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Le cri du 7 février 1986 étouffé par les rétrogrades Haïtiens avec la complicité internationale

Le cri du 7 février 1986 étouffé par les rétrogrades Haïtiens avec la complicité internationale








Depuis son indépendance, le 1er janvier 1804, Haïti, première république noire ayant osé réaliser un tel exploit dans un monde, jusque-là hostile, n’a jamais pu, à date, vivre un moment de paix, en tant qu’État.

Au lieu de nous aider à régler nos différends sur la base des principes régissant tout État de droit, la tutelle opaque et intéressée de la communauté internationale ne fait qu’empirer le mal, au point que la situation devient explosive. Au fil de cet exposé, on sera amplement édifié.

PRÉLIMINAIRES. -

Dès la proclamation de notre indépendance le 1er janvier 1804, pour l’organisation du nouvel État, on a dû faire face à de sérieux obstacles dont le plus monstrueux reste et demeure jusqu’à date la lutte fratricide pour le pouvoir.

Deux ans, après la grande épopée de 1804, soit le 17 octobre 1806, cette lutte a occasionné l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de la nation haïtienne. Il a été assassiné pour avoir réclamé une répartition juste et équitable des richesses de la nouvelle nation. C’est l’un des plus horribles événements que nous avons connu durant notre histoire de peuple.

En 1915, une situation de grande terreur a causé le débarquement sur le sol haïtien des troupes américaines. Les belligérants en cause qui, pour des intérêts mesquins, ont toujours pris le malin plaisir de semer la terreur dans le pays, avaient été bel et bien neutralisés. Après une longue occupation américaine qui aura duré 19 ans (1915-1934), une certaine régulation de la vie publique a été visiblement observée.

Il fallut attendre la chute de la dictature des Duvalier père et fils le 7 février 1986 pour voir un vent d’espoir, accompagné de fortes violences, soufflé sur Haïti.

Devant une incapacité citoyenne de faire face à cette situation, en 1994, à la faveur d’une nouvelle intervention américaine, par l’intermédiaire d’une tutelle qui ne dit pas son nom, mais qui devient, aux yeux du peuple haïtien, une entreprise chimérique et téméraire, l’étranger a pris la commande de la république pour rendre la situation encore plus plausible.

Dans le cadre de cette réflexion, nous tenons à attirer l’attention du monde sur la gamme d’amalgames relevés dans le fonctionnement de l’État haïtien, malgré la tutelle de la communauté internationale. D’ailleurs, depuis la chute de la dictature, de hauts dignitaires étrangers ont dit, haut et fort, ce qu’ils pensent de la pénible situation haïtienne. Actuellement, le mal devient pire, mais aussi un sujet très préoccupant.

L’AMPLEUR DE LA DÉCHÉANCE HAÏTIENNE

À partir de l’an 2000, l’inquiétude générale face à la déchéance haïtienne a fait sérieusement couler de l’encre. Un survol sur les déclarations faites durant cette période, tant par des étrangers que par des personnalités haïtiennes connues pour leurs prises de position, peut en dire plus.

L’année 2003 avait offert l’occasion, aux officiels étrangers surtout, de cracher leur colère face à la dégradation de la situation haïtienne.

Dans son discours d’adieu, l'ancien ambassadeur américain, Brian Dean Curran, avait reconnu l'échec de la classe politique haïtienne. Il avait souhaité l'émergence d'une nouvelle classe de citoyens au timon des affaires publiques.
Il faut dire que loin de produire l’effet escompté, le conseil jugé salutaire de l’ancien ambassadeur américain a été purement ignoré par les missions étrangères opérant en Haïti, lesquelles préfèrent, depuis une vingtaine d’années, imposer l’accès des incompétents au sommet de l’État.

