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Le baromètre de la confiance politique en Haïti



Introduction

Depuis les auteurs contractualistes (Hobbes, Locke & Rousseau)[ ], l’on sait que l’État est né de la nécessité de pacifier les rapports de tensions interindividuelles. Émergé comme intermédiaire, cet organe pacificateur ou régulateur résulte d’une volonté délibérée du peuple de transmettre son autorité à un ensemble de personnes instituées en un corps légal et protecteur. Ce qui signifie que l’Etat n’a pas été toujours et ainsi existé, mais est le fruit d’un processus d’institutionnalisation du pouvoir politique. Ce faisant, ce dernier n’est plus un instrument devant être manié selon le plein gré de son détenteur, mais qui doit être exercé par un homme ou une femme au nom d’une entité abstraite, l’État.

En effet, le pouvoir n’est pas un dû ou un patrimoine disposé à la simple volonté et aux désirs des gouvernants. Il est une charge soumise à des conditions spécifiques que la société s’engage à confier à des représentants désignés selon des critères préétablis. Ce qui veut dire que l’exercice du pouvoir politique relève d’un rapport de confiance et de service. Par la confiance, le peuple transmet son pouvoir à des représentants, lesquels devant le lui rendre sous forme de services. Mais, observant la dynamique sociopolitique en Haïti, l’on finit par constater que ce rapport de confiance n’existe plus, et ceci, d’une manière plus manifeste pendant la crise du Covid-19. Interpelé par cette méfiance populaire, l’on est amené à ce questionnement : comment l’État haïtien est-il parvenu à perdre la confiance de son peuple ? Qu’arrivera-t-il une fois que ce tissu de confiance liant le peuple à ses dirigeants est déchiré ? Comment rétablir la confiance en Haïti ?

C’est quoi le baromètre de la confiance politique ?

Dans une réflexion sur les facteurs de la chute brutale de la confiance politique en France, durant la présidence d’Emmanuel Macron, Luc Rouban[ ] définit le Baromètre de la confiance politique comme un instrument de mesure de la valeur cardinale de la démocratie. En effet, il dévoile d’abord les niveaux de confiance accordée aux acteurs politiques, sociaux et économiques par le peuple, révèle ensuite les degrés de confiance personnelle et interpersonnelle et divulgue enfin les perceptions de l'avenir articulées entre optimisme personnel et pessimisme collectif. À l’instar de Luc Rouban, notre ambition est de mesurer la confiance que le peuple haïtien accorde aux acteurs politiques et aux institutions publiques durant le mandat du président Jovenel Moïse, surtout pendant la crise du Covid-19.

De l’insouciance de l’État haïtien vers une méfiance populaire

Depuis la chute du président Jean-Bertrand Aristide, passant d’un" chouchou" à un monstre populaire, le compte à rebours d’une méfiance populaire s’est déjà déclenché en Haïti. Arrivé au cours de cette dernière décennie, le baromètre de la confiance politique s’est évidé ou le minuteur est presque épuisé. Le peuple ne sait qui confier, qui choisir. Il devient errant et confus. L’on ne fait qu’exhaler ses passions sans jamais les assouvir. Le pourcentage de votants ces dernières années confirme ce désintérêt du peuple haïtien à être représenté par des voyous. Lors des dernières élections présidentielles, moins d’un quart de la population haïtienne seulement a voté. Alors, peut-on oser dire que les résultats de ces élections sont l’expression de la volonté populaire ? On ne saurait oser l’attribuer à la volonté générale rousseauiste [ ], sachant que la catégorie votante est loin de la raison, mais agit plutôt en fonction d’un intérêt personnel ou de la popularité du candidat.

De nos jours, il est évident que la confiance politique s’est totalement déclinée durant le mandat de Jovenel Moïse. Le peuple ne manifeste plus de crédit à ces dirigeants PHTK-istes et aux institutions devant maintenir la société en vie. L’État semble n’a plus d’autorité sur ses sujets. Et même pendant cette grande crise de Covid-19 qui paralyse presque toutes les activités à l’échelle mondiale (académiques, sportives, commerciales, touristiques…), agenouille les grands ténors de l’Europe (Italie, Espagne, France, Allemagne…) et asperge les ailes de l’Aigle, le peuple haïtien refuse de croire en ses dirigeants. Il arrive que certains croient que le MSPP fabrique des cas sous la commande de l’exécutif afin d’être éligible aux subventions de l’OMS et du FMI. Comment expliquer la chute totale de confiance dans les institutions politiques et dans le personnel politique en Haïti ?

Jovenel Moïse : le président-bluffeur et le propagandiste-imprudent

Il est clair qu’un chef d’État doit s’élever au-dessus de tous les doutes. Quant à son charisme, ça doit être intact. Son honnêteté et sa transparence doivent être garanties. Car il est le représentant de toute une nation. Cependant, si l’on part dès le premier jour de la présidence de Jovenel Moïse, celui-ci n’a fabriqué que des mensonges. D’ailleurs, il a été élu sous base de fausses promesses, en promettant au peuple de lui amener les étoiles du ciel. Qui ne souvient pas de son refrain de campagne selon lequel la combinaison de ces quatre éléments : « rivyè yo, tè a, solèy la, moun yo », serait une garante de l’amélioration des conditions de vie du peuple haïtien. Cependant, les conditions ne font qu’aggraver, comme si les rivières sont taries, la terre s’est effondrée, le soleil est éclipsé et nous, les Haïtiens sommes tous morts.

