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Pays lock : une nouvelle forme de résistance anti-systémique en Haïti

Pays lock : une nouvelle forme de résistance anti-systémique en Haïti



Après la mort de Jean Jacques Dessalines, lâchement assassiné en octobre 1806, un système économique, politique et social, totalement différent du régime monarchique du Nord de Henry Christophe a vu le jour dans la République de l’Ouest et du Sud d’Alexandre Sabès Pétion. Mais, à partir de 1820 et plus précisément après la mort de Christophe, ce système parvient à s’installer sur tout le territoire du pays, reconstituant ainsi l’unité politique autour d’un seul pouvoir étatique comme antérieurement au moment de la proclamation de l’Indépendance. Deux ans plus tard, soit en 1822, il arrive à étendre son contrôle sur l’île entière (Michel Hector, 2000). En effet, ce système établit par Alexandre S. Pétion, s’est vite devenu un système qui, dans son ensemble, ne prend pas en considération l’ensemble des besoins réels de la masse populaire, plus particulièrement la paysannerie haïtienne et crée des inégalités et des injustices sociales. Par conséquent, le pays va sombrer dans des formes de revendications populaires, des émeutes, qui ont pour conséquence, depuis lors : la déstabilisation permanente du pays.

L’histoire des revendications populaires en Haïti est marquée par diverses périodes de grands bouleversements sociopolitiques et économiques du pays et des formes de revendications qui ont parfois des dénominateurs communs. De 1807 à nos jours, l’ensemble des mouvements populaires en Haïti, parfois dirigés par un leader charismatique, se situe entre plusieurs grandes périodes de mobilisations soient régionales (les mouvements paysans) ou soient généralisées dans tout le pays, tels que :

Pour Ie XIXe siècle, les mouvements conduits par Goman (1807-1820), Acaau (1844-1846) et Salnave (1867-1870) ; pour Ie XXe siècle retenons ceux de nature patriotique survenus sous la direction de Charlemagne Péralte et Benoit Batraville (1916-1920), Joseph Jolibois Fils (1930-1932), et ceux (de caractère plus fortement revendicatif) conduits par Daniel Fignolé (1946-1956) et Jean-Bertrand Aristide (1990) (Michel Hector, 1998). Et plus récemment, au cours de la première décennie de ce siècle, les manifestations massives de 2003-2004 ayant conduit à la chute de Jean Bertrand Aristide en 2004, ainsi que les « émeutes de la faim » de 2008 et ceux contribuant à l’annulation des élections de 2015 en tant qu’expressions politiques.

Par ailleurs, ces différents soulèvements populaires ont parfois des revendications identiques, comme la réforme agraire ou plus généralement une profonde réforme de la société ; c’est le cas des soulèvements de la masse paysannerie haïtienne dirigés par Goman ensuite J. J. Acaau jusqu’à l’éradication totale de ce système établit depuis l’après l’indépendance, comme le soulèvement populaire de 1986-1990 et cette révolte populaire qui sévit depuis le mois de juillet 2018. Ainsi, les différentes luttes anti-systémiques menées, parfois par des groupuscules : soient des nationalistes, soient des noiristes ou du moins des socialistes, et certaines fois par toute la nation, sont souvent multiformes, dont les manifestations de rue, les grèves syndicales, la mise en place de barricades constituant d’objets de natures différentes dans les rues. Souvent, des formes de luttes beaucoup plus radicales, comme l’attaque armée, sont entreprises, par les militants les plus radicaux, en vue d’exprimer leur colère contre le régime en place ou tout le système.

