOZY vient d’écrire « Passions ». En seulement un mois, le livre a fait florès à un point tel que plus de 213 000 exemplaires (1) ont pu être écoulés. Et, malgré tout, Sarkozy n’est nullement un pionnier en ce sens, vu que de nombreux hommes politiques français lui ont pavé la voie. Les deux tomes des « Mémoires de Jacques CHIRAC » se sont hissés au pic vertigineux des 500 000 ventes et Valéry Giscard d’Estaing, bien avant CHIRAC, tient encore jalousement le record de vente de 900 000 exemplaires avec son livre « Le pouvoir et la vie ». Autant d’exemples qui valident, au regard d’une certaine socialisation politique, la possibilité du rapport entre livre et « buzz ».

Aux États-Unis, les succès de librairie sont aussi légion quand les sujets se rapportent à l’histoire immédiate. À preuve, Michael WOLFF avec son livre « Fire and Fury », portant sur les sept premiers mois de Donald TRUMP à la Maison Blanche, a connu un pic de vente de plus de 4 millions d’exemplaires en 2018 (2). Et Michael WOLFF n’a rien inventé. Bien avant lui, Barack OBAMA a cartonné avec son livre « The audacity of hope » au point de franchir la barre des 4,6 millions d’exemplaires vendus en un an. James COMEY, ancien patron du FBI et Bob WOODWARD ont dépassé la barre d’un million de ventes avec respectivement « A Higher Loyalty » et « FEAR ». Les Américains, autant que les Français dans les cas précédemment relatés, sont ainsi politiquement socialisés. Un livre vaut tout son pesant d’or dans une société où l’écrit n’est pas forcément malmené par l’hégémonie pesante de l’oralité. C’est ainsi que le politique ou le journaliste français ou américain se donne souvent l’obligation d’écrire l’histoire immédiate, et dans tous les cas, pour un large public déjà réceptif à ce genre d’initiative. Qu’en est-il dans le cas d’Haïti ?

En Haïti, les livres ne jouissent pas de la même réceptivité relative aux contextes français et américains. Si les écrivains de métier en souffrent, n’en parlons même pas des hommes et des femmes politiques. Au regard de la socialisation politique haïtienne, l’acteur politique qui veut faire de la sensation n’a qu’à s’en remettre aux médias traditionnels que sont la radio et la télévision. Encore faut-il admettre qu’aujourd’hui, dans le contexte de la floraison des Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), le vrai « buzz » s’alimente également à la source du relais des contenus des médias traditionnels par les médias sociaux (Facebook, twitter, whattsapp). C’est ainsi que le politique qui fait des déclarations choc comme invité d’une émission radiodiffusée peut faire le « buzz » également sur les réseaux sociaux. Il existe aussi des cas attestant de la possibilité de mobiliser l’opinion publique en utilisant d’abord les médias sociaux. Mais, dans un cas comme dans l’autre, l’interpénétration entre médias traditionnels et sociaux semble indispensable au phénomène couramment appelé « buzz ». Donc, dans notre cas, nous basant sur les pratiques en vigueur en Haïti, toute volonté de faire le « buzz » ne nous conduirait pas à la rédaction d’un livre. Au contraire, dans le contexte haïtien, « Toutouni » s’inscrit à contre-courant de la perspective consistant à faire du « buzz ». Pourquoi ? Le « buzz » ne s’inscrit pas dans la durée, dans la permanence. Est « buzz » ce qui mobilise l’actualité l’espace d’un cillement. Et, dans cette société-spectacle qu’est Haïti, un nouveau « buzz » remplace un précédent sans vrai débat, sans analyse en profondeur. Et cela participe même de la volonté des dominants de maintenir les dominés dans un état d’aliénation permanente. Hier, c’était un sénateur soupçonné de connivence avec des bandits, aujourd’hui c’est un puissant chef de gang appréhendé par la police, demain ce sera la mise en place éventuelle d’un quelconque gouvernement. Les « buzz » se succèdent à une vitesse vertigineuse au point de rendre impossible pour le peuple haïtien toute compréhension des mécanismes secrets d’exploitation de la majorité par la minorité. Autant dire qu’à la lumière de cette analyse comparative entre les sociétés française, américaine et haïtienne, le professeur s’est trompé de bonne foi. Et nous sommes sûrs qu’avant le 11 juillet 2019, si Monsieur BELLAMY avait à nous conseiller dans le sens de faire du sensationnalisme à l’haïtienne, il ne nous aurait certainement pas suggéré la rédaction d’un livre.

