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7 février 1986-7 février 2020 : une interminable transition de duperies, de rêve galvaudé et d’échec démocratique

7 février 1986-7 février 2020 : une interminable transition de duperies, de rêve galvaudé et d’échec démocratique



Apparemment, tout allait bien pour le gouvernement de Jean Claude Duvalier, quand, dans la ville des Gonaïves, Cité de l’Indépendance, a commencé une opposition contre le régime. Effectivement, quelques mois de cela, lors d’une manifestation dans cette ville (département de l’Artibonite), le peuple, dans leur revendication sociopolitique, rendait le gouvernement d’alors, responsable de leurs situations de misère. Tout en tenant compte de la situation et des conséquences que cela pourrait en avoir sur les autres régions du pays, le pouvoir dictatorial de Port-au-Prince, pour pallier ce mouvement de soulèvement, le ministre Alix Cinéas a été dépêché sur les lieux. Ironie du sort, c’est aussi dans cette ville que dix-huit mois plus tard, qu’a commencé, avec la mort de Daniel Israël, Mackenson Michel et Jean Robert Cius, trois jeunes écoliers des Gonaïves, les mouvements de protestations qui devaient emporter le régime vers l’exile.

Évidemment, avec des manifestations dans presque tous les départements, spécialement les grandes villes du pays, les derniers jours de janvier annonçaient déjà les couleurs contre un pouvoir dictatorial vieux de presque trente ans. En fait, Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, où à l’époque se trouvaient toutes les grandes forces militaires et répressives du gouvernement, était encore passive et, suivait jusqu’alors, l’évolution de la crise réclamant le départ de Jean-Claude Duvalier.

Par contre, comme dans les villes de province, les écoles et les universités étaient aussi fermées à Port-au-Prince. Cependant, avec la manifestation du 30 janvier 1986, la ville de Port-au-Prince, qui jusqu’à date était calme, s’est rapidement alignée au côté d’autres villes qui réclamaient le départ de Jean Claude Duvalier du pouvoir. Le faux départ du dictateur le 31 janvier allait conduire à une semaine d’état siège. Tout en analysant les raisons de cet état siège, certains analystes et experts dans la crise politique haïtienne pensaient que c’était juste une question pour la communauté internationale de trouver une terre d’asile pour le président à vie.

Dans l’intervalle, comme des rumeurs couraient sur le départ de Jean-Claude Duvalier, donc durant les nuits du 5 et 6 février, la population était impatiente en termes de quoi demain sera fait. Avec la fermeture des stations de radios qui étaient jugées, par le gouvernement, trop exagérées dans la diffusion des nouvelles locales, donc les jeunes en particulier et la population en générale, en quête d’information ont essayé et certaines fois très tard, d’être branché sur des émissions des « short wave » des radios étrangères venant des pays proches, pour avoir des nouvelles concernant le dénouement de la crise dans le pays. Comme on n’était pas à l’ère de la technologie, où grâce à des réseaux sociaux les nouvelles pourraient aller loin et vite, donc à l’époque, mis à part des rumeurs venant des personnages proches du pouvoir ou d’une certaine classe de l’élite haïtienne, les infos étaient rares et même trop rares au grand public. Ce qui fait, à partir des informations recueillies dans leurs pays de résidence, certains Haïtiens, surtout les opposants (appelé Kamoken) du pouvoir politique de Port-au-Prince, dans certaines communautés en diaspora qui, de près, surveillaient l’évolution de la situation, ont dans bien des occasions, appelés leurs alliés et amis pour, d’une façon coré, les informer sur les toutes dernières nouvelles de la crise haïtienne. Donc à partir des informations qui circulaient, le pays était en alerte. Ainsi, pendant des jours et des heures, au fur et à mesure que le suspens se faisait attendre, il n’était plus une question est-ce qu’il partira, mais plutôt une affaire de temps, à savoir quand est-ce il laissera le pouvoir.