En effet, la relation entre le mouvement de protestation et de résistance sociale et les formes de représentation politique est problématique, voire conflictuelle, depuis pratiquement la naissance des mouvements paysans du XIXe siècle pour arriver aux émeutes qui sévissent à l’heure actuelle dans le pays. C’est ainsi, de Père Lebrun (kawoutwou), marronage de ville à sections rurales, de petits voiliers en haute mer, de communauté quartier contre les zenglendo à Pays Lock, le peuple haïtien est passé à une autre forme de résistance dans leurs revendications contre le statu quo. Cette nouvelle forme de lutte, le « Pays Lock » a fait son apparition dans la vie sociale et politique du pays, et constitue maintenant une stratégie qui s’avère efficace pour lutter contre le régime politique et même le système en place, pour les protestataires. Mais, d’où vient cette expression ? Comment peut-on expliquer cette nouvelle forme de résistance ? En quoi peut-elle bénéfique pour les protestataires ?

En outre, comme nous l’avons déjà mentionné dans les paragraphes ci-dessus, la résistance anti-systémique, peut-être multidimensionnelle, avec des revendications aussi multiples, comme la réduction des inégalités, la redistribution des revenus, la réduction du taux de chômage, l’accès aux services fondamentaux... et pour faire passer ces revendications, en Haïti, le Pays Lock, a pris naissance au cours de la fin de cette deuxième décennie du XXIe Siècle.

Une définition acceptable qu’on peut attribuer à cette expression, c’est que le terme « Pays Lock » peut désigner : la situation dans laquelle le pays, Haïti, fonctionne au ralenti et dans des conditions très critiques, où les activités sociales, comme l’école, et les activités économiques, les commerces formel et informel, sont presque paralysées dans certaines zones (ou même certaines régions) et parfois totalement paralysées dans d’autres zones ou d’autres régions constituant les points chauds, car les individus ne peuvent plus procéder à leurs activités respectives, puisque des barricades, de toute sorte, sont utilisées pour servir de barrières aux différentes artères importantes du réseau routier du pays par les protestataires, ceci pendant une très longue durée (beaucoup plus longue que la durée d’une grève syndicale). Mais cette forme de résistance peut-être expliquée de manière plus rationnelle comme une forme de barricade dressée contre des barricades sociales, économiques et politiques qui sont établies, par le système, contre la masse populaire. Le Pays lock est une barricade contre l’oppression, le chômage, l’exploitation de la masse ouvrière, l’inégalité, les injustices sociales, l’insécurité sociale et alimentaire... qui sont des barricades considérant comme étant inéluctables pour les gardiens de ce système oligarchique, alors qu’elles sont des problématiques que cette société elle-même essaye de remettre en question par cette forme de résistance.

Alors, pour ces gens du peuple, les Lockers, l’application dans leur vie quotidienne de cette nouvelle forme de lutte contre le régime en place qui constitue le pilier principal du système, dont les résistances et les soulèvements font partie, une tout autre rationalité, jalonnée d’indignations, de souffrances et de plaisirs, qui les amènent à agir mué par leur sens commun de la dignité et d’aide mutuelle (coup d’œil sur Raúl Zibechi). Car, pour mobiliser les gens à défendre leurs causes dans cette société inégalitaire, les slogans sont : jéré blòk ou » ; « barikad nou se avni nou » ou encore « Barikad yo se rezistans ak système lan » et tant d’autres slogans sont à l’œuvre afin de justifier leur mouvement contre le système en place. Cette nouvelle forme de militance, baptisée « Pays Lock », ne doit pas être confondue aux actes de banditisme, de déviances ou du moins a la délinquance, puisque ces gens sont des victimes d’un système qui les pille, qui les met, pour certains à l’écart et pour d’autres dans une sorte d’exploitation suivant le rapport de production. Car, ici, la justice sociale est totalement absente. Alors que pour les autorités du gouvernement les militants sont tous des déviants qu’ils doivent stopper (et même abattre) en oubliant s’ils ont failli, eux-mêmes, à leurs missions d’assurer le bien-être du pays et de la nation. Ils confondent totalement la notion de déviance à une situation d’anomie qu’ils ont eux-mêmes créée (coup d’œil sur Émile Durkheim).