À la lecture du contenu de l’article de Monsieur BELLAMY, certaines inadéquations se révèlent au grand jour. Si le titre et la conclusion attestent péremptoirement de la volonté d’un certain sensationnalisme sous-tendant le livre « Toutouni », le professeur d’histoire fait preuve de plus de prudence dans le corps de son texte. Le professeur BELLAMY, de bonne foi, a confondu le titre au sous-titre du livre, tout en s’inscrivant dans une démarche de circonspection en s’en remettant au jugement final des lecteurs. Le titre du livre est « TOUTOUNI ». Le sous-titre est « L’histoire interdite de la chute de Jean-Henry CEANT ». La synecdoque à laquelle Monsieur BELLAMY a fait allusion nous autorise à faire appel à la théorie du « tout » pour mettre fin à toute forme de confusion relative à notre démarche. Si « Toutouni » est le tout, « l’histoire interdite de la chute de Jean-Henry CEANT » en est une partie. De ce fait, on a voulu partir d’une « partie » pour expliciter le fonctionnement du « tout ». En ce sens, les 105 pages traitant de cette dite partie sont déjà amplement suffisantes vu que l’objectif n’est pas de s’appesantir sur une partie, mais d’exposer la dynamique du « tout ». Et le tout étant toujours plus grand que la somme de ses parties, rien à reprocher que le reste du livre ait 125 pages. Comme on le dit dans le livre, « TOUTOUNI met à nu la malformation congénitale de notre société en projetant une lumière pédagogique sur l’épisode Jean-Henry qui n’aura été qu’une petite note dans la triste symphonie de nos errements collectifs. » Il est donc clair que l’épisode Jean-Henry est un prétexte d’analyse globale. Ainsi, « TOUTOUNI » n’a pas voulu faire le récit plat et linéaire du vécu politique immédiat, mais a voulu s’en inspirer pour essayer de dégager des régularités causales entre des pratiques bi-séculaires d’apartheid socio-économique et l’enfer que nous vivons aujourd’hui. Même la politique en soi est secondaire dans la perspective de « TOUTOUNI », vu que l’infrastructure économique a surtout mobilisé la trame de nos analyses et réflexions au grand dam du maintien des pratiques de « doublure ». Comme Paolo FREIRE l’a si bien montré dans « Pédagogie des opprimés », on peut partir du réel vécu pour mettre à nu les mécanismes de domination, se désaliéner, donc, s’affranchir. Cette approche socioconstructiviste comporte certainement des limites, mais, de notre lieu d’acteur, nous pouvons en attester l’importance jusqu’à présent.

Le professeur nous reproche également l’allusion faite à Galilée. Il y verrait une sorte d’insolence au sens que nous aurions la prétention de détenir une certaine vérité intemporelle encore inaccessible à nos contemporains. D’abord, nous estimons que le professeur va trop vite en besogne. La parution du livre remontant seulement à un mois et deux semaines, il n’est que d’attendre. D’ailleurs, entre autres exemples, l’évolution du rapport entre le sénateur Joseph LAMBERT et le président Jovenel MOISE a été anticipée à la page 71 de « TOUTOUNI ». C’est que nous avions compris que sous l’emprise du syndrome d’hubris, la méfiance de Jovenel MOISE irait crescendo. Pour la vérité et pour l’histoire, au moment de la publication du livre, même le sénateur Joseph LAMBERT ne l’entendait pas encore de cette oreille. Mais le temps a fait son oeuvre, conformément à nos anticipations.

Plus loin, le professeur, sans être de mauvaise foi, nous prête une compréhension de Samuel Huntington figée dans le temps et anachronique de surcroit. Les critiques portant sur les thèses de Francis FUKUYAMA et de Samuel HUNTINGTON sont connues. Ce qui nous a intéressé c’est le rapport des livres avec le temps. Ils peuvent faire l’objet d’une acceptation ou d’un rejet immédiat dans un temps T pour être reconsidérés sous un angle diamétralement différents dans un temps T’. Donc, en mobilisant « La fin de l’histoire et le dernier homme » et « le choc des civilisations », nous avons voulu anticiper sur la réception de « TOUTOUNI » par le public. Comme il était écrit dans un contexte politique explosif et non favorable à nous autres co-auteurs, nous avions voulu faire passer ce message : « Peu importe le sort immédiat réservé à TOUTOUNI par le public, notre pari se fait sur le Temps. » Nous comprenons que cette certitude peut déconcerter le scientifique. Mais il n’est que d’attendre. Du lieu de l’acteur politique, seule la conviction (synonyme de certitude) assortie d’une véritable praxis arrive à mettre l’Histoire en mouvement. DESSALINES était porteur d’une vérité. Même MANUEL, personnage fictif inventé par Jacques ROUMAIN, était mû par une vérité qu’il prétendait détenir. Nous invitons donc le professeur à ne pas se tromper de lieu. Nous l’invitons également à accorder plus d’importance au temps. Sans la maitrise de ces deux paramètres en fonction desquels s’écrit l’histoire, même la plus copieuse revue de littérature n’est que phraséologie. C’est ainsi que le professeur BELLAMY fait remarquer, non sans pertinence théorique, l’impossibilité de concilier « révolution tranquille » et « matérialisme historique ». Nous nous bornerons à redemander au professeur de ne pas se tromper de lieu. Là où nous nous situons, il serait fatal de nous prendre au pied de la lettre. Le champ politique appelle un mode opératoire stratégique en dehors duquel tous les projets de lutte sont voués à l’échec. Nous assumons la grille de compréhension matérialiste historique et dialectique pour comprendre les ressorts cachés du processus de domination de la classe dominante autant que nous croyons nécessaire de ne pas recourir à l’effusion de sang pour remettre les pendules à l’heure. Si nous réussissons à le faire à l’avenir, les historiens auront dit que nous avons écrit une page inédite de l’histoire des idées politiques et sociales. Ils ne nieront pas la révolution que nous aurons faite sous le prétexte de son inadéquation à une quelconque théorie. Au contraire, c’est cette dernière qui sera invalidée au regard des faits. Rappelons tout simplement que nos aïeux n’ont pas attendu la Déclaration universelle des Droits de l’Homme pour postuler leur vocation ontologique au mieux-être eu égard au principe cardinal de la dignité humaine. C’est dire que celui ou celle qui fait l’histoire peut l’écrire à rebours des théories acceptées jusque-là. Sur le sable mouvant de l’histoire, aucune construction théorique ne saurait se prévaloir d’une validité intemporelle. Si de votre lieu, il ne suffit que de creuser les constructions théoriques, là où nous sommes, nous nous chargeons de faire l’histoire que vous allez écrire.

