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Jusqu'où va-t-on laisser descendre notre Haïti?

Jusqu'où va-t-on laisser descendre notre Haïti?



Haïti est actuellement en chute libre. Cette crise aigüe qui touche tous les secteurs de la vie nationale arrive à un niveau inacceptable. Notre pays est devenu presque invivable. Tout le monde se voit menacé en raison de la dégradation de la situation socioéconomique et politique. La corruption généralisée, l'insécurité montante avec des cas d’assassinats spectaculaires et des massacres par-ci, par-là, la dévaluation de notre devise, l’inflation galopante, la hausse accélérée du chômage, la misère chronique, la salubrité de nos rues et villes, la désorganisation de nos grandes aires urbaines, la déforestation de nos campagnes, la banalisation de nos valeurs et la récurrence des troubles sociopolitiques ne font qu’exposer le niveau de délabrement de notre société. Cela ne fait que créer une situation d'incertitude et d’inquiétude globale, mais aussi de peur dans les foyers haïtiens. Le pays est sur le qui-vive permanent. L'Haïtien d'aujourd'hui n'est plus rassurant de son avenir de demain. De plus, nos tissus sociaux sont déchirés. Nos mœurs et notre culture qui servaient jadis de liens de socialisation de notre peuple sont en voie de disparition. La jalousie, la haine, la méchanceté, la grande délinquance, entre autres, arrivent à un niveau inquiétant et dangereux au sein de notre communauté. L’arrogance devient la vertu et l'excuse de presque tous ceux et celles qui commettraient une faute dans la société. Bref, les valeurs morales et républicaines sont donc menacées de destruction en raison de la mauvaise gestion du pays depuis très longtemps. Peut-on ainsi laisser se détruire le rêve de nos Ancêtres ?
Il est presque certain que nos femmes et hommes politiques contemporains ne font pas preuve d’être à la hauteur de la gestion de ce pays que nos héros de l’indépendance, au prix de leur sang, nous ont légué comme héritage. Actuellement, il arrive de constater que presque tous les secteurs de la société sont visiblement en dégénérescence. L’État n’est plus responsable. Il a manifestement failli à sa mission. Il devient impuissant, démissionnaire, voire inexistant. Concernant la classe bourgeoise, dans sa grande majorité, elle considère le peuple haïtien comme des esclaves et prétend continuer à développer avec ce dernier une relation maître-esclave tout simplement. D’ailleurs, elle n’a ni cœur ni patrie. Cette bourgeoisie haïtienne ne fait que travailler pour sauvegarder ses intérêts et pour conserver ses positions dominantes, peu importe les conséquences sur la société. Incontestablement, la richesse du pays est prise en otage par un petit groupe de personnes. Il n’est pas sans savoir que moins de 5% de personnes détiennent plus de 95% de tous les biens et moyens de production d'Haïti. Cela ne serait pas mauvais si ces richesses étaient utilisées pour le développement du pays, puisqu’on doit admettre qu’un pays ne peut se développer sans une bourgeoisie progressive et une classe d’affaires avisée. Notre plus grand problème, c’est que les richesses de notre classe d’affaires ainsi que de notre bourgeoisie sont trop souvent servies à la déstabilisation du pays tant à l’échelle locale que nationale, au financement des coups d’Etat et des candidats piètres, mais aussi malhonnêtes, et au patronage de tant d’autres activités préjudiciables à notre bien-être collectif. Qui pis est, le pouvoir politique haïtien joue toujours le jeu de ceux et de celles qui détiennent tous les monopoles du pays. Le citoyen haïtien n’est protégé de rien. Tout le monde peut facilement profiter de sa faiblesse et de son ignorance pour s’enrichir en si peu de temps et par n’importe quel procédé. Il n’y a presque personne pour dire « halte-là !» Quand on est chef ou lorsqu’on a l’accointance de celui qui est au pouvoir, on peut tout faire même si c’est au détriment de la communauté. L’État n’arrive pas encore à jouer son rôle de régulateur afin d’équilibrer la balance sociale lorsqu’elle tend à pencher et/ou rester dans un seul sens. Il ne parvient pas non plus à faire comprendre à la classe bourgeoise de ce pays l’importance des autres classes les plus démunies de la société dans son existence, son accroissement et son progrès économique et inversement. Bien que l’Etat ne puisse effacer d’un coup tous les préjugés sociaux, il devrait néanmoins montrer par des gestes élémentaires qu’il travaille à leur réduction afin de permettre au peuple de reprendre confiance et de continuer à vivre. Pour répéter Hasting : « La tâche du pouvoir politique n’est pas d’effacer les inégalités, mais de faire en sorte qu’elles deviennent supportables (M. Hasting, Aborder la science politique, 1996). À propos de la classe moyenne, en Haïti, cette appellation est énigmatique. Si le nom existe, les conditions de vie de ceux et celles qui se disent y appartenir ne démontrent pas qu’ils changent exactement de statuts ou remplissent les critères d’une réelle classe moyenne. Notre prétendue classe moyenne est grandement appauvrie. Elle est mise dans une situation d’inconfortabilité permanente afin de ne jamais être responsable et maître de son avenir. Malgré tout, celle-ci ne prend pas conscience de son rejet par le statu quo. Elle n’a toutefois pas de conviction ni de position. Elle ne veut pas se défendre vraiment contre les adversaires de son bien-être. Elle se met toujours à leur service. Elle se sent trop souvent confortable pour défendre ceux et celles qui établissent, mais également protègent le statu quo qui la garde dans la misère. Généralement, lorsqu’on parle de classe moyenne en Haïti, on doit faire allusion à un groupe d’hommes et de femmes qui sortent de l’Université, pratiquent une activité professionnelle et commerciale détaillante et, petit à petit, cherchent à se démarquer de la masse, question de s’échapper des stéréotypes discriminants de la société. Au lieu de se mettre ensemble pour combattre ces clichés, elle cherche à trouver la faveur et le pardon de ses oppresseurs sans qu’elle fasse la moindre erreur ou faute sociale. Et si, par hasard, un élément de cette prétendue classe moyenne parvient à franchir une étape importante dans la société, en politique ou en économie, il oublie très rapidement ses origines. Il se croit déjà bourgeois et cherche à s’arranger ou à se positionner aux côtés des nantis. Pourtant, les conditions de vie de notre classe moyenne et celles de la populace ne sont pas différentes. Elles vivent dans presque le même trou et connaissent les mêmes déceptions sociales. Quant aux partis politiques, ils n'existent que de noms. Ils n’ont presque aucune structure rationnelle et de visions prometteuses. Le seul progrès que notre génération politique parvienne à réaliser ces derniers jours, c’est la multiplication et l’émiettement des organisations, partis, groupements et regroupements politiques. Si cela était dans l’intérêt de la démocratie, ce serait mieux. C’est bien dommage que, dans la majorité des cas, l’intérêt ne soit que personnel. Pendant que des dirigeants politiques prônent à haute voix la démocratie, au sein de leurs partis politiques, ils ne pratiquent que la dictature. Chacun crée son propre mouvement ou parti politique dont il est le chef à vie. Trop souvent, on crée une organisation ou un parti politique pour négocier des avantages et privilèges avec le pouvoir en place et pour avoir des relations avec l’internationale ainsi qu’avec la classe d’affaires de la société, mais non pour défendre un projet de société dans l’objectif de travailler au progrès d’Haïti. C’est le chef du parti qui décide de tout. La notion d’élection primaire n’existe pas au sein des partis politiques haïtiens. Les membres sont considérés comme des aliénés politiques qui n’ont aucun droit et ne peuvent exercer aucun pouvoir de décision. Le seul vrai rôle qui leur incombe, c’est de voter le candidat sélectionné par le maître du parti au moment des élections, d’occuper le macadam et d’investir les rues quand l’intérêt du chef est menacé. C’est la raison pour laquelle il existe autant de divisions et de désordres au sein de nos partis politiques. Et c’est cette désorganisation des partis qui accouche aujourd’hui cette opposition micmac. Parler d’opposition politique en Haïti actuellement est un exercice décourageant et même dégoutant. Celle-ci est aussi décriée que le pouvoir en place. La carence de leadership se fait sentir de jour en jour au sein de cette opposition. Le duel de leadership semble être priorisé sur l’intérêt général, ce qui discrédite davantage cette opposition aux yeux de la population. Nous avons une opposition multicolore et aux noms multiples. Chaque groupe qui se dit «opposition » se retranche derrière un surnom et présente ses propres revendications sans tenir compte de celles des autres opposants. Il ne fait que travailler à la division permanente et à la destruction de l’opposition à proprement parler. À dire vrai, il nous prend pour des imbéciles. Plus d’un se questionnent déjà sur ce qu’on peut espérer de meilleur de cette opposition si fragmentée et divisée. Si on ne peut même pas s’unir pour prendre le pouvoir, la gestion politique du pouvoir s’annonce déjà catastrophique. De plus, nous sommes en train de vivre et de connaitre en Haïti un phénomène politique inédit. Certains de nos femmes et hommes politiques sont en même temps dans le pouvoir et l’opposition, ce qui nous donne actuellement cette forme d’opposition sans conviction. D’après ma compréhension des choses, celui qui se comporte de cette façon peut être tout, sauf un homme d’État honnête, sérieux et responsable. Il est un « transposant » avide du pouvoir, mais non un opposant politique au régime en place dans le vrai sens du terme. Ces types de personnalités politiques rendent laide et malheureuse notre démocratie. Il faut savoir que la politique est une belle chose lorsque les règles démocratiques et éthiques sont respectées. La démocratie implique l’existence d’un pouvoir et d’une opposition politique en activité. Ces deux éléments sont essentiels pour garder en santé une démocratie. Je pense que si le pouvoir politique a la mission d’organiser et de réguler la société tout en fixant ses règles de conduite afin d’assurer la cohésion sociale, l’équilibre sociale, entre autres, l’opposition politique, quant à elle, doit se considérer et de se comporter comme un avant-gardiste décidé et crédible. Elle doit servir comme un contre-pouvoir. Cette dernière a une noble utilité dans le fonctionnement de toute démocratie. Elle doit servir de rempart pour forcer le pouvoir politique, autrement dit la majorité politique qui gouverne, à faire son travail conformément aux principes républicains afin de veiller au respect des droits et des libertés publiques. Son rôle est fondamental dans la construction d’une société de droit. C’est elle qui devrait éclairer la lanterne de la population, dénoncer les dérives du pouvoir, proposer des solutions et qui devrait, éventuellement, constituer une alternative au pouvoir en place dans le cadre d’une alternance politique. C’est la raison pour laquelle ses actions sont à même d’être jugées au même titre et presque avec la même rigueur que celles du pouvoir en place. L’opposant d’aujourd’hui est à même de devenir dirigeant de demain. Il doit faire preuve de grande conviction et d’exemple. Malencontreusement dans notre pays, nous avons affaire à une opposition particulière où ses membres, spécialement ses leaders, se sont plutôt opposés, l’un à l’autre, que de se mettre ensemble pour constituer une alternative réelle au pouvoir en place. C’est ce qui fait, en grande partie, la déficience de cette opposition politique qui devrait être très utile face à la situation chaotique que nous vivons actuellement.

