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Un peu d’éthique : sortons Haïti de cette déchéance morale



La société haïtienne est actuellement confrontée à une crise d’éthique, véritable crise des valeurs morales et sociales. Pour France Jutras, membre du Groupe de recherche sur l’éducation éthique et sur l’éthique en éducation à l’UQAM, il faut entendre par valeur « une manière d’être ou d’agir qu’une personne ou une collectivité reconnaissent comme idéale et qui rend désirables ou estimables les êtres ou les conduites auxquels elle est attribuée». Donc, ce sont les valeurs qui devaient servir à orienter notre vie en nous poussant à agir pour notre bien et celui de tous et faire preuve de justice. Malheureusement, notre société connaît un bouleversement « profond et radical de nos systèmes de valeurs et de nos croyances les mieux établies » (Gauthier et Tardif, 2005). Par l’entremise de cet article, nous nous proposons d’attirer l’attention et d’orienter les réflexions sur un problème majeur dans la société haïtienne : l’une des plus grandes préoccupations de notre époque.

Haïti, le pays qui a conquis son indépendance la tête haute, dans la dignité la plus grandiose, ne peut pas continuer à dégringoler jusqu’au fond du gouffre. Il est impérativement essentiel de faire marche arrière. Ainsi, cessons de nous enfoncer dans cette déchéance morale! Il ne fait aucun doute qu’ en tant que nation, nous avons perdu tous nos repères et toutes nos valeurs, mais nos errements ne doivent pas nous anéantir. Ce tableau que nous sommes en train d’exposer à la face du monde s’avère exaspérant, voire dégradant. Nos agissements sont abominables, il faut donc y mettre le halte là ! Un peu d’éthique, mesdames et messieurs.

Les épisodes de notre histoire qui nous rendaient si fiers lorsque nous étions enfants, laissent les jeunes d’aujourd’hui indifférents puisque les réalisations de nos aïeux ont perdu toute signification. Quoi de plus déroutant pour notre jeunesse que de voir autorités et dirigeants de son pays faire l’éloge de la corruption et l’encourager en condamnant l’honnêteté ? Quoi de plus frustrant pour un citoyen que de constater que chez nous, choisir de vivre dignement et honnêtement signifie automatiquement choisir de vivre dans la pauvreté! En effet, nous banalisons le vice et la corruption à un tel point que les valeurs sociales et politiques ont perdu leur importance. En effet, nous banalisons le banditisme, la stupidité et la médiocrité jusqu’à les imposer comme normes. Ainsi, pour paraphraser Ziegler (1998), notre banalisation du mal nous amène à considérer comme moindre mal tout ce qui reste en dessous des seuils établis.

Prendre conscience collectivement qu’il nous faut des référentiels pour nous orienter dans la gestion de notre cité, constituerait un facteur de développement de l’éthique (Desaulniers, M-P. et Jutras, P., 2016). Le philosophe français Paul Ricœur (1990) définit la visée éthique en ses termes : « visée de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes ». De manière claire et simple, quand nous parlons d’éthique, il s’agit pour une personne de réfléchir à quoi faire pour bien faire et/ou comment agir pour bien agir en tenant compte des autres (Droit, R-P., 2009) et des institutions. Comment ne pas avoir de préoccupations quant à l’éthique dans le contexte actuel du pays ? Il faut faire volte-face et mettre en œuvre les conditions nécessaires et favorables au vivre ensemble et au progrès.

Pour illustrer notre propos, prenons comme exemples, trois événements survenus ces dernières années. Ces événements qui, bien avant aujourd’hui, auraient dû soulever de sérieux débats quant à l’éthique, nous aideront à mieux comprendre l’évidence de la crise des valeurs dans laquelle nous sommes embourbés. Malheureusement, comme le soulignent Desaulniers, M-P et Jutras, P., 2016) nous sommes collectivement en déficit de gyroscope éthique.

Premier cas typique : exemples des pratiques politiques qui prévalent depuis un certain temps.

