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L’ESPACE D’UNE CATASTROPHE

L’ESPACE D’UNE CATASTROPHE



’Lè l’a libere Ayiti va bèl’’ Oh ce texte de Jean Claude Martineau, interprété par le symbole de la chanson patriotique, se résonnait dans toutes les radios, toutes les manifestations et tous les rendez-vous patriotiques d’une Diaspora profondément déterminée. Ce fut les années 80.

Au début des années 80, à tue-tête on chantait, on invoquait la saison des papillons la tête altière et haut les fronts. De New York à Little Haïti, de Chicago à Montréal, de Paris à Boston ; les communautés haïtiennes plurielles fredonnaient cette chanson d’espoir, ce sérum qui infusait la force et le courage de supporter cet exil douloureux. Douloureux exil intérieur et extérieur. Cette chanson fétiche qui nous faisait braver le froid, la neige et les multiples humiliations essuyées par une population qui n’avait pas la chevelure Isabelle. Qui oserait oublier FDA avec les 4H et le combat que nous avons dû mener pour effacer cette hérésie !

À l’unisson on rêvait de beaux foulards, de fraternité, de liberté et d’égalité ;

On rêvait d’écoles pour tous les enfants, ce facteur de mobilité et de mixité sociale ;

On rêvait de soins de santé et d’électricité qui remplaceraient les loups garous ;

On rêvait d’eau potable ;

On rêvait de sécurité alimentaire ;

On rêvait d’un bonheur vivrier et d’agro-industrie ;

On rêvait d’une capitale propre et illuminée ;

On rêvait d’une rénovation du royaume du Roi Henry le bâtisseur ;

On rêvait d’une société fraternelle prospère et à croissance partagée.

Lè l’a libere Ayiti va bèl !

Les oiseaux ne fuiront plus notre odeur de cadavres et pourtant le massacre de la Saline est là pour nous rappeler que le ventre de la bête est toujours fécond. Les enfants de nos villages joueront au cerf-volant arc-en-ciel pendant la semaine sainte. Une pluie aussi fine qu’elle soit n’abîmera plus la natte des amours de leurs parents.

De la végétation luxuriante de nos plaines, on rêvait du tourisme local où l’on amènerait nos progénitures découvrir les sites historiques d’un pays singulier dans sa naissance, là où la négritude s’était mise debout pour la première fois pour dire NON au système esclavagiste, un déni de la dignité humaine et OUI à l’Humanité.

On rêvait On rêvait ........

On rêvait d’une communauté de bonheur, d’amour agape, d’un soleil reluisant qui fournirait de l’énergie solaire. A la saison des papillons s’est substituée la saison des VAUTOURS.

Un pays abonné au malheur ! C’est tout aussi bien la saison des LOUPS !

Depuis 2010 avec la CIRH et le PETROCARIBE, la corruption, l’opacité et la mauvaise gouvernance se sont intensifiés. Le temps des Vautours, des jeunes loups! Et depuis la diminution de taux de croissance doublée d’une multiplication non contrôlée du taux de croissance démographique, d’où ce ras- le- bol, ce mécontentement généralisé, ce soulèvement populaire.

Une société fatiguée de vivre dans une pauvreté extrême et la corruption, une société de plus en plus consciente de ses droits et de la nécessité de les défendre. Une société fatiguée de ses dirigeants qui continuent à se vautrer dans le confort de l’inefficacité, de la stérilité, du manque d’imagination et d’une mentalité de 24 heures.

Une jeunesse flouée, meurtrie, déboussolée, en quête d’un mieux-être ; cette jeunesse de pétro challengers qui rêve de l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, plus transparente, plus moderne, plus dynamique, plus honnête, plus visionnaire, plus humaine, plus pragmatique, un rêve légitime!

L’épaisseur historique, notre 1804, notre Haïti vos fils dégénérés vous ont trahi. Il faut une mutation, mieux, une métamorphose de cette société qui passe par une renaissance mentale.

Notre système de santé tel que connu est le reflet d’une société trop inégalitaire. L’absence de couverture sanitaire traduit notre déni que l’humanité est l’emprise principale qui doit inspirer nos idées, nos décisions. Nous appartenons à une seule et même espèce humaine et tout un chacun a droit à sa dignité humaine, valeur fondatrice de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’amélioration du capital humain passe indubitablement par une amélioration du pouvoir d’achat une diminution sensible du misérabilisme.

Un changement profond de notre environnement insalubre, une présence de la main de l’homme dans notre nature, de façon à mieux combattre la malaria et les autres maladies hydriques; une politique de l’humanisation de cette société déshumanisée. D’où le primat du politique, c’est-à-dire une bonne gestion de la cité.

En outre, l’invasion de notre marché et l’immobilisme dans notre production nationale ont bousculé nos habitudes alimentaires et favoriser la multiplication des maladies dégénératives chroniques, source de morbidités qui bouffent une grande partie des maigres ressources disponibles.

Vivre tous ensemble avec les mêmes droits et les mêmes devoirs !