Une critique formulée à l’encontre de « TOUTOUNI » par Monsieur BELLAMY nous rappelle les réserves portant sur les fables de La Fontaine. En nous présentant par exemple « le corbeau et le renard », La Fontaine est accusé de corrompre l’esprit de ses jeunes lecteurs en campant le renard comme un animal dont il faudrait imiter les tours d’adresse et l’espièglerie. C’est une critique. Mais, par-dessus tout, il est clair que les fables de La Fontaine accusent une grande portée pédagogique en ce sens qu’elles nous éclairent sur tout un éventail de comportements humains. Dans le cas du Président Jovenel MOISE et de l’ex Premier ministre Jean-Henry CEANT, le Chef de l’État s’apparente au renard, et Jean Henry CEANT au corbeau. Nous laissons les jugements de valeur aux esprits épris de moralisme. Mais nous savons, comme le professeur l’a si bien dit, que ces pratiques sont contreproductives pour Haïti. Nous devons effectivement nous affranchir de notre ego pour penser Haïti.

En ce qui concerne les propositions formulées dans la troisième partie du livre, il ne s’agit que de pistes de réflexion méritant certainement des analyses approfondies à l’avenir. Il ne s’agissait pas pour nous d’écrire un projet de société en 29 jours. Par contre, un homme ou une femme politique se doit d’avoir une idée claire des grands chantiers (défis) de son temps, quitte à en formuler ultérieurement le mode opérationnel. En 2009, la République dominicaine a fait appel à Jacques ATTALI pour diriger les travaux scientifiques sous-tendant le document qui allait tenir lieu de plan de développement 2010-2020 pour nos voisins. La troisième partie de notre livre ne saurait être un plan de développement. Par contre, elle a le mérite d’attirer l’attention de nos contemporains sur les grands chantiers à construire par notre génération.

Contrairement à certains de nos camarades, nous pensons que le professeur a fait œuvre utile. Il n’a pas pêché par excès de sévérité. Au contraire, il n’a voulu que nous encourager. Cependant, nous sommes un peu stupéfaits de voir que le professeur d’histoire n’a pas daigné réagir à cette affirmation-choc tirée de la page 245 du livre : « Historiquement, Haïti n’a connu qu’une seule voie : celle de l’apartheid socio-économique construite sur la culture de la rente et l’institutionnalisation de la corruption. En dehors de la multiplicité des courants et des régimes politiques, sur le plan économique, le pays, pendant deux siècles n’a connu en réalité qu’une seule voie : celle de l’exclusion de la majorité. » Nous pensons que ces deux phrases sont assez révélatrices de notre compréhension de l’histoire d’Haïti et du sens de notre combat au-delà du chant des sirènes. Cela dit, nous invitons le professeur à donner son point de vue sur la pesanteur de l’apartheid socio-économique qui condamne la grande majorité à la déshumanisation. Nous nous permettons d’inviter le professeur à un débat public au terme de notre tournée nationale et internationale. Au terme du débat, nous espérons que le pays aura mieux compris les enjeux du temps présent. Aux historiens d’écrire l’histoire, aux acteurs politiques de la construire au gré de leur praxis accouchée au forceps de luttes sans merci. Au moment de conclure cet article responsif, nos derniers mots s’adressent à notre génération : « Ne nous contentons pas de lire et de subir l’histoire des autres. Construisons la nôtre ! La plus passionnante histoire est celle de tous les instants. Faisons l’histoire autrement! »

Jorchemy JEAN BAPTISTE et Pascal ADRIEN



Articles connexes


Afficher plus [1115]