En novembre 2019, suite à de nombreuses critiques virulentes à l’encontre du président de la République, M. Jovenel Moise, un ancien commissaire du gouvernement de Port-au-Prince accède au poste de président de l’Unité de lutte contre la corruption (l’ULCC) et ce, au grand étonnement de tous. Ce commissaire s’est fait reconnaître comme l’une des figures de proue de l’opposition politique par l’intermédiaire des nombreuses critiques qu’il a proférées envers le chef d’État impliqué dans une affaire de corruption depuis le dépôt de sa candidature. En janvier 2017, ce commissaire soutient la thèse que « Jovenel Moise est un inculpé » (Le Nouvelliste, 2017-01-26). En octobre 2018, plus convaincu, dévoué et acharné que jamais, il déclare lors d’une interview dans une station de télé de la capitale: « Aucune enquête n’aura lieu nulle part dans le dossier Petro Caribe. » En effet, selon lui «le gouvernement n’a aucune volonté de mener une enquête » (Le Nouvelliste, 2018-10-22). Durant des mois, cet homme s’est battu corps et âme pour que le peuple en colère et l’opposition lui accordent un peu leur confiance. Personne et encore moins les partisans du PHTK, ne peuvent soupçonner qu’à ce moment précis, ce même activiste politique apparemment très critique du pouvoir en place, s’apprête à accepter le poste de président de l’ULCC du gouvernement, de facto dirigé par Jean Michel Lapin. Pire, il ne passera que deux mois à ce poste. Ridiculisé, il se verra remplacé, le 22 janvier 2020.

Malheureusement, ce n’est ni le premier ni le dernier cas de trahison, de manque d’honnêteté dans notre pays et tout particulièrement dans le milieu politique. Tout le monde se souvient de l’histoire de l’ancien sénateur qui a traité le peuple de cafard et de celui qui, sans le moindre scrupule, a laissé tomber madame Manigat pour s’allier au candidat adverse sans la moindre gêne. Ne parlons pas de ces jeunes qui se prostituent pour un poste et qui, jouant sur le vide épistémique dominant dans notre pays, font du « show médiatique [souvent avec des productions de très mauvaise qualité] pour se créer un capital intellectuel et politique » (idée empruntée d’une réflexion du sociologue Louis Ilionor sur sa page Facebook). D’autres individus y compris certains intellectuels n’hésitent pas à prospecter des sources de revenus lucratifs, sans aucune crainte de commettre des actes parmi les plus ignobles et les plus répréhensibles. La confiance s’étiole avec le temps. Personne ne croit plus en personne. En témoigne la méfiance dont fait preuve la population en ce qui a trait à la pandémie du SARS-COV 2 ainsi qu’aux diverses décisions et consignes des dirigeants et des personnalités œuvrant dans les organismes nationaux et internationaux. Une fois, ce seuil d’opprobre franchi, tout le monde trouve qu’il est normal de trahir la confiance de ceux qui la leur confient. Des journalistes, des étudiants, des leaders communautaires, des militants, des syndicalistes se couchent un soir dans l’opposition et se réveillent le lendemain matin dans le gouvernement.

Deuxième cas typique : les scandales ne dérangent plus personne

En novembre 2012, alors président du conseil électoral permanent, un ancien commissaire du gouvernement et ancien ministre de la justice est impliqué dans un scandale sexuel. Une jeune employée de 25 ans, présentée comme sa collaboratrice, l’accuse de l’avoir giflée et ensuite de l’avoir violée. Plusieurs organismes de la société civile, spécifiquement ceux de femmes et de défenses des droits humains telles la SOFA et le RNDDH, condamnent ce qui s’était passé et exigent que l’accusé comparaisse devant la justice. Des marches et des manifestations se déroulent partout à travers la capitale afin d’exiger justice dans le dossier. De cette affaire découlent des débats enflammés entre juristes, avocats, journalistes, intellectuels et militants de droits humains, lesquels alimentent les médias. Les Haïtiens ont alors l’impression de suivre les épisodes d’un feuilleton télévisé comme un journaliste du quotidien Le Nouvelliste qualifie si bien cette affaire. De manière surprenante, quelques jours après, soit le 30 novembre, HAITINEWS2000, une presse en ligne rapporte que l’on aurait offert à la victime un montant de 300 000 dollars ainsi que la fonction de chargée d’affaires aux États-Unis ou au Canada. En revanche, la presse signale que l’accusé nie catégoriquement les faits qui lui sont reprochés. Le 27 janvier 2013, HAÏTI INFOS informe que la jeune fille de 25 ans, dépassée par la virulence des pressions qu’elle a reçues, a décidé de renoncer à sa plainte en déclarant : « Il n’y a pas de justice en Haïti. ». À cet égard, Le Nouvelliste publie un article titré « J’ai désisté à cause de ma fois chrétienne ». Depuis, plus aucune nouvelle de cette jeune femme. A-t-elle été renvoyée ? Aurait-elle vraiment reçu les 300 000 dollars ? Aurait-elle occupé la fonction de chargée d’affaires ? Nul ne le sait. Silence total!