Le rôle du politique est de déterminer les limites et les enjeux des progrès scientifiques. Nous devons définir ensemble ce qui est possible et ce ne l’est pas. Cette délibération ne doit pas être confiée à une élite, mais à l’ensemble des citoyens.

Une anecdote dont je me souviens comme si c’était hier… Une de mes patientes à Miami qui était venue à ma clinique pour un problème cardiaque et je devais l’hospitaliser en urgence, je l’ai référée à la salle d’urgence de l’Hôpital Adventura pour les premiers soins en attendant que je me déplace pour aller à son chevet. Une demi-heure après l’infirmière américaine m’a appelé pour m’annoncer que la patiente était en train de pleurer comme une enfant quand je lui ai demandé de signer le questionnaire et dire qu’elle détient une bonne assurance de santé, car elle travaille dans un nursing home et de ce pas je suis monté à l’hôpital. A ma grande surprise, la patiente est venue me trouver sans la présence de l’infirmière pour me confier qu’elle ne sait ni lire ni écrire et qu’elle a eu très honte! Trois générations d’analphabètes! Ma grand-mère et ma mère ne savaient pas lire et moi non plus. Je hais mon pays !!!

À 17 ans j’étais tombée enceinte d’un homme que je n’ai jamais revu et à 3 mois de grossesse j’ai tenté ma chance dans une frêle embarcation pour Miami, et on m’a enfermé à chrome… Mon statut de femme enceinte m’avait permis de bénéficier d’un sursis, et depuis je travaille comme house keeper à un nursing Home et ma fille bénéficiaire d’une bourse étudie à Yale University. La beauté de la méritocratie ! Appelle-la pour qu’elle signe pour sa mère, elle pourrait laver cet affront.

La réussite individuelle ne fait pas société. La démocratie n’est pas une loi de la physique ! C’est une construction politique. Le travail n’est pas une valeur de droite, mais une valeur citoyenne. Le droit au travail est justement reconnu dans la constitution. Il garantit un revenu une place dans la société, une relation à autrui, la reconnaissance de l’autre dans sa différence et sa ressemblance qui nous fait le plus défaut et nous conduit vers tant de désunions. Le droit à la santé et à l’éducation pour tous n’est pas une valeur de gauche elle est inscrite dans notre charte fondamentale.

Il faut lutter contre le fatalisme qui conduit soit à la colère, soit à la résignation. Nous vivons dans l’immédiateté, notre horizon va rarement au-delà de la fin du mois. Avoir l’esprit de salut public c’est se départir de nos intérêts privés et catégorielles, de mettre la jeunesse au cœur de nos choix, de promouvoir une élévation spirituelle du pays.

Notre crise est tout aussi bien existentielle.

Un président doit être à même de changer la logique dominante, l’autonomie vivrière. Vivre tous ensemble avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Elle est la voie royale qui mène au développement durable.

Cette crise pluridimensionnelle et existentielle qui nous broie et empoisonne notre quotidien. Société de mésentente voire de mésalliance qui bloque tout élan vers le progrès, une crise sociétale, une crise de moralité, une classe politique à bout de souffle, à bout d’imagination. Une classe moyenne moralement désemparée, victime d’un favoritisme sans précédent, de banques sangsues.

Un système économique et politique moribond, un secteur économique rétif à la modernité, à une économie démocratisée et capitalisée. Des banques et des entreprises qui n’encouragent pas l’intelligence, la recherche, la mobilité sociale.

Une jeunesse avec une grande partie vautrant dans un chômage mortifère. Les plus déterminés cherchent par tous les moyens à fuir notre odeur d’immobilisme, de pneus brûlés, de saleté et de méchanceté.

Un pouvoir tétanisé à bout d’inspiration, un pouvoir impassible amorphe.

Les cliniques se vident de leurs patients, les hôpitaux souffrent cruellement d’un déficit d’oxygène, de médicaments et de ressources humaines. Seules les banques, ironie du sort seules les banques qui ne s’arrêtent jamais.

Les intérêts sont calculés au jour près imperturbablement par des machines et les business se ferment l’un après l’autre. Notre économie déjà anémiée s’amenuise au fil des jours.

De Jacmel aux Cayes, du Cap-Haïtien à Pétion-Ville, les hôtels sont forcés de fermer leur porte.

Oh mon pays que voici ! Une crise de gouvernance ! Une crise de moralité !

Doit-on aller jusqu’à l’abime pour que nous puissions nous asseoir pour dire non à la corruption, non aux inégalités sociales, non à la mauvaise gouvernance, non à l’extrême pauvreté, non à l’intolérance généralisée.

Oui à l’esprit d’ouverture ce beau slogan adopté par l’écrivain Carlo Strenger qui avait repris le flambeau des philosophes du 18e siècle, pour qu’on n’éteigne pas les lumières.

Pour couper court à ce suicide collectif nous sommes tous éphémères seul l’État est appelé à demeurer.

Jean Claude DESGRANGES, MD, FAGS
Jcdesgranges77@yahoo.fr




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