Entre-temps, toutes les activités étaient au point mort. Mis à part les écoles et les universités qui étaient fermées depuis des semaines, avec l’état siège qui était décrété depuis des jours par le régime dictatorial, la vie nocturne avait complètement paralysé. Donc très tôt dans l’après-midi, par peur d’être victimes de représailles des tortionnaires du régime, les gens étaient déjà soit à la maison ou dans leur quartier. On ne prend pas de chance. Bien entendu, dans toute circonstance, il-y-a toujours des inconvénients qui bien des fois forcent les gens à violer certains principes ou des imprudents qui, quand il s’agit de leurs routines de fonctionnement ou de folies au quotidien, ne soucient de rien peu importe le risque à courir. Bref, dans l’ensemble, la semaine d’état siège était très inquiétante, mais surtout la nuit du jeudi 6 février fut la plus longue. Pendant les dernières heures, soient qu’elles viennent des membres proches du pouvoir ou des Haïtiens de la diaspora, des rumeurs de toutes sortes circulaient à Port-au-Prince. Quant à certaines presses de l’international, ne voulaient pas répéter les mêmes expériences du 31 janvier ou le faux départ du dictateur était annoncé, alors qu’il était encore au pouvoir au Palais national, donc, elles étaient très prudentes. De ce fait, elles préféraient attendre. N’empêche, dans certaines chambres d’hôtel du pays, les reporters internationaux en quête des toutes dernières nouvelles attendaient impatiemment. Par mesure de précautions, des parents et amis encourageaient leurs siens, particulièrement les plus imprudents, de ne pas prendre des risques, en un mot, le consigne était de rester chez soi. Pour ceux qui ont de l’expérience dans les dénouements de crise politique en Haïti, ils sentaient déjà que quelque chose allait arriver.

Le départ de Duvalier le 7 février 1986

Ainsi, pendant que certains dormaient, d’autres étaient sur leurs pieds de guerre attendaient les toutes dernières nouvelles. Finalement l’annonce est faite. Après avoir dirigé le pays pendant presque trente ans, la famille Duvalier est partie. Ne voulait pas affronter la colère du peuple, président Duvalier a choisi de quitter le pays au beau milieu de la nuit. ‘’Il était 2 h 45 quand le président, accompagné de sa famille et des proches collaborateurs, dans un C-141 de l’armée américaine partait pour l’exil. Et au moment de son départ, le dictateur a prononcé son dernier discours : « Désirant entrer dans l’histoire la tête haute, la conscience tranquille, j’ai choisi de passer le destin de la nation, le pouvoir aux Forces armées d’Haïti en souhaitant que cette décision débouche sur une issue pacifique et rapide à la crise actuelle. »

Avec ce discours dans la matinée du vendredi 7 février 1986, ainsi prendrait fin vingt-neuf années de dictature des Duvalier père et fils. Aussi s’annonce l’espoir pour une nouvelle Haïti pleine de promesses, mais surtout des changements socio-économiques pour les classes défavorisées. À Port-au-Prince comme dans les villes de province, tôt dans la matinée, une foule en délire avec des branches d’arbres errait dans les rues pour exprimer leur contentement. Jeunes de tout âge, vieux, hommes et femmes de toutes les classes sociales confondues exprimaient leurs joies et satisfactions. Sans tenir compte de leurs différences sociales, ils entrelaçaient l’un à l’autre. On pouvait lire sur presque tous les murs : Vive Haïti libérée, deuxième indépendance !

Avec ce départ, il y eut donc une absence de leadership et le besoin de le combler fut pressant. Dès l’aube, ce vide politique fut, à partir d’un accord entre l’oligarchie locale, l’armée et la communauté internationale, particulièrement les États-Unis, remplacé par un gouvernement civilo-militaire appelé Conseil National de gouvernement (CNG). Il était composé de quatre militaires et deux civils, respectivement le Lieutenant Général Henri Namphy, président, et les Colonels, Williams Régala, Max Valles, Prospère Avril, Alix Cinéas et Gérard Gourgue étaient des conseillers. Le Conseil national de gouvernement avec un mandat de deux ans avait pour mission de stabiliser le pays, de plus de le doter d’une nouvelle constitution et d’organiser des élections libres, honnêtes et démocratiques pour enfin passer le pouvoir à un gouvernement civil le 7 février 1988.

Discours et actions du CNG

Aux premières heures de leur investiture, le discours de ce Conseil national de gouvernement (CNG) se voulait être un discours d’apaisement. D’un accent bégayé, le général lit ce qui suit : ‘’L’Armée ne nourrit aucune ambition politique et demeure au service des intérêts supérieurs de la Patrie’’.

Cependant, le discours du général n’avait pas pour autant apaisé tout le monde, particulièrement une partie de la population qui était en colère les macoutes..

