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Tabula rasa Ni Duvalier, ni Lavalas, ni PHTK : une Génération s’engage!

Tabula rasa Ni Duvalier, ni Lavalas, ni PHTK : une Génération s’engage!








Si audacieux que puisse être un animal politique, aucun geôlier ne doit se faire passer pour prisonnier, aucun pyromane endurci ne peut vouloir se présenter comme pompier, aucun bourreau ne doit remplacer une victime, aucun corrupteur professionnel ne peut devenir soudainement un enseignant de bienfaisance, de bonnes conduites et de loyauté. Certes l’animal politique audacieux est en droit de croire qu’il peut bâtir sa fortune aux dépens de la crédulité et de la passivité des autres. Cependant, il se trompe de croire qu’il peut passer sa vie entière à tromper toute une génération; encore moins celle qui est consciente de son engagement envers l’avenir et qui a la volonté de mettre fin au cercle vicieux qui perdure trop longtemps : Vos actes vous suivent. Voilà désormais une maxime sacrée à laquelle cette Génération engagée doit s’accrocher pour se positionner face à l’indignité et l’audace des dirigeants politiques haïtiens de toutes tendances ainsi que leurs complices qui ne jurent que de vivre de la misère d’un peuple à genoux.

Radiographie d’un régime politique rétrograde à triple têtes

1- Ni Duvalier

D’abord, entendons-nous par régime politique rétrograde un régime dont sa principale expertise se réduise à l’utilisation des techniques de manipulation de masse et de violence subtile afin d’accaparer et de garder le pouvoir politique. Sa mission essentielle est de travailler dans le but de favoriser l’enrichissement obscène d’un petit groupe de fonctionnaires et d’hommes d’affaires au détriment du bien-être de la population démunie. Le régime des Duvalier, Lavalas et PHTK représente ultimement ce mode de gouvernance qu’a connue le pays durant les soixante dernières années.

L’arrivée au pouvoir des Duvalier dans les années cinquante (1957-1986) a marqué significativement cette nouvelle façon de s’approprier du pouvoir politique en Haïti. Monsieur Duvalier père était un démagogue très habile. Il a inventé quelque chose qui n’ait jamais existé avant lui : se servir de l’ignorance de la masse pour accaparer et garder le pouvoir pendant plus d’un quart de siècle en éliminant toute forme d’opposition politique. Ce faisant, le dictateur en puissance et en acte s’assurait qu’il ne puisse exister aucune possibilité pour que son administration ait de compte à rendre à quiconque et qu’il soit le monarque absolu qui décidait de tout. Jusqu’à sa mort en 1971, il n’avait de compte à rendre qu’à lui-même. Son fils héritier, Jean-Claude Duvalier, qui a pris le pouvoir au cours de la même année, ne faisait que continuer la politique sans éthique de son père.

Sans aucune surprise, après la chute de ce régime en 1986, des enquêtes journalistiques des médias occidentaux ont révélé que plusieurs millions de dollars américains provenant de l’argent des contribuables haïtiens ont été mis dans des banques en Suisse au nom de la famille Duvalier et de ses héritiers. Ces enquêtes témoignent que le régime duvaliériste, dans son mode fonctionnement, n‘était pas uniquement un régime despotique qui s’opposait à la jouissance des droits et libertés individuels. Outre des actes de cruauté et de criminalité, une politique systématique de vol et de corruption était aussi mise en place sous le régime de papa et baby doc.

Dans le contexte où les néoduvaliéristes visent à réintégrer sereinement l’espace politique haïtien, dans la mesure où un petit fils du dictateur se positionne déjà sur l’échiquier politique et aspire contre toutes attentes à prendre les rênes du pouvoir dans un futur proche, il est nécessaire de questionner profondément l’héritage des 29 ans de gouvernance des Duvalier dans la pratique/culture du vol et de la corruption dans le milieu politique haïtien. La lutte qu’entreprennent les jeunes de la Génération d’aujourd’hui contre l’impunité et notamment la corruption des dirigeants politiques et du secteur privé en Haïti ne serait-ce que partielle et partiale si elle passe aux oubliettes l’argent volé par les Duvalier et que bénéficient encore les ayants droit du régime. En réalité, il faut admettre que les gouvernements Lavalas et PHTK succédant ce régime ne font que suivre un itinéraire tracé d’avance.

2- Ni Lavalas

Qui ne se souvient pas de l’euphorie qu’a créée la mouvance lavalasienne dans les années 90. Qui pouvait ignorer la popularité outre mesure du prêtre providentiel de Saint-Jean Bosco de la fin des années 80. Après 29 années de dictature féroce, la population haïtienne aspirait à vivre des jours meilleurs. Le discours populiste de l’ancien prêtre Jean Bertrand Aristide, tissé sur la théologie de libération, faisait renaître l’espoir au sein d’une population désavouée. Néanmoins, l’amateurisme politique et l’égoïsme forcené du leader lavalassien donnaient déjà le signal d’un combat perdu d’avance. Le coup d’État militaire de 1991 et le départ forcé en 2004 dont a été fait l’objet la présidence de monsieur Aristide en témoignent bien.

Les deux décennies de gouvernance lavalasienne (1991-2011) ont été catastrophiques pour le pays tant sur le plan économique que politique. Politiquement, les gouvernements Lavalas n’ont pas su répondre à leur mission de base qui était avant tout de mettre en place des institutions publiques et démocratiques devant être capables de participer dans le développement réel du pays. Dans la continuité des pratiques des gouvernements duvaliéristes, les institutions publiques restaient encore politisées sous le régime lavalassien. Les fonctionnaires ne pouvaient mettre en exergue leur compétence en raison du fait qu’ils s’étaient astreints à suivre les ordres d’un Chef (politique ou armé).