En ce qui a trait à la religion, l’église qui pourrait servir, dans une certaine mesure, de grande force morale susceptible de placer le mot conciliant lorsque la nation se trouve en danger et face à des crises sociopolitiques aigües, à la dimension de celle que nous connaissons actuellement, est aussi en déclin. Dans la grande majorité des églises, l’immoralité bat son plein. Elle oublie la misère du peuple. On cherche, de préférence, à lui téter la mamelle au lieu de lui montrer la vraie réalité, de l’encourager à travailler et à revendiquer ses droits, etc. Pendant que le dirigeant prêche le vivre ensemble au sein de son assemblée, il pratique, par son comportement, la théorie du « chacun pour soi, Dieu pour tous ». En conséquence, cette institution ecclésiastique est déconsidérée et n’inspire plus confiance à la société. Elle ne peut plus oser se présenter comme exemple voire s’offrir comme médiatrice dans la résolution du moindre conflit social du pays.

Le grand perdant dans tout cela est la masse défavorisée. Cette classe sociale subit toutes les conséquences de toutes les dérives des secteurs de la vie nationale. Elle est rabaissée et marginalisée dans son ensemble. Il parait qu’on cherche même à priver la masse haïtienne de ses droits inaliénables à vivre bien et à revendiquer un mieux-être. Quand elle gagne les rues pour réclamer de meilleures conditions de vie, elle est toujours accusée d’être monnayée par untel ou par un quelconque secteur. En réponse, elle est matraquée, malmenée et tuée comme des bêtes sauvages aux yeux de tout le monde. C’est comme si, selon les détracteurs du peuple, la masse est aveuglée. Elle n’a pas de raison ni de sens normal. Elle ne peut pas voir ni ressentir la situation misérable dans laquelle elle vit journellement au point de la dénoncer et de se révolter. Elle ne peut pas non plus regarder comment vivent ses voisins caribéens voire espérer vivre comme eux. Etant la plus faible de la société, cette masse déshéritée est devenue la marionnette et le cheval de bataille de tous les secteurs, la classe politique notamment. On l’utilise pour voter, pour dire « viv », mais aussi « aba » quand le besoin de la classe dominante se fait sentir. Ses oppresseurs d’autrefois veulent s’ériger en ses véritables protecteurs d’aujourd’hui dans le seul but de continuer à l’opprimer. Quand je parle de la masse haïtienne, je la divise en deux groupes de personnes les plus marginalisées de la société tout dépend de leur localisation territoriale. La première est la masse urbaine qui habite les villes trop souvent dans les favelas et/ou les bidonvilles dont les misères et les souffrances sont plus ou moins exposées aux yeux de la société, de la presse nationale et internationale. Quoiqu’on ne fasse rien pour changer ses conditions de vie, au moins on parle, même si c’est en mal, de cette catégorie sociale en raison de sa proximité avec les villes et les intérêts des nantis ainsi que de ceux des politiques. Cette dernière est trop souvent utilisée comme des ouvrières politiques et dénaturées en bandes armées, très souvent au moment des élections, afin de satisfaire les perpétuels manœuvriers politiques de Port-au-Prince. La seconde est la masse rurale, celle qui habite au bout de la campagne. Cette catégorie de la masse n’est pas visible aux yeux des dirigeants, ni de la presse. Elle n’a pas non plus d’importance à leurs yeux. Elle est privée de presque tout. Les services sociaux de base lui sont totalement absents. Elle ne voit pas des infrastructures étatiques, telles que : routes asphaltées, hôpitaux, écoles, universités, électricité, tribunaux, etc. Elle enfante à la belle étoile. Sa principale référence en matière de santé est une matrone qui n’a que des connaissances pratiques. On ne connait même pas son existence au point de l’écouter. On vote toujours pour elle, car il n’y a même pas de routes pour acheminer les bulletins de vote. Elle vit et grandit presque sans une identification citoyenne, baptistaire, entre autres. Bref, l’Etat lui y est totalement absent. Cela étant dit, les notions de déconcentration et de décentralisation dont on parle constituent le mensonge légalisé de notre génération politique qui arrive au pouvoir. Cette couche sociale constitue la catégorie la plus oubliée de la République, autrement dit les laissés-pour-compte. Minimisée par tout, affaiblie et désespérée, la masse semble se résigner à végéter dans la misère chronique pour attendre son dernier soupir. Cette résignation est indubitablement involontaire et imposée. À mon avis, elle est due au manque d’éducation du peuple haïtien ou à son éducation au rabais. Le peuple est livré à lui-même sans une éducation de qualité et contrôlée par l’État. Il faut savoir que l’une des obligations de la démocratie libérale, c’est l’éducation constante et accommodée du peuple. J’ai vite compris que le manque d’éducation du peuple haïtien, cette éducation à double vitesse, est un complot planifié au sommet pour éviter qu’il soit en mesure de défendre ses véritables intérêts. Incontestablement les dirigeants profitent de l’illettrisme du peuple haïtien pour le garder dans la pauvreté extrême et dans la crasse, car l’ignorance de la population leur est profitable. Ils arrivent plus facilement au pouvoir et n’ont de compte à rendre à personne. N’importe quelle personne, d’où qu’elle vienne, peu importe son passif dans la société et son niveau d’incompétence, peut aisément se faire élire dans des fonctions importantes, telles que président, sénateur, député, maire, entre autres ; il lui suffit de faire des promesses fallacieuses arguant qu’elle a la volonté de travailler pour une nouvelle Haïti. De quelle nouvelle Haïti parlez-vous, mesdames, messieurs? Développée ou enveloppée ?

Jeunes de ma génération, en raison de l’expérience amère que nous sommes en train de faire avec ce groupe de gouvernants maladroits sur toute la ligne ces jours-ci, il faut désormais savoir que la volonté ne suffit pas pour confier la gestion des affaires de l’État à un homme ou une femme. Celui qui se porte candidat à une fonction élective doit non seulement avoir la volonté pour agir, mais aussi faire preuve d’intégrité intellectuelle, de grande compétence, de moralité, d’honnêteté, d’expérience, de conviction et du patriotisme. Personne ne peut développer son pays si elle n’est pas patriote et n’a pas d’expérience dans la gestion de l’État. On ne peut pas non plus espérer de résultats importants d’amateurisme politique dans ce système politique déréglé. On est peut-être trop émotionnel dans les urnes. On doit désormais choisir les dirigeants, quel que soit le niveau de leur élection avec raison, rationalité, mais non avec émoi. Nous devons dorénavant choisir nos élus avec la tête, non avec le ventre. Notre émotion et notre comportement immature dans le choix de ces présents dirigeants nous concèdent une grande responsabilité dans tout ce qui se passe de mauvais dans le pays actuellement. C’est de la pire indignation lorsqu’on constate que des voyous politiques prennent notre République en otage et travaillent de manière à pousser le dos de tous ceux et de toutes celles qui possèdent la capacité réelle pour servir le pays. Ils enfoncent notre nation dans un « puits perdu politique ». Ils continuent à nous humilier aux yeux du monde et à nous faire perdre nos valeurs héroïques comme Première République noire indépendante qui transforme la liberté en bien de l’humanité. Ils ne jurent que par la destruction de notre dignité et de notre honneur. In fine, ils veulent nous « demouniser ».

