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Le civisme, un impératif pour la réforme de l’État haïtien

Le civisme, un impératif pour la réforme de l’État haïtien



Selon la Banque mondiale, plus de 6 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de la pauvreté , soit moins de 2,41 dollars par jour. En ce qui concerne son indice de développement humain, en 2016 Haïti est classée 163e sur 188 pays. Le Gouvernement haïtien a donc la lourde responsabilité de retirer le pays dans cette situation lamentable. Or, les divers gouvernements qui sont succédés n’arrivent pas à changer le cours de l’histoire. En fait, on peut légitimement se demander si ces derniers ont réellement la volonté de favoriser le bien-être de la population. Au contraire, cette dernière a l’impression que les gouvernants se servent au lieu de la servir. En effet, Ils sont reprochés de corruption. Selon une enquête menée conjointement par la BRIDES, l’ULCC et l’Institut de la Banque Mondiale, 93% des ménages affirment que la corruption est un problème très grave en Haïti . Classée 161e sur 180 pays par l’agence Transparency international, la République d’Haïti a un indice de perception de la corruption très décevant.

Le système judiciaire peine à sanctionner les corrupteurs. Cette impunité entraine une sorte de systématisation de la corruption dans l’Administration publique. Les citoyens haïtiens sont donc livrés à eux-mêmes. Face à l’échec des gouvernants, les citoyens sont obligés d’être plus actifs dans la vie publique de manière à provoquer la réforme du pays. Malheureusement, les gens préfèrent attendre un Président de la République qui va venir les sauver en oubliant trop souvent qu’ils doivent, en tant que citoyens, jouer un rôle à dans la réforme de la République. D’où la nécessité de renforcer le sens du civisme des citoyens haïtiens.

Le civisme désigne l’amour, le respect et le dévouement du citoyen pour son Pays. Cela implique une certaine conscience politique de ce dernier et la connaissance de ses droits et devoirs. Haïti a donc besoin de citoyens avec une bonne éducation civique. Les dirigeants d’un pays sont choisis parmi ses citoyens. Pour avoir des dirigeants qui ont l’amour de la patrie et qui travaillent pour l’intérêt collectif, il faut d’abord instaurer le sens civique chez les citoyens. D’où l’équation suivante : « De bons citoyens deviennent de bons dirigeants et ces derniers favorisent l’existence d’un bon pays » (Bons citoyens = Bons dirigeants = Bon pays).

L’amour de la patrie est un sentiment qu’il faut cultiver chez les citoyens dès l’enfance. Or, beaucoup d’écoles n’enseignent plus le cours de civisme . Les rares écoles qui enseignent cette matière font face à au moins deux problèmes : le contenu du cours n’est pas toujours assez efficace pour susciter l’amour de la patrie chez l’enfant et en outre il y a une inadéquation entre les valeurs enseignées à l’école et les réalités que l’écolier vit dans la société. On constate en effet que les valeurs enseignées à l’école pour être un bon citoyen ne sont pas vraiment pratiquées par les élites. Dans ce contexte, les jeunes finissent par abandonner lesdites valeurs. Malheureusement, c’est souvent le prix à payer pour réussir en Haïti. Il faut donc repenser le pays de telle manière qu’il y ait beaucoup plus de citoyens qui réussissent sur la base du mérite que de citoyens qui réussissent sur la base de la médiocrité. On pense que les gens honnêtes en Haïti ne doivent pas s’engager en politique, car c’est un milieu corrompu. Beaucoup d’individus réussissent à devenir des dirigeants politiques sans avoir l’amour de la patrie. Cela décourage les jeunes à cultiver ledit amour. Face à ce constat, il est urgent que le ministère de l’Éducation nationale impose à toutes les écoles primaires de dispenser un cours de civisme avec un contenu pouvant développer le patriotisme chez les enfants, car ces derniers sont les dirigeants de demain.

La question des déchets en Haïti fournit un bon exemple d’inadéquation entre les principes de civisme enseignés à l’école et la réalité du pays. En effet, on peut bien enseigner aux enfants de ne pas jeter des fatras dans les rues. Il n’en demeure pas moins que ces derniers constatent quotidiennement dans le transport en commun que les passagers jettent leurs sachets d’eau dans les rues ou encore que leurs parents en les amenant à l’école dans leurs voitures privées jettent des bouteilles d’eau sur la voie publique. Dans ce contexte, l’enfant finit très vite par ne plus prendre au sérieux les leçons de civisme du Professeur. Cette réalité montre que le civisme doit être enseigné à l’école, mais aussi à tous les membres de la société de manière à changer la mentalité de l’Haïtien par rapport à la République. Par ailleurs, l’État doit aussi jouer son rôle en mettant les citoyens dans une société où ils peuvent vivre en toute dignité et sanctionner les écarts de conduite. Dans cet ordre d’idée, avant que les autorités prétendent sanctionner un individu qui jette des détritus ménagers dans les rues, il faut bien que ces dernières s’assurent de mettre des décharges publiques dans tous les endroits nécessaires. Quand le citoyen est habitué à vivre dans une ville truffée de fatras empilés dans des décharges sauvages, avec le temps il finit par trouver cette situation normale. Par voie de conséquence, quand il devient plus tard dirigeant, il n’a aucun souci de rendre l’environnement salubre.

Face aux constats faits dans les lignes précédentes, il est impératif que le ministère de l’Éducation nationale, les écoles, les universités et toutes les institutions concernées se mettent ensemble pour repenser l’enseignement du civisme en Haïti.

Caleb Deshommes
Professeur d’Université
caleb.deshommes@ueh.edu.ht




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