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Quand le président Jovenel Moïse ferme les écoles pour ouvrir les prisons

Quand le président Jovenel Moïse ferme les écoles pour ouvrir les prisons



« Ouvrir une école, c'est fermer une prison » a dit Victor Hugo. On dit aussi : « tant vaut l'école, tant vaut la nation.» Peut-on penser au développement d’Haïti sans penser à une éducation intégrale de ses enfants ? Malheureusement, en Haïti, l’éducation des enfants n’a jamais été une priorité pour les gouvernements. Nous avons pour preuve les différents budgets alloués au secteur de l’éducation sous le régime de PHTK pendant ces 8 dernières années. N’est-ce pas ce qui motive le président Jovenel Moïse à fermer les écoles pour ouvrir les prisons ?

En effet, ouvertes sur fond d’une crise multifactorielle : politique, économique, sociale, insécurité généralisée et d'une pénurie aigüe de carburant, toutes les écoles ont dû refermer leurs portes seulement une semaine après une rentrée scolaire ratée avec un très faible pourcentage d'élèves à cause de la précarité économique du pays. La carence de produits pétroliers a envenimé le panorama politique du pays déjà fragilisé depuis le premier mouvement « peyi lòk » de juillet 2018.

Deux mois déjà depuis la fermeture des écoles, la crise politique prend de l’ampleur sans espoir d’en trouver bientôt une issue heureuse. Les protagonistes durcissent le ton et les positions. Le pays est au bord d’une catastrophe. Mais il semble que nos autorités, principalement le président de la République qui a la lourde tâche d’administrer et de gérer la Respública, ne vivent pas sur le même espace, ni la même réalité que la population haïtienne ; dans le cas contraire, ils auraient dû se hisser à la dimension d’un vrai homme d’État digne de responsabilités pour éviter au pays cette catastrophe annoncée. Aussi, la classe politique et les secteurs vitaux de la société civile ont leur rôle à jouer, car le centre d’intérêt commun est celui d’Haïti.

Entre temps, dans l’enlisement de la crise, tout vient à manquer dans le pays. La faim et la soif anéantissent la population qui est à bout de souffle. Les barrages routiers ne permettent pas la libre circulation des personnes et des biens produits notamment la production agricole. Pris en otage chez eux, tout le monde est fatigué notamment les élèves qui venaient tout juste d’entamer l’année académique 2019-20, après avoir passé deux mois de vacances coincés à la maison sans loisir à cause du phénomène de l'insécurité. Les enfants veulent retourner à l’école pour recevoir le pain de l’instruction, mais c’est un constat, l'État est « plat atè »et ne peut garantir la paix et la sérénité dans les rues et dans les esprits.

Il est vrai que l’État n’accorde aucune importance à l’éducation, mais c’est une exigence constitutionnelle à l'État de garantir et d'assurer gratuitement l'éducation primaire des enfants (Constitution 87, articles 32 à 32.3).

Toutefois, si l'État a failli à sa mission face à l’éducation des enfants, il prend ses responsabilités face aux gangs officiels et bandits légaux. Nous en voulons pour preuve les 500 mille dollars US octroyés à 5 sénateurs pour voter le PM cabri. Alors que dans la majorité des établissements scolaires du pays et même à Port-au-Prince, le pain de l'instruction se donne dans des conditions infrahumaines où il n’existe : bancs, tableaux, bureaux, chaises, blocs sanitaires, eau potable, cafétéria, laboratoires, voire terrain de jeu. Un véritable paradoxe pour le régime « têt kale » qui parlait de l'éducation, même quand en réalité c'était à l'oral. Dans cette perspective, le régime PHTK avait pris la décision de prélever 1,50 $ sur chaque transfert de la diaspora haïtienne ; ce qui a généré plusieurs centaines de millions de dollars depuis 8 ans, sans donner le moindre détail sur l'utilisation de ce fonds qui semble perdu.

Depuis le déferlement de cette dernière vague de protestations contre le pouvoir de Jovenel Moïse dans le pays, malgré la constance et l’insistance de la population en nombre imposant dans ces mouvements de rues ; malgré le cri d’alarme et la levée de boucliers de toutes les forces vives de la nation y compris des syndicats d’élèves, de parents, d’étudiants et de professeurs pour réclamer la démission du président ; sa position n’a pas fléchi. En guise de réponse, Jovenel Moïse passe à l’offensive et s’attaque à quelques hommes d’affaires et des compagnies privées ayant des contrats avec l’État pour fournir de l’électricité à l’ED’H. Par cette mesure, Jovenel Moïse dit s’attaquer au système « peze souse » qui s’accapare de 95% des richesses du pays au détriment de la population depuis l’assassinat de Dessalines. Cependant, M. Moïse ne se voit pas comme fils légitime et l’un des principaux bénéficiaires de ce système qu’il dénonce. De l’avis de plus d’un, cette décision du chef de l’État vise à se venger de ces hommes d’affaires qui l’ont propulsé au pouvoir et qui maintenant lui tournent le dos.

En fuyant ses responsabilités, l’État planifie la délinquance pour la jeunesse qui s’expose à toutes sortes de débauches : drogue, alcool, prostitution, car wash, ti sourit, gangs armés, etc. Et la course ne finira qu’en prison puisqu’on leur avait barré l’accès à l’école, la base fondamentale de développement de tout être humain et de toute société.

Il faut souligner rien que pour ce dernier épisode de « peyi lòk, »qui caserne tout le monde notamment les enfants, des dizaines de personnes ont été tuées par balle avec des centaines de blessées dont certaines sont estropiées à jamais. Aussi, un nombre important de jeunes sont arrêtés et constamment jetés en prison. Ces jeunes pour la plupart victimes de balles à la tête ou à la poitrine sont en majorité des adolescents en âge scolaire de 14 à 20 ans. Ils ont été assassinés pour avoir osé revendiquer un État de droit dans lequel les droits fondamentaux : nourriture, santé, éducation, travail, logement, etc. sont garantis pour tous. Paradoxalement pendant que le ministre de l’Éducation nationale Pierre Josué Agénor Cadet n’a pas pu délivrer en matière de politiques publiques du secteur, parallèlement il a été promu d’assurer le portefeuille du ministère de l'Intérieur. Signalons aussi que l'année scolaire 2018-19 a été fermée précipitamment à cause de cette même crise.

Dans ce monde de confusions et de cafouillages où le pays n’est pas gouverné, et que personne n’est responsable de cette situation délétère, pourrait-on espérer voir bientôt un dénouement de la situation pouvant favoriser le retour des élèves en classe ? En tout cas, se référant aux revendications exprimées comme un seul homme par toutes les couches sociales réclamant la démission du président pour corruptions, incompétence et fausses promesses, conformément à l’esprit de la Constitution, seul le président Jovenel Moïse a cette responsabilité. Aussi, lui seul peut répondre à cette interrogation.

Ronald Singer




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