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La Chine prend les commandes du monde grâce à la COVID-19



Le monde vit de nos jours une nouvelle ère marquée par la contestation de l’unipolarité étasunienne et l’affirmation de la multipolarité avec de nouveaux acteurs clés sur la scène internationale tels que la Russie, l’UE (Union européenne) et particulièrement la Chine dont sa puissance commence à soulever des inquiétudes des deux côtés de l’Atlantique.

Cette puissance chinoise s’est construite au cours des 40 dernières années à partir de la stratégie du profil bas. En effet, la mort de Mao Tsé-toung et l’accession au pouvoir de Deng Xiaoping en 1976 allaient marquer un tournant décisif dans l’histoire contemporaine postrévolutionnaire du géant asiatique. Après avoir neutralisé les maoïstes orthodoxes, le nouveau Gouvernement annonçait en décembre 1978, lors du XIe Comité central du Parti communiste, qu'il encouragerait les coopérations économiques avec les autres pays et cherchait du coup à se doter des techniques et équipements les plus avancés de l’époque. Ce revirement spectaculaire marque le début de la politique d'ouverture de la Chine, avec le nouveau concept d'« économie socialiste de marché ». Dès lors, on allait assister à un essor économique du pays qui se poursuit jusqu'à présent malgré la crise du Covid-19 au point de prétendre faire jeu égal avec les USA dans certains domaines. Et l’actuel président, Xi Jinping, travaille d’arrache-pied à faire de l’Empire du Milieu, la première puissance mondiale à l’orée du centenaire de la révolution en 2050. En tenant compte des fondamentaux de sa puissance, cette ambition chinoise est- elle réaliste ?

En géopolitique, le terme "Grande puissance ou Puissance mondiale " désigne généralement les États qui, du fait de leur poids économique et politique, de leur force militaire et de leur potentiel technologique, exercent une grande influence sur le reste du monde. On identifie une puissance mondiale à partir des fondamentaux suivants: la territorialité, la politique, l’économie, le militaire et la technologie.

1. La territorialité

La territorialité est un enjeu majeur dans la définition d’une politique de puissance. Un État ne peut prétendre accéder au rang de grande puissance sans avoir une base territoriale à la hauteur de ses visées politiques. Il lui faut, comme le disait Ratzel, un espace vital.

Après avoir absorbé Hong-Kong(1997) et Maccao (1999), la RCP (République populaire de Chine) devient le deuxième pays le plus vaste du monde avec environ 11 millions de km2 si l’on y ajoute les quelques îles périphériques qu’elle s’est emparée dans la mer de Chine méridionale. En ce sens, elle devance le Canada (9 985 millions de km2) et les USA (9 834 millions de km2).Elle cherche encore à s’étendre par l’absorption de Taiwan considérée depuis 1949 comme une île rebelle. Comme le disait Ratzel, un Etat qui ne s’étend pas est un Etat en décadence qui laisse le champ libre à d’autres États plus vigoureux qui tôt ou tard le domineront (Cf. Les Grands théoriciens de la géopolitique). Cependant, la puissance chinoise ne se mesure pas uniquement au niveau territorial, on doit également l’envisager au point de vue économique

2. L’Économie

De Deng Xiaoping à Xi Jinping en passant par Hu Jintao, les dirigeants chinois avancent à pas de tortue, sans faire du bruit, à partir de la stratégie du profil bas. Et aujourd’hui la Chine s’impose dans le monde comme un géant dans presque tous les domaines. Depuis 2013, elle devient la première puissance commerciale et possède le deuxième PIB mondial (13 608 151,86 milliards de dollars, BM, 2018) après celui des USA.

La même année, le président Xi jinping a pris les commandes et a dévoilé son projet pharaonique des nouvelles routes de la soie reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe, impliquant plus de 100 pays, représentant 40% du PIB global et 65% de la population mondiale (Michel Girardin, Allnews 27 mai 2019). Il s’est proposé d’y investir d’ici à 2027, 1 300 milliards de dollars, soit 10% du PIB actuel de la RPC. Un chiffre colossal, qui représente l’équivalent de 10 fois le Plan Marshall des États-Unis qui visait à reconstruire l’Europe après 1945.

Dans le cadre du G20, l’Empire du Milieu joue le rôle de leader et multiplie des initiatives économiques pour contrebalancer les poids du FMI (Fonds monétaire international) et de la Banque mondiale. C’est dans cette perspective que le projet de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures a été lancé en 2013. Une partie de l’Europe s’y embarquait en dépit de l’opposition des USA.