Il est évident que nous sommes arrivés au sommet de nos bavures politiques. Même les principes démocratiques les plus élémentaires semblent nous faire défaut. Actuellement, il n’y a pas de gouvernement. Les amis et/ou familles politiques qui dirigent les ministères sont illégitimes depuis plus de 6 mois. L’Exécutif et la justice sont défaillants. Le parlement ne fonctionne pratiquement pas. Malgré tout, les dirigeants ne pensent plus au renouvellement démocratique du personnel politique parce qu’ils pensent être capables de se pérenniser au pouvoir. À preuve, le deuxième lundi de janvier 2020, les mandats de presque tous nos élus (sénateurs, députés, maire, etc.) arriveront à terme, tandis qu’on ne voit aucun consensus sérieux venant des acteurs politiques, notamment de l’Exécutif haïtien, pour renouveler de manière démocratique le personnel politique. Sans l’ombre d’un doute, l’entourage du président de la République peut facilement lui faire comprendre qu’il pourra éventuellement diriger le pays par décrets au lendemain de deuxième lundi de janvier 2020 et nommer puis installer un gouvernement de facto. Il doit dès maintenant savoir que ce scénario serait inconstitutionnel, illégal, arbitraire et répréhensible. Si la première version de la Constitution du 29 mars 1987 dispose à l’article 285.1 que : « Le Conseil national de gouvernement est autorisé à prendre en Conseil des ministres, conformément à la Constitution, des décrets ayant force de loi jusqu’à la rentrée en fonction des députés et des sénateurs élus sous l’empire de la présente Constitution. », l’amendement constitutionnel du 9 mai 2011 ( journal officiel Le Moniteur no 96, le mardi 19 juin 2012) ne donne plus ce droit aux gouvernements qui se sont succédé pour continuer à utiliser cette jurisprudence de manière à adopter des décrets en l’absence du Parlement. Cette disposition était prise seulement et uniquement pour le premier gouvernement sur lequel la Constitution de 1987 a été adoptée, car, à cette époque, il n’y avait qu’une assemblée constituante dans le pays. L’article 285.1 est tout simplement abrogé. Donc, il ne pourra pas servir de cadre jurisprudentiel pour permettre à un gouvernement de bénéficier de ses propres erreurs du passé lorsqu’il a intentionnellement décidé de ne pas accomplir l’une de ses principales missions constitutionnelles, mais aussi démocratiques, qui est celle d’organiser des élections pour le renouvellement du personnel politique du pays. De surcroit, on ne peut pas non plus garder en postes des élus au-delà de leurs mandats constitutionnels, car on risque d’être accusé de totalitariste. Le mieux que notre génération politique puisse présentement faire c’est de chercher à trouver un consensus politique avec tous les acteurs de la vie nationale, par un sacrifice consenti, au-dessus de tous les intérêts, les mandats notamment, pour la stabilité et la réalisation des élections dans le meilleur délai afin d’éviter le pire au pays. Si rien n’est fait pour parvenir rapidement à une issue consensuelle et haïtienne à cette crise historique, on risque malheureusement de déboucher sur une catastrophe politique inimaginable et regrettable par tout un chacun. Il faut savoir qu’aucune solution étrangère ne peut résoudre durablement cette crise aigüe qui sévit dans notre société. Les acteurs doivent en tenir compte. Alors même qu’on est proche d’une crise d’État, les décideurs publics semblent garder leur calme, un comportement que je considère comme complice et coupable, à moins qu’ils ne vivent pas dans le même pays que le peuple haïtien.

La presse haïtienne qui devrait être là pour éclairer la lanterne de la population face à ces genres de dérives des dirigeants et des politiques, ne travaille aujourd’hui que sous la coupe réglée d’un petit groupe de dominants de la République. Les medias, surtout ceux qu’on appelle les grands medias et les plus écoutés du pays, sont donc champions d’une politique d’exclusion et de ségrégation sociale. Cela a pour corollaire une presse partisane, mais aussi décriée et discréditée aux yeux de presque tout le monde. Chaque media a son patron qui décide de l’orientation et/ou de la ligne de son media en fonction de ses intérêts personnels. Ainsi fonctionne le réseau médiatique haïtien: à chaque media son bourgeois, son politicien, son candidat, son président, son ministre, son directeur général, son sénateur, son député, son maire, etc. Qu’il s’agisse du pouvoir ou de l’opposition, chacun dispose de son propre media pour défendre ses intérêts. On est un politicien ou un bourgeois honnête quand on possède de quoi payer une publicité ou acheter des heures d’antennes. On a affaire à une presse haïtienne qui condamne, libère ou nettoie les gens selon leur capacité financière. Aux yeux de cette dernière, le crime avéré d’un nanti ou d’un chef est une erreur réparable et pardonnable, tandis que la faute élémentaire d’une personne issue de la masse est un crime odieux qui mérite la peine capitale. Et on n’en a beaucoup d’exemples. Les heures d’antennes sont réservées presque exclusivement à la classe dominante, aux propagandistes politiques et aux éternels politiciens véreux. En réalité, c’était toujours ces gens, c’est toujours eux et ils seront toujours présents si rien n’est fait pour les forcer à une prise de conscience. Il n’y a pas tellement d’espace pour les intellectuels et les hommes de moralité. On écarte l’émergence de toute nouvelle classe sociopolitique et économique dans le pays. Il n’y a pas de nouvelles places pour de nouvelles têtes, intellectuels, savants, penseurs ou moralistes ; elle se fiche de votre vertu si vous n’êtes pas issues de ces bandes de conspirateurs. Les nouveaux entrants doivent faire face à toutes les difficultés du monde s’ils n’accepteront pas d’entrer dans ce complot