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BARRICADES! La matérialisation de la théorie du pire

BARRICADES! La matérialisation de la théorie du pire



Depuis certains temps, l'un des termes les plus courants de notre vocabulaire quotidien est "BARRICADE". Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, deux heures ne peuvent se passer sans l'utilisation de ce terme devenu combien populaire. Projets barricadés, rêves barricadés, avenirs barricadés, la vie entière barricadée. Certains en souffrent plus que d'autres. Plus d’un en sont dégoûtés, terrorisés, traumatisés. D'autres y prennent goût. D'une part il y a ceux qui se demandent jusqu'à quand ce cauchemar. D'autre part, il y a ceux qui disent: enfin, ils comprennent ce que signifie n'avoir accès à rien. Ou plutôt ils comprennent enfin ce que nous endurons tous les jours. Ces derniers parlent ainsi parce que chaque seconde de leur vie se résume en un fatigant combat face à une multitude de barricades virtuelles. Pas de tronc d'arbres pour empêcher leur circulation, mais ils n'ont jamais eu accès aux services sociaux de base. Pas de barrage en tôle sur leur chemin mais ils n'ont jamais su ce que signifie circuler en voiture, se balader en compagnie de camarades de classe, aller à la plage, boire dans un bar. Pas de décombres ou de grosses pierres sur leur passage, mais ils ne connaissent pas la saveur de l'aventure, de l'exploration etc. Jamais ils n'ont osé espérer que leur lendemain serait mieux. Ils n'ont pas droit à un tel luxe. Donc, de leur naissance à leur mort (souvent tragique), ils sont coincés entre les flammes du désespoir et les mille mètres d'épaisseur de la muraille miséreuse la plus infecte.

Ils sont toujours barricadés. Aujourd'hui, ils n'ont absolument rien à perdre. La mise en pratique de la théorie du pire en matérialisant les barricades auxquelles ils font face tous les jours, n'est pour eux qu'un passe-temps. Théorie du pire, nous les entendons la clamer de temps en temps : si nous n'avons rien, que tout le monde n'ait rien. Si les enfants des rues ne peuvent, comme tous les autres enfants, aller à l'école, que l'école reste fermée pour tout le monde. Swa Ayiti paradi pou nou tout oubyen li lanfè pou nou tout. Il y a malheureusement une dure vérité qu'ils essaient de faire entendre à ceux dont cette pratique terrorise le plus: ils n'ont absolument rien à perdre. Rien à perdre, donc rien à foutre!

Nos dirigeants ont, depuis toujours, choisi délibérément de dresser des barricades face à nos projets, nos rêves, nos belles ambitions, face à notre avenir en général. Aujourd'hui, les plus marginalisés donnent chair aux barricades systémiques à travers des pneus enflammés, des troncs d'arbres, des barrages en tôles, des grosses pierres etc. Ils les dressent sur les différents axes routiers conduisant aux endroits où l'on concerte leur misère.

Quand des hommes en costards circulant dans des grosses cylindrées blindées, planifiant minutieusement la meilleure façon de dresser des barricades face à l'avenir de la jeunesse de tout un pays, on les appelle dirigeants, officiels, autorités. Quand les éternelles victimes bloquent les rues avec tout ce qu'elles trouvent sur leur passage, nous leur attribuons les qualificatifs les plus répugnants, les plus dégoûtants, les plus humiliants. Je ne suis pas pour cette pratique. Loin de là. Mais nous devons admettre que le mal existe des deux côtés. La différence est que, là où l'on planifie les barricades virtuelles, non seulement le mal existe, mais aussi il est infini. Nous refusons de comprendre que quand certains n'ont accès à rien, ceux ayant un minimum subiront les conséquences tôt ou tard.

Indubitablement, certains de ces leaders qui passent les mots d'ordres de barricades souhaitent que la vie de leurs exécutants ne change jamais. Car ils auront besoin d'eux pour des pratiques politiciennes malsaines. Mais nous admettons aussi que c'est une pratique qui a déjà donné des résultats. On a besoin un peu d'électricité, on bloque une rue et l'État réagit positivement. Des enseignants ont plusieurs mois d'arriérés de salaires, ils bloquent un carrefour, l'État leur paie quelques mois etc. Mais un pays ne peut pas continuer à fonctionner comme ça. C'est carrément ignoble!

Ces mêmes dirigeants qui dressent toute sorte de barricades afin d'empêcher que la majorité ait accès à l'éducation veulent que les victimes comprennent que des enfants ont besoin d'aller à l'école, puisqu'on devrait démarrer avec les cours depuis le 04 septembre dernier. Mon œil ! Mais bien sûr qu'ils ne comprennent pas trop l'importance de l'école puisque les dirigeants ont tout fait pour qu'ils n'y mettent jamais les pieds. C'est plus que logique. Que les portes des écoles soient fermées ne signifie pas grand-chose pour eux. Barricader les voies conduisant aux établissements scolaires est tout à fait légitime pour eux. Cela nous fait beaucoup de peines, mais les choix de nos dirigeants n'auraient jamais d'autres conséquences.

Il faut noter toutefois que les barricades qui entravent notre libre circulation dans les rues ne sont rien du tout comparées à celles dites virtuelles que le système nous impose quotidiennement. On aura quoi comme résultats si on enlève les barricades sur les routes et continue à instaurer celles qui rendent impossible la matérialisation de nos rêves ? Nos rues seront toujours bloquées si nous ne brisons pas les barricades qui coupent l'accès à la construction de notre personnalité, de notre civilisation, de notre volonté de grandir, de produire et d'inventer. Les barricades systémiques réduisent notre jeunesse à une question d'âge. Alors que, être jeune devrait signifier être rêveur, ambitieux, fonceur, inventeur, créateur, rude travailleur, profiteur de la vie, fêtard. Être jeune devrait être synonyme d'espoir, de beauté, de force redoutable, d'innovation ou de beaux changements etc. Comment nos dirigeants espèrent-ils débarricader les rues s’ils barricadent le rêve de tout un peuple? Comment les grands patrons comptent-ils débloquer le circuit menant à leurs entreprises s’ils y appliquent le code noir en lieu et place du code du travail? Comment les leaders de l'opposition procéderont-ils pour faciliter la libre circulation lorsqu'ils seront au timon des affaires, si tout ce que certains d'entre eux souhaitent, c'est qu'il y ait toujours d'enfants non éduqués pour exécuter leurs manœuvres politiciennes? Comment nos dirigeants veulent-ils qu'il y ait la paix dans ce pays, si leurs jeux ne sont destinés qu’à plaire à une frange de la bourgeoisie haïtienne? Si leurs décisions ne sont faites que pour satisfaire le désir de la communauté internationale? Si la corruption est leur seul bilan et que, accuser l'opposition, est la seule excuse liée à leur lamentable échec? Comment ces dirigeants comptent-ils débarrasser les rues si la population n'a aucune certitude que les bras armés qu’ils envoient sur les lieux pour exécuter leurs sales besognes, sont des policiers ou des bandits ?

BARRICADES, stratégies de dénonciation et de résistance des opposants du pouvoir actuel, mais aussi futures stratégies certaines des dirigeants actuels lorsque leurs rôles seront inversés. Ce n'est pas du tout ce que nous souhaitons. Mais que nous est-il permis d'espérer ?

Widly CARPENTIER/Sagittarius
carpentierwidly@yahoo.fr
(509)43467462/38780658




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