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VERS LE DÉVELOPPEMENT D’UN CURRICULUM ORIENTÉ STEM ?

VERS LE DÉVELOPPEMENT D’UN CURRICULUM ORIENTÉ STEM ?



Résumé :

Réaménager les programmes enseignés dans les écoles est une obligation pour donner des compétences de vie et de citoyenneté aux futurs élèves dans un monde ancré dans l’enseignement des sciences et des technologies. Le curriculum est et demeure la porte d’entrée de toutes nouvelles orientations des systèmes d’éducation. Ainsi, l’enseignement des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des Mathématiques (STEM) doit être le socle de compétences et de connaissances selon une vision holistique et pratique des apprentissages.

Dans cette communication, il sera question de montrer la nécessité pour le ministère de l’Éducation nationale et de la Professionnelle (MENFP) d’orienter l’ensemble des politiques nationales à travers le plan décennal d’éducation et de formation 2018-2028 et le document politique de formation des enseignants et du personnel d’encadrement afin que ces documents stratégiques puissent influencer directement les programmes et les curricula.

Cette intervention consiste à faire un rappel de la configuration du système d’Éducation en Haïti. Celui-ci portera le poids de ce virage lié à l’enseignement des sciences et de la technologie, aux enjeux d’intégration des TIC dans le contexte haïtien et la mise en place d’un curriculum adapté. C’est à ces préoccupations pédagogiques et idéologiques pour le système que cette communication se propose de contribuer.


Mots clés : Curriculum, STEM, TICE, Politiques éducatives, employabilité.

Introduction

Le système d’éducation en Haïti est confronté à d’énormes défis qui sont pour la plupart structurels, mais aussi conjoncturels. L’offre éducative est contrôlée à plus de 80 % par le secteur privé et les moins de 20 % restants sont gérés difficilement par l’État à travers le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). Selon Bruffaerts et Bruffaerts-Thomas (2014), un déficit important est accusé dans la formation initiale des enseignants du fondamental : l’éducation de base. Ce constat alarmant a été déjà souligné en 2010 dans le rapport du groupe de travail sur l’éducation et la formation (GTEF). Ce manque de qualification et de compétences du maître impacte négativement sur la qualité de l’enseignement fourni. Plus de 4 millions d’élèves ont fait la rentrée scolaire de septembre 2019; et c’est dans ce contexte que l’État doit scolariser de plus en plus de jeunes Haïtiens, même si les chiffres montrent une augmentation du taux net de scolarisation, les enjeux liés à la qualité de l’éducation et la formation des enseignants, restent intacts. La configuration du système d’éducation montre à quel point ces questions échappent au contrôle de l’État et nécessitent des réformes urgentes et en profondeur. L’État haïtien a perdu son rôle de régulateur du système.

Des “ écoles ” sans contenus et sans orientation sont créées tous les jours. La structure d’inspectorat du ministère de l’Éducation peine à accomplir sa tâche convenablement. C’est dans ces conditions que le développement d’un autre curriculum doit être pensé et orienté vers les sciences, la technologie, l’ingénierie et les Mathématiques (STEM). Les STEM doivent être intégrés dans le plan décennal du MENFP comme stratégies et orientation pour influencer positivement les indicateurs de l’efficacité externe du système. Le produit fini (output) sera de qualité et sera compétitif par rapport aux autres de la région.

TICE dans le contexte haïtien

Les technologies de l’information et de la communication appliquées à l’éducation constituent des préoccupations majeures pour beaucoup de pays. Haïti n’échappe pas aux enjeux de la mondialisation et aux défis liés à l’intégration des TIC dans l’éducation. Elles prennent de plus en plus de place dans nos vies, dans notre travail et surtout dans nos métiers. Que nous soyons : élèves, enseignants, directeurs d’écoles, parents ou politiques (décideurs).