contre la République. Un journaliste qui essaie de primer l’éthique et le professionnalisme du métier peut se voir exclu des grands medias et appauvri jusqu’à ce qu’il se conforme à la déontologie mafieuse de ce réseau. Qui pis est, les patrons des medias, dans la majorité, ne cherchent pas de cadres pour exercer le métier de journalistes, mais plutôt des personnes qui sont à leur solde, celles qui sont prêtes à leur obéir aveuglément. Leur principal critère de recrutement, c’est donc l’obéissance aveugle du journaliste. Il faut accepter de vous dépersonnaliser pour accomplir la mission de ces patrons pour être qualifiés de grands rédacteurs, présentateurs, correspondants, éditorialistes, directeurs d’opinion, entre autres. En réalité, aucun espace n’est réservé aux difficultés de la masse défavorisée, telles que : les problèmes d’eau potable, de santé, d’énergie, d’essence, d’emploi, de famine, etc. La masse ne fait pas partie de l’agenda médiatique haïtien. En réalité, cette presse s’est discréditée elle-même à travers son comportement partisan. Alors qu’elle est quotidiennement présente en Haïti et vit avec les gens au jour le jour, elle attend toujours des données, des nouvelles et des tweets venant de la presse internationale ou des organismes internationaux décrivant la situation misérable du peuple haïtien pour les repartager. A titre d’exemple, la presse haïtienne se sent confortable pour repartager le dernier rapport d’enquête du secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), M. Antonio Guterres, qui déclare avoir recensé au moins 689 personnes tuées lâchement en Haïti au cours des 9 derniers mois de l’année 2019 contre 594 personnes tuées en 2018. Où étiez-vous pendant ces temps pour ne pas les recenser également afin de nous informer avant l’ONU? Je pense que ces personnes déclarées mortes étaient dans nos rues, nos hôpitaux et nos morgues. Que faites-vous exactement comme médias? Si je ne m’abuse, je n’ai jamais entendu des journalistes enquêteurs haïtiens affirmer avoir vu telle quantité de morts dans une manifestation ou un mouvement en Haïti ou dans une autre circonstance. Ils ne font que répéter toujours la version de l’opposition, de la police et/ou du pouvoir, informations qui, trop souvent, sont intéressées, sans confirmer les leurs. Bref, si l’ONU a au moins donné la quantité de morts en 9 mois, rappelez-nous le nombre de blessés, mesdames, messieurs les journalistes. Le problème, c’est qu’on ouvre une station de radiotélévision pour travailler pour un secteur bien déterminé, mais non pour s’informer en vue d’informer le peuple haïtien. Trop souvent, nos journalistes, pour la plupart, oublient que la première fonction de la presse est celle d’informer, ensuite viennent d’autres fonctions comme celle du divertissement, entre autres. La majorité des émissions à caractère sociopolitique qui existe est conçue soit pour divertir le peuple en vue de le faire oublier ses maux, soit pour faire passer dans l’opinion publique la politique d’un secteur. Franchement avec cette presse, il sera difficile pour la société haïtienne d’aujourd’hui de parvenir aux résultats de ses revendications et à un changement de paradigme. Le peuple haïtien est médiatiquement emprisonné. Au lieu d’informer la population sur les faits réels qui se passent dans la société, cette presse essaie de préférence d’y créer la plus grande confusion. Elle est trop souvent utilisée par les dirigeants comme un outil de démotivation et de découragement de la masse lorsqu’elle tend à défendre ses droits et à revendiquer ses intérêts. Dans bien des cas, c’est la presse qui asseoit les décisions impopulaires et illégales des gouvernements dans la société. Elle aide les plus forts à piétiner les plus faibles. Au fait, elle est la principale « porte menteuse » du pouvoir ou de l’opposition vis-à-vis de la masse. D’ailleurs, les patrons des grands medias sont les principaux conseillers du pouvoir, de l’opposition et de la bourgeoisie. Donc, ce n’est pas la peine d’attendre et d’espérer un autre comportement plus exemplaire et digne de leur part. Cette crise de valeurs et de professionnalisme qui secouent actuellement nos medias met en danger notre démocratie et l’avenir du peuple haïtien. Aujourd'hui, l’existence d’une presse indépendante et critique en Haïti comme le quatrième pouvoir qui forme l’opinion publique, éclaire la lanterne des citoyens sur des dossiers d’intérêt général, organise des débats contradictoires et non partisans, est essentielle pour l’avancement de notre démocratie. Malheureusement, la diversité de notre presse s’appauvrit de jour en jour. Pour notre monde médiatique, quel que soit votre niveau, votre degré de moralité et d’intégrité, votre valeur n’est résumée qu’à votre capacité financière. A contrario, peu importe votre dimension d’immoralité et de balourdise, une place vous est déjà réservée au sommet à condition que vous soyez riche. On vit totalement dans une société d’apparence. Tout se résume à l’argent. On est un grand médecin, un grand pasteur, un grand mécanicien, un grand journaliste, un grand politicien, un grand…, si on a beaucoup d’argent, des villas au bord de la mer, des voitures de luxe, entre autres, quelle que soit leur origine. À l’opposé, on vous accole l’étiquette de petit lorsque vous n’êtes pas riche, quand vous n’avez pas d’argent peu importe votre valeur intellectuelle et morale. On vous surnomme trop souvent : petit pasteur, petit mécanicien, petit politicien, petit journaliste, ti entèlektyèl… Ce qu’on doit savoir, c’est qu’on ne peut jamais construire une société de justice seulement avec de l’argent, mais avec tout un ensemble d’éléments indispensables à son bon fonctionnement que sont les valeurs intellectuelles, religieuses, morales, culturelles, patriotiques et autres.

