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Les lauréats nationaux admis d’office à l’UEH : le jeu n’en vaut pas la chandelle !

Les lauréats nationaux admis d’office à l’UEH : le jeu n’en vaut pas la chandelle !



Précarité financière oblige, un élève haïtien qui achète un ticket pour essayer de se frayer une place à l’UEH fait exactement le même jeu désespéré qu’un malade démuni qui se rend au mouroir de l’Hôpital Général pour se faire « soigner ».


Dans le temps, OUI ; mais aujourd’hui, NON ! Une place à l’UEH ne procure aucune fierté, sinon celle de ne pas rester clouer à griller le temps à jouer aux cartes et aux dominos ou de ne pas se claustrer entre les quatre murs à la maison. Le prestige de l’Université d’État d’Haïti (UEH) va decrescendo à cause d’une panne de vision et de leadership cinglante résultant du choix inintelligible de ceux qui en assurent la gouvernance. Loin de répondre à ses nobles attributions, cette institution est marquée par une accélération de l’effritement de ses valeurs et de sa notoriété.

Au cours de ces dernières décennies, la géante de l’université en Haïti, l’alma mater de presque tous les officiels Haïtiens qui ont connu l’expérience universitaire, exhibe une déchéance et une perte de crédibilité fulgurante. Pourtant, par sa légitimité nationale et internationale, l’Université d’État d’Haïti (UEH), garnie de plus de 27 milles étudiants et d’un millier de professeurs, aurait dû être en mesure de canaliser certaines grandes décisions devant engager notre nation qui croupit depuis des lustres dans une précarité multiforme (économique, politique, intellectuelle et sociale).

Les nobles institutions de la République sont prises en otage par l’imposture et la médiocrité ; on n’a jamais entendu la voix discordante de l’Université d’État d’Haïti pour dénoncer cette dérive. Les recteurs, vice-recteurs et doyens ne voudraient pas déranger des autorités dans l’exercice de leurs fonctions.

Pourtant, c’est ce rôle éclaireur et cette opposition avisée qui allaient secouer le système inique et médiocre établi pour assurer un rééquilibrage au sein de la société. L’esprit critique, le sens de créativité et de l’innovation, l’attitude non conformiste et anti conservatrice devraient être les boussoles de ceux qui participent à la formation des générations futures. Les acteurs de l’Université ont la noble mission de se positionner en amont des politiques publiques en élaborant des instruments de la bonne gouvernance et en défendant à tout bout de champ les projets de respect des lois et des institutions qui consacrent le fondement rationnel et démocratique de toute société moderne.

C’est ainsi que cela se passe dans les sociétés modernes. Stiglitz met toujours des fourmis dans les jambes des dirigeants de la Maison-Blanche afin que ceux-ci mènent la barque avec science et conscience. Les critiques les plus acerbes et qui captent le plus l’attention des acteurs économiques et politiques émanent de l’Université.

Aucune Université digne de ce nom ne fonctionne en vase clos. Aucune Université digne de ce nom ne fonctionne sans de bons instituts de recherche qui doivent soulever les problèmes sectoriels et proposer des pistes de solutions. Aucune université digne de ce nom ne peut être ignorée par les pouvoirs de l’État dans les prises de décisions stratégiques qui engagent le pays. Aucune Université digne de ce nom ne peut ne pas s’impliquer activement dans les grands projets publics (la conception des plans stratégiques, l’élaboration des documents stratégiques du pays tels que les constitutions, les textes de loi, la participation active à l’organisation des élections …).

Pour assurer l’avenir d’une société, c’est l’Université qui donne le ton. En raison de son statut honorifique et des demandes de recherches et d’innovation émanées des institutions et des entreprises, les meilleures têtes des sociétés modernes se trouvent fort souvent mobiliser au sein de l’université. L’université doit inlassablement jouer un rôle de vigie pour assurer la bonne marche des structures et des superstructures de la société.

L’accès à l’université n’aurait pas dû être une affaire de jungle

Pure formalité pour les élèves ayant bouclé le Cegep, le High School, plus généralement le niveau secondaire ; dans les sociétés avisées, l’accès à l’université est une banale option toujours à la portée du finissant du cycle classique. Laquelle option peut s’exercer librement en raison de la gratuité de la formation ou de l’accès à des programmes de prêts et bourses mis à la disposition des jeunes. Politique publique inclusive, sens de responsabilité sociale et pratique de bonne gouvernance obligent ; les dirigeants responsables ne sauraient laisser l’avenir et le devenir des enfants, des jeunes et des citoyens entre les mains de la providence.