L’absence de politique nationale d’intégration des technologies de l’information et de la communication comme levier de développement et de modernisation semble couper court aux initiatives sectorielles pouvant mettre en place leurs documents stratégiques.
Ce document stratégique étant inexistant au ministère de l’Éducation nationale, il incombe aux structures porteuses des questions de technologies — éducatives — d’en faire la proposition. Cependant, les défis auxquels sont confrontés le pays et le MENFP en particulier trouvent racine dans les trois points suivants :

1) Absence d’infrastructures basiques (électricité, équipements, matériels informatiques et internet haut débit)
2) Création de la fracture numérique (élève vs élève, élève vs enseignant, école vs école, ville vs ville)
3) Absence de formation des enseignants au numérique et par le numérique

1) Absence d’infrastructures basiques

“Il n’y a pas de technologie sans énergie”. L’accès à l’électricité en Haïti est un luxe. Le minimum de service offert par l’unique société ayant le droit de commercialiser l’électricité est irrégulier et insuffisant. Des ménages investissent dans la mise en place des microréseaux d’énergie électrique. Cette solution alternative est souvent très coûteuse. Ainsi, il est difficile de lancer des programmes de création de laboratoires informatiques par exemple, sans tenir compte de cet obstacle majeur. Recharger un téléphone portable ou une tablette numérique ; sont là, de simples gestes quotidiens qui peuvent se transformer en parcours du combattant dans l’environnement haïtien.

Les équipements et matériels informatiques sont présents sur l’ensemble du pays. Nous entendons par équipements et matériels informatiques tout élément permettant à une structure ou un espace de fonctionner. (Écran, imprimante, ordinateur, appareils photo, tablettes, caméra, internet, disque dur, logiciels, CD-ROM, DVD, USB, etc.). Le taux de pénétration de ces matériels frôle les 57 % en zone urbaine en 2002 et seulement 8,5 % des gens possédaient un ordinateur; en 2006, ce chiffre est passé à 19,2 % selon une enquête de l’observatoire sur la pénétration des TIC en Haïti (OPTIC, 2007). Ce qui voudrait dire que les gens ont fait le choix d’avoir leurs propres matériels informatiques. Tout porte à croire que ce taux a augmenté significativement chez les ménages en 2018, mais pas nécessairement dans les espaces d’éducation. (Écoles, universités, centres, associations, etc.)

L’accès à internet à haut débit. Le marché d’accès à internet en Haïti est contrôlé par quatre principaux fournisseurs (Natcom DIGICEL, HaiNet, Access Haïti). À rappeler que DIGICEL et NATCOM sont les deux seules compagnies de téléphonies mobiles du pays. Selon la Direction de Prospective et des Affaires économiques (DPAE) du Conseil National des Télécommunications (CONATEL), organe régulateur des télécommunications, le nombre total d’abonnés du parc de la téléphonie s’élevait à 6, 354,016 (millions) en 2016. Ce qui faisait un taux de pénétration de la téléphonie mobile de 61.09 %. Ceci étant dit, les principaux accès à internet se font via des téléphones mobiles. Il est difficile de parler dans ces conditions d’offres d’Internet à haut débit. C’est un accès essentiellement par le réseau 3 G ou 4 G LTE. Cependant le coût du service internet reste très élevé pour les usagers. Le service de fibre optique par exemple disponible sur le marché haïtien en 2009 est quasiment inaccessible aux ménages.

En 2016, la Commission économique des Nations Unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) a classé Haïtiparmi les trois (3) pays dont le taux de pénétration de l’internet est de moins 15 %. Nous pensons que cela a légèrement augmenté en fonction du nombre croissant de téléphonie mobile. Cependant, nous constatons les manques de politiques publiques et de vision stratégique pour le développement des infrastructures nécessaires pour connecter les foyers. La régulation stratégique du secteur est considérée comme l’une des grandes faiblesses de l’état haïtien.

