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Les organisations paysannes en Haïti, entre discours et réalités / Les causes de la disparition du secteur paysan dans les nouveaux mouvements sociaux en Haïti

Les organisations paysannes en Haïti, entre discours et réalités / Les causes de la disparition du secteur paysan dans les nouveaux mouvements sociaux en Haïti



« Si nan mòn pa desann, lavil p ap manje », ce dicton nous rappelle comment le milieu rural est important pour l’alimentation du monde urbain. Ainsi le mode d’organisation paysan attire l’attention, il devient donc incontournable pour l’appréhension des rapports sociaux de ces milieux. Roumain (2007) nous montre que fort souvent se développent des rapports antagoniques entres les individus issus des milieux paysans.


Les paysans pour éviter les conflits se regroupent en associations. Ces regroupements ne sont pas de simple assemblage d’individus, mais un tout bien structuré autour duquel la dynamique et le travail de groupe se concordent. Ils se conduisent de manières hiérarchisées dans un modèle bien réfléchi. Ils se fixent dans un schéma plus ou moins rigide élaboré très souvent dans des chartes. Cela entraine donc une restriction, sur les actions des membres qui pourraient donc compromettre le mécanisme de cette collectivité.

La coopération des paysans est surtout, un héritage de la période coloniale avec le regroupement d’esclaves en marrons dans les mornes pour combattre les colons. Ensuite avec la révolte des paysans contre le code rural de Boyer. Cela répéta encore, avec l’occupation américaine de 1915, quand on introduit les paysans aux travaux forcés (corvée) sans les payer et, ce qui conduit à un refus total de ces derniers à y participer par une révolte ensanglantée (Moral 1978). Donc, les organisations paysannes sont construites dans leurs essences sur des bases revendicatives. De plus en plus les organisations paysannes se renforcèrent, elles deviennent le moteur principal dans le mode fonctionnement du milieu rural et des mouvements sociaux.

Les organisations paysannes dans l’ère de la modernité

Balandier (1967) perçoit les milieux traditionnels comme tout l’opposé des sociétés occidentales. Le changement s’opère de manière très lente dans ces types de sociétés. En effet, avec le phénomène de mondialisation, les contacts, les sociétés dites de ces milieux subissent de l'influence. De fait, ils sont confrontés à beaucoup de mutations culturelles. Ces confrontations et relations (entre tradition et modernité) font donc un remodelage de ces milieux. Elles sont dialectiques c'est-à-dire permet d'étudier le changement social tant en terme de rupture que de continuité. D’où il nous montre que ces milieux qualifiés de répétitifs et stationnaires sont plutôt dynamiques.

Cette réalité se coïncide aussi avec celle des organisations paysannes. Ainsi, de nouvelles idées germent dans l’esprit du paysan avec de perspectifs de modernités. En Haïti, avec le contexte socio politique et économique du pays d’après 1986, on constate à une restructuration dans les regroupements des paysans, les coopératives, les conseils communautaires (GABAUD 2000). Cela conduit peu à peu à un épuisement des formes traditionnelles d’associations. En ce sens, il eut une mutation complète dans la morphologie des organisations paysannes. Gabaud les appelle, d’associations rurbaines ou urbano- rurales, c'est-à-dire l’essence est urbaine, mais se cache, entre autres, sous une couverture rurale.

Dans cette entrée dans la modernité, les organisations paysannes développent des partenariats privilégiés avec les ONG et les partis politiques. Elles obtiennent des encadrements qui modifient surtout leurs idéologies. Donc, elles développent des rapports bien plus individuels que collectifs qui conduisent à la disparition de nombreuses pratiques propres aux milieux paysans, liées aux secteurs collectifs. Ainsi, on constate une adoption du mode de procédé urbain dans les organisations rurales. En ce sens, cela donne une dislocation entre la réalité rurale et l’idéologie des organisations paysannes modernes qui se détachent de ses bases revendicatives.

Des pratiques opposées à leurs valeurs

Malenfant (1990) établit une typologie des associations qui leurs renvoient a trois types : instrumental, expressif et instrumental-expressif. Les associations ou organisations de types instrumentaux ont une fonction extérieure à l’organisation, c'est-à-dire, qui consiste à effectuer des changements liés à des situations extérieures aux membres ou les maintenir. Celles de types expressifs dont les actions sont dirigées vers ses membres avec une fonction sociale interne à l’association. En dernier, il y a celles de types instrumental-expressif qui ont une fonction sociale interne et externe.