Toute société inapte à cerner et combler les besoins fondamentaux de formation et d’apprentissage pour accroître son capital humain et se rendre compétitive est appelée à nager dans la médiocrité, la pauvreté, la frustration et l’exclusion sociale. Ce sont les résultats que nous récoltons actuellement en Haïti à cause de la petitesse et la myopie de ces dirigeants politiques qui semblent venir de Mars ou de Jupiter.

Moins que 3 000 sièges disponibles pour une demande de plus de 44 000 ; gagner une place au sein des onze entités de l’UEH se livre pour l’élève fraîchement issu du système classique comme un combat de gladiateurs déclaré dans une arène académique épouvantable.

Lorsqu’on sait qu’un campus universitaire ne coûte pas un monstre fortune pour l’État, on comprend que le délabrement d’une certaine université d’État avec des entités dépourvues de l’essentiel et éparpillées dans de restreintes surfaces éparses de la Capitale, participe d’un complexe d’auto flagellation d’un État qui a failli à sa noble mission de renforcer ses structures académiques et sociales, consolider et renouveler les ressources vitales du pays.

La précarité des infrastructures, des structures et des superstructures dévolues à la pensée critique, la réflexion et la recherche au niveau tertiaire dépeint le désintérêt, voire une absence criante de l’Etat et des organismes internationaux dans la formation des cerveaux haïtiens.

En plus que l’offre quantitative ne répond pas à cette demande vertigineuse, la qualité de la formation offerte à l’université haïtienne est inadaptée et ne permet non plus de satisfaire les exigences du marché et de la recherche scientifique au standard international. Très peu d’incitations sont lancées aux cadres de l’université, notamment les professeurs, même ceux désignés à plein temps, pour s’accrocher et se mettre véritablement au service de la formation du capital humain du pays. Les professeurs s’érigent plutôt comme des passagers clandestins, des vendeurs de cours, sans vision, sans esprit d’appartenance, sans motivation pour encadrer les étudiants dans leurs thèses et pour alimenter les réflexions dynamiques et les recherches scientifiques.

L’UEH accueille la crème de la crème, mais la transforme en des produits avariés

En raison de l’inefficience et de l’inefficacité de l’UEH qui n’encourage pas la culture de l’excellence et de la compétitivité, puisque caractérisée par des programmes minables, mal conçus pour la plupart, des cours non harmonisés, sans syllabus, sans bibliographie, des cours d’Informatique sans ordinateurs, des cours assurés dans certains cas par des professeurs non qualifiés, cette Crème de la Crème risque de se transformer en produits moribonds et avariés. Les rares têtes qui tiennent allumé le flambeau de l’excellence prennent des reculs par rapport à un système précaire qui les instruit au rabais.

Les entités de l’UEH n’inspirent pas confiance à la société. Les signaux envoyés par les différents acteurs et entités de l’UEH sont pour le moins désolants. En 2014, des étudiants avaient pris en otage l’espace administratif principal de l’UEH pendant plus de 5 mois ; ce qui a résulté en d’importants déficits d’images, des pertes de coopérations et de bourses d’études. En 2013, quatre (4) étudiants s’étaient comportés en des cowboys et avaient bloqué les activités académiques à l’Institut pendant au moins une session. La faculté d’Ethnologie et la Faculté des Sciences Humaines sont passées expertes dans de pareils scénarios émaillés d’une absence de leadership criante. Les étudiants ne sont pas à leur place au Conseil de l’UEH ; les professeurs les manipulent et les corrompent en contrepartie de votes au conseil ; les querelles sont animées entre professeurs et doyens. Voilà le menu que réserve le plus souvent l’UEH aux parents qui ont consenti des sacrifices énormes pour risquer la vie de leurs progénitures en les envoyant à la quête du pain de l’instruction formation à l’Université d’État d’Haïti.