Le 12 septembre 2003, il revient à l'ancien ambassadeur français Yves Gaudeul de monter au créneau pour dénoncer la dérive haïtienne. Dans son discours d'adieu, il s’exprimait ainsi sur la cause de la crise haïtienne : « Une tradition d'autoritarisme, un individualisme profond ». Il avait même prédit sur Haïti une tempête politique.

Malgré la constante présence de l’ONU et de l’OEA sur le terrain, la tempête se déchaîne quand même et furieusement au point de donner lieu, en permanence, à une industrie florissante de production de cadavres à travers le pays. À l’appétit glouton de cette industrie, personne n’est épargné.

Lors d'une rencontre secrète tenue sur Haïti à Ottawa en janvier 2003, le secrétaire d'État du Canada pour l'Amérique latine, M. Denis Paradis attire l'attention sur le degré de pourrissement de la crise haïtienne. Il considérait la situation comme « une bombe à retardement qu'il faut désamorcer tout de suite ». Faute de prévention, la bombe explose dangereusement et ses effets n’ont pas cessé d’éventrer quotidiennement la république.

À l'occasion d'une visite en République dominicaine en avril 2003, le Premier ministre canadien Jean Chrétien avait lancé un cri d'alarme à propos de la crise haïtienne. Préoccupé de la lenteur étrangère en ce qui concerne cette crise, il déclarait : « S’il n'y a pas plus d'efforts faits afin de mettre en œuvre les résolutions de l'OEA, ce pays va s'enfoncer encore plus profondément dans le désespoir » Chose dite, chose faite.

Plus près de nous, l’ancien président dominicain Hipolito Meija avait, en maintes fois, rappelé à la communauté internationale son devoir de secourir la nation haïtienne en détresse. Recommandation qui reste lettre morte pour voir la situation se dégrader à un rythme vertigineux.

Pour sa part, M. Terence Todman, diplomate de carrière à la retraite, en mission en Haïti pour le compte de l'OEA, se déclare, le 25 août 2003, très préoccupé par la situation d'Haïti.

Du côté haïtien, une homélie de circonstance prononcée par Mgr Louis Kébreau à la cathédrale de Port-au-Prince le 14 mai 2011 faisait état de la souffrance de la population haïtienne. Le prélat invitait, en vain, les gens malintentionnés ayant pris d’assaut le pouvoir, grâce à la tutelle étrangère, à constater la coupe à laquelle s’abreuve notre peuple meurtri, humilié et bafoué.

Une coupe, disait-il, remplie de souffrances physiques, morales et spirituelles ; coupe de la privation, de la solitude, de l’exclusion, de l’abandon et de l’angoisse. Une coupe remplie d’amertume. En terminant, il posa cette question : « Comment transformer cette coupe de chagrin, de tristesse en espérance, joie et amour ? »

De l’année 2000 à nos jours, partout, dans le monde, le mal haïtien est l’objet d’un diagnostic évocateur du fonctionnement d’une république humiliée, bafouée, profanée, honnie, vilipendée, déshumanisée.

C’est, en effet, là une série de prédictions faites sur la crise et qui, faute d’actions, s’accomplissent cyniquement pour le malheur du peuple haïtien.


De nos jours, du fonctionnement d’un État sans état d’âme, le peuple exprime son ras-le-bol d’être sous l’obédience d’un gouvernement fantoche, d’un parlement scélérat et d’une justice fantôme. Ce trio de monstres ravageurs ont fait peur. Il faut une action d’envergure citoyenne pour les mettre, sans délai, dans l’incapacité de nuire.

IMPLICATIONS RÉELLES DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
DANS L’AGGRAVATION DE LA CRISE HAÏTIENNE

Parallèlement aux actions ignobles et criminelles des dirigeants amateurs soigneusement téléguidées par le système rétrograde en cours, les implications de la communauté internationale sont péniblement ressenties dans tous les domaines de la vie publique. La tutelle étrangère complique davantage notre tâche de gouverner l’État selon la Constitution et les lois de la République. Malgré cette tutelle, Haïti organise une série de mascarades électorales qui ne font que compromettre toutes démarches favorables à la résolution définitive de la crise haïtienne.