Le président du conseil électoral, pour sa part, a démenti les accusations par voie de presse. Jusqu’à date, on peut trouver une vidéo de 11 minutes sur YouTube, publiée par Le Nouvelliste, le 29 novembre 2012. En dépit de l’exhortation de l’OPC recommandant « que le concerné se mette à la disposition de la justice afin que le processus suive son cours sans entrave et qu’en fin de compte, la société soit [éclairée] sur le scandale public que cette affaire avait occasionné » ( communiqué publié par Le Nouvelliste le 06-12-2012), il n’a pas remis sa démission. Rejeté en tant qu’ambassadeur en Belgique en raison de ce scandale et bien d’autres (Alter presse, 22 janv. 2015 ; Rezo Nodwes, 1 avril 2017), cette même personne est nommée en 2015, coordonnateur avec rang de ministre à la tête d’une importante institution du pays, tâche qu’il accomplit durant près de trois ans. Le scandale sexuel reste toujours impuni d’où la conclusion que tout viol ou toute violence envers les femmes sont traités dans la presse comme de banales infractions.

Troisième cas typique : le manque de sensibilité à la dignité et à l’honneur

Où sont passés vergogne et scrupule? En 2015, les élections au rectorat de l’Université d’État d’Haïti (UEH) provoquent une escalade d’opprobre. Des dénonciations accablantes et des attaques calomnieuses jaillissent de toutes parts. Entre étudiants, professeurs, membres du conseil sortant, membres de la commission électorale, c’est la guerre. Chacun attaque et se défend à sa manière et en fonction de ses intérêts. Le véritable problème ? Selon certains professeurs et étudiants, le conseil électoral a été expressément mis sur pied pour favoriser la victoire du vice-recteur sortant qui n’avait pas réussi à présenter son diplôme original de maîtrise (voir le Nouvelliste du 7 mars 2016). Or, depuis environ dix ans, à la faculté d’ethnologie tout particulièrement, des étudiants et des professeurs exigent que les doyens et les recteurs de l’université aient leur doctorat. L’histoire de conseils électoraux montés de toutes pièces en vue de propulser un candidat, le plus souvent ne remplissant que peu ou pas les conditions d’éligibilité, est devenue banale si bien que même dans certaines écoles fondamentales, il n’est pas rare de frauder pour orienter l’élection d’un conseil d’élèves . Tromper et corrompre sont devenus des stratégies électorales essentielles pour gagner des élections.

Le ministre de l’Éducation, lui, fait l’objet de plusieurs scandales dont celui relatif à la non-reconnaissance de sa fille et un autre où il est accusé d’être impliqué dans une manigance de surfacturation. En récompense, on le retrouve omniprésent dans toutes les propositions de nouveaux gouvernements et qui plus est, il obtient un portefeuille supplémentaire.

Revenons au scandale électoral à l’UEH. Le vice-recteur sortant est dénoncé pour ne pas avoir remis l’original de son diplôme de maîtrise, mais comme le soulève Bonneau Lemoine, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les autres candidats au poste de recteur acceptent de l’affronter. Le manque de vergogne et de scrupule est banalisé à un tel point qu’il est loisible à tous de s’en défaire. Faire fi des atteintes à son honneur et à sa dignité est devenu une qualité pour celui qui veut « réussir » et gagner des élections. On se rappelle qu’un seuil a déjà été franchi lors des élections de 2011 et de 2016. En effet, après avoir abondamment dénoncé et accusé certains candidats les contestataires participent quand même aux processus. Jusqu’à maintenant, personne n’a encore compris pourquoi le groupe des quatre (4) et d’autres candidats impliqués dans ces contestations, soutenus par des mouvements populaires ont fait ces choix décevants.

