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De l’Intelligence propre et du Savoir pur

De l’Intelligence propre et du Savoir pur



Je n’ambitionne pas ici d’élaborer une théorie en vue de finalement décrocher une place parmi les grands théoriciens du monde, mais plutôt de répondre à une persistante et continuelle incitation de l’Esprit. Ce murmure, plus ou moins habituel, que j’ai plus d’une fois négligé et qui me revient de temps en temps, me parait comme une dictée autrement dit une exhortation à laquelle je ne peux qu’obéir.

Dans mon vécu quotidien et face aux problèmes que confronte mon pays (Haïti), je me trouve souvent dans l’obligation de répondre aux questions des jeunes sur la notion de compétence. J’ai moi-même souvent mis en doute la compétence de la classe dirigeante contemporaine d’Haïti.

Dans mes différentes interventions comme directeur d’opinion et comme patron de média, j’ai toujours eu à mentionner que la dernière fois que l’histoire d’Haïti était en face de l’intelligence et d’un savoir quelconque remonte à des gens peu instruits et à peine lettrés : Jean Jacques Dessalines, Toussaint Louverture, le Général Cappoix La Mort et j’en passe !

Je n’arrive jamais à comprendre comment des gens qui savaient à peine lire pouvaient lutter jusqu'à permettre à la jeune Nation haïtienne de s’échapper à l’esclavage qui l’abêtissait et accéder à son Indépendance, alors qu’il parait aujourd’hui impossible à nos universitaires, pour la plupart, détenteurs de maitrise et de doctorats des grandes universités du monde et d’Haïti, de conserver cet héritage et sa souveraineté.

Malgré l’expansion des Sciences humaines en Haïti (la sociologie, le droit, les sciences politiques, l’économie, l’anthropologie, le Travail social, etc.), l’intelligentsia haïtienne n’arrive pas en 30 ans à résoudre un seul problème (voyez que je ne parle pas de Problématique, mais plutôt de problème).

Après plus de deux siècles et 17 ans de l’établissement de l’État, nous ne nous montrons même pas capables de répondre au besoin le plus élémentaire du peuple haïtien, soit le « MANGER ». Il y a là lieu de douter des savoirs qu’on dispense à l’École et à l’Université.

Il nous faut non seulement douter du savoir prétendument dispensé, mais aussi de la manière dont il doit affecter l’homme en le rendant meilleur. On peut remarquer que le système éducatif haïtien, loin de former des hommes, ne crée que les monstres que nous connaissons. Des gens qui ne peuvent, par leurs actes et décisions, qu’empirer ou amplifier le mal haïtien !

À tous ces jeunes qui apprécient souvent mes interventions lors des conférences ou des émissions de Radio et qui me demandent souvent comment des personnalités (professeurs d’université, intellectuels, avocats, professionnels bureaucrates et techniciens) que l’on prenne pour être compétentes peuvent offrir de résultats aussi médiocres ? Je réponds toujours que malgré leur niveau d’études, il leur manque une intelligence propre et un savoir pur !

J’estime que le temps très court qui m’est souvent imparti pour répondre à une question aussi complexe m’a toujours empêché de fournir des explications édifiantes et non équivoques. Je profiterai de ce travail de réflexion et d’effort de théorisation pour fournir tous les détails autour de ma compréhension de ce sujet qui se veut un exercice de pensée critique sur des notions comme : le Savoir, l’Intelligence et la Compétence.

Le savoir, intelligence et compétence

Selon le Petit Larousse, le terme Savoir peut être entendu comme un ensemble cohérent de connaissances acquises au contact de la réalité. C'est-à-dire avoir la capacité, après étude et apprentissage, de pratiquer, d’exercer une activité. Parmi toutes les définitions fournies par le Petit Larousse du concept intelligence, je retiens celle-ci : Aptitude d’un être humain, à s’adapter à une situation, à choisir des moyens d’action en fonction des circonstances. Et enfin la compétence qui est une capacité reconnue en telle ou telle matière (domaine) en raison de connaissances possédées et qui donne le droit d’en juger.

À bien juger de chacune de ces définitions classiques du dictionnaire, on conclura que la compétence est une combinaison à la fois du Savoir et de l’Intelligence. Donc quelqu’un qui est compétent possède un savoir mis en action à l’aide de l’intelligence. Tout savoir suppose quelques compétences.

Nous ne doutons nullement que parmi les nombreux dirigeants haïtiens, il y en a qui possèdent des connaissances. Par exemple, ceux-là qui sont avocats et qui travaillent comme ministres de la justice ou membres du cabinet du ministre de la Justice ou comme juges ou comme défenseurs publics ne possèdent-ils pas une capacité reconnue dans le domaine du Droit ? Si ces brillants avocats que nous chérissons sont compétents pourquoi ne sont-ils pas capables de rendre meilleur le système judiciaire ?

Ces questionnements peuvent être soulevés pour tous les autres domaines de la vie publique. Nos économistes devenus gouverneurs de la Banque de la République d’Haïti, nos agronomes devenus ministres de l’Agriculture, et j’en passe, ne sont-ils pas souvent issus des grandes universités à l’étranger et de l’Université d’État d’Haïti qui sanctionnent leurs études d’une licence, d’une maitrise ou d’un doctorat sous base d’une évaluation globale de leur compétence ?

