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Haïti et l'élection présidentielle dominicaine du 5 juillet prochain

Haïti et l'élection présidentielle dominicaine du 5 juillet prochain



Haïti, en tant que sœur siamoise de la République dominicaine et qui, paradoxalement, entretient des rapports conflictuels avec cette dernière depuis sa naissance en 1844, doit placer ce pays au cœur des préoccupations politiques nationales. Cela revient à dire que l’élection présidentielle du 5 juillet prochain dans l'île voisine revêt une importance capitale pour Haïti. Elle doit être suivie de près par les esprits avisés et les dirigeants politiques haïtiens en particulier. Car une éventuelle victoire de la droite dominicaine pourrait apporter des modifications dans la politique migratoire de l’Est à l’endroit des Haïtiens d’autant qu’on a plus de 40 000 étudiants(Le Nouvelliste,15/2/2017) et près d’un million de compatriotes en situation irrégulière( Siegfried Pared, HAITI LiBERE,10/7/2010) qui s’y sont réfugiés à la recherche d’un mieux-être se transformant parfois en un rêve cauchemardesque.

Par ailleurs, vu le rôle que la République dominicaine a joué depuis près d’un siècle dans la vie politique haïtienne soit par le soutien financier des candidats à la présidence (élections 2011), soit par sa contribution dans la lutte pour le renversement d’un chef d’État en fonction (GNB,2004), soit par l’ingérence se traduisant par des déclarations menaçantes, d’antipathie et d’hostilité, il est impérieux pour Haïti de suivre avec intérêt cette course à la magistrature suprême dans l’État voisin.

Elle doit chercher à comprendre, à travers cette campagne, comment les candidats perçoivent les problèmes nationaux, comment ils entendent aborder la question des illégaux Haïtiens afin de définir une stratégie adéquate pour faire face à cette situation et comment ils envisagent les rapports haitiano-dominicains.

Contrairement à Haïti, où l’on a généralement depuis plusieurs décennies une armée de candidats à la présidence, en République dominicaine, les compétiteurs au fauteuil présidentiel pour cette année 2020 sont au nombre de six dont trois sont présidentiables. Il s’agit de Luis Abinader, Gonzalo Castillo, Leonel Fernandez. Qui sont-ils ? À quel Parti politique et à quel courant idéologique appartiennent-ils ? Lequel, d’entre eux, est apte à remporter cette élection ? Comment Haïti devrait-elle se positionner en cas d’une éventuelle victoire de la droite dure qui semble se dessiner à l’horizon ?

Luis Rodolfo Abinader

Il se présente sous la bannière du Parti révolutionnaire moderne (PRM) qui, en dépit de sa filiation au PRD (Parti révolutionnaire dominicain) de Peña Gomez, demeure un Parti de droite. Cet économiste et homme d'affaires de 53 ans a fréquenté des écoles et universités les plus prestigieuses tant en République dominicaine qu'aux États-Unis d’Amérique.

Sa formation académique

En effet, après ses études classiques au ‘’ Colegio Loyola’’, il s’est orienté vers l'Institut technologique de Santo Domingo (Intec) où il a décroché un diplôme en économie. Il a poursuivi ses études de troisième cycle en gestion de projet à l'Institut Arthur D. Little à Cambridge, Massachusetts. Il a également étudié la finance d'entreprise et l'ingénierie financière à l'Université Harvard et la gestion avancée au Dartmouth College dans le New Hampshire.

Un homme d’affaires réussi

Chez Abinader, les études sont mises au service de l’entreprise. Il a parfaitement réussi ce mariage qui n’est pas toujours facile.Comme Homme d’affaires, il dirige un ensemble d