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La pandémie Covid-19 ne doit pas nous faire oublier le centenaire d'anniversaire de l'assassinat de la légende guérillero Benoit Batraville (Ti Benoit) le 19 mai 1920 par les yankees



Benoit Batraville n'est pas un personnage fictif. Il n'est pas un héros d'un conte populaire ou d'un roman. Il était un être vivant comme vous et moi. Il a pris naissance, a vécu ses jours dans ce pays que nous autres habitons, il était plein de vie, il aimait de tout son coeur, il partageait notre culture, il était un haïtien à part entière, il était de ceux qui participaient à la révolte contre les occupants américains entre 1918 et 1920. Il était assassiné le 19 mai 1920 par les Yankees. Il est donc un personnage historique. C'est une évidence. On ne doit pas l'oublier. (Feguès Germain, Benoit Batraville et la guérilla cacos contre l'occupation américaine d'Haïti).

Benoit Batraville longe la liste des martyrs de la liberté sur la terre d'Haïti. Il rentre dans le cercle des hommes qui sont tombés pour une cause juste et salutaire. Benoit Batraville affectueusement surnommé Ti Benoit fait partie de ceux-là qui ont combattu l'arrogance du capitalisme impérial des États-Unis et qui ont bravement tombé les armes à la main.

Ce 19 mai 2020 marque le centenaire de l'assassinat de Benoit Batraville. Ce Benoit Batraville, qui est- il au juste? Quelles sont les circonstances historiques dans lesquelles fut-il péri? Quel est le sens du meurtre de ce digne héritier des marrons de Saint-Domingue? Ces interrogations constituent le fil conducteur de ce papier sur ce personnage historique qu'est Benoit Batraville.

Paysan du Plateau central, Benoit Batraville aurait pris naissance en 1875 à Mirebalais sur l'habitation Ballemet. Il jouissait d'une très bonne réputation dans le milieu d'autant qu'il était instructeur en dépit du fait qu'il n'a pas dépassé le niveau du CEP (certificat d'études primaires). Étant responsable de police à la ville de Mirebalais Ti Benoit a dû laisser son poste lors de l'arrivée de l'occupation américaine en Haïti le 28 juillet 1915 pour se retourner à Ballemet. Convaincu par son cousin Charlemagne Péralte commandant de l'arrondissement de Léogane à la venue des occupants, Benoit Batraville a intégré la guérilla Cacos qui livra une bataille exemplaire contre l'occupant yankee. À la mort de Péralte sous les balles assassines des marines le premier novembre 1919 Ti Benoit fut désigné comme le successeur de Charlemagne Péralte le 2 décembre de la même année. Sous son commandement, les Cacos ont dû mener bien des combats contre l'occupation aboutissant parfois à des moments de succès et à des moments de défaites. Avec une armée de guérilla composée de 2500 hommes sous-équipés, la guérilla cacos emmenée par Benoit Batraville pour désocupper le territoire des troupes étatsuniennes a causé de sérieux problèmes aux forces d'occupation. Ce qui conduit le général Russel à déclarer que c'était l'homme le plus dangereux d'Haïti. Le 19 novembre 1920, Benoit Batraville a été assassiné par les yankees avec la complicité dit-on de l'une de ses maitresses et le fils d'un certain Exantus Day nous dit F.Germain déjà cité plus haut.

Quelles sont les circonstances historiques dans lesquelles Benoit Batraville fut-il péri?

La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle marque le début de l'expansion de l'impérialisme américain sur le l'Amérique latine et les Caraïbes. En 1898 ils signèrent leur première intervention à Cuba, en 1912 au Nicaragua et la République dominicaine en 1916. Il faut noter que depuis 1891 les États-Unis ont tenté d'annexer le Môle Saint-Nicolas, ils ont du apporter leur support aux troupes de Florvil Hippolyte dans la guerre civile lui opposant contre Légitime à la chute de Salomon avec comme gage de prendre la possession du Môle. L'intelligence et la sagacité d'Anténor Firmin secrétaire d'État aux finances at aux affaires extérieures dans le gouvernement de Florvil Hyppolite a pu éviter à Haïti la perte de ce parti du territoire au profit des Américains. Sur ce le professeur Leslie Manigat affirme que l'impérialisme américain a inauguré ses interventions en Haïti. (Manigat Éventail d'Histoire vivante d'Haïti tome II)

Le 28 juillet 1915, les Américains ont signé leur débarquement au pays dans une conjoncture politique agitée où des Haïtiens parvenaient à arracher le président Vilbrun Guillaume Sam de la Légation française pour le lyncher. À noter que depuis 1914 les Américains s'emparèrent de la réserve d'or du pays à la banque centrale.