Face à cette descente constante de la société, ce niveau politique et de pauvreté si bas, les élites haïtiennes doivent dire quelle société elles veulent vraiment construire. Quand je parle d’élites, je voudrais faire appel aux premiers et aux plus éveillés de chaque classe sociale du pays, à savoir : les classes intellectuelle, économique, politique, religieuse, etc. Quand une société arrive à un tel niveau de décrépitude, il est préférable que l’élite intellectuelle, si elle existe encore, prenne la relève pour réorganiser et réorienter la nation. Hélas! Nos intellectuels d’aujourd’hui qui devraient donner le ton à la population, ont majoritairement fui le pays pour éviter de laisser leurs peaux à « Port-au-crime ». Ceux qui y restent, dans la majorité, n’inspirent pas confiance à la population en raison de leurs positions parfois non objectives et trop passionnées. Certains d’entre eux, au lieu de se mettre ensemble pour affronter et relever les grands défis de l'heure, ils préfèrent s’entredéchirer, quelquefois pour des miettes. Et, trop souvent, bon nombre d’entre eux se mettent servilement au service de ceux et de celles qui torpillent le peuple et qui sont responsables de son mal développement. Un autre groupe se contente seulement de se faire paraître et de participer dans de « petites grandes émissions » radio-télédiffusions servant, pour la plupart, de stratégies dilatoires de manière à faire distraire ce peuple dans le but de le faire oublier sa pauvreté. Je les ai souvent regardés et écoutés qui montent leurs voix et se gonflent les muscles pour se dire être chercheurs, écrivains, juristes, scientifiques, et j'en passe. Par contre, ils ont presque tous oublié ce vieux dicton de Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." Cela étant dit, une connaissance qui ne permet pas à l'homme de se l'approprier et de progresser, est donc inutile. De ce fait, ce n’est pas la peine, mesdames, messieurs, de nous présenter comme grands savants, si nous n’avons même pas la latitude pour proposer un plan de sauvetage national acceptable de ce pays qui est au bord de l'abîme. Franchement, en l’état actuel des choses, ça ne sert à rien de nous présenter comme intellectuels de haut niveau, si nous ne pouvons pas servir de nos connaissances pour colmater ces calamités que traverse la société haïtienne actuellement. Ça ne sert non plus à rien d'avoir des bâtiments ou des blocs en ciment avec des logos qui s'appellent universités, si elles ne peuvent pas remplir nécessairement le rôle de l'Université comme foyer international de cultures afin d'offrir une meilleure alternative à la société.

