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De la nécessité d’une révolution morale et éthique en Haïti pour une sortie de crise d’emblée

De la nécessité d’une révolution morale et éthique en Haïti pour une sortie de crise d’emblée



Depuis plus d’une année, la prise d’une conscience collective insinuée par la dilapidation du fonds Petrocaribe tient le primat de l’actualité dans la société haïtienne. Dans les conférences aussi bien qu’au travers des réseaux sociaux, entre amis autant qu’au fil des médias, la remise en question d’un État corrompu et malveillant s’érige en un véritable leitmotiv. Ce faisant, dans la métropole comme dans les provinces, les vieux comme les jeunes, les hommes aussi bien que les femmes se mêlent afin de faire entendre les cris de hélas exprimant l’errance d’une nation confinée par la monstruosité d’un État loup-garou. Défiant la faiblesse d’un appareil judiciaire aux verdicts négociés et fabriqués, ils appellent d’abord à une justice populaire par la saisie des biens des présumés coupables et clament par ailleurs le sabotage du statu quo. Pour ce faire, ils prônent la nécessité d’une révolution sociopolitique. À noter que cette idée visant à flamboyer la fureur populaire contre la nullité de l’Etat a été bien avant et toujours d’engouement. Cependant, il ne faut pas se faire illusion d’attribuer le mal d’Haïti exclusivement et essentiellement à la politique. Ce qui porte à plaidoyer pour une révolution mère à laquelle il faut d’abord penser. Cette révolution dont nous parlons est inhérente à l’édification, au maintien de toute société et à la fabrication de l’être social. Elle est celle qui forme la base existentielle d’une nation, pourtant oubliée en Haïti. Et la seule digne de ce mérite est la « Révolution morale et éthique ». Mais en quoi la morale et l’éthique sont-elles à la racine de cette crise généralisée ?

o La morale comme sculpteur social

Sans vouloir nous attarder sur leurs définitions qui se diversifient et se controversent, la morale serait, dans notre article, épousée à l’idéal durkheimien (1922) qui la perçoit comme une sorte de guide de la vie sociale visant à asphyxier ou absorber les flots des passions humaines et l’éthique, quant à elle, serait notée comme une sorte de morale relative (bien agir). S’attachant à cet idéal, on dirait que les règles morales sont des marqueurs qui dessinent la juridiction comportementale de l’homme et un véritable tombeau destiné aux affres de l’égoïsme. Ce qui veut dire, taillé par la morale, l’individu n’a pas d’existence en soi, mais existe par et pour la société. Il devrait être guidé par le sens du partage et défini par une responsabilité citoyenne. La définition de soi ne peut être extraite que d’un rapport d’altérité. D’ailleurs, une société se reconnait de par son idée générale, et cette idée générale est son réservoir identitaire. Ce qui fait quand une société est confuse, on doit parer à confronter à une crise identitaire sans fin. Et là, où il y a crise identitaire, pas d’engagement citoyen. Puisqu’on ne peut se battre que par esprit d’appartenance.
Nonobstant, si le corps social doit être mesuré à l’aune des valeurs, lorsque les bêtises se substituent aux valeurs dans une société, aspirer à son progrès, c’est vouloir soustraire la réalité de l’illusion. Alors, vivre en société exige la soumission aux règles prescrites par la grammaire de la responsabilité sociale (Jean-Louis Genard, 1999), laquelle représente le livre sacré des nationalistes. De même que l’Église ne saurait pleinement accomplir sa mission en dehors des directives bibliques, la société ne saurait atteindre sa perfection que sous la bannière de ses repères moraux. Ce qui prouve que le bonheur social ne peut être acquis que par le triomphe des idéaux collectifs qui est la condition cardinale de l’édification d’une société noble et idéale. Mais, où est-ce qu’on en est en Haïti ?

o Haïti, une société en panne de valeurs

En Haïti, la morale comme antivirus est désinstallée du système social. Le corps social devient infect. Une infection qui ne fait qu’empoisonner l’interface de nos pratiques (sociales, culturelles, économiques et politiques). Les institutions qui étaient sensées de véritables forteresses face aux stupides assauts des antivaleurs, ne font en réalité que les reproduire et les perpétuer. Ce qui prouve comment et combien notre société est à nu et qu’elle évolue à contre sens. Les soi-disant intellectuels devant piloter la bataille des idées avec le pouvoir sacré de la plume, sont guidés par la quête du confort de soi à l’encre souillée de leur plume indigne, et se consacrent aveuglement au ravitaillement de ce système putréfié dont sa flottabilité ne cesse de s’actualiser. Quand la fureur populaire s’enflamme et pense avoir fait crasher le système, l’équipage ne fait que parachuter et transborder. En réalité, rien n’a changé que la figure du véhicule. Les mêmes débris sont à bord et visent, sans aucun itinéraire, la même destination. Les universitaires qui sont le symbole de la réflexion s’adonnent au service de la mesquinerie. Épuisés par la manipulation et le chômage accrochant leur avenir dans le confinement du désespoir, les jeunes sont déshaitianisés et n’espèrent la fierté et le bonheur qu’ailleurs (Serge Bernard, 2019).