A ce sujet, dans un article publié dans le Nouvelliste, Stherson Sénat fait ressortir qu’à l’université comme sur le plan national « à chaque élection organisée, sortent des dirigeants élus sans aucune légitimité » ni autorité. Par conséquent, il est logique que le populisme, la cooptation, le chantage et l’arbitraire règnent dans nos institutions.

Rappelons que les élections à l’UEH se tiennent dans une grande agitation sans qu’on ait pris le temps d’éclaircir la situation ni de tirer de conclusion sur la crise. Le candidat décrié obtient son poste et s’en sort sans légitimité ni autorité sous le couvert du chantage et de l’arbitraire. Ainsi, dès l’entrée en fonction du conseil au rectorat, 19 étudiants sont sévèrement sanctionnés . « Le Conseil de l’Université d’État d’Haïti leur a [infligé] des sanctions plus sévères que le renvoi » fait remarquer le journal en ligne Loop, dans un article publié le 15 novembre 2016 ». Ils sont expulsés de l’université et interdits de pénétrer dans l’espace universitaire sous aucun prétexte. En un clin d’œil, une police ou du moins une milice universitaire voit le jour dans le but de surveiller et de réprimer ces étudiants ainsi que d’autres camarades étudiants solidaires.

En 2017, un article de Haïti Liberté signale la détention d’un faux diplôme de doctorat par le recteur en fonction. « C’est pour la première fois dans toute l’histoire de l’Université d’État d’Haïti (UEH) qu’un recteur est accusé de détenir un faux diplôme » précise le journal en reprenant pour justification l’extrait d’une correspondance entre un professeur de l’UEH et le recteur.

« j’ai pris connaissance de votre correspondance responsive, en date du 30 juillet 2017 relative à la situation scandaleuse des faux diplômes et notamment des faux PH. D. à l’UEH (p.j.1), par laquelle vous [le recteur] avez affirmé que le vôtre était un faux : « quant à « mon » diplôme à moi…j’ai toujours su que c’était un faux »

Les crises électorales et les discussions sur les exigences universitaires pour diriger à l’UEH persistent. Les étudiants de la Faculté d’Ethnologie demeurent attachés à une tradition voulant que leur doyen ait son doctorat. En même temps, se poursuit la lutte pour la réintégration des étudiants qui ont été expulsés . Dans la foulée de ces luttes persistantes, le 12 juin se produit un terrible incident : un étudiant est renversé par un véhicule conduit par le doyen de l’époque. Ce dernier est alors accusé d’avoir agi délibérément, en fonçant avec sa voiture sur les étudiants qui s’étaient massés devant la barrière. Le lendemain 13 juin, tandis que l’étudiant Jean John Rock Gougueder sévèrement blessé, est hospitalisé dans un état critique , Le Nouvelliste (dans le titre d’un article) note que le doyen accusé n’éprouve aucune culpabilité. Même s’il n’avait pas vraiment agi délibérément, ne s’agissait -il- pas de la vie d’un jeune étudiant, d’un être humain?

En fin de compte, ni le doyen, ni le recteur, ni le président du CEP ne démissionnent pour protéger les institutions, leurs dirigeants et le respect de leurs familles sans cesse attaquées par des invectives. Quant au doyen, qui , en 2011, avait déclaré au micro du Nouvelliste, alors qu’il était confronté à une grève de la faim organisée par des étudiants dans une crise de même nature « Je ne démissionne pas .» (Nouvelliste, 23 février 2011), c’est la force des choses qui l’a poussé à rester de côté.
Signalons que la vérité n’intéresse plus personne, que tout le monde ment. Le mensonge est banalisé, à un tel point que le pouvoir et ses alliés, les dirigeants de l’université, certains membres de l’opposition ainsi que des organismes de la société civile l’utilisent comme arme. Cette affirmation se confirme quand le rectorat de l’université accuse les étudiants de vol de chèques afin de trouver une raison valable pour les renvoyer. Fort heureusement, le journal en ligne « ayibopost » fait savoir qu’ « […] un rapport d’enquête de la direction centrale de la police judiciaire désavoue catégoriquement ces affirmations. »
Quelle leçon en tirer? Dans notre pays, on ne démissionne pas pour un scandale. Au contraire, nous en créons pour faire diversion. Les scandales s’avèrent même être utiles!