Ce qui explique, pendant qu’une foule aux Champs de Mars et ailleurs célébrait le départ du dictateur, d’autres étaient, par exemple, au cimetière de Port-au-Prince pour attaquer les tombeaux de François Duvalier dit Papa Doc et de l’ancien général de l’armée, Jacques Gracia. Plusieurs auteurs et journalistes qui commentaient sur les évènements qui ont eu lieu ce vendredi 7 février 1986 étaient unanimes á reconnaître que la journée était d’une part, pleine de réjouissance et d’autre part, de violences accrues, de chasse et de pillages de certaines personnes soupçonnées d’être des macoutes ou de connivence avec le régime déchu.

Jusqu’avant les événements politiques de fin 1985 et du début 1986, internationalement, on a toujours vu Haïti comme un pays politiquement stable ou le citoyen haïtien est toujours présenté, en dépit de leurs états d’extrême pauvreté et de misère, comme un peuple docile et hospitalier. Mais la journée du 7 février 1986 a permis de se faire une autre idée sur ce peuple. D’une part, manipuler par des leaders au discours violent, et d’autre part, animé de l’idée de vengeance contre les macoutes qui pendant vingt-neuf ans faisaient non seulement de sales besognes pour les dictateurs, mais aussi des abus personnels sur la population, des jeunes aussi bien des adultes avec leurs actions empruntées de violence présentaient des images horribles au monde extérieur. Avec des pneus usagés, communément appelés « père Lebrun », les macoutes sont arrosés avec de la gazoline pour être brulés vifs.

Dans des stations de radio, les Églises catholiques et protestantes à travers des prêtres et pasteurs modérés aussi bien que des leaders de droits humains ont appelé le peuple au calme et à la pondération. De même, le chef du gouvernement de transition avait demandé au peuple de garder le calme. Comme cette violence continuait pendant toute la journée du 7 février, donc dans l’après — midi, un couvre-feu fut établi sur tout le territoire ou l’Armée et les agents de police essaient de patrouiller la ville de Port-au-Prince.

Comme, dans le cadre de protection des vies et des biens, les forces de l’ordre ne pouvaient pas, en même temps, intervenir dans tous les coins du pays, ainsi on a eu, nationalement, des dérapages. Le bilan était lourd en termes de pertes de vies humaines, biens et immeubles des membres du régime déchu. Certaines maisons aussi bien que des magasins soupçonnés d’appartenir à des macoutes et barons du régime furent saccagés et pillés. Il faut toutefois mentionner que certains macoutes qui probablement étaient zélés ailleurs, mais bons enfants dans leurs quartiers étaient épargnés par des voisins ou des jeunes dans leurs zones de résidences ou de fréquentations. Entre-temps, le peuple, dans le cadre de leurs expressions de réjouissances, n’écrivait pas seulement sur les murs des slogans de : Haïti libérée ou deuxième indépendance, on pouvait aussi lire des slogans comme : Abas les macoutes, Abas Jean-Claude et sa femme, Michèle.

Haïti après le 7 février 1986

Le départ le 7 février 1986 du régime des Duvalier a laissé un bilan négatif. Le bilan était lourd pour vingt-neuf années de régime. C’était un pays complètement en retard par rapport aux autres pays du continent, spécialement la République dominicaine dont Haïti partage la frontière. Mis à part des deux routes nationales 1 et 2, l’accès aux localités reculées du pays restait à désirer. L’Haïti de l’après-Jean-Claude était encore au stade archaïque. Il n’y avait pas assez d’hôpitaux, d’écoles primaires et secondaires pour les enfants, centres professionnels et universités pour les jeunes. Les paysans dans les grandes villes comme dans les provinces reculées étaient abandonnés à eux-mêmes. L’état des routes et des maisonnettes dans certaines localités aussi bien que le style de vie des habitants étaient encore comme à l’époque de la guerre de l’Indépendance.

Face à ce constat, le gouvernement de transition avait du pain sur la planche. Mais, était-il en mesure de combler le fossé de presque deux cents ans d’inégalité entre ceux-là qui possèdent toutes les richesses du pays et ceux qui n’ont absolument rien. Le général, avait-il la possibilité, la vision, l’expérience et la bonne volonté pour répondre aux attentes du peuple haïtien qui avait tant souffert surtout des vingt-neuf dernières années de dictature des Duvalier ? Était-il en mesure de se conduire en vrai chef capable de prendre les bonnes décisions pour le pays ou une marionnette facile d’être influencé et intimidé par l’oligarchie haïtienne et leurs alliés de la communauté internationale ?

