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ET HAITI BAT DE L’AILE !

ET HAITI BAT DE L’AILE !



2020 ! Un nombre particulier qu’on avait souhaité prometteur pour une année qui, débutant avec l’apparition du coronavirus, allait plonger le monde dans la terreur. Son premier trimestre s’achève par un lourd et sombre bilan qui évoque l’effroyable perspective d’un lendemain incertain. Jusqu’à présent, aucun traitement définitif. Nul n’est épargné : les plus sains résistent de leur mieux tandis que la vulnérabilité des plus faibles pourrait leur être fatale. En tête de liste, les personnes âgées ou préalablement alitées risquent d’y passer, faute de moyens.

L’instinct de survie étant inné, la propagation du coronavirus est venue mettre l’âme humaine à l’épreuve, les valeurs morales étant ébranlées par l’implacable principe de sélection naturelle. Cette pandémie disloque les grandes sociétés en forçant l’humanité entière, tout hésitante entre l’égoïsme et l’altruisme, à se débattre entre réflexes de sauve-qui-peut et sursauts d’entraide. De son côté, Haïti bat de l’aile.

Pour sa part, haletante dans son pénible et inéluctable corps à corps avec l’existence, faisant fi des recommandations des autorités, la population haïtienne navigue pour sa survie entre deux périls : la misère chronique qui la guette et l’invisible coronavirus qui la hante. Si ailleurs, le nombre de personnes infectées et de décès ne cesse d’augmenter, ici, c’est la faiblesse des chiffres qui laisse perplexe et fait planer le doute. Ne sachant à quel saint se vouer, on se retranche derrière toutes sortes d’hypothèses.

On évoque une éventuelle résistance au coronavirus, développée grâce à l’administration du vaccin BCG aux nouveau-nés des pays en voie de développement, dont Haïti, en prévention de la tuberculose. Si tel était le cas, une bonne partie des populations urbaines se retrouverait à l’abri de l’impact viral. Néanmoins, qu’en serait-il des personnes n’ayant pas été vaccinées durant leur enfance ? De même, on parle de l’utilisation de certaines substances dont on connait l’efficacité dans le traitement de la malaria -- hydrochloriquine, chloroquine, novaquine ou quinine. L’approbation de ces médicaments, disponibles sur notre marché, serait une aubaine.

Par suite de notre vulnérabilité lamentable, les risques naturels et autres catastrophes sont devenus de plus en plus dangereux pour notre pays. C’est l’une des conséquences déplorables de notre gestion irresponsable et notamment de la dilapidation des caisses publiques. Ainsi, ces trois méfaits, corruption, mauvaise gouvernance et vulnérabilité accrue, s’entrelaçant dans un cercle vicieux, n’ont cessé de s’aggraver mutuellement.

Paradoxalement, l’amélioration ou non de notre capacité à adresser ou pas les dangers qui surviennent, dépendrait de nos efforts à mettre en place les structures adéquates et indispensables au relèvement de nos institutions. Cependant, on a persisté dans l’erreur et ce cycle fatal a servi pour justifier nos manquements absurdes, broyer la conscience endormie des uns et excuser l’indifférence impardonnable des autres. Ailleurs, on aura prouvé que l’être humain était capable de transcender malheurs et calamités afin de les transformer en opportunités pour le bien-être collectif par l’adoption de meilleures pratiques administratives, appropriées et transparentes. Mais, il reste encore à la société haïtienne de démontrer qu’elle aussi en était capable.

Ainsi, le coronavirus figure parmi les évènements conjoncturels les plus poignants ayant porté au second plan les grandes problématiques nationales qui attendaient depuis trop longtemps des solutions sans faille. Tel a été le cas lors du passage de l’ouragan « Mathew » en octobre 2016. De même, le tremblement de terre du 12 janvier 2010, en sus de ses effets socioéconomiques épouvantables, avait occasionné des répercussions imprévisibles sur la vie politique qui allaient déstabiliser le pays.

Certes, il est souhaitable, dans un moment de désarroi national tel que celui produit par l’apparition du coronavirus et comme cela fut le cas lors du séisme dévastateur, de se rallier pour trouver ensemble des réponses immédiates aux désastres mettant particulièrement nos vies en danger. C’est l’attitude citoyenne attendue de tous les secteurs de laisser les coudées nécessaires au gouvernement afin qu’il puisse redresser la situation, en dépit du fait que, ce faisant, un bel avantage est accordé au Pouvoir exécutif. En effet, ce dernier bénéficiant, par-là, d’une certaine trêve politique, et pour cause, il serait indiqué qu’il se hisse à la hauteur des attentes de la Nation.

En fait, l’un des premiers effets de l’explosion du coronavirus fut l’anéantissement du vigoureux, mais inefficace appel au « pays lock » des opposants les plus farouches au pouvoir politique en place. L’exigence du confinement et la règle de distance sociale en eurent finalement raison. Du coup, le gouvernement survécut à l’échec cuisant du carnaval 2020 tout dépassé qu’il l’était déjà par les urgences de l’heure, accentuées par cette crise sanitaire mondiale inédite.

En pareilles circonstances, le Pouvoir exécutif a dû faire appel à un comité scientifique pour l’assister dans la lutte contre la pandémie. En effet, en tenant compte de la promiscuité des demeures et de la réticence des gens à respecter les recommandations de confinement, le coronavirus pourrait rapidement ravager nos quartiers. Cependant, peut-on considérer cette disposition comme un signal préliminaire vers une nouvelle approche gouvernementale ?

Par ailleurs, les longues files de personnes bravant la consigne de confinement pour s’enregistrer à l’ONI n’ont pas manqué d’étonner les observateurs. Quelle corrélation faut-il établir avec la distribution de rations sèches par l’organe de FAES ou le transfert de quatre milliards de gourdes à travers la structure « Mon Cash » à 1.500.000 contacts téléphoniques ? Qu’est-ce qui incitera à croire que ce comité pourra jouer pleinement son rôle et demander des comptes sérieux et fiables pour son cautionnement ?

Déjà, ces personnalités auraient participé à la première stratégie de réponses à cette pandémie, l’achat de « matériels hospitaliers » pour une somme totale de 27 millions de dollars américains dont une livraison partielle, évaluée à 18 millions de dollars, doit arriver au pays avant le 15 avril prochain. Par conséquent, on attend assurément l’arrivée de cette coûteuse cargaison salvatrice.

De plus, la communauté internationale s’est révélée compréhensive et se fait solidaire, encore une fois : 50 millions de dollars en provenance de la BID, auxquels viendront s’ajouter 2.2 millions de l’USAID, sans compter tant d’autres supports apportés par différents donateurs. Toutefois, en ces temps où, à cause d’un Pouvoir législatif comateux, la fonction de contrôle au niveau de la machine étatique est quasiment inopérante, peut-on espérer que les membres dudit comité pourront empêcher qu’on ne les utilise pour couvrir dépenses folles de campagne électorale voilée, gaspillages et détournements de fonds ?

Quand on est pauvre, il faut apprécier les sacrifices d’autrui et dire un grand merci à tous ses bienfaiteurs ; aucun don n’est trop petit. Car, les souhaits des donateurs rencontrent les vœux du peuple : améliorer les conditions déplorables d’existence des gens en Haïti. Il semblerait plutôt que les uns comme les autres ne récolteront que déceptions. Il est temps d’arrêter de ne jeter au peuple haïtien affamé que des miettes tandis que les dirigeants se servent copieusement sur son dos.

Il faudrait aussi apprendre à tirer le maximum de l’aide reçue afin de sortir finalement de son indigence, sinon pour de tendre la main à quelqu’un d’autre un jour, mais au moins pour subvenir soi-même à ses besoins. D’autres pays, autrefois assistés eux aussi, ont su sortir de l’impasse tandis que sciemment, nous nous y engouffrons de plus en plus profondément. Jouons-nous à « qui perd gagne » ?

Tout de même, le délabrement institutionnel qu’a connu le pays justifie largement l’implication citoyenne. Mais, n’a-t-on pas vu les comités se dissoudre dans la nature sans faire de bruit, sans avoir sécurisé les caisses de l’Etat ni produire de résultats concrets, ceci, depuis le premier Conseil d’Etat après le départ de Jean-Claude Duvalier jusqu’à celui mis en place pour CIRH ?

Tant de questions à poser pour lesquelles les réponses provoqueraient de nouvelles émeutes. Dans le cas de la pandémie actuelle, la population haïtienne risque bien de n’être, une fois de plus, que le dindon de la farce. Cette fois-ci, pourra-t-on faire preuve de prise de conscience, d’éveil citoyen et d’esprit de service ou simplement de bonne volonté et de bon sens pour stopper corruption généralisée et gabegies diverses ?

L’homme, en quête de bien-être et pourquoi pas de bonheur aussi, peut s’évertuer à forger de nouvelles conditions qui soient profitables à sa communauté à partir de situations extrêmement douloureuses. Il y a lieu de se demander si le spectre du coronavirus ne poussera pas les élites haïtiennes à prendre un départ spectaculaire pour le renouveau d’une société, autrefois destinée à un avenir grandiose, qui se retrouve aujourd’hui au banc des États modernes.

C’est l’heure pour les responsables politiques de faire autrement. Il s’agit de sauver Haïti, une République en voie de disparition, et de préserver la vie d’une population en voie d’extermination.

Chantal Volcy Céant
2 avril 2020.




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