Par-delà leurs fonctions, les organisations paysannes vendent une image de convivialité, démocratique, avec pour interlocuteur l’État et aussi ennemi principal. D’après Melh (1982), elles mettent l’État en accusation de ne pas utiliser leurs omnipotences pour favoriser la décentralisation et surtout la participation paysanne. D’ailleurs, elles sont créées surtout pour contrecarrer l’État. Mais dans la pratique, les associations en milieux ruraux sont en opposition à ce qu’elles disent. Elles sont loin d’être l’espace de convivialité et de démocratie. Elles sont surtout constituées de petits groupes privilégiés et défendent que leurs intérêts.

En Haïti, les organisations paysannes sont exactement comme on les décrit dans le travail de Melh. D’abord, elles ne prennent pas en compte la revendication de tous les paysans auxquels elles s’attribuent à défendre. Ensuite, elles se démarquent de la logique qui leur donne les raisons d’être. Elles se disent constituer pour contrôler les ingérences de l’État en milieux ruraux pourtant elles cherchent toujours de financement dans les institutions étatiques. Ainsi, elles deviennent des prolongements de l’État et fonctionnent à son image. Elles sont impuissantes face au désengagement de l’État. Enfin, elles sont généralement dirigées par le même individu ou un même groupe d’individus. Elles ne sont guère, des domaines ou expriment mieux la démocratie.

Les organisations paysannes utilisées comme couvertures

Barthelemy (1992) trouve toute l’importance du regroupement, du travail collectif dans l’esprit communautaire qui l’anime. En s’associant, les paysans sont plus aptes à effectuer une tâche. Ainsi, la logique d’association devient une stratégie efficace.

En Haïti, les organisations paysannes se redéfinissaient de plus en plus politiquement avant 1986. Elles avaient des outils importants pour combler le vide institutionnel de l’appareil étatique. Elles faisaient la structuration des rapports sociaux entre les individus, pour permettre une meilleure cohabitation. Elles identifiaient les problèmes auxquels les individus étaient confrontés en vue d’apporter des résolutions. Les décisions importantes ne pouvaient être prises en dehors des organisations paysannes. D’ailleurs si une décision pouvait porter préjudice à la communauté, ce sont elles qui allaient l’objecter, donc leurs apports étaient essentiels et incontournables.

En effet, elles exigeaient aussi, la fin de l’isolement du milieu paysan. Elles faisaient la promotion pour l’intégration du monde rural dans les prises de décisions étatiques. Elles se donnaient pour mission, la défense du milieu paysan. Par contre dans la réalité haïtienne de nos jours, on constate, l’intégration de leurs dirigeants dans l’appareil de l’État plutôt que la communauté avec ses revendications. De fait, les organisations sont de véritables vecteurs de leaders politiques. Elles deviennent donc des couvertures pouvant amener un individu à occuper un poste important dans le secteur public.

Enfin, de nos jours, en Haïti on constate à un remodelage des organisations paysannes dans leurs structurations et dans leurs pratiques face à leurs discours. Elles sont plus imbibées dans les logiques urbaines avec des dirigeants issus de ces milieux c'est-à-dire ceux qui dirigent les organisations paysannes ne sont pas des paysans. Ainsi, il y a un grand écart entre les valeurs qu’elles disent défendre et ce qu’elles font. Elles deviennent des moyens qui donnent à ces dirigeants l’accès à des fonctions prestigieuses. De ce fait, elles sont réduites au silence et se démarquent de leurs fonctions initiales d’être porteurs des principales revendications des paysans. Cela entraine donc à la disparition du milieu paysan dans les nouveaux mouvements sociaux en Haïti.

Meatherlinck Jérome ST-JUSTE
Étudiant en anthropologie-sociologie et en sciences juridiques à l’UEH
meatherlinck@gmail.com

Sources
1- BALANDIER Georges, Anthropologie Politique, éd. Quadrige, Paris, 1967.

2- BARTHELEMY Gérard, L’univers rural haïtien. Le pays en dehors, éd. Harmattan, Paris, 1992.

3- GABAUD P. Simpson, Association paysan en Haïti. Effets de permanence et de rupture, éd. Antilles, Port-au-Prince, 2000.

4- MALENFANT Roméo, Typologie des associations. Le contexte associatif, éd. CEPAQ, Montréal, 1990.

5- MELH Dominique: (1982)Culture et action associative, Sociologie de travail, p.38.

6- MORAL Paul, Le paysan haïtien. Etude sur la vie rurale en Haïti, éd. Fardin, Port-au-Prince, 1978.

7- ROUMAIN Jacques, Gouverneur de la Rosée, éd. Fardin, Port-au-Prince, 2007.




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