Bref, immédiatement après le départ de Duvalier, le Conseil national de gouvernement avait pris deux grandes mesures comme : le retour du drapeau bleu et rouge le 17 février 1986 et la dissolution du corps de Volontaire de la Sécurité nationale (VSN) crée par le docteur François Duvalier.

Si ce maquillage politique permettait à certains d’espérer à un changement de situations pour les gens dans les quartiers populaires et le pays en général, par contre, les plus prudents n’avaient pas fait confiance à ces militaires au pouvoir. Quand on sait ils sont tous des cadets qui ont non seulement suivis des formations aux États-Unis, mais qui ont aussi fait carrière durant la dynastie des Duvalier, donc espérer de quelques choses positives pour le pays par des militaires qui ont des affinités avec le statu quo local et international, serait de la naïveté. Quant aux optimistes qui rêvaient d’un lendemain meilleur pour les classes défavorisées en particulier, et le pays en général, par les gestes de dissoute le Corps des VSN et le retour des couleurs du drapeau qui était noir et rouge en bleu et rouge, suivis de belles promesses et discours du général, ils pensaient que le régime militaire de transition allait converger toutes les forces vives, internes et externes de la nation vers un consensus de changement.

Mais, après le slogan de ‘’banboch demokratik’’ du président du Conseil national de gouvernement, les mois précédant le discours du matin du 7 février 1986, avec la tuerie des manifestants le 26 avril 1986 par-devant la prison de Fort Dimanche, de juillet 1987 contre des manifestants qui protestent contre des décrets de lois électorales jusqu’aux élections avortées du dimanche 29 novembre 1987, le pays était très mouvementé.

Effectivement, Haïti avait connu des bouleversements de rues, protestations, persécutions, arrestations et assassinats des leaders communautaires, des associations des travailleurs, des organisations d’étudiants aussi bien que des leaders politiques en plein jour. Parmi ces assassinats qui ont porté la marque fabrique des militaires, celui de l’avocat et ancien militaire Yves Volel en octobre 1987 au grand jour par-devant le Grand Quartier Général de la Police de Port-au-Prine, est un cas classique d’un régime sanguinaire macoute.

Mais le régime militaire avait d’autres plans beaucoup plus macabres dans leur arsenal. Puisque, avec la complicité des nostalgiques duvaliéristes et des militaires en civil à bord des voitures pick-up, cagoulés, munis de leurs armes automatiques, machettes, ils blessaient et tuaient les votants dans les bureaux de votes pour une fois de plus, endeuillé, ensanglanté la famille haïtienne. Ainsi se matérialisait ce que, dans les premiers jours du gouvernement de transition, redoutaient certains analystes et critiques : le refus pour le duvaliérisme sanguinaire d’accepter la marche évolutive de l’histoire.

Le massacre des électeurs à la Ruelle Vaillant le 29 novembre 1987

L’armée, dans sa politique traditionnelle comme elle l’avait fait en 1957 pour le docteur François Duvalier, voulait, en novembre 1987, effectivement organiser des élections orientées, dirigées pour un groupe de candidats. Mais l’hypocrisie et la mesquinerie du jeu de double langage de certains leaders de la classe politique à pouvoir participer aux élections avaient dans une certaine mesure désamorcé l’atmosphère électorale et du même coup facilité l’armée dans leur jeu macabre. Au lendemain même du 7 février, certains leaders de la classe politique haïtienne ont toujours été indécis en termes de leur participation effective dans un processus de pouvoir démocratique. Avec des discours révolutionnaires et de changement des conditions de masses, bon nombre de leaders politiques n’étaient toujours pas d’accord comment accéder au pouvoir. Dans leurs prises de position toujours codées et empruntées du double langage et de marronnage, il y avait certains qui préconisaient la prise du pouvoir par la force et d’autres qui voulaient le prendre par la légalité, mais avec la faveur bien entendu de l’armée et de la communauté internationale.