2) Création de la fracture numérique

L’État doit assurer l’équité dans les services stratégiques de base. (Eau, électricité, Internet, etc). Port-au-Prince possède plus de 80 % des infrastructures technologiques, électriques et réseautiques du pays. Il est plus facile d’avoir accès à des services liés aux aspects sus mentionnés en zones urbaines que rurales. Les infrastructures sont injustement réparties sur le territoire national. Cela crée, ipso facto, de la fracture dite « numérique » entre les différentes catégories de la population. (Élève vs élève, élève vs enseignant, école vs école, ville vs ville). Les régions, les écoles, les élèves ou les enseignants qui remplissent les conditions préalables bénéficieront du numérique. Les autres resteront à la traîne. Ce fossé numérique ne peut être comblé qu’à travers un plan stratégique d’intégration des TIC

3— Absence de formation des enseignants au numérique et par le numérique

Ce troisième point est suffisamment traité dans les littératures des recherches réalisées en technologie de l’Éducation. (Chaptal, 2007 ; Karsenti, 2012 ; Bocquet, 2014 ; Ralphson, 2017). Cependant il nous semble important de rappeler aux décideurs que la formation des enseignants est la pierre angulaire dans le projet d’éducation de toute société. Le manque de formation de ces derniers a des conséquences néfastes sur les citoyens et par ricochet sur la société en général.

La formation des enseignants au numérique et par le numérique n’est pas un slogan, mais une obligation. Sans cette formation appropriée, les enseignants sont marginalisés et en situation critique vis-à-vis des élèves. Selon une certaine approche philosophique, l’enseignant, c’est celui qui sait. Les écoles normales et les facultés des sciences de l’éducation doivent intégrer dans leurs cursus des modules liés à l’utilisation des outils et ressources numériques dans leur pratique d’enseignement et d’apprentissage. Pour rappel, les outils technologiques ne remplacent pas la pédagogie, mais ils sont à son service. Ce sera toujours à l’enseignant de définir ses objectifs et de choisir les outils ou ressources qui seront être utilisés.

STEM : de quoi parle-t-on?

L’acronyme STEM se définit ainsi : Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques. Ces quatre disciplines sont considérées comme étant des besoins futurs du marché du travail et des sociétés technologiquement avancées. Les systèmes d’éducations du monde entier mettent en place des politiques éducatives pour valoriser ses filières de formation et attirer plus de femmes dans ce domaine. Le sigle « MINT » mathématique, sciences de l’information, sciences naturelles, and technologie est aussi utilisé dans le même sens.

Les STEMS sont généralement insérés dans un programme afin de donner aux élèves du fondamental et du secondaire de solides compétences dans les domaines comme : l’astrophysique, la biochimie, l’informatique, la robotique, la nanotechnologie, la neurobiologie, les neurosciences pour être compétitif scientifiquement et technologiquement. Cependant les autres matières sont enseignées à partir des principes de base des STEM. Par exemple, les langues avec et par les STEM.

Selon le professeur David Blades, l’éducation STEM doit passer par un changement des méthodes d’enseignement des sciences et de la technologie, car seule « une pratique scientifique plus authentique dans les salles de classe peut orienter les élèves vers une carrière en sciences »

Enseigner avec/les STEM, c’est orienté les apprentissages vers l’interactivité permanente en combinant les différentes approches interdisciplinaires et pédagogiques basées sur des projets de la vie quotidienne afin de faciliter la pensée créative, critique et collaborative. Les pratiques d’enseignement favorisant la créativité seront au cours de tout dispositif d’apprentissage. Les fabLabs trouveront facilement leur place dans ce mode d’approche pédagogique.

Encourager les jeunes élèves à embrasser une carrière dans les sciences et technologies est le véritable but de l’enseignement des STEM mais ceci doit se faire à travers le curriculum. Dans le cas d’Haïti, il va falloir réadapter le curriculum en vigueur, mettre en place des dispositifs permettant d’encourager l’équité de genre entre homme et femme. Cette dernière est très peu présentée dans les filières sciences et technologies (Charles, 2019) ; et former les enseignants aux approches didactiques et pédagogiques de ces quatre disciplines (Franck, 2018 ; Fritzgerald, 2012)

Selon Couture et al (2015), les pratiques d’enseignement sont contextualisées et orientées par la nature des apprentissages visés. Elles interpellent plus particulièrement les orientations proposées dans les programmes, mais aussi dans les travaux de recherche en didactique — des sciences et de la technologie.