Il fut un temps, des Haïtiens, notamment des dirigeants, mais également des penseurs, pouvaient proposer, prendre des initiatives, construire des chefs d’œuvre qui étonnaient le monde à la manière de la Citadelle la Ferrière, entre autres. Aujourd’hui, on peut se demander où sont passés les descendants de ces grands esprits haïtiens. Toutefois, il faut quand même reconnaitre qu’il y a un groupe d’intellectuels, écrivains, chercheurs et autres personnalités contemporains qui ont su comprendre que l’heure est grave et acceptent de braver tous les dangers ainsi que les menaces du statu quo pour dénoncer, à travers leurs écrits, mais également leurs dires, les tribulations du peuple haïtien et ce complot d’État contre la République. Je vous encourage mesdames, messieurs, intellectuels, écrivains, artistes, religieux, hommes d’affaires, simples citoyens et tous ceux et celles qui comprennent aujourd’hui la nécessité d’un changement de paradigme, à continuer à écrire, à parler plus fort, à poser des actions et à tout dénoncer jusqu’à ce que ce peuple vaillant, mais appauvri et emprisonné mentalement, parvienne à toucher au plus profond de sa conscience afin de se réveiller, par un soulèvement volontaire et conscient, pour sortir de cette captivité angoissante dans laquelle il est gardé depuis des temps. Le peuple haïtien doit désormais faire un choix : vivre avec dignité ou survivre dans le déshonneur.

Je sais que c’est difficile aujourd’hui de demander à chaque citoyen haïtien de prendre ses responsabilités devant l’histoire, puisque nous sommes à l’heure du discours de la grande irresponsabilité nationale. Personne n’est responsable. C’est toujours la faute de l’autre. Ce n’est pas la mienne. Je suis innocent. Je me fais le devoir de m'adresser à vous, mes chers concitoyens, pour vous dire: arrêtez de chercher des artifices superflus et d'accuser l’autre et/ou des fantômes afin de vous déculpabiliser de votre erreur et de vous dédouaner de votre propre responsabilité. Aujourd’hui, on vit dans un pays où personne ne veut assumer ses responsabilités, même les gens au pouvoir. Le pouvoir en place, l’opposition politique et la bourgeoisie antinationale rejettent toute leur implication dans cette crise qui tend à ravager tout ce qui reste de l’être haïtien. Tout le monde parle d’une question de « système » et de « Blanc » comme étant les deux principaux responsables du mal d’Haïti et, en conséquence, les prend comme ses excuses.

Concernant le « système », bien que ce concept puisse avoir plusieurs autres définitions scientifiques, le contexte dans lequel il est utilisé actuellement par nos politiques et par le peuple haïtien, traduit la réalité du statu quo social, économique et politique qui s’installe dans le pays depuis longtemps et qui se révèle maintenant abject en raison de ses résultats non concluants et du constat accablant du niveau d’abaissement et de pauvreté du pays. Donc, c’est le système socioéconomique et politique du pays. Celui-ci symbolise toutes les mauvaises conduites et/ou pratiques de la société qui maintiennent le peuple haïtien dans cette misère chronique et génèrent ces troubles socioéconomiques et politiques à récurrence. Ainsi puis-je vous rappeler dans certaines formules suivantes quelques agissements du statu quo qu’on appellerait « système » aujourd’hui. Pour moi, le « système » dont on parle commence à se manifester quand vous truquez et volez les élections du peuple, quand vous financez illicitement des candidats incompétents et malhonnêtes au détriment de l’intelligentsia haïtienne pour qu’ils aillent défendre au timon des affaires de l’État uniquement vos intérêts personnels au préjudice de la collectivité. Le système, c’est quand vous pratiquez le favoritisme et le népotisme dans l’administration publique. C’est quand vous vous intéressez plutôt à la beauté et au bas ventre qu’aux diplômes dans votre recrutement d’embauche. Le système, c’est lorsque vous encouragez et pratiquez les inégalités sociales, la politique de deux poids et deux mesures , entre autres. C’est quand vous donnez des franchises douanières aux bourgeois, aux hauts fonctionnaires de l’État, aux parlementaires et vous appliquez la sur-taxation pour la masse. Le système, c’est quand vous acceptez que moins de 5% de personnes détiennent plus de 95 % des richesses du pays. C’est lorsque vous gardez les monopoles et vous n’acceptez pas la concurrence loyale. Le système, c’est la corruption et la contrebande. Le système, c’est lorsque vous n’honorez pas vos engagements envers l’Etat, vous détournez l’argent de nos infrastructures routières, sanitaires, scolaires, universitaires et autres. C’est ce contrat surfacturé que vous avez signé pour et/ou avec l’État qui traduit le système. Le système, c’est cette politicaillerie que l’on pratique depuis longtemps: la manipulation de la masse pour la faire s’autodétruire. Le système, c’est le refus des medias d’informer la population. Le système, c’est la trahison de la nation pour un visa étranger. Le système, c’est la méconnaissance de l’État. Le système, c’est quand vous parlez de l’assainissement des finances publiques et vous grossissez les per diem, frais et allocations de vos amis au sein du pouvoir ; quand vous parlez de la décentralisation et vous pratiquez la centralisation à outrance ; quand vous ne cessez de mentir à la nation. Le système, c’est la peur de défendre la République. N’est-il pas le système quand vous réduisez la République à votre personne, quand vous dirigez un pays sans budget, sans parlement et sans les normes républicaines ? N’est-ce pas encore le système lorsque vous collectez les taxes des contribuables haïtiens pour aller vous faire soigner à l’étranger pendant qu’ils sont privés de soins de santé et de structures de santé adéquates. Le système n’est-il pas un comportement par lequel vous pillez les caisses du trésor public pour faire fortune à l’étranger et pour grossir le capital financier des banques étrangères avec l’argent du peuple haïtien ? La dilapidation de plus de 4.3 milliards dollars US Petro Caribe, une dette historique et intergénérationnelle, n’est pas le système ? Quand vous établissez un salaire rocambolesque et abondant pour les élus, à savoir président, sénateurs et députés ainsi que pour les hauts fonctionnaires de l’Etat et vous n’ajustez rien pour les petits employés de la fonction publique, les policiers qui nous protègent quotidiennement et les ouvriers des industries de la sous-traitance, n’est-ce pas toujours le système ? Quand vous acceptez cette école à double vitesse qui fait tort à notre société et qui crée des préjugés sociaux de toutes sortes ; quand vous ne payez pas les professeurs des écoles publiques ; quand vous humiliez les élèves des écoles publiques avec votre éducation sans structuration, n’est-ce pas la continuation du système ? Est-ce que ce n’est pas le système qui agit quand vous tuez les manifestants qui vous demandent à manger, qui réclament de meilleures conditions de vie ? Peut-on ne pas concevoir les emprisonnements politiques et arbitraires, les répressions policières abusives et les abus de pouvoir comme le système? Le fait d’accepter cette culture de l’injustice sociale, économique et politique que la société haïtienne est en train de connaitre aujourd’hui, n’est-il pas une allégeance au système dont vous parlez ? Si ces attitudes répugnantes suscitées ne constituent pas des éléments du statu quo, autrement ce système pourri, qui s’installe dans le pays depuis longtemps, il n’y aurait pas raison de parler de système et vous n’êtes pas responsables, mesdames, messieurs. Dans le cas où ces éléments expliquent la manifestation du système, qui d’entre vous n’en fait pas partie ou n’en est pas responsable ? Eh bien, si les politiques ne sont pas responsables de la crise actuelle ni de l’instauration de ce système corrompu, je dirais que c’est le peuple qui en est la cause. Effectivement, le peuple haïtien en est bel et bien coupable parce qu’il ne s’est pas insurgé depuis longtemps contre ce système mafieux qui est instauré par la bourgeoisie traditionnelle et organisé, mais aussi conduit par des politiciens tricheurs, notamment ceux qui arrivent au pouvoir ces 50 dernières années.

