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Les 15 chapelles d’opposition de la République d’Haïti

Les 15 chapelles d’opposition de la République d’Haïti








Dans tous les pays démocratiques lorsqu’on dit opposition, il existe un consensus pour dire que ce vocable désigne les mouvements politiques qui contestent les détenteurs du pouvoir politique. Mais, il arrive que l’on tienne compte de la nature du régime politique pour identifier l’opposition et donc identifier le groupe appelé à devenir la majorité politique lorsque le peuple aura démocratiquement opté pour l’alternance. Ainsi, aux États-Unis, lorsque les républicains sont au pouvoir, l’opposition est essentiellement constituée du parti démocrate et vice versa. Au Royaume-Uni, lorsque les conservateurs sont au pouvoir l’opposition désigne essentiellement les travaillistes. Aucun doute n’est permis là-dessus. En France, jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron l’opposition désignait la gauche ou la droite en fonction du camp au pouvoir.

La République d’Haïti a adopté un régime politique dont on peut essayer de retrouver l’équivalent à travers le monde. Pourtant, en Haïti, le mot opposition semble avoir perdu son sens véritable. Ainsi, en oubliant que les acteurs politiques haïtiens maîtrisent bien l’art de retourner leurs vestes et en ne tenant compte que de la période qui a débuté avec la crise de juillet 2018 et qui a débouché sur la grave crise politique actuelle, si on procède à une revue de presse relative à l’actualité politique haïtienne et si on procède à une recherche sur le vocable opposition, on se rend compte du fait qu’il existe au moins quinze chapelles d’opposition. C’est ce qui explique en partie la difficulté de dire avec certitude ce que recouvre la notion d’opposition en Haïti.

La vérité est que dans la République d’Haïti, tout le monde semble s’opposer à tout et il suffit de ne pas partager les orientations du pouvoir en place ou de ne pas apprécier la personne du président en exercice pour s’auto proclamer opposant. Et dans un beau mélange des genres, tout le monde s’y met y compris les pasteurs, les artistes, les entrepreneurs, les écrivains, qui sont parfois, les plus virulents, les plus cruels et les plus insultants envers les représentants de leur pays et envers ceux qui ne s’alignent pas sur leurs positions. Ils oublient qu’en démocratie, on peut comprendre leur cause sans être obligé de la partager si on n’est pas de leur camp politique ou s’ils n’ont pas suffisamment argumenté pour nous convaincre. Et comme tout le monde s’attribue le titre d’opposant, tout le monde s’autorise à donner sa solution de sortie de crise et à dire qui doit être Président, Premier ministre, ministre ou autres, comme si la République d’Haïti ne disposait pas de règles relatives à la dévolution du pouvoir politique. Ainsi, lorsqu’on analyse les articles recensés, on se rend compte qu’il existe plusieurs expressions pour désigner l’opposition. Certains parlent d’opposition, d’opposition politique, d’opposition politique à (…), d’opposition au pouvoir de (…), d’opposition modérée, d’opposition radicale.

D’autres parlent d’opposition minoritaire, d’opposition radicale minoritaire, de la minorité de l’opposition, d’opposition démocratique, d’opposition progressiste. Enfin, d’autres parlent d’opposition active, d’opposition engagée, d’opposition plurielle, d’une frange de l’opposition, etc. Autant de termes pour désigner une même entité et un même groupe de personnes, de clans, de factions qui parfois ne pèsent pas lourd sur le plan politique. Chaque notion signifie que tous les opposants ne sont pas logés à la même enseigne et que si certains sont radicaux, d’autres sont modérés ou progressistes, ce qui peut expliquer des différences dans les stratégies de lutte contre le pouvoir en place. On pourrait également être bienveillant en ayant une lecture positive et en considérant que cela montre la richesse et la pluralité de l’opposition. Mais, ce ne serait que de la bienveillance !

Quoi qu’il en soit, le constat a été fait à partir d’une revue de presse, on peut nuancer et dire que si on utilise autant d’adjectifs pour qualifier l’opposition en Haïti c’est à cause de l’imprécision du vocabulaire de certains journalistes ou supposés tels. Ce serait juste, mais en même temps ce serait oublier que certains journalistes reprennent souvent les expressions des politiciens et que sans certains journalistes haïtiens ou supposés tels l’opposition politique haïtienne ne serait rien. Dans un sens bien compris de leurs intérêts, ils se nourrissent les uns les autres avec le même sens du spectacle (le show comme ils appellent leurs émissions politiques), la même recherche de l’unanimité au mépris du pluralisme idéologique, le même goût du vocabulaire approximatif et la même propension à se passer de la vraie expertise surtout si elle vient de personnes issues de la même classe sociale qu’eux.

Enfin, avec autant de qualificatifs pour désigner l’opposition, plusieurs questions se posent : de qui/de quoi parle-t-on lorsqu’on parle d’opposition en Haïti ? Au nom de qui s’oppose-t-on lorsqu’on se proclame opposition/opposant ? Le pouvoir politique en place doit être légitime, l’opposition doit l’être aussi. Mais, lorsqu’une opposition comprend autant de chapelles, qui est légitime à se proclamer opposant et qui ne l’est pas ?

Comment l’opposition peut-elle convaincre les citoyens de la légitimité de ses combats politiques et comment veut-elle obtenir des résultats avec autant de chapelles qui sont l’illustration de l’incapacité des acteurs politiques à définir ensemble le nouveau contrat social que les citoyens appellent de leurs vœux ? L’existence de toutes ces chapelles n’a qu’une seule conséquence : diviser les Haïtiens et sacrifier le « bien vivre ensemble » sur l’autel des petites ambitions politiques de quelques activistes qui ne seront jamais des hommes d’État et qui de ce fait ne devraient jamais être suivis dans leur volonté de détruire les institutions d’Haïti sous prétexte de vouloir casser le système dont ils sont les purs produits.

Dr Éric SAURAY,
politologue, avocat à la Cour



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