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Les bossus de coulisse, vrais "Baka" de la politique boutiquière haïtienne

Les bossus de coulisse, vrais "Baka" de la politique boutiquière haïtienne



Le bossu en Haïti est une personne humaine subissant une déformation de la cage thoracique lui imposant une gêne physique, suite à une cyphoscoliose très grave avec gibbosité. Cependant, dans notre culture, c'est un personnage sujet à moquerie auquel on attribue toutes les maladresses; mais il est très craint aussi, au point que, souvent, on l'associe au mal personnifié ou à un malfaiteur né. Dans certaines contrées, on le voit à tort, comme "un Baka" policé. Le Baka dans la culture populaire haïtienne est un être désagréable, discrètement gardé derrière les comptoirs des boutiques et destiné au forçat. Il est tout aussi le bras vengeur qui accomplit pour le compte de son propriétaire des pirouettes soit pour gruger le fonds de commerce des autres concurrents, ou leur infliger des mauvais sorts.

Pourquoi l'idée d'un Baka dans une boutique? Un baka dans une boutique donne une certaine assurance de quiétude à ses propriétaires pour des raisons diverses et variées :

1) il est craint sans être vu, objet de toutes formes de supputations ou de conjectures;

2) Il est obéissant et fidèle envers ses maîtres et veille au grain avec efficacité au point que ses maîtres peuvent être analphabètes, sans notion de monnaie; mais, avec l’aide du Baka, peuvent se révéler des astres en calcul mental, et, dans le cas contraire, la psychose aidant contraint les acheteurs à retourner - en cas de mécompte - tout indu;

3) les maîtres peuvent même paresser parce que ce n'est pas leur effort qui rend le commerce florissant, mais les menées du Baka.

4) La docilité du Baka envers ses maîtres peut même autoriser ces derniers à les prêter ou vendre pour des expéditions punitives.

5) Quoiqu'il ait la force de frappe, mais si aliéné, si banal, si méprisable, il ne prendra aucune initiative pour détrôner ou supplanter ses maîtres ou tout ce qui en apparence ressemblerait à ses maîtres;

Alors, ces êtres mésestimés, aliénés et dressés que pour tapir dans le sombre, vivre dans les placards, se confondre dans la crasse, le poisseux et le sordide ne comprennent et ne s'expliquent que des verbes : bourlinguer, épier, ruser, voler, subtiliser, agresser et détruire.

Tout cela n’est pour expliquer que la politique haïtienne est cette boutique qui ne fonctionne pas suivant une logique ni un plan d'affaires conçus sur une compréhension d'un marché, d'un mécanisme de service, des projections d'avenir; encore moins d'octroi de ressources et des compétences sûres. Des Bakas, tapissent dans les placards des pouvoirs de l'État, sont au service de tous maîtres pour accomplir des sales besognes liées à des intérêts d'individu, de famille ou de clans. Ils n'ont d'autres missions que tenir les règles et secrets de la baraque poisseuse, avec sur la façade toutes les empreintes des intempéries successives avec des toiles d’araignées énormes flottant dans les fenêtres des mezzanines. Un spectacle hideux et flippant pour effrayer et décourager tout passant ou potentiel locataire ou successeur non admis d'abord de l'intérieur de ces lieux hantés.

Tout comme pour certains riverains de cette boutique indexée, trop sensibles et enclins à avoir des haut-le-cœur, préférant faire des emplettes ailleurs. Mais certaines fois, pour éviter la foudre des Bakas qui prendraient cette attitude pour mépris de leur pas-de-porte, ils feignent le "sa je pa wè, kè pa tounen", en se constituant une clientèle de surface pour certains produits ou d'autres mêmes avariés bons à distribuer aux domestiques et sans-logis. Ainsi, une charité bien ordonnée qui leur donnerait bonne conscience aux messes dominicales d'autant que les servis ne lisent pas et n'ont d'égard que pour ceux qui leur jettent des miettes.