3. La politique

Disposant du droit de veto à l’ONU, la RPC fait partie d’un cercle très fermé regroupant les principaux États ayant gagné la seconde Guerre mondiale. Dans les conflits internationaux, elle commence à jouer un rôle assez significatif. En témoigne sa prise de position à côté de la Russie dans la crise syrienne et son soutien à Nicolas Maduro, président vénézuélien, dont le deuxième mandat a été contesté par l’opposition intérieure et le bloc occidental conduit par les USA. Ses relations commerciales avec la Corée du Nord et son offensive diplomatique pour isoler Taïwan sur la scène internationale montrent à quel point la diplomatie chinoise est puissante. La crise du Covid-19 n’a pas affaibli le géant asiatique. Il en est sorti renforcé. Car, cette crise est exploitée avec dextérité par les autorités en ce sens que les fournitures médicales expédiées à l’étranger renforcent le prestige du président Xi Jinping et projettent une nouvelle image du pays sur le plan international. Nonobstant toutes ces considérations, peut-on concevoir une puissance en dehors du potentiel militaire ?

4. Le militaire

Dans Mein Kampf Hitler soutient qu’un pays vaut ce que son armée vaut. Autrement dit, aucun pays ne peut prétendre accéder au rang de puissance mondiale sans avoir une armée puissante et nombreuse capable de dissuader tout adversaire, de lui infliger des dommages considérables en cas de conflits ou d’attaque à défaut de l’anéantir. Il ne fait aucun doute que la Chine dispose de la Première armée du monde en termes d’effectif et la deuxième en termes de budget après celle des USA.

Elle développe une marine assez puissante pour s’imposer en Asie et rivaliser à l’avenir la marine américaine. Elle a intégré le cercle très fermé des pays ayant la capacité de construire des portes avions. Aujourd’hui, elle déclare en avoir deux, une de fabrication russe et l’autre totalement de fabrication nationale.

Dans le cadre de la stratégie du Collier de Perles, l’Empire du Milieu se déploie dans la mer de Chine, s’empare des îles désertiques pour y construire des bases navales en dépit des protestations de l’Inde, des inquiétudes du Japon, et cherche timidement à se tailler une place sur le continent africain, Chasse gardée de l’Europe, en particulier de la France et de l’Angleterre. Elle a inauguré en août de l’année dernière sa première base navale à l’étranger à Djibouti, un espace stratégique situé sur le détroit de Bab-el-Mandeb. Il s’agit d’un des corridors maritimes les plus fréquentés au monde qui contrôle l'accès à la mer Rouge non loin des bases militaires de la France, des États-Unis et du Japon.

En pleine crise pandémique mondiale, la Chine a lancé ce mardi 5 mai 2020, une nouvelle fusée ultra rapide (Longue-Marche 5B) pour acheminer des astronautes vers sa future station spatiale (Palais céleste) ou vers la Lune. Il s’agit pour Pékin de se mettre non seulement sur le même pied d’égalité avec les USA et l’Europe mais de montrer que le Covid-19, en dépit de ses ravages chez Trump et ses alliés, n’a pas pu retarder l’échéance des grands projets de l’Empire du Milieu qui ne cesse de monter en puissance et d’étonner le monde.

5. La technologie

‘’Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s'éveillera le monde entier tremblera’’. Cette prophétie attribuée à Napoléon Ier est sur le point de devenir une réalité concrète, en effet, l’apparition de la 5G (5e génération des technologies) du géant chinois Huawei bouleverse le secteur de la technologie. Elle est 10 fois plus rapide que la 4G des Américains. Elle permet de communiquer en temps réel sans perdre une poussière de seconde et connecter des milliers de machines dans une entreprise. Selon une étude d’IHS Markit, la 5G rapporterait 12,3 trillions de dollars et créerait 22 millions de nouveaux emplois d’ici à 2035 dans l’économie mondiale.

Ce mégaprojet a mobilisé 53 000 ingénieurs et montre la puissance du cerveau chinois, la qualité de son système éducatif et la performance de ses universités. Cette révolution technologique de la 5G devient un enjeu géopolitique entre Pékin et Washington et elle est au cœur des négociations commerciales entre Donald Trump et Xi Jinping.


Les Américains qui étaient jusqu’ici les maîtres de la technologie et les principaux fournisseurs de l’Europe et de l’Asie sont pris à contre coup par la Chine qui deviendra le plus important marché de la technologie de la planète. C’est pourquoi le président Donald Trump appelle au boycott de la 5G qui, d’après lui, présente des possibilités de cyber espionnage par Pékin.

Il est évident que l’émergence de la Chine au triple point de vue économique, politique et militaire bouleverse les données non seulement en Asie mais dans le reste du monde. Elle a éclipsé le Japon qui dominait le continent depuis l’ère du Meiji (politique éclairée initiée par Mutsu Hito), fait peur à la vieille Europe qui, en dépit de son regroupement au sein de l’UE (Union européenne) reste en ordre dispersé, et contrebalance le poids de la puissance américaine jusque-là convaincante et incontestée ? L’empire du Milieu s’érige désormais en leader mondial dans certains domaines comme la Data, les systèmes de drones de combat de l’armée, l’intelligence artificielle, le commerce international, les infrastructures routières et portuaires, les investissements massifs à l’étranger y compris dans certains pays de la Caraïbe. Haïti n’a-t-elle pas commis une erreur monumentale de positionnement géopolitique d’avoir choisi Taipei au détriment de Pékin ?


Bleck D Desroses
/Professeur de géopolitique
/Christopher.bleckedward@gmail.com




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