Et pourquoi malgré les compétences certifiées de ces personnalités de renom tout ce que nous entendons d’elles c’est qu’elles grossissent le rang des corrompus et alimentent la corruption sans le moindre souci des résultats ? Être compétent techniquement sans être doué d’intelligence propre et de savoir pur est de la monstruosité pure et simple ! Avant d’énoncer ma vision de la notion d’intelligence propre ou nette et le savoir pur, je le pense nécessaire de tenter d’établir la différence entre deux (2) formes de compétences distinctes ; la Compétence technique et la Compétence humaine. La première renvoie à un savoir-faire et la deuxième à la déontologie (Ethique) ou la vertu.

Compétence technique

Elle exprime un savoir-faire mis en œuvre en vue d’atteindre un résultat ou une performance. L’ébéniste à une compétence technique qui l’habilite à construire une chaise. La chaise est un résultat, une performance. Le Juriste, de son côté, est un professionnel du droit ayant une compétence technique l’habilitant à participer à l’organisation de la société ou tout simplement du système judiciaire. La qualité du système judiciaire, des décisions de justice sont un résultat.

Par extension de sens, la compétence technique est la capacité de faire quelque chose dans un domaine spécifique. La forme dans laquelle on réalise cette activité fait toute la différence. La valeur de la prestation d’un professionnel ou d’un universitaire ne dépend pas seulement de sa compétence technique, mais également sa déontologie. Ce qui veut dire qu’on ne reconnait un professionnel qu’à deux conditions : une compétence technique et un comportement déontologiquement adéquat.

Compétence humaine

La compétence humaine elle-même renvoie à la déontologie qui se veut la matrice du bon comportement professionnel ou un code d’exercice professionnel. Elle peut être définie comme étant l’ensemble des règles ou des valeurs à suivre dans la mise en œuvre d’une compétence technique.

Le médecin vêtu de sa blouse blanche et qui ausculte le malade (patient) exerce sa compétence technique. Il est techniquement compétent parce qu’il est détenteur d’une licence en médecine octroyée par une faculté de médecine. Mais si ce médecin en auscultant le patient comprend de quoi il souffre et connait un médicament efficace qui puisse soulager et guérir rapidement le patient et ne le fait pas pour faire durer le traitement et ainsi soutirer le plus d’argent possible de ce patient en le demandant de revenir chaque huit jours à la clinique est un médecin humainement incompétent.

Les compétences humaines sont les vertus attachées à la personnalité d’une personne moralement responsable pratiquant certaines vertus. Ce sont aussi les qualités personnelles, humaines et relationnelles que montre une personne sur le lieu de travail. Ces qualités ou vertus ne concernent pas les diplômes décrochés ni les connaissances techniques sur un sujet, mais plutôt le savoir-être. Parmi les compétences humaines, nous pouvons citer : la loyauté, l’honnêteté, l’empathie, la bienveillance, la sensibilité, le sentiment d’humanité, etc.

La Notion d’intelligence propre et du Savoir pur

Nous entendons ici par Intelligence propre et Savoir pur la combinaison, la rencontre de la compétence technique et la compétence humaine. Une personne qui est compétente techniquement et qui ne l’est pas humainement est compétente au rabais. Sa compétence technique devient alors un fardeau, un vice, un cauchemar.

L’humanité est peuplée de personnes hautement qualifiées et incontestablement compétentes techniquement, mais jetons un œil sur l’avenir du monde et son état actuel pour comprendre que malheureusement leurs compétences techniques ne suffisent pas pour offrir un monde meilleur à celui que nous avons aujourd’hui. D’ailleurs, le monde tel qu’il est aujourd’hui est la résultante de toutes les décisions et actions entreprises par ces personnes (les seigneurs du monde pour citer Jean Ziegler).

L’intelligence propre ou le Savoir pur est l’exercice d’une compétence technique soutenu par la compétence humaine soit les valeurs interpersonnelles ou déontologiques. Pendant mon parcours universitaire et professionnel, j’ai eu l’opportunité de croiser le chemin de nombreux grands professeurs haïtiens. Je n’avais jamais été en contact avec le savoir que quand j’assistais aux cours dispensés par ces professeurs émérites.

En mon for intérieur je tentais subtilement de déifier ces professeurs extrêmement compétents techniquement et qui, par l’art avec lequel ils dispensaient leur cours, m’envoutaient et me subjuguaient. Ces professeurs dont je parle, une fois accédés à un poste nominatif ou gouvernemental, deviennent de fieffés crétins inopérants. Au contraire, au lieu de constater de résultats manifestes ou des améliorations dans les sphères d’activités publiques auxquelles, ils sont affectés, on n’entend que leur implication dans des scandales de corruption. J’ai toujours eu au cœur une blessure incicatrisable quand j’entends leurs noms impliqués dans de vastes affaires de corruption.

Je me suis toujours dit comment une personne aussi compétente peut se laisser salir sa renommée. La réponse, je l’ai aujourd’hui. Sans la compétence humaine, la compétence technique ne peut qu’être théorique et ne peut que s’apparenter au crétinisme à outrance.

Seule la compétence technique mêlée à la compétence humaine est capable de sortir Haïti du bourbier où elle est. C’est ce mélange de compétence technique et de compétence humaine que nous appelons l’Intelligence propre et le savoir pur comme pour parler d’une intelligence ou d’un savoir incompatible à l’impureté morale et aux vices. En d’autres termes c’est un savoir ou une compétence qui ne se heurte pas contre les intérêts collectifs à la satisfaction des intérêts particuliers ou personnels. Transformons Haïti par l’expérience de cette nouvelle forme d’intelligence et de savoir.

L’Intelligence totale doit être propre et le savoir complet pur !

Daniel LORISTON
Jeune Penseur critique
Port de Paix, Haïti
loriston2000@gmail.com




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