Il faut préciser aussi qu’en 1915, quand les Américains débarquèrent en Haïti, les puissances occidentales de l'Europe s'affrontèrent dans la guerre hégémonique dénommée la Première Guerre mondiale. Alors que cette période marque la prépondérance des puissances européennes telles l'Allemagne, La France dans les affaires en Haïti. La venue des occupants yankees en Haïti correspond à une nécessité de marché pour injecter leurs capitaux improductifs. Car la situation de l'économie mondiale fut marquée par la concentration des capitaux dans des pays industrialisés comme l'Angleterre, l'Allemagne, la France et les États-Unis. À eux seuls, ces pays possèdent 80% du capital financier du mondial monde. (Georges E. Lucien, Une modernisation manquée Port-au-Prince 1915-1956). Le 28 juillet 1915, les Américains ont débarqué en Haïti. Ils ont pris le contrôle de la finance du pays et commencé par mettre en place une politique de dépossession des terres contre les paysans. En dépit de la forte puissance de l'armée américaine, les États-Unis ont buté sur une résistance farouche des paysans appellés Cacos sous la houlette de Charlemagne Péralte et de Benoit Batraville.

La résistance armée des paysans Cacos n' est pas la seule forme de bataille livrée contre l'occupant en Haïti. Il faut noter la participation d'une frange de l'élite intellectuelle avec leur plume et à travers des conférences contre la présence yankee. Joseph Jolibois Fils, Georges Sylvain, Jean Price Mars et le jeune Jacques Roumain sont parmi les intellectuels haïtiens qui contestaient l'arrivée sur le sol d'Haïti des marines américains.

Alors que ces intellectuels combattent avec leur plume l'occupation, les paysans quant à eux livrent une bataille radicale et armée contre l'envahisseur. Nous n'arrivons pas à établir aucun lien direct entre la lutte des paysans cacos et celle des intellectuels qui pourtant visent la même finalité, à savoir la désoccupation du pays.

C'est à la faveur de ces circonstances que Benoit Batraville fit son entrée dans la lutte contre l'envahisseur yankee. En tant que paysan, il a pu organiser une guérilla avec ses compagnons pour la sauvegarde de l'intégrité du territoire que les ancêtres nous ont légué aux prix de leur sang. Combattant sous le leadership de Péralte dans un premier moment, il s'est illustré comme un véritable leader qui a pu assurer avec dévouement et patriotisme la succession de ce dernier assassiné par traitrise le premier novembre 1919. Il arrive à défier les Américains à plusieurs reprises dans la région du Plateau central. Par son sens de combat, sa tactique de guerre, son courage et sa ténacité, Ti Benoit s'inscrit en droite ligne dans l'héritage des luttes menées par les marrons de Saint-Domingue tels les Sans-Souci, Lamour Dérance, Cacapoule, Mavougou, Petit Noel Prieur, etc.

Maintenant dégageons-nous le sens de son combat et de sa mise à mort dans la bataille pour une liberté sans partage sur ce bout de terre.

En assassinant Benoit Batraville le 19 mai 1920, les Américains ont frappé un grand coup. D'ailleurs environ 5 mois avant ils ont déjà assassiné Charlemagne Péralte. Par ces coups les Américains parviennent à pacifier le territoire. À cet effet, ils parviennent à appliquer leur plan en procédant à la réorganisation de l'espace social et politique haïtien. Ils parviennent à contrôler sans partage les recettes fiscales du pays. Les Yankees ont pu comme l'a avoué le général Smedley Butler établir leur racket en appropriant l'espace haïtien au bénéfice du développement de leur capital. (Smedley Butler, La guerre est un racket). Assassinant près de 5000 paysans, les occupants ont considérablement ralenti le rôle de cette catégorie dans la lutte politique en Haïti. Les paysans ont dû soit émigré vers Cuba ou accepté de travailler dans la corvée et assistant des actes de dépossessions des terres pour le compte des compagnies américaines pour la culture du sisal et du caoutchouc.