D’autre part, ils ont oublié, aussi, quand les peuples se jettent dans la lutte ils ne pensent pas aux rapports de forces et aux conséquences de leurs actions. Ils se battent simplement. Si, avant de le faire, ils se consacraient à examiner les possibilités qu’ils ont de vaincre, n’existeraient pas de mouvements anti-systémiques ni la multitude de soulèvements, d’insurrections et de résistances qui traversent le monde et notre région, pour citer Raúl. De plus, quand il s’agit de vie ou de mort à cause de notre situation misérable, notre nature humaine nous a dérobé de tout notre sens de la notion de moralité sociale et parfois même de la raison. Par contre, nous devenons que des êtres qui évoluent à l’état de guerre (coup d’œil sur T. Hobbes).

Néanmoins, cette nouvelle forme de lutte considérée comme une forme de rébellion par les autorités compétentes du pays, est pour les militants un outil très efficace pour combattre ce régime qui est l’obstacle majeur qu’il faut éliminer pour l’effondrement de ce système. L’efficacité de cette lutte résulte dans la façon dont elle entraîne le pays dans l’anarchie puisqu’au moment des Pays Lock les autorités étatiques deviennent inexistantes, comme s’ils ne détiennent plus de pouvoir et d’autorités sur le peuple, et perdent, tout, le contrôle du pays. En conséquence, Haïti devient ingouvernable. Parmi les différentes institutions du pays, seule la Police nationale d’Haïti (PNH) fonctionne comme dans l’ordinaire pour qu’elle puisse continuer d’assurer l’oppression et la répression étant que appareil répressif de l’État, mais contrôlé par le gouvernement. En effet, cette brutalité policière, révélée importante pour le gouvernement n’est autre que la violation des droits civiques et politiques des citoyens parce qu’il n’y a pas un rapport de force de manière proportionnelle entre les autorités policières et les militants qui défendent leurs barricades. En somme, les activités dans les autres institutions étatiques fonctionnent complètement au ralenti, ou restent bloquer, plus particulièrement celles de la zone métropolitaine de Port-au-Prince qui est la plaque tournante de l’économie haïtienne.

Quoique, pour les membres du gouvernement, cette forme de protestation a des conséquences défavorables et indésirables, mais elle s’avère avantageuse pour les protestataires, car ces moments de Lock montrent, incontestablement, la faiblesse des autorités de l’État. Par exemple, après plus de huit (8) semaines de Lock, les garants de l’État n’arrivent pas à prendre les dispositions qu’il faut pour remédier à la situation. Dans certaines zones de la capitale, même le cortège présidentiel peut se retrouver dans des embarras, car les voies publiques sont complètement bloquées. Aussi, le dysfonctionnement des activités scolaires et l’incapacité des gens à se rendre dans leurs activités à cause du mouvement sont un autre atout important pour les protestataires puisqu’ils augmentent les pressions sur les membres du gouvernement, et amplifient les menaces de la chute du régime en place. Car, malgré les situations humanitaires qui se présentent dans certaines zones et même certaines régions du pays aux moments de blocage des activités, les responsables concernés restent très indifférents et se montrent très incapables et insouciants vis-à-vis des situations qui se présentent. De l’autre côté, il y a les pays faisant partie des regroupements ou des Organisations gouvernementales, qui augmentent, eux aussi, les pressions sur le gouvernement.

Donc, cette nouvelle forme de résistance anti-systémique, baptisée Pays Lock, qui est une barricade, dressée par les damnés de cette terre (la terre d’Haïti), contre des barricades établies par le système lui-même en vue de marginaliser la plus grande partie de la population, c’est une quête vers la réforme de l’État haïtien. C’est un mouvement que toute la classe prolétaire, la majorité silencieuse, doit embrasser et y adhérer avec plus de force afin de lutter de manière la plus sévère ou encore la plus radicale contre ce système inégalitaire pour que l’homme haïtien puisse connaître le bien-être avant son voyage vers l’au-delà.

Prof. Enock OCCILIEN,
Normaliens Supérieur et M. Sc. Eau et Env.
enock00007@gmail.com




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