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Quelles sont les éventuelles négligences récurrentes à prévenir lors de nos constructions pour faire face aux séismes ?

Quelles sont les éventuelles négligences récurrentes à prévenir lors de nos constructions pour faire face aux séismes ?



Cet article s’inscrit comme une suite de l’article « Goudougoudou, l’oubli impossible », publié il y a deux (2) mois tandis que nous sommes également le mercredi 12 février 2020, à un (1) mois du dixième anniversaire de ce fâcheux évènement, le séisme du 12 janvier 2010, qui a couté la vie à plein de gens.

Toujours dans une volonté manifeste d’offrir ma contribution dans une large vulgarisation d’informations à propos du risque sismique dans notre pays, il m’est venu à l’idée de relayer, cher lecteur, quelques éléments essentiels dont il faut tenir compte lors de la réalisation de projet de constructions pour tel maillon que vous pourriez représenter dans la chaine : architecte, ingénieur, entrepreneur, contremaitre, maçon, client, voisin … Car, je crois pertinemment que la réduction de la vulnérabilité de nos constructions doit passer par une prise de conscience de chacun.

Bien avant, nous soulignons que, le bulletin sismique annuel 2019 d’Haïti émit par le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME) – l’Unité technique de Sismologie (UTS) - révèle que 2025 séismes de magnitudes comprises entre 1 et 4,9 sur l’échelle de Richter ont été enregistrés sur toute l’île. 15 % sont survenus en Haïti (soit au total 301) et 85 % en République dominicaine (1724). Les plus grandes magnitudes enregistrées pour Haïti ont été de 4,8. Il est à noter que les petits séismes, même s’ils ne sont pas ressentis par la population, permettent d’avoir une meilleure connaissance de la sismicité d’une région. Et de plus, ce bulletin nous prévient qu’il y aurait un système de failles inverses qui traverse la région métropolitaine représentant un danger sismique bien plus supérieur au système décrochant Enriquillo, jusque-là bien connu.

Si nous revenons sur le sujet qui nous intéresse, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que certaines erreurs - omissions - négligences sont souvent à l’origine de nombreux dégâts comme l’effondrement des constructions, chez nous comme ailleurs lors des séismes, lesquelles erreurs, omissions et négligences pourraient être facilement évitées si chacun jouait son rôle dans le projet dès sa phase de conception jusqu’à celle de réalisation dans une parfaite coordination.

Ces dégâts sont le plus souvent dus :

1. au sous-sol de fondation de mauvaise qualité, et n’ayant pas la capacité portante nécessaire par rapport au poids du bâtiment, on parle dans ce cas précis de liquéfaction. Il est fort probable que les occupants aient la vie sauve lorsque le bâtiment s’enfonce dans le sol. De ce fait, aucune réparation n’est possible, le danger imminent pour la vie humaine reste et demeure avec l’éventualité d’un glissement de terrain. Il faut, le plus possible, éviter les sites meubles pour donner priorité aux sols durs (rocher). Dans le cas contraire, des études géotechniques doivent être réalisées et/ou l’existence du plan d’urbanisation et d’aménagement doit servir de cadre de référence sans exclure la présence de professionnels qualifiés dans le domaine ;

2. au fait que les bâtiments à formes irrégulières ont, généralement, un comportement complexe. Il est opportun d’opter pour une forme simple et régulière, une façon de permettre au bâtiment de fournir une meilleure réponse à l’action sismique. Cette réponse satisfaisante repose en grande partie sur la conception de formes simples en présence d’une structure régulière et des masses bien reparties ;

3. à la présence d’étages souples occasionnant l’effondrement. Généralement, nous rencontrons ce cas au premier étage (rez-de-chaussée), où il est libéré d’éléments structuraux encombrants comme les voiles ou murs de refend qui sont interrompus de manière à être remplacés par des colonnes. Ceci favorise un comportement défavorable lors du séisme et laisse le bâtiment s’affaisser. Il est conseillé de trouver d’autres alternatives pour résoudre ce problème de manque d’espace pour le commerce, le parking par exemple … qui est souvent évoqué ;

4. à l’existence de colonnes courtes qui n’ont pas été calculées qui cèdent, c’est-à-dire, des colonnes qui sont entravées sur une partie de leur hauteur et qui ne sont pas capables de se déformer latéralement, devenant captives. Généralement, elles sont gênées par un mur de maçonneries discontinues pour placer les fenêtres. En vue de remédier à ce problème, il faut éviter les murs de remplissage partiel des cadres ou, s’ils sont souhaités, il faut séparer ceux-ci du cadre par un vide (joint) qui autorise les déformations. Il est à remarquer que des erreurs similaires sont répétées lors de certaines réparations après le séisme du 12 janvier 2010 jusqu’à aujourd’hui, et même dans de nouvelles constructions ;

5. aux éléments verticaux, c’est-à-dire, cadres – murs de refend - contreventements qui n’assurent pas la stabilisation latérale de la structure face aux sollicitations sismiques horizontales, on parle de l’effondrement en galette (sandwich) du bâtiment dans ce cas. Donc, il faut que ces éléments soient en mesure d’offrir une résistance suffisante liée à une certaine rigidité ;

6. aux murs verticaux fragiles en maçonnerie présentant une faible résistance à la traction, compte tenu du fait que les effets horizontaux de l’action sismique provoquent une rupture oblique à 45⁰, faisant apparaitre des fissures en croix. Ces fissures mettent en évidence le caractère cyclique de l’action et la direction principalement horizontale. D’où, il importe de mettre tout en œuvre de façon à éviter ce type de dégât, selon les normes de construction établies ;

7. parfois au niveau de proximité entre deux bâtiments voisins qui peuvent entrer en collision lorsque l’espace qui les sépare est insuffisant provoquant des déformations horizontales importantes. Ce type de dégât sismique porte le nom de martèlement ou entrechoquement. Si les bâtiments sont de hauteurs différentes, le danger est d’autant plus grand. Donc, pour éviter la possibilité de collision, il faut laisser l’espace nécessaire entre les deux. Et, il s’avère d’une grande importance de contrôler les hauteurs d’étages pour qu’elles ne soient pas décalées les unes des autres ;

8. à un manque de confinement du béton dans les zones critiques au niveau des éléments structuraux (colonnes, les poutres, les murs de refend, par exemple). Les armatures transversales doivent être suffisamment rapprochées (selon le résultat des calculs) afin d’imposer les déformations et éviter l’effondrement du bâtiment.

Les types de dégâts énumérés ici ne sont pas exhaustifs. En effet, la position du mobilier mérite d’être prise en compte, la chute d’éléments appuyés, les cloisons, les éléments de façade, les marchandises entreposées, la formation de rotules plastiques pour les linteaux, le glissement à l’encastrement des murs courts sont autant d’éléments qui pourraient être mentionnés. Le temps pour vous d’assimiler ces informations, le rendez-vous est fixé à la plus prochaine occasion pour en parler davantage.
Espérant qu’il n’est pas de trop de vous rappeler que : prévenir vaut mieux que guérir !

Jacklyn MILIEN

est ingénieur civil et citoyen engagé en matière de prévention au risque sismique




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