La démocratie lavalasienne a été en réalité une dictature déguisée où seul le Chef avait le mot du droit. Les forces armées nationales ont été remplacées par des groupes armés créés spécifiquement dans le but de défendre la cause du régime. Les « Tonton macoutes » duvaliéristes faisaient place aux « Chimères » lavalasiennes. Certes, la période de 2006 à 2011 a été relativement différente, il n’en demeure pas moins que les pratiques politiques n’avaient pas changé.

La gestion économique des gouvernements Lavalas a été tout aussi déplorable. L’argent du trésor public a été utilisé pour payer des bras armés du régime en lieu et place des fonctionnaires. La criminalité, le vol et la corruption qui étaient à l’honneur sur la dictature duvaliériste reprenaient ses droits du temps de la supposée démocratie lavalasienne. Qui peut oublier le vol de plusieurs millions de dollars de modestes citoyens dans le fameux mouvement de coopérative sous le protectorat du gouvernement en question. En se servant de la propagande populiste pour arriver au pouvoir, les Lavalas ne font que profiter de la misère des populations des bidonvilles pour asseoir un pouvoir autocratique et autoritaire profitable aux principaux chefs politiques et armés du régime. Loin d’être ce parti politique progressiste prônant la justice sociale, Lavalas n’est en réalité que la deuxième tête du régime politique rétrograde qu’a connu le pays. Et c’est son piètre bilan qui a ouvert la voie à cet illustre inconnu (outsider) de la politique traditionnelle dénommé PHTK.

3- Ni PHTK

Le sigle PHTK autant que sa définition Parti haïtien tèt kale ne signifie rien de plus que le nombre de syllabes qui le composent. L’arrivée de ce parti politique au pouvoir en 2011 marque l’apogée de la déchéance totale d’un État en mal de développement. Profitant de la décadence des partis politiques traditionnels (Lavalas et alliés) qui ont gouverné le pays durant les dernières décennies, les phtkistes ont repris à leur compte la vieille technique de propagande populiste, vide de tout contenu, pour accaparer le pouvoir dans le but de faire du show-business. Depuis leur arrivée, jamais le savoir-être et le savoir-faire politique n’ont été aussi banalisés. Le politique se permet de tout dire et tout faire sans être inquiété d’une éventuelle poursuite judiciaire. Le mode de gouvernance phtkiste se présente en réalité comme un véritable obstacle au développement économique et social du pays, voire même un handicap à la professionnalisation et la moralisation de la vie politique et publique.

L’ascension du leader PHTK, Michel Martelly, au pouvoir a terni l’image et a ôté le peu d’estimes dont jouissait encore la fonction de la magistrature suprême de l’État. Monsieur Martelly n’a pu se départir de son passé musicien/chanteur de toutes les obscénités de la fonction présidentielle qu’il a occupée (2011-2016). Ses prises de parole ne sont qu’un ramassis de propos vils et infâmes dirigés envers et contre tout ceux qui ne veulent s’adhérer à sa façon de faire.

Pour reprendre les propres mots d’un fervent partisan du régime Tèt kale, Jean Gabriel Fortuné, « Le règne de Martelly, c’est l’expression de l’effondrement moral de cette nation. Le règne de Martelly, c’est l’expression la plus concrète du banditisme légal. » Jamais l’indécence, l’abjection, l’indignation, l’indignité, la honte, l’avilissement, l’arrogance n’ont été si bien définis la gouvernance d’un pays que le sous le règne de monsieur Martelly. Jamais le vol, la corruption et la criminalité (kidnapping) n’ont été aussi bien professionnalisés que sous la gouvernance du PHTK.

Si le pouvoir duvaliériste est, à raison, accusé d’avoir volé des millions de dollars US du peuple haïtien; les gouvernements PHTK et Lavalas (2006-2019) sont associés, pour leur part, au plus grand crime financier que le pays n’ait jamais connu : la dilapidation des fonds du programme Petrocaribe. Un programme de prêt/pétrolier mis en place par le gouvernement vénézuélien en vue d’aider certains pays de la Caraïbe y compris Haïti.

Dans le cadre du combat que mènent les jeunes de la Génération présente contre la corruption, le vol et la criminalité, il faut néanmoins se mettre d’accord sur une chose : aucune alternative viable ne peut être proposée sans une rupture complète et totale avec des pratiques et des acteurs du régime politique rétrograde qui ont dirigé le pays durant les dernières décennies. Et pour que cette rupture soit effective, il faut certainement dissocier le bon grain de l’ivraie, mais ne jamais s’associer aux bourreaux d’hier voulant se faire passer parmi les victimes d’aujourd’hui.

Au-delà des idées pessimistes ambiantes, le développement économique, social et politique de l’État d’Haïti n’est pas un vœu pieux. Cependant, il le resterait tout aussi longtemps que les Haïtiens ne parviennent à la hauteur de leur responsabilité. La revendication citoyenne pour demander la tenue du « Procès Petrocaribe » n’est pas, non plus, une gageure. Néanmoins, il la resterait tout aussi longtemps que les forces vives de la nation ne mènent pas un combat acharné contre ce régime politique rétrograde qui n’entend pas courber l’échine. Dans le contexte actuel où le statu quo politique devient un handicap à la survie même de la population, le tabula rasa s’impose comme une nécessité nationale. Aucun messie ne viendra faire ce que les Haïtiens peuvent eux-mêmes accomplir. Que l’engagement des jeunes de la Génération d’aujourd’hui soit le point de départ du Messie tant attendu qui a pour mission de sauver Haïti.

Marvel J. Cayard
marvel-joseph.cayard.1@ulaval.ca
Maître en droits fondamentaux
Québec, Canada



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