Vers un curriculum adapté

Le réaménagement ou le changement des programmes enseignés dans les écoles haïtiennes n’est plus un souhait, c’est une nécessité pour le pays. Le MENFP doit prendre des mesures urgentes pour réactualiser la commission nationale de la réforme curriculaire (CNRC) mise en place en 2014. Elle avait pour mission principale de « 1) formuler les nouvelles orientations et les programmes selon les priorités fixées par le gouvernement ; 2) de construire le socle commun de connaissances et de compétences nécessaires à la refonte des curricula du préscolaire, du Fondamental et du Secondaire ».

Ce curriculum tant attendu doit être adapté à la réalité Haïtienne et aux besoins du marché de travail que ce soit au niveau national qu’international. La question d’employabilité des jeunes diplômés doit être au cœur des réflexions. Ce curriculum doit aussi permettre de résoudre ou d’agir sur les problèmes de notre environnement par le biais des approches pédagogiques prônées.

L’apprentissage collaboratif, la résolution des problèmes, la pédagogie par projet sont autant d’approches possibles pour avoir le nouveau citoyen souhaité.

Perspectives

Ce virage intégrant l’Éducation STEM est une porte ouverte vers un nouveau paradigme d’apprentissage cohérent mettant en exergue les différentes applications du monde réel. Emboîter le pas vers l’éducation STEM, c’est miser sur les compétences de demain, qui seront transversales.

En guise de conclusion, enseigner avec/les STEMS, est une invitation à un changement de paradigme, à un chambardement du système éducatif actuel pour en faire un nouveau avec un curriculum adapté aux exigences de l’heure ; avec des enseignants qualifiés et compétents capables de guider les élèves vers le sommet en matière de sciences et de technologie. De là découleront les bases du développement de la recherche appliquée et de l’innovation de ce pays. Et ce sera le début de la nouvelle école de la République. Une école utilitaire et pratique.

Ralphson Pierre, Ph.D student | ralphson.pierre@uniq.edu

Doctorant en Technologie l’éducation | Université de Caen Normandie, France

Chargé d’enseignement | Faculté des Sciences de l’Éducation | Université Quisqueya, Haïti


Références

BRUFFAERTS-THOMAS, Josette et BRUFFAERTS, Jean-Claude (2014) « L’expérimentation de l’éducation numérique en Haïti avec l’utilisation du Tableau numérique interactif (TNI) », Field Actions Science Reports [online], Special Issue 9 | Online singe 27 December2013, connections on 30 September 2016. URL : http://factsreports.revues.org/2826

CHARLES, Ketleine (2010) Représentation des femmes dans le corps professoral universitaire haïtien et les instances de décision. Revue Haïti perspective. Volume 7. No. 1 — Hiver 2019. Consulté le 19 novembre 2019. URL : http://www.haiti-perspectives.com/pdf/7.1-charles.pdf

COUTURE, Christine et DIONNE, Liliane et al (2015) « Développer des pratiques d’enseignement des sciences et des technologies : selon quels critères et dans quelle perspective ? », RDST [en ligne], 11 | 2015, mis en ligne le 21 septembre 2017, consulté le 19 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/rdst/1004

FRANCK, Randy (2018) selon les experts il faut enseigner l’effet des STIM. https://centrescience.3mcanada.ca/articles/experts-agree-stem-education-must-teach-about-impact-fr

Groupe de Travail sur l’Éducation et la Formation (2010), 
Pour un Pacte national pour l’Education en Haïti, Rapport au 
Président de la République. 
GTEF. http://planipolis.iiep.unesco.org/sites/planipolis/files/ressources/haiti_pacte_national_education.pdf

LAFORTUNE, Louise et DESCHÊNES, Claire et al. (2008) Le leadership des femmes en STIM : sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. Coll. Education-Interventions. Editions PUQ. P.218 https://www.puq.ca/catalogue/livres/leadership-des-femmes-stim-1688.html

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Ralphson PIERRE*
Doctorant en Technologie éducative
Laboratoire CIRNEF — EA 7454

Centre interdisciplinaire de Recherche Normand en Éducation et Formation
École Doctorale 556 – HSRT | Université de Caen Normandie, France
http://cirnef.normandie-univ.fr | www.unicaen.fr
Courriel : ralphson.pierre@unicaen.fr |




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