Ce qui fait, en dépit des signaux indicateurs depuis des mois que l’armée n’était pas déterminée à prendre le chemin de la démocratie et le progrès dont réclamait le peuple après le départ de Duvalier, quoique divisé sur comment et par quel moyen ils peuvent le faire, certains leaders du secteur dit démocratique avaient opté d’accompagner les masses populaires dans la lutte pour le changement d’un état de droit dans le pays. Avec une nouvelle constitution et une d’institution pour organiser des élections, surtout après plusieurs tentatives pour forcer le régime militaire à partir, donc vers la fin de l’année 1987, il y avait une fièvre électorale. Mais les secteurs nostalgiques du duvaliérisme, avaient vite, une fois, qu’ils s’étaient vus écartés du processus électoral, recouraient à la violence pour pouvoir empêcher le bon déroulement et fonctionnement du scrutin démocratique.

Le souvenir du massacre de la Ruelle Vaillant lors des élections générales a pratiquement inauguré l’ère des massacres sur le peuple haïtien pour étouffer ses aspirations populaires à un vrai chambardement du statu quo tout au long de cette période interminable de “transition démocratique”.

Après ce jour macabre, les militaires, avec un conseil électoral domestiqué, avaient pu organiser les élections du 17 janvier 1988. Au cours desquelles étaient sorti un président, des députés et sénateurs pour diriger l’Haïti post Duvalier. Après les élections avortées du 29 novembre 1987 et la mascarade électorale de janvier 1988, le gouvernement de transition, spécialement le général avait, comme les militaires qui avaient organisé les élections de 1957, fait le choix de rentrer dans l’histoire comme tant d’autres gouvernements militaires ou civils qui avait raté la chance de conduire le pays vers la démocratie. Le général qui était chouchouté par toute la population au moment de prendre la parole tôt dans la matinée du 7 février 1986 comme président du Conseil national de gouvernement pouvait, deux ans après, faire toute une différence en Haïti.

Trente-quatre ans après le 7 février 1986

Du massacre de la Ruelle Vaillant le 29 novembre 1987, du rêve assassiné des élections du 16 décembre 1990 avec le coup de force des militaires le 30 septembre 1991, suivi des élections frauduleuses post tremblement de terre du 12 janvier 2010, trente-quatre ans après le départ de Jean-Claude Duvalier, Haïti continue de faire face aux crises institutionnelles et structurelles de toutes sortes. Tous les efforts du peuple haïtien de 1986 à 2020 consentis dans le cadre du processus démocratique sont sapés par des hommes politiques et alliés locaux et internationaux.

Les dirigeants de l’après 1986 ont tous, piteusement, échoués. Ils le sont du fait qu’ils sont non seulement des marionnettes dans les mains de l’oligarchie locale et internationale, mais aussi, du fait qu’ils sont incapables de comprendre que le soulèvement qui a conduit au départ de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986 était beaucoup plus profond qu’un simple changement de gouvernement. Dans leurs revendications, les masses défavorisées étaient et continuent d’être dans les rues pour réclamer d’un leader moderne, avec de grandes visions d’un nouveau contrat social. En un mot, le peuple se voulait d’un leader capable, à travers de l’idéal dessalinien, de comprendre leurs aspirations politiques, économiques et sociales.

Comme plus que cela change avec la léthanie des élections frauduleuses des législatives et présidentielles des dernières années plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée, donc le futur d’Haïti est incertain.

Puisque, avec des dirigeants, immoraux, arrogants, inexpérimentés et incompétents, de plus, qui se sont supportés dans toutes ses malversations par l’oligarchie locale et l’international, le pays se meurt.

C’est dans ce contexte que, dans son texte titré une révolution pour Haïti, publié dans les colonnes Journal de Montréal, Loïc Tasse opine que : rarement un pays a été gouverné par une brochette de bandits et d’incompétents... Tant que les élites actuelles resteront au pouvoir, rien ne changera. Elles continueront à s’empiffrer, entre autres grâce à l’argent qui arrive généreusement de l’étranger...

Quand Haïti n’est pas présenté comme un état en faillite, certaines fois, l’international a tendance à la présenter comme étant le pays le plus pauvre de l’hémisphère. Quoique certains vous diront à priori que cette même communauté internationale qui ne rate jamais une occasion pour critiquer Haïti a aussi sa part de responsabilité dans le sabotage du processus de transition et de démocratie, ou de plus, le pays n’est pas pauvre, mais de préférence, il est appauvri par des sois-disant faux amis de l’extérieur. État en faillite, pauvre ou appauvrir, il suffit à quelqu’un d’effectuer une courte visite en Haïti pour se rendre compte de la situation de misère dans laquelle vit le peuple haïtien. Structurel et conjoncturellement, Haïti en elle-même est très problématique. Quoi qu’il en soit ou les raisons évoquées pour expliquer cette pauvreté, il est une évidence que Haïti est aujourd’hui très pauvre.