Soulignons que cela le plus souvent se passe différemment ailleurs. Au Japon, le ministre de l’industrie accusé par la presse d’avoir offert de l’argent et des cadeaux à des électeurs en violation de la loi, a remis sa démission (La Presse, 24 oct. 2019). Le Parisien du 14 février 2020 rapporte qu’un candidat du parti La République En Marche (LREM) a retiré sa candidature aux municipales parce que « des vidéos intimes lui [avait] été attribuées sur les réseaux sociaux ». Dans le même article, il est rappelé qu’en 2011, un « membre démocrate du congrès américain a dû démissionner de ses fonctions, rattrapée par des photos intimes envoyées par de jeunes femmes. » Le premier ministre maltais, quant à lui, a démissionné en raison d’un scandale occasionné par le meurtre d’une journaliste (Le Parisien, 01-12-2019). Selon le journal Le Monde du 12 juillet 2019 , le ministre du Travail américain, Alexander Acosta, a démissionné car il était impliqué dans le scandale du financier Epstein, accusé d’abus sexuels sur des mineures et lequel aurait bénéficié d’un traitement de faveur de sa part alors procureur fédéral. Enfin, Annette Schavan ministre allemande de l’Éducation a remis sa démission pour protéger les institutions auxquelles elle appartenait. Le Monde rappelle qu’elle a dit que « cela [n’allait] pas, la fonction ne [devait] pas être salie ». Elle avait été accusée de plagiat lors de la rédaction de sa thèse en philosophie. Pourtant, elle allait entreprendre des démarches juridiques pour se défendre contre la décision d’invalider son titre.

Quel contraste ! Nous banalisons des agissements qui nous semblent capitaux alors qu’ailleurs on essaie de corriger la situation. Il est donc clair que de jour en jour, Haïti s’enfonce dans une normalisation du mal si évidente que celui qui se veut honnête et sérieux, celui qui s’attache à la dignité est considéré comme une personne stupide et vouée à l’échec. De plus, dans la plupart des cas, cette personne sera appelée à devenir la risée de sa communauté et à être mise au ban de la société. L’intégrité se trouve en quelque sorte punie et la malhonnêteté récompensée. Mensonge, crime, corruption, vol, viol, médiocrité, idiotie, cupidité, égoïsme, ruse, s’érigent en valeurs. D’où la crise à laquelle est confronté le pays. Et, comme nous l’avons mentionné tout au début, il faut mettre fin à cette descente en enfer.

Albert Einstein, prix Nobel, militant pour le désarmement nucléaire, a écrit « ce n’est pas le mal qui progresse, ce sont les gens de bien qui ont renoncé ». Donc, sortir le pays de ce bourbier implique un engagement dans l’agir bien et l’agir juste. C’est-à-dire qu’il faut que nos citoyens reconnaissent et s’attachent à ce qui a toujours été considéré comme de vraies valeurs. Que faire, alors? Former nos citoyens en général, mais en tout premier lieu, former nos jeunes au civisme et à l’éthique, et ce, dès leur plus jeune âge : à l’école, à l’université, à l’école professionnelle et dans leur milieu de travail. Plus tard, d’ autres articles seront consacrés à la crise des valeurs dans certains domaines spécifiques comme la justice, la santé et l’éducation. Ces articles auront comme objectifs d’apporter des propositions précises, claires et concrètes en cette matière : organiser une campagne autour de la nécessité d’une révolution éthique.

Biltonn Bossé, M. Éd.
Conseiller pédagogique au collège St-Thomas d’Aquin




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