Je dispensais des cours tant à l’Université d’État que dans le privé. Cela m’arrachait tout le temps le cœur de constater que je ne puisse offrir malgré moi le meilleur service à l’alma mater, à cause des crises et des confusions à répétitions provoquées par des sadiques et des masochistes qui obstruent l’oxygène nécessaire au poumon du système. Quand je devais me déplacer pour mon cours à l’Inaghei, il me fallait souvent communiquer avec un représentant de l’Institut pour prendre le pouls de la situation de stabilité/d'instabilité qui y règne. À plusieurs reprises, j’ai été averti de ne pas y mettre les pieds ou de ne pas stationner ma voiture dans les parages, car les étudiants seront à l’œuvre, brulant des pneus, casser des vitres, voire incendier des voitures publiques et privées. Vous êtes en salle de classe, vous êtes obligé de rester vigilant pour vous jeter au moindre signal. Mascarade ! On ne saurait offrir un savoir de qualité dans des contextes aussi délétères.

Le suivi et l’évaluation des cours dispensés aux entités de l’UEH ne sont pas assurés selon les règles de l’art. En plus du climat de tensions itératives générées par les bénéficiaires eux-mêmes qui s’érigent en masochistes boycottant ainsi la bonne marche des sessions de cours, on compte des professeurs animés de mauvaise foi qui se confortent à n’offrir que le tiers ou la moitié du nombre d’heures dévolues à un cours. Résultats : étudiants finissants et professionnels médiocres dépourvus de la capacité de saisir les nouvelles opportunités d’emplois sur le marché du travail ou les bourses d’études offertes par les coopérations internationales.

Plaidoirie pour des bourses d’excellence au bénéfice des lauréats du baccalauréat

Accorder l’admission d’office à la crème de la crème issue des concours du baccalauréat au sein de cette université en mode trébuchant, sans curricula adaptés à la réalité actuelle, sans vision et sans un cadre d’apprentissage incitatif, c’est offrir deux heures de travail par jour à des employés compétitifs, bourrés d’énergie physique et intellectuelle. C’est gaspiller des talents, des génies, des scientifiques et des sommités en hibernation.

Les 25 lauréats du baccalauréat seront admis directement à l’Université d’État d’Haïti, c'est une très mauvaise nouvelle. Un recteur et un ministre posant pour une photographie show off exhibant leur présence minable après un long silence sépulcral depuis des lustres, est une posture additionnelle pour alimenter de vaines impostures.

Aujourd’hui, le monde est un village habité par 7.7 milliards de voisins. Les programmes de coopération dans les bourses d’études pullulent dans les ambassades, les organisations internationales et les fondations philanthropiques.

Le Canada dispose d’une palanquée de programmes de bourse d’excellence au profit des pays partenaires, dont Haïti. Les États-Unis renforcent et consolident ses relations culturelles avec Haïti à travers des financements de la formation des jeunes haïtiens, notamment par le truchement du programme Fulbright. Le Cuba accordait une kyrielle de bourses à Haïti dans de nombreux domaines, notamment la Médecine. Le Vietnam, le Taiwan, la Belgique, le Mexique, la France et l’Espagne tissent des coopérations culturelles solides avec Haïti en facilitant des dizaines et des centaines de jeunes à fouler le sol de leurs meilleures universités. Les fondations philanthropiques, dont la fondation Bill & Melinda Gates, la fondation Sorros, la fondation MasterCard, l’OEA, la BID et la Banque Mondiale accordent de nombreuses bourses d’études aux jeunes du monde entier. Haïti en a déjà bénéficié énormément avec une multitude de compatriotes qui ont décroché leurs licences, maitrises et doctorats dans les universités les mieux cotées de la planète.

La Primature disposait et devrait disposer à date des moyens énormes pour encadrer la culture de l’excellence au pays. Dans le temps, lorsque le goût de l’esthétique remplissait les salives des dirigeants haïtiens, les compétitions de beauté de l’esprit couraient les rues, les universités et les écoles. L’ancien gouverneur Lesly Delatour avait instauré à la Banque de la République d’Haïti un programme d’excellence qui incitait à des ambiances de saines compétitions au sein des facultés de l’UEH et de certains instituts privés de formation supérieure. Les lauréats de l’université d’État d’Haïti et de quelques instituts d’Études supérieures du secteur privé recevaient des invitations de la Banque centrale pour se préparer pendant un an à l’IFBC (Institut de la Formation de la Banque Centrale) avant de se rendre dans les meilleures universités de l’Amérique du Nord et de l’Europe pour décrocher leurs maitrises suivant un contrat gagnant gagnant à parapher avec la Banque qui devait accueillir ces cadres bien formés, au retour de leur formation. Les funérailles de ce projet louable ont été chantées depuis 2001. Ce n’est surtout pas sous ce régime « Ti Rès » de la médiocratie de la pire espèce qu’il va être ressuscité.

Ce poster minable entre un recteur et un ministre de l’éducation est juste une imposture

Les opportunités de formation aux meilleures universités de la planète ne manquent pas. Le pays souffre surtout de la maladie de la vision d’un ensemble d’acteurs de courte vue qui ne puissent s’asseoir avec des institutions étrangères pour présenter des projets porteurs au profit de la jeunesse.

Un recteur et un ministre confortables dans des promesses minables d’admission d’office à l’UEH, mais qui ne puissent solliciter des rencontres avec des ambassades, des organisations internationales et l’État haïtien pour leur présenter des initiatives incitatives à la culture de l’excellence et de la beauté de l’esprit, sont tout bonnement inélégants.

Qu’est-ce qui empêcherait à une dizaine de coopérations d’investir quelques centaines de milliers de dollars au profit des jeunes pour expérimenter l’aventure jouissive de se perfectionner dans les meilleures universités étrangères, sinon la minabilité de ces chefs incapables de persuasion et de dialectique quand il faut défendre des projets d’intérêt collectif.

J’ai vu un jeune ambassadeur qui donne le ton en renforçant des coopérations avec l’Espagne, facilitant des programmes d’échange entre l’université en Haïti et des universités de l’Espagne. Le recteur et le ministre ne peuvent en tirer aucune leçon.

Vous voulez créer des incitations, alors faites des plaidoiries auprès des ministères pour qu’ils cessent de gaspiller les maigres ressources de la nation dans des projets bidon. Faites des plaidoiries auprès des organisations internationales, des ambassades et des universités étrangères pour qu’elles acceptent de financer les études des lauréats au niveau des meilleures écoles.

À l’heure qu’il est, l’UEH n’est surtout pas le cadre approprié pour recevoir des étudiants qui rêvent de pousser plus loin et plus haut leurs motivations à travers des efforts conséquents pour décrocher des palmes.

L’UEH est surtout réputée dans son expertise à transformer la crème de la crème en des produits moribonds. Les lauréats seront admis où ça : À l’Inaghei, à la FDSE, à la faculté d’Odontologie, à l’Ethnologie, à la Faculté des Sciences Humaines ? Que vont-ils devenir à la fin de leurs cycles d’études dans ces enceintes bourrées d’oranges gâtées ? Quelle est la valeur ajoutée de cette piètre résolution pour ces 25 jeunes qui ont chiadé pour se positionner dans des places si envieuses dans une compétition mettant aux prises plus d’une centaine de candidats ?

Haïti mérite une nouvelle UEH où les professeurs en sont fiers. Une UEH avec des laboratoires adaptés, un personnel qualifié, des bibliothèques équipées, des cursus standardisés où les étudiants sont fiers et conscients que leurs rôles consistent à s’asseoir et se former pour devenir de meilleures personnes pour leurs familles et pour la société. Nous rêvons d’une UEH avec des recteurs, doyens et vice-doyens pourvus de culot et de capacités de s’impliquer convenablement dans les affaires de l’État. Construisons une UEH où les recteurs, vice-recteurs et doyens sont capables de défendre des coopérations avec des ambassades, des fondations et des organisations internationales pour accueillir des centaines de jeunes, notamment les lauréats, pour fouler les sols des meilleures universités du monde.

Après leurs montres efforts pour vaincre le blackout, l’insécurité, la médiocrité, tenir leurs livres ouverts pour renoncer aux programmes Ti Rat, Ti Sourit, Ti-Mamoun et Plat-Atè , ce ne sont pas des sièges bourrés de médiocrité que les lauréats nationaux auraient méritée. Non ! Le jeu n’en vaut pas la chandelle. Par cette décision, vous n’encouragez guère l’effort et la culture de l’excellence.

Des coopérations internationales sont à notre disposition. Envoyons ces lauréats aux meilleures universités de la planète pour qu’ils véhiculent des images exquises dont Haïti sera fière et qu’ils retournent au pays pour contribuer à son développement économique et social.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com




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