En 2010, le représentant du secrétaire général de l’ONU, Monsieur Edmond Mulet a osé menacer le pays de nos ancêtres de toutes les sanctions du monde à cause du refus des forces sociales et politiques d’accepter le résultat de la mascarade électorale du 28 novembre 2010 qui, en toute vraisemblance, aurait été concoctée sous la supervision directe de l’OEA.

L’écrivain haïtien Gary Victor, indigné d’un tel comportement, opinait : « Les élections, telles qu’elles ont été organisées le 28 novembre, ont prouvé avec quel sans-gêne les forces du statu quo alliées à des secteurs de la communauté internationale, pouvaient utiliser la médiocrité, la violence, la corruption pour empêcher toute expression ordonnée de la volonté populaire. »

Le secrétaire d’État américain, Collin Powell avait même proposé la réévaluation des actions de l'OEA dans le cadre des différentes missions électorales pour résoudre la crise haïtienne. De son côté, l'Haïtien, même le moins avisé, s'interrogeait sur le bien-fondé de la participation directe de l’OEA dans l’organisation des élections d’un pays qui se veut souverain.

Le climat de désordre instauré par les membres de la communauté internationale, lors des mascarades électorales de 2010, a porté un coopérant étranger du nom de Ricardo Setenfus à crier au scandale. Il a même dénoncé publiquement la communauté internationale d’avoir contribué délibérément à l’aggravation de la crise haïtienne. À ce sujet, voilà comment, à propos de la tutelle étrangère, il avait réagi : « On ne résout rien. La situation ne fait qu’empirer. »

L'Haïtien, même le moins avisé, se demande pourquoi la communauté internationale, malgré les moyens légaux dont elle dispose pour résoudre une crise de gouvernance au niveau d'un État membre, a préféré user de détours dans le dossier haïtien.

En revanche, à un rythme démesuré, tous les ordres – moral, matériel, social, politique, juridique, économique – se sont effondrés ; tous les clignotants, tous les indices d’appréciation de la démocratie sont au rouge.

La charte démocratique de l’OEA, promulguée le 11 septembre 2001, semble, en ce qui concerne Haïti, l’avoir été pour la galerie. À l’alinéa 1er de ladite charte, nous lisons : « Les peuples des Amériques ont droit à la démocratie et leurs gouvernements ont pour obligation de la promouvoir et de la défendre. »

Dix-huit ans après la promulgation de cette charte, malgré la tutelle hégémonique de la communauté internationale sur Haïti, toutes les institutions démocratiques et judiciaires prévues par la Constitution de 1987 sont en nette dégradation, au point que depuis quelque temps, l’État haïtien est traité comme l’arrière-cour des autres États du monde, mais pas comme un État proprement dit. Et cela ne semble pas fouetter l’orgueil national.

Pour étouffer le cri haïtien du 7 février 1986, les rétrogrades haïtiens, avec la complicité réelle de la communauté internationale, ont dû boycotter purement et simplement toutes les dispositions de la Constitution haïtienne de 1987 préconisant le régime de la démocratie pluraliste.

La Constitution de 1987 n’avait prévu qu’un seul Conseil électoral provisoire. Le pays en a connu au moins une dizaine et jusqu’à présent, rien n’est fait pour stopper cette hémorragie ou corriger cette vilaine pratique.

Après 32 ans de promulgation de la nouvelle Constitution, le fonctionnement des institutions républicaines aussi importantes comme les forces armées et le Conseil constitutionnel sont nettement ignorées.

Les élections prévues par la Constitution pour le renouvellement des dirigeants nationaux et les membres des collectivités territoriales sont toujours en butte aux difficultés du système quant à leur organisation.