Ces bossus qui ne sont jamais sous les réverbères ne sont pas connus de grand monde. On les appelle les gardiens du temple, les grands conseillers, les faiseurs de règles, les mécaniciens-ajustables de la machine politico-administrative démodée. Ils sont fiers d'en être la mémoire vivante et être aussi conteurs du passé de cette boutique et des différents maîtres qui se sont succédé auxquels ils transmettent la technique des coups-fourrés, des lèche-culs, des bouchers et des jongleurs. Ils déclarent bons-maîtres tous ceux qui ne cherchent pas leur visage et qui ne se gênent pas de se laisser empoignés et menés par des mains sales et gluantes suivant la tradition et ignorant qu'ils sont de grands "siphonneurs" de beurre et de gras.

Ces bossus, auxquels pourrait faire allusion Frantz Kafka dans son œuvre Le Château, ne peuvent être conviés à aucune logique de changement qui les effraierait si tant de se voir obligés à conjuguer désormais les verbes : Servir, respecter, sortir, permuter, changer, évoluer, tolérer, transmettre, rendre compte, évaluer, se recycler et prendre congé. Oh non! ce sera la révolte de ces bossus ombrageux, ancrés dans des théories périmées et incapables de retourner en classe et de se moderniser. Ah non! surtout pas hein! la technologie c'est pour les petits-enfants, laissez-nous à notre paperasserie jaunie et poussiéreuse; car là nous sommes passés pour le dieu du tourner en rond et du rien ne changera.

Pour illustrer les assertions plus haut évoquées, souffrez que soit partagée avec vous une anecdote : une firme fut retenue, après des décisions administratives d'appel d'offre et tralala, pour la rénovation du Palais de Justice de Port-au-Prince. La firme devait entrer en possession du plan de construction du Palais de Justice et, après maintes tergiversations sur plusieurs jours, on avait finalement appris qu'un seul employé du Ministère des Travaux publics pouvait repérer sans problème les plans de presque tous les bâtiments publics de l'ère du champ de Mars; mais, non disponible parce que très âgé et malade. L'une des autorités présentes s'empressa de dire ce n'est pas humain... pourquoi ne pas le mettre à la retraite et liquider sa pension? Rapidement, le supérieur hiérarchique du concerné enchaîna pour dire que le vieux ne voulait pas et qu'il serait hostile à toute passation de compétences. Quoiqu'il ait plus de 50 ans dans le service à chaque fois que l'on veut lui adjoindre quelqu'un, il le piège ou lui fait peur jusqu'à le pousser à l'abandon.

Donc, rendons courte une longue histoire: Après des jours il a été fait chercher et en titubant, il a grimpé sur un escabeau pour prendre - derrière une boite sur une étagère poussiéreuse, sans hésitation - et remettre un papier vieilli et enroulé identifié comme le fameux plan. On a été content de savoir qu'effectivement les plans existent, mais à notre déconvenue le lendemain, les ingénieurs ont constaté que ce fut seulement le plan du rez-de-chaussée. Tout de suite le supérieur hiérarchique a ordonné la recherche par un autre employé. Après des jours sans succès on a appelé au téléphone le vieux convalescent qui s'est esclaffé en disant : "se moun sòt mwen ye poum ta vin ban nou revokem, je n'ai jamais archivé toutes les parties de quelque plan qu'il soit au même endroit et si je dois remettre les autres parties il faut me retourner la 1re partie" (sic) et il menaça même de tout détruire s'il devait perdre son boulot.

Alors comprendra qui veut ! Si la tendance générale est cette situation, sur le plan macro aucun changement n'arrivera même avec les meilleures intentions du monde. Comme l'a si bien dit l'ancien Gouverneur de la Banque Centrale M. Fritz Jean, "l'Etat est capturé ". Cependant, non plus par des maîtres apparents comme il veut le croire, lesquels sont des boutiquiers, pacotilleurs non instruits; mais plutôt par de nombreux bossus tapis dans les arcanes et gouttières des pouvoirs publics.

Daniel JEAN
23/05/2020
daniel_jean50@yahoo.fr




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