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Le problème du mandat dans la démocratie représentative notamment dans la politique haïtienne contemporaine

Le problème du mandat dans la démocratie représentative notamment dans la politique haïtienne contemporaine



Dans la démocratie représentative, les mandants ne font que mandater les mandataires à prendre des décisions pour eux selon des principes préétablis, codifiés. L’hypothèse qui soutient ce mode de gouvernement fait croire que le peuple ne peut pas exercer directement le pouvoir. Par conséquent, il le délègue par le vote à des personnes devant répondre à ses aspirations. Dans un régime représentatif, la volonté des citoyens s’exprime à travers des représentants qui établissent des lois (pouvoir législatif) et les font appliquer (pouvoir exécutif). D’emblée, il faut dire que notre réflexion ne concerne pas seulement les parlementaires et le président. Elle prend en compte l’ensemble des élus. Cette forme de démocratie est souvent critiquée. Elle attribue souvent trop de pouvoirs et de privilèges aux représentants. Le contrôle de leur action est trop restreint. Au niveau des municipalités, les citoyens par voie des urnes choisissent également leur dirigeant pour s’occuper de la bonne marche de leur espace de vie. En fait, nous n’allons pas ici nous éterniser sur des considérations théoriques sur la question. Nous sommes particulièrement intéressés à comprendre l’attitude des élus par rapport à leur mandat, c’est-à-dire la durée de leur fonction. Toutefois, avant de procéder au développement de notre réflexion sur le cas haïtien, nous tenons à insérer ici un extrait du propos de John Dewey, dans le public et ses problèmes : « ceux qui s’impliquent dans un gouvernement sont encore des êtres humains. Ils conservent leur lot de traits ordinaires de la nature humaine. Ils ont toujours des intérêts privés à servir, ainsi que des intérêts qui sont propres à des groupes particuliers comme ceux de la famille, de la clique ou de la classe à laquelle ils appartiennent. Il est rare qu’une personne s’immerge complètement dans sa fonction politique ; au mieux la plupart des hommes parviennent-ils à faire que leur souci du bien être public domine sur leurs autres désirs. Un gouvernement « représentatif » signifie que le public est délibérément organisé en fonction de l’intention d’assurer cette domination. Chez les individus, la double capacité de chaque officier du public provoque un conflit entre leurs buts et leurs actes véritablement politiques, et ceux qu’ils ont dans leur rôle non politique. Lorsque le public adopte des mesures particulières pour veiller à ce que ce conflit soit atténué et à ce que les fonctions représentatives aient la priorité sur les fonctions privées, alors les institutions politiques sont appelées représentatives. »

Le point de vue de Dewey nous permet de comprendre de manière nuancée la situation d’un élu par rapport à son origine sociale, son intérêt et la fonction qu’il occupe. La démarcation n’est pas toujours facile à faire. Il est souvent tiraillé par l’idée de primer l’un sur l’autre. Quand les mécanismes de contrôle sont obsolètes, l’intérêt de son groupe ou personnel a tendance à être primé sur celui du collectif.

D’un point de vue économique, l’individu est souvent considéré comme un être rationnel. Il pense d’abord à son bonheur. Il est parfois emporté par le désir d’accaparer les espaces de pouvoir pour s’enrichir au détriment de la collectivité. Le processus d’amélioration des conditions de vie de l’autre n’occupe pas toujours son centre d’intérêt. Il est souvent égocentrique.

Le mandat d’un élu comprend la durée et la responsabilité. Le respect de la durée est souvent réclamé par ce dernier même quand il a failli à ses responsabilités. L’adéquation entre le temps du mandat et les réalisations n’est pas toujours de mise.

Celui qui accède au pouvoir dans un régime représentatif parvient généralement à convaincre les électeurs (citoyens) à partir de son discours et son programme. Dans cette course vers le pouvoir, les citoyens choisissent les candidats qui répondent à leur aspiration. Leurs attentes sont souvent énormes, et souhaitent qu’elles soient comblées par celui qu’ils ont voté. L’exercice d’un pouvoir à partir du mandat doit s’inscrire dans la logique de maintenir la cohérence entre le dire et le faire, de l’application et du respect de son programme. Ce qui apaisera les mécontentements et fera taire les critiques. Dans le jeu démocratique, l’adversaire qui n’est pas forcément ennemi, profite généralement de la faiblesse de celui qui exerce le pouvoir pour s’en accaparer.

Suivant notre compréhension, la démocratie place les dirigeants et les dirigés dans un rapport similaire à celui de patron-employé. Le patron définit les tâches de l’employé en fonction des résultats recherchés par rapport à la fonction occupée. Ce qui rentre dans son attribution comme employé lui servira de guide pour atteindre les objectifs définis. Le peuple comme Patron ici souhaite que les dirigeants comme employés respectent les engagements dans le souci d’atteindre les objectifs. On peut aussi illustrer ce point de vue à partir du rapport entre un chef de maison et une servante. Si le chef de maison constate que la servante l’a menti par rapport à ce qu’elle avouait être capable de faire, il peut toujours décider de résilier le contrat. Si les mets ne sont pas de qualité ou de mauvais goût, devrait-on exiger au patron de garder encore chez lui cette personne ? Dans un système démocratique, la réalité est la même ou doit être la même. Le peuple doit être en mesure de rejeter quelqu’un à qui il a confié une responsabilité, et qu’il ne l’assume pas. Les mouvements populaires sont généralement l’expression d’insatisfaction de la part des citoyens qui revendiquent mieux de la part des représentants. Cependant, les dominants crachent souvent sur ces luttes légitimes parce qu’ils veulent toujours maintenir leur dominance de plus en plus excessive.

Le cas haïtien est typique. Certes, l’expérience démocratique en Haïti est récente. Toutefois, l’attitude des élus nous permet de questionner le rapport de ces derniers avec leur milieu. Si les dirigeants sont parvenus sans crainte à accaparer les ressources de l’État au profit d’eux-mêmes et de leur clan, cela prouve que le développement du territoire n’est pas dans l’agenda de ceux qui prennent les décisions au sein des appareils étatiques. Ils s’accrochent à leur mandat, aux pouvoirs, aux privilèges que cela leur donne, sans se soucier de la responsabilité envers le milieu. La dégringolade de l’économie, la déchirure du tissu social ne leur préoccupe pas. Le plus important c’est d’avoir plus de luxe possible pour se démarquer du bas peuple qui patauge dans la misère abjecte. Mais, quels sont les facteurs explicatifs de tels comportements ? En l’absence de la vigie citoyenne, les dirigeants trouvent le champ libre pour commettre leurs forfaits. L’existence d’une société civile bancale qui intervient occasionnellement dans les situations de troubles, de crise permet aux décideurs d’agir comme bon leur semble. Les médias qui devraient jouer le rôle de chien de garde, certains d’entre eux se mêlent jusqu’au cou dans des cas de corruption. En effet, Haïti est victime d’un gros complot de la part de certains groupes pour retarder son processus de développement. Maintenant, c’est que faire ? Le grand réveil du citoyen est plus qu’une urgence. Le citoyen doit comprendre que dans cette passivité, il y a son avenir et celui de ses progénitures qui est hypothéqué. La société civile doit jouer pleinement son rôle dans les plaidoyers et l’influence des décisions de l’État dans l’intérêt de la nation.

Que le mandat ne soit pas un moyen pour s’enrichir tout en appauvrissant davantage les plus pauvres, mais qu’il soit véritablement un temps et une attribution à partir desquels on est appelé à donner des résultats positifs et satisfaisants pour le bien de la patrie commune.

Saintony FANFAN
saintonyfanfan@yahoo.fr




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