Le nombre de députés et de sénateurs prévus par la Constitution pour le fonctionnement normal du parlement est toujours manquant. De plus, il est rare que le mandat constitutionnellement alloué à un parlementaire soit respecté à la lettre, en termes de durée. Alors qu’à l’article 111.8 de la Constitution en vigueur, nous lisons : « En aucun cas, la chambre des députés ou le sénat ne peut être dissous ou ajourné, ni le mandat de leurs membres prorogé. »

La Constitution bannit la pratique infâme de la gouvernance de l’État par décret. Plusieurs cas du genre sont déjà recensés. En 1995, en l’absence du parlement, un décret issu d’une décision anticonstitutionnelle a été pris pour remplacer la loi de 1985 régissant le fonctionnement de la justice haïtienne. L’Amicale des Juristes, une institution haïtienne d’avant-garde en matière de justice et de droit, avait protesté en vain contre la publication d’un tel décret.

Dans les jours qui viennent, en dehors d’un quelconque cas de force majeure, le pays se prépare à constater un vide au niveau du parlement. N’y a-t-il pas lieu de considérer que, sous l’empire ou sous l’emprise de la tutelle étrangère, le désastre haïtien tend à devenir un mal irréparable ?

LE MAL DE LA TUTELLE

La communauté internationale rend le peuple prisonnier de son désir d’occuper à vie le territoire national à n’importe quel prix. C’est subversif pour un peuple d’être ainsi pris en otage.

Le mal de l’occupation nous atteint profondément par la propagation d’une maladie endémique telle que le choléra, dans nos mœurs avec la quantité de cas d’agressions sexuelles relevés à travers le pays sur le compte des soldats étrangers.

Toute chose qui ne fait que terrasser l’image du peuple haïtien, ce peuple qui a eu dans le temps la renommée de cultiver à outrance la pudeur et d’être partout respecté pour son entregent et ses bonnes mœurs.

Tout compte fait, le problème haïtien cesse d'être imputable aux seuls rétrogrades nationaux. La communauté internationale est, depuis plus d'une vingtaine d'années, responsable, à un titre ou à un autre, de la monstrueuse dégradation haïtienne.

La tutelle de l’étranger nous impose des dirigeants anonymes, corrompus, dévoués à toute cause, sauf à celle d’Haïti. Ce qui importe, c’est d'inonder l'État d’individus ainsi connus, malhonnêtes, corrompus, capables de tout en ce qui concerne le mal et incapables de rien quand il s’agit de bien commun.

Sous l’empire de la tutelle étrangère, la situation évolue catastrophiquement dans le sens du pire. Abandonnés, les Haïtiens vivent dans une république physiquement bombardée, moralement défigurée, institutionnellement détruite.

LES CONCLUSIONS. -

L'échec de la communauté internationale dans le dossier haïtien doit nous persuader que le combat pour l'instauration d'un véritable État de droit en Haïti reste et demeure avant tout l’affaire de toutes les Haïtiennes et de tous les Haïtiens vivant en Haïti comme à l’étranger.

Nous n’excluons pas la carte d’une grande solidarité de tous les peuples frères du monde entier, notamment ceux des Amériques en vue de réaliser un coude à coude fraternel capable de déboucher sur une forte pression sur leurs gouvernements en faveur de la libération définitive du peuple haïtien du joug des rétrogrades Haïtiens et de la tutelle jugée inopportune et désastreuse de la communauté internationale.

Pour provoquer une grande incitation à cette solidarité, le parti Action Démocratique pour bâtir Haïti (ADEBHA) souhaite la conclusion, sans délai, d’une grande alliance haïtienne, sur la base de « l’union fait la force », entre les organisations citoyennes vivant en Haïti et les personnalités haïtiennes évoluant à l’étranger en vue de l’établissement d’un pacte de redressement national capable d’orienter Haïti vers la réalisation d’un projet politique susceptible d’une prise en main réelle et effective du destin de la république par ses progénitures.

René Julien, av.
Président du parti politique légaliste
Action Démocratique pour Bâtir Haïti/ADEBHA



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