Comme plus que cela change avec la léthanie des élections frauduleuses des législatives et présidentielles des dernières années, plus les choses sont restées les mêmes pour la classe défavorisée, donc le futur d’Haïti est incertain.

Haïti est un État failli ?

Sous le titre : Les États-Unis ont-ils un rôle dans le naufrage d’Haïti, l’auteur écrit qu’« Il n’existe pratiquement aucune institution viable en Haïti et l’État n’est qu’une fiction. Le système éducatif totalement démantelé n’arrive pas à fournir les compétences nécessaires pour surmonter ce drame alors que plus de 80 % des diplômés haïtiens vivent à l’étranger ».

Quant à la jeunesse — statistiquement majoritaire, elle est aux abois. « Sans repères, elle est gagnée par la dépravation, la corruption et la prostitution. Pour elle, aucune lueur n’est encore visible au bout du tunnel. Et ça va durer encore longtemps. Gobée par l’acculturation et arrimée aux dérives d’un ordre économique mondial délétère (consumérisme, acculturation, distraction par les médias, etc.), elle se révèle incapable de cerner le fond du problème afin de saisir les véritables enjeux. »

À chaque fois qu’il veut faire mention aux décennies négatives des expériences démocratiques post Duvalier en Haïti, Pierre Raymond Dumas, journaliste et ancien ministre de la Culture, parle toujours de transition démocratique continue ou une transition qui n’en finit pas. Est-ce la transition continue qui fait d’Haïti un État failli ou son état de défaillance qui permet à cette transition de n’en plus finie ?

De toute évidence, la transition haïtienne a trop duré. La population est fatiguée. Le pays est complètement en retard par rapport aux grands défis du développement. Mais comme Delcamp aurait pu dire : ‘’Il n’existerait donc pas de recette magique, mais davantage une nécessité de gérer de manière satisfaisante et habile un ensemble de problèmes théoriques et pratiques inhérents à la réalité qui est propre à chaque histoire et donc à chaque pays’’. Tout en tenant compte de la réalité culturelle du pays et des exigences de l’heure, la réussite d’une transition démocratique en Haïti, devait être le résultat d’une combinaison de respect et de mise en œuvre de grands principes et normes démocratiques.

Le Chili et les Philippines, eux aussi, ont fait de longues expériences dictatoriales. Mais sans grandes difficultés, contrairement à Haïti, ils ont réussi leurs transitions démocratiques, alors qu’ils avaient commencé leur processus presque à la même époque qu’Haïti. Comment se fait-il que, jusqu’à présent, Haïti continue sa longue et difficile traversée vers un État moderne ? Non seulement les mauvaises expériences de la transition démocratique durent depuis trente-quatre ans, mais encore ‘’la plus grande confusion perdure et les problèmes d’Haïti deviennent plus complexes et plus difficiles que lors du départ de Jean Claude Duvalier’’.

Il ya longtemps, avec des armes et minutions achetées de l’argent des contribuables que la mort s’éternise dans les quartiers populaires. L’union fait la force continue d’être la devise d’un pays déchiré en plusieurs petits morceaux entre ceux-là qui ont tout pris et ceux qui n’en trouvent rien. Entre-temps, les attachés sont plus attachés au pouvoir et à l’argent facile pour perpétuer dans la plus grande tranquillité les crimes d’État. Avec des armes distribuées à des jeunes dans les quartiers populaires, les anciens membres du FRAPH continuent de frapper plus fort dans les quartiers populaires. Ils continuent à tuer les pauvres dans les quartiers populaires pour leur faire payer leur insolence d’avoir cru ou de continuer de croire à un changement démocratique dans ce pays. Quant aux faux amis de l’international, par leur ingérence dans les affaires internes du pays, ils continuent soit par le biais du chef de la diplomatie américaine ou la Nonciature apostolique à faire des exigences pour une date sur les élections ou la mise sur pied d’un gouvernement, alors que, cela devrait être de la souveraineté nationale d’État, donc la démocratie n’a pas atterri. Ainsi, du 7 février 1986 au 7 février 2020, trente-quatre ans après, Haïti est encore à la case de départ. La démocratie continue à chercher sa voie en Haïti. Plus que cela change, plus que c’est la même chose.

Prof. Esau Jean-Baptiste
younalot@yahoo.com




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