Aujourd'hui, dans ce contexte de crise nationale, où le pays est en quête d'un leadership éclairé pour lutter contre l'occupant yankee qui est encore dans nos murs puis contre le système capitaliste globalisé, le patriotisme, l'engagement, la stratégie et le dévouement de Ti Benoit adaptés bien entendu au contexte actuel, peuvent nous servir de repères pour mener à bien cette lutte. Benoit Batraville a su utiliser la culture du pays pour lutter contre la présence étrangère en Haïti. Il a pu allier pratiques culturelles et stratégie de combat sur le terrain. César Auguste Sandino s'en est bien inspiré de cette guérilla cacos emmenée par Ti Benoit dans la bataille contre la dictature somoziste qui était liée aux intérêts us-Américaine au Nicaragua. Ce choix stratégique s'est révélé payant puisque la guérilla sandiniste a pu éjecter du pouvoir la dictature servile des Somoza.

1920-2020 cent années sont déjà écoulées depuis. Ce brave guérillero qu'a été Benoit Batraville ne saurait être oublié par nous Haïtiens. Nous invitons à toutes et à tous à rendre un hommage bien mérité à la mémoire de cet immortel guérillero Benoit Batraville. Le contexte de la pandémie Covid-19 nous empêche à toute commémoration collective par voie de rassemblement du centenaire d'anniversaire de cet énième meurtre commis par l’impérialisme américain. En dépit du fait que certaines organisations progressistes ont fait prévisions à cet effet, dommage! Il faut faire rappeler que des organisations progressistes telles MORELIM (Mouvman Revolisyonè pou Liberasyon Mas yo), ASIRE (Asosyasyon Inivèsitè,z Revolisyonè), KONBIT TANBOU PALE et d'autres camarades ont marqué à Saint-Marc l'année dernière le centenaire de la mise à mort de Charlemagne Péralte, et ont prévu de faire de même pour Ti Benoit cette année. Nous saluons au passage l'engagement de ces organisations et camarades aux côtés des masses populaires dans la lutte pour la libération. Nous savons tous combien le travail de mémoire est important dans la lutte pour la transformation sociale. La mémoire de Ti Benoit mérite bien d'être saluée.

En somme, nous tenons à rappeler aux Haïtiens(nes) qu' il faut s'inspirer de cette haine rationnelle comme le dit Jean Ziegler. (J.Ziegler, la haine de l'occident) que possédait Benoit Batraville contre la domination de l'impérialisme occidental emmené par les États-Unis. Il faut que nous sachions tous que cette misère abjecte dont nous pataugeons depuis des lustres est le fruit du pillage des territoires du sud par les pays nord. Le chanteur engagé Kebert Bastien nous le dit avec justesse et raison dans une chanson titrée "Aux Américains" notre misère «made in USA». Comme nous l'a si bien dit aussi Galeano, notre sous-développement n'est pas une étape du processus de développement, mais la conséquence même du développement occidental. L'auteur des Veines ouvertes de l'Amérique latine cite André Gunder Frank pour dire: «les régions les plus marquées par la pauvreté aujourd'hui sont celles qui dans le passé eurent les liens les plus étroits avec la métropole et connurent des périodes de prospérité» Leurs richesses constituent le fruit de notre appauvrissement. (E. Galeano, Les veines ouvertes de l'Amérique Latine). En fait, Haïti est un exemple vivant servant à illustrer cette approche.

À la manière de Caonabo, de Tupac Amaru, de Zapata, Benoit Batraville a su dire non à la mise à sac de la région latino-américaine par «les nouveaux maitres du monde». (Ziegler). Ti Benoit fait son entrée dans la Galerie des hommes qui ont forgé l'histoire. Rendons-lui hommage aujourd'hui en ramassant son héritage. Il faut souligner que les pillageurs en dépit de leurs puissances n'auront pas toujours à gagner, sachant que «les murs les plus puissants tombent par leurs propres fissures» comme l'affirmait le célèbre Che Guevarra. Je termine ce papier en paraphrasant le grand poète chilien Pablo Neruda disant:
«Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, jamais ils ne seront maitres du Printemps»!

Rigaud Velumat!




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