Partant de là, la politique devient la sphère la plus animée de critiques les plus acerbes. Et notre pire erreur consiste à vouloir compenser le mal de la politique en elle-même, sans jamais tenter de faire une remise en question de son essence. En cela, doit-on se rappeler que la pratique de la politique dans une société témoigne la nature du rapport liant les individus entre eux. Ceci dit, quand les règles morales devant rythmer ces relations sont noyées au profit des passions aveugles, le sens d’humanité se perd, le semblable devient un ennemi ou une proie et la politique, un espace de compétition, dont de promotion de soi. Étant la sève de la vie sociale, quand la morale fait défaut, le dépérissement de la société s’active et s’accélère et les individus cessent d’être humains. Pour préciser, la société sans morale est un réservoir de dépouilles, dont la société haïtienne en est l’archétype.

En outre, si la politique est inséparable de la morale, à qui elle sert, d’instrument disait : Platon (505 av.), quand elle est saisie par des trafiquants, elle ne fait que devenir un simple produit aux enchères. Pour le dire autrement, la politique sans morale est un réceptacle de discours appartenant au domaine des illusions. Ce ne sont que des mots faisant l’éloge de l’imagination, tout en niant la réalité des faits. Donc, il ne serait pas surprenant d’avoir une société politiquement ruinée lorsque sa gouverne est remise à des hommes pleins de discours, mais vides de pensée ou moralement nus. D’ailleurs, la cité devrait, selon Socrate (cité par Platon, 505 av.), être gouvernée par des philosophes, chez qui science et puissance politique se cohabitent et se mutualisent. Tenue en otage par des idiots faisant de l’enrichissement illicite leur premier sacrement et battue en brèche par la soif du gain, la politique en Haïti s’érige en un cycle de violences, de crimes, de malveillance axé autour des discours d’hypocrisies qui font projeter l’inverse dans sa rotation. Alors, peut-on espérer l’idéal ?

o Vers une société idéale

En résumé, si la politique est un univers sacré, ceux qui la pratiquent devraient se plier sous le qui-vive d’une éthique de conviction (Weber, 1995). Mais quand ceux qui la saisissent sont des snipers de la morale, pour reprendre le propos du célèbre rappeur français, Youssoupha in Menace de mort de l’album Noir Désir (2012), elle devient un monde infect. Notre problème est d’abord moral. Ce qui aboutit à une contamination mentale et nous dépouille même culturellement. Le docteur François Duvalier (en 1960) l’a bien constaté en prescrivant que le problème haïtien demeure avant tout culturel et sa solution ne peut résider que dans une réforme intégrale de notre mentalité. Puisque la morale ne renvoie pas seulement à la connaissance et au respect de code, mais surtout à une affaire d’attachement, soit à un idéal commun. Changer Haïti, revient donc à nous changer, dont nous soustraire de cette mentalité qui nous retient captifs de l’ignorance. D’ailleurs, le changement effectif ne peut être amorcé que par soi-même. Arrêtons de blâmer le système, c’est nous qui l’avons créé et continuons à l’arroser. Ce n’est que le reflet de qui nous sommes, soit la transcription de nos vices. Ce qui prouve qu’Haïti souffre d’une carence d’hommes de conviction. Ce faisant, notre devoir consiste éminemment en une bataille morale et éthique, laquelle pouvant faire ressusciter nos valeurs du tombeau de la confusion et ériger notre citadelle de dignité. Ce qui enfantera de vrais dirigeants intimement soumis à la grammaire de la citoyenneté et des intellectuels ayant le sens d’humanité et qui éprouvent la valeur dans la pertinence des idées, et non de soi-disant dirigeants jaugés à l’aune de l’idiotie. Ainsi, nous pouvons enfin nous réanimer de notre grandeur en tant que symbole de la liberté. Sinon, notre nation serait plantée dans une éternelle crise, puisque ce seraient toujours des médiocres qui succéderaient aux médiocres. L’impunité et la corruption régneraient encore et la notoriété serait l’apanage des idiots et des incapables.

Serge BERNARD ;
Sociologue & activiste politique ;
Facebook/Twitter : Serge Bernard de Mazamby ;
Tels : (509) 4307-4343/4878-6883 (What.) ;
Email : bernardserge47@yahoo.fr

o Bibliographie

 Bernard, S. (2019). l’État au singulier : une réflexion critique de la gouverne politique en Haïti. Le National, 5 p.
 Durkheim, E. (1922). l’éducation morale. Paris, Alcan, 195 p.
 Duvalier, F. (1960). La marche à la présidence. Port-au-Prince
 Jean-Louis, G. (1999). La Grammaire de la responsabilité. Paris, Cerf,
 Platon (505, av. J-C). La République. Paris, 310 p.
 Weber, M. (1995). Le savant et le politique. Paris, Plon




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