En outre, au début de son pouvoir, il a garanti à tous la possibilité de se procurer d’un passeport avec seulement 3 000 gourdes, mais il est clair qu’il faut aujourd’hui 10 000 gourdes au moins pour en procurer un. Puis, il a mis en branle une caravane qui, selon lui, garantirait de la mangeaille à tous les Haïtiens, la caravane est passée, des parquets de millions ont été gaspillés, mais toujours les mêmes défis à relever. Il a promis d’électrifier le pays 24/24, entre 18 et 24 mois, nous sommes en 2020, soit à la 3e année de son mandat, mais le black-out s’impose encore. Encore, que de mensonges en pleine crise de Covid-19, en promettant une somme de 3 000 gourdes à ses fanatiques, mais jusqu’alors rien n’est fait. Un bluffeur né, un menteur imprudent… « nèg bannann nan, nèg paspò a, nèg kouran an, nèg karaván nan, nèg moncash la ». Aucune de ces dizaines de promesses n’est tenue. En réalité, aucun programme d’assistance et de protection sociales en faveur des défavorisés, la faim se trône, la cherté de la vie s’impose et la corruption règne à l’amiable.

D’un État de soupçon vers une perte de légitimité populaire

Alors, comment croire en un président qui n’a jamais tenu ses promesses et dont on soupçonne de corruption ? Comment peut-on croire en un État d'un pays où $US 3. 8 milliards sont dilapidés sans que la justice n'ait procédé à aucune arrestation, voire condamnation ? Comment se soumettre à un État qui décrète un état d’urgence sanitaire et l’application d’une distanciation sociale de 1.50 m, alors que des individus s’entassent devant un bureau de l’ONI, en face du palais national, le premier jour même où ce décret a pris effet ? En quoi peut-on se confier à un gouvernement ayant exigé des mesures de confinement et de distanciation sociale et qui autorise, du même coup, le fonctionnement des industries textiles ? Comment peut-on croire en un État où son ministère de la santé a officiellement annoncé un décès lié au Coronavirus, mais une fois contesté pas la famille de la victime, envisage d’enquêter sur la décision de son propre ministère ? Pourquoi croire à un État qui affirme avoir dépensé $US 26 millions, en moins d’un mois pour la gestion du coronavirus, sans aucune réelle prise en charge ? Donc, comment peut-on se confier à un État qui n’est pas sûr de lui-même?

C’est évident de voir que malgré les 596 cas confirmés et les 21 décès liés au coronavirus que le MSPP vient d’enregistrer, ce mercredi 20 mai 2020, la population haïtienne s’est toujours vaqué à ses activités quotidiennement, comme si le coronavirus n’existe pas. Les marchés publics et les coins de vente fonctionnent, toujours du transport en commun qui empile les passagers et les rues sont encore animées d’incessants va-et-vient. Ce qui prouve enfin que le baromètre de la confiance politique risque de se pointer à 0 degré.

Comment rétablir la confiance en Haïti ?

On ne peut rétablir la confiance qu’en ré-inventant l’État. Ré-inventer l’État ne signifie pas changer de figures ou de régimes, mais un État construit par et pour les Haïtiens. Pas un État importé qui est l’expression d’un autre Etat, pas un Etat fabriqué qui n’est qu’un simple exécuteur des commandes de la classe dominante. Mais réinventer l’État signifie construire un État guidé par le sens d’humanité et de service. D’ailleurs, la confiance populaire ne serait restaurée en Haïti qu’en transformant cet ordre social asymétrique, précisait le sociologue et l’essayiste haïtien, Géraldo Saint-Armand [ ], lors d’un entretien avec "Le National", le jeudi 21 novembre 2019.Pour ce faire, notre devoir à tous consiste en une bataille morale et éthique, laquelle nous insinuerait une responsabilité citoyenne qui nous soumettrait du même coup à un idéal commun. Outre de cela, la course vers la satisfaction de son propre ego serait l’idéal vers lequel tend aveuglément l’individu haïtien.

Conclusion

Constitué par des individus légalement choisis pour représenter et gérer les intérêts du peuple, l’État est appelé à être un organe de transparence et d’honnêteté. Étant liée par un rapport de confiance, quand l’État perd la confiance de son peuple, sa légitimité est automatiquement remise en question. Puisqu’on ne peut oser se fier à un Etat dont on soupçonne. Dans pareil cas, le dépérissement s’empare de l’État et le malheur se plane sur le peuple, comme c’est le cas d’Haïti.

Épuisant la patience du peuple avec trop de mensonges et d’actes de corruption et d’impunité, le pouvoir PHTK-iste perd finalement sa légitimité populaire. Aucun effort n’est mobilisé pour affranchir la masse défavorisée de la bassesse à laquelle elle est assignée. A chaque discours de notre soi-disant président, Jovenel Moïse, on ne peut lire qu’un mélange de" répétitions et de contradictions", de "compassion et d’hypocrisie". Le peuple semble planter dans le confinement du désespoir et s’inscrire dans un régime de "Laisser-faire". Or, aucune nation ne saurait prospérer, tout en perdant la confiance en ses dirigeants. Alors, il faut à tout prix rétablir la confiance, en réinventant cet État qui s’adonne au service de la classe dominante. Et tout cela ne serait effectif que parla révolution et la révolution seule.

Serge BERNARD ;
Sociologue & Activiste politique ;
Rue des martyrs, Ouanaminthe, Haïti ;
Facebook/Twitter: Serge Bernard de Mazamby;
Tels: (509) 4307-4343 / 4878-6883 (What.);
Email:bernardserge47@yahoo.fr




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