A propos du « Blanc » au sujet duquel nous ne cessons de parler sur l’échiquier politique haïtien, il s’agit, pour les Haïtiens notamment les politiciens, les représentants des missions diplomatiques des grands pays qui se disent amis d’Haïti : les Etas Unis, la France, etc. À chacun son Blanc. Il a son gros Blanc, vous en avez votre moyen ou petit tout dépend de son poids politique et de sa capacité à influencer les décisions internationales concernant Haïti au profit de tel ou tel clan politique. Nos politiciens d’aujourd’hui sont devenus hallucinés par ce concept. Tout le monde cherche à tout prix un patron qu’on appelle le Blanc. Dans sa tête, est inscrite avec un ancre de la honte : « on ne peut pas occuper des fonctions importantes en Haïti, électives ou nominatives, sans l’aval de celui qu’on surnomme le Blanc. » C’est la raison pour laquelle, trop souvent, nos leaders politiques, pour la plupart des chefs d’État, ne peuvent pas travailler pour satisfaire la population haïtienne, mais leurs maîtres, ceux et celles qui les ont aidés à prendre le pouvoir. Le dirigeant haïtien ne construit plus pays, mais sa vie et celle de sa famille. Il pense toujours à son bien-être après son mandat, mais non à celui de la population. C’est pourquoi il réfléchit à un coin étranger pour se réfugier en fin de carrière. Bien que certains diplomates étrangers osent dépasser leur limite du droit international régissant leur fonctionnement (Convention de Vienne), il faut savoir, mesdames, messieurs, les dirigeants, qu’ils ne sont pas là pour vous dicter des ordres ni pour vous aider à diriger votre peuple et à organiser votre société, encore moins pour vous aider à vous pérenniser au pouvoir au détriment de la démocratie et des intérêts collectifs. Au cas où cela arriverait, c'est une exception, mais non la règle. Bien au contraire, les Ambassades sont ici à Port-au-Prince pour défendre leurs intérêts et exclusivement les leurs. Aucune mission diplomatique n’oserait vous dicter des ordres si, au départ, vous ne lui aviez pas vendu votre dignité à la recherche de sa bonne grâce. La coopération interétatique ne saurait se réduire forcément à la dépendance d’un Etat à un autre ou à un groupe d’Etats. Il arrive de constater malheureusement qu’en Haïti, nos leaders n’établissent qu’une relation de dépendance avec les autres Etats. Ils sont toujours assoiffés des aides étrangères même pour la plus simple des choses. Ils ont utilisé la pauvreté du peuple qu’ils ont eux-mêmes instauré comme un commerce voire un trafic d’influence. La demande est leur mot de passe auprès des dirigeants étrangers. C’est inacceptable. On ne peut pas développer un pays avec une « diplomatie mendiante » et avec les aides étrangères non plus. Nos ancêtres nous ont remis un pays qui aidait les autres nations à sortir de l’indignité et de la dépendance, nous l’avons maltraité et l’avons combattu jusqu’à le rabaisser à un niveau ridicule. Presque tout pays a un mot à dire quand il s’agit de décider sur l’avenir du peuple haïtien. Jamais on ne peut rendre la gouvernance de notre État tributaire des directives étrangères. Le peuple haïtien doit désormais prendre ses responsabilités face à cette gouvernance de la honte que connait notre Haïti. Une élite qui accepte que son pays soit dirigé par des étrangers, est privée de raison et appelée à connaitre de façon permanente les pires humiliations du monde. Elle sera aussi responsable du malheur de la population.

Regardons ce qui se passe tout près de nous, particulièrement chez nos voisins dominicains. Bien qu’ils ne soient pas champions de la Caraïbe, mais les dirigeants dominicains ont su faire un choix 50 ans de cela de se réorienter, de s’organiser davantage, de prioriser l’intérêt collectif de la nation dominicaine sur celui d’un individu, d'un homme, d'un groupe d’hommes ou d'un clan politique en définissant une vision claire et un plan global de développement de leur pays qui répondraient aux grandes aspirations du peuple dominicain. Ils ont pu dresser la République dominicaine vers la modernité sociale, économique et politique. Ils ont choisi d’investir dans la production nationale pour résoudre les problèmes de la famine du peuple dominicain. Par contre, nos décideurs publics haïtiens ont fait le contraire. Ils croient dans les aides étrangères et dans l’importation de quelques tonnes métriques de riz pour faire face aux problèmes de la faim du peuple haïtien au détriment de la vallée de l’Artibonite et d’autres régions fertiles du pays qui, à coup sûr, pourraient nourrir toute la population haïtienne si elles étaient mises en valeur. En conséquence, le peuple haïtien reste croupi dans la misère en faisant face à une crise alimentaire permanente. De surcroit, les Dominicains ont construit des infrastructures modernes importantes que sont des routes, des lignes de métros, des téléfériques, de nouvelles villes, des hôpitaux et des universités au point de nous faire don, plus de 200 ans après notre indépendance, d’un campus (le campus de l’Université d’État d’Haïti à Limonade). Aujourd’hui, il est indiscutable que la République dominicaine se positionne comme la première référence du citoyen haïtien en matière de besoin. La moindre chose dont on a besoin, c’est de se référer à la République dominicaine comme destination la plus proche. Chaque année, des centaines d’Haïtiens partent en République dominicaine à la recherche du pain de l’instruction, de soins de santé et de meilleures conditions de vie. N'existe-t-il pas des ambassades étrangères à Santo Domingo ? Bien sûr que si. Il en existe et beaucoup plus que ceux qui se trouvent dans la « République de Port-au-Prince ». La seule chose, les Dominicains ont choisi de donner le ton aux missions diplomatiques, les intellectuels dominicains notamment. Au lieu de vendre leur dignité aux ambassadeurs des grands pays qui se disent riches, les leaders dominicains ont su profiter de leur présence de façon à faire la promotion pour la République dominicaine dans le monde et dans les institutions internationales, notamment au sein de l’ONU. Alors que la République dominicaine siège actuellement au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent depuis le 1er janvier 2019 comme représentante de l’Amérique Latine et les Caraïbes à côté des États-Unis, de la Russie, de la Chine, de la France et du Royaume-Uni (membres permanents avec droit de veto), notre Haïti est sensée sous une occupation sournoise de la plus grande instance internationale. Il est clair qu’aujourd’hui, une mission d’occupation stratégique est sur le sol dessalinien : le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Il s’agit d’un organe politique étranger qui a pour mission d’orienter toutes les grandes décisions de l’État haïtien. Nos décideurs publics ont beaucoup lutté pour nous mettre sous la dépendance notamment politique de l’internationale. Nous sommes arrivés à un moment où nous ne pouvons plus parler d’indépendance. L’indépendance haïtienne arrachée par nos héros en 1804, en contrepartie de leur sang, est en train d’être détruite par nos démagogies politiques. Désormais, nos décisions économiques et politiques sont prises par des étrangers et, qui pis est, notre gouvernement est contraint de les mettre en application. Le président d’Haïti ne peut plus décider de l’avenir de la nation haïtienne en dehors des directives de l’internationale. Bref, notre indépendance est à repenser. Contrairement à nous, les leaders dominicains ont pu jouer le jeu diplomatique et obtenir des résultats importants pour le progrès de leur peuple. Certains peuvent se questionner sur la raison principale de la progression de la République dominicaine en si peu de temps et celle de la régression récursive d’Haïti puisque nous partageons la même île. La réponse ne saurait autre que la suivante. Les Dominicains ont su faire un dépassement patriotique pour cultiver deux choses indispensables au développement et au progrès d’un pays : la stabilité et la planification. Sans la stabilité on ne peut rien planifier de durable. Les instabilités permanentes que connait la République d’Haïti ne donnent pas la possibilité à nos acteurs politiques, notamment les décideurs publics, de planifier quoi que ce soit. Tout parait incertain en Haïti. Nous sommes contraints de vivre au jour le jour. Je crois que les ressources du sous-sol d’un pays peuvent être maigres ou celui-ci peut ne pas en avoir, mais si les nationaux arrivent à se coordonner, à cultiver la stabilité et à planifier entre eux, ils pourraient néanmoins faire mieux et sortir du sous-développement. Ne constatez-vous pas que des leaders dominicains, notamment des anciens et actuels présidents, travaillent au progrès de leur pays, donnent des conférences sur tout le continent américain et dans d’autres endroits du monde sur des sujets d’actualité comme l’économie, la politique, entre autres, de façon à assoir la notoriété de la République dominicaine à travers le monde? Et nous, Haïtiennes et Haïtiens, que font nos leaders notamment les anciens et actuels présidents ? Si certains restent chez eux, décriés on ne plus, manœuvrent toujours avec l'espoir de refaire surface sur l’échiquier politique sans tirer les leçons du passé pour être grandis afin de donner une chance à notre génération pour savourer le goût du progrès, d'autres voyagent, sans objectif aucun, à travers le monde, aux frais de la République, dansent dans des discothèques étrangères et continuent à nous faire passer pour des ridicules.

Monsieur le Dirigeant, votre inertie envers les problèmes fondamentaux du peuple haïtien et votre incompétence à donner des résultats appropriés, suffisent pour vous faire décrier par la population. Et c’est justice. Quand vous ne trouvez plus la solidarité de votre peuple, vous devenez automatiquement faible. Votre affaiblissement pourrait vous conduire probablement à vous rendre aux ambassades des grands pays, comme vous avez l’habitude de le faire en Haïti, dans l’objectif de trouver leurs supports financiers et politiques afin de rester en poste malgré votre incapacité à diriger et à mener la barque de la nation au bon port. Lorsque vous perdez le contrôle de tout, on peut arriver à un scénario qu’en dépit de votre autorité, vous ne possédez pourtant aucun pouvoir de décision. Dans ce cas, la décision serait prise par celui qui détient le pouvoir financier. Cela étant dit, les principaux pays qui se disent donateurs pourraient continuer, comme bon leur semble, à accaparer tout le pouvoir réel de décision de façon à vous ordonner d’appliquer leurs directives ou leurs plans comme cela se fait pendant les dernières années en Haïti. Vous deviendrez évidemment un dirigeant soumis et servile. C’est ce genre de dérive qu’on doit obligatoirement et le plus rapidement possible éradiquer dans le système de gouvernance de la République. C’en est assez. Une prise de conscience pour une entente inter-haïtienne s’avère impérative afin d’arrêter cette hémorragie socioéconomique et politique. Le peuple haïtien est clair on ne peut plus. Il n’en peut plus. Le système mafieux arrive à terme. Il faut que nous parvenions à un complot national, par un dépassement de tous les secteurs, pour faire face à ce fléau qu’on appelle « instabilité » afin de mettre fin à cette crise, de planifier et de réorienter notre nation. Pour ce faire, chacun doit assumer sa responsabilité. Les acteurs en activité doivent être conscients de leurs erreurs et de leurs responsabilités dans ce mal qui arrive à notre pays. Ils doivent aussi être conscients de leur échec en raison de l’état actuel des choses. Les acteurs qui construisent ce statu quo ou ce système au détriment du bien-être haïtien doivent de préférence être prêts à concéder la direction du pays à une nouvelle génération économique et politique, mais non à tergiverser de manière à rester au-devant de la scène. Il faut du sang neuf sur l’échiquier politique haïtien. La réforme que demande la population haïtienne actuellement ne doit pas être menée par des recyclés politiques, mais par une nouvelle classe sociale, économique et politique qui profitera éventuellement de l’expérience et de l’échec des classes traditionnelles. On ne devrait pas parler d’exclusion d’un quelconque secteur, mais plutôt parler d’une prise de conscience de soi qui doit être manifestée par un retrait consenti de la présente classe économique et politique visiblement échouée. Cela permettrait, à coup sûr, de poser à jamais les bases de notre nation pour une société d’équité avec le principe que voici: « tout le monde vit normalement ou personne ne vit ».

M. Joram VIXAMAR
Docteur en droit public de l’Université Rennes 2, en France
Membre associé du Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Innovations Sociétales (LiRIS) de l’Université Rennes 2
Courriel : joramvixamar@gmail.com
Téléphone : (+509) 44975857




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