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Un projet de transition incertain

Un projet de transition incertain



Le mouvement de mobilisation contre le président Jovenel Moïse draine chaque jour des secteurs importants de la société. Les fondements de l'État sont renversés. Le chef de l’État peut-il continuer à diriger le pays, s'il est isolé du peuple, s’interroge le juriste Sonet Saint-Louis qui nous dresse un tableau on ne peut plus dramatique, mais pourtant réaliste de la crise ?


Le pays vit actuellement une situation extrêmement difficile. L'appel au dialogue lancé par la communauté internationale n'arrive pas toujours aux oreilles des protagonistes de la crise. Dans les deux camps, c'est la corde raide. D'un côté, le Président est fortement contrarié dans ses actions, mais il n’est pas encore démis ni chassé du pouvoir. De l'autre côté, l'opposition fait des gains politiques considérables en empêchant le Président de gouverner, mais ne parvient pas cependant à mettre en œuvre son agenda politique. De ce fait, nous assistons avec le pouvoir et l'opposition à une lutte à mort pour le contrôle du pouvoir et de l'espace politique. Mais, au-delà de cette lutte intestine, il y a la réalité quotidienne qui sonne plus fort que n'importe quelle voix.

La situation économique d'Haïti atteint aujourd'hui un niveau critique. Or, on ne saurait blâmer Jovenel Moïse en le rendant responsable du sous-développement chronique dans lequel le pays est plongé depuis plus de deux siècles. Cette faillite actuelle de la société et de l'État est le bilan de tous les gouvernements qui ont dirigé Haïti, en particulier ceux qui l'ont administré après 1986. Cependant, l’actuel Président, comme ceux qui l'ont précédé, a sa part de responsabilité dans cette descente aux enfers. Le peuple vomit cette forme de gouvernance publique et on ne peut plus continuer à faire les choses de la même façon. Il nous faut vraiment du nouveau. Mais comment nous moderniser sans faire l'inventaire des bêtises et des échecs de ces trente dernières années ?

Du point de vue politique, la rupture est sur point d’être consommée. Nous vivons un changement d'époque. Le temps d'un nouveau modèle de développement est arrivé. Les citoyens exigent que les cartes soient rebattues sauf qu’elles ne peuvent pas le faire d'elles-mêmes.

Depuis un certain temps, des secteurs importants de la société appellent à la mise en place d'un pouvoir de transition pour remplacer l'actuel locataire du palais national. Pour y arriver, les protestations contre le gouvernement sont organisées dans tous les coins. Les citoyens, faute de mieux, semblent adhérer à ce projet de transition dont les contours et l'agenda ne sont pas clairement définis. Il y a risque de se tromper une nouvelle fois. Face à cette incertitude, il y a quand même des questions qui méritent d'être légitimement posées : qui seront les acteurs de cette transition ? Qui seront les sortants et les entrants ? Quelle sera la durée de cette transition ? Quel sera le rôle de la communauté internationale dans cette transition ?

La montée en puissance des membres de l'ancien système destructeur, fait peur. La plus grande faiblesse de ce projet de transition est la crainte d'un retour offensif de l'ancien système désuet dans la gestion de l'État. Pour plus d'un, certaines figures s’exposent au-devant de la scène alors que leur gestion somme toute récente de la chose publique mériterait d’être questionnée avec plus d’acuité. Le problème de la crédibilité de ces acteurs est l'obstacle majeur pour la mise en place de ce gouvernement de transition.

L'État en Haïti demeure la substance de tout. Les sortants ne sortiront jamais. Depuis trente (30) ans, la politique est prise en otage par les sortants, les ramassis de coquins, les réactionnaires, les boss du crime organisé des deux camps. Le problème de la confiance se pose. L'histoire politique récente nous montre que ce sont les sortants en réserve de la République qui ont toujours profité de la contestation populaire pour se tailler une nouvelle position à l'arrivée de tout nouveau pouvoir. Dans la lutte du peuple, il y a d'autres batailles qui ne sont pas les siennes. Ce qui fait que le combat pour le changement véritable s'annonce difficile. Sommes-nous définitivement abonnés ou condamnés à la politique du pire ?

La manifestation du passé dans notre présent doit nous contraindre à la réflexion. Devant les incertitudes grandissantes, il devient de plus en plus probable qu'on rate une nouvelle fois le train du changement. Le peuple oublie très vite. À cause de l'amnésie collective dans laquelle est plongée notre société, l'accouchement du nouveau devient difficile. L'ancien plus rusé tient le nouveau en échec. En effet, sans un partenariat de gens de bien, de progressistes et des patriotes de toutes tendances et de toutes conditions sociales, nous risquons de renouveler à chaque fois la politique du pire à la tête de l'État.

Une ère nouvelle semble commencer en Haïti. Le système se trouve dos au mur. La contestation se généralise. Sur le terrain, le peuple revendicatif crache sa colère. Face à l'incapacité du pouvoir en place de répondre à ses besoins, de faire régner l'ordre et la paix dans le pays, le projet d'une transition politique se précise chaque jour et apparaît pour plus d'un comme la solution légitime pour résoudre la crise politique actuelle. Mais, on le sait, plus une légitimité est forte, et plus elle suscite des attentes qui ne souffrent pas d'être déçues.

Ce projet de transition n'est pas certain. À cause des divisions et des ambitions démesurées au sein de cette opposition, il semblerait que la transition qu'on annonce facile en raison d’une vision erronée de la réalité politique, pourrait être porteuse de menaces plus que de promesses.

Sonet Saint-Louis, avocat
Sonet43@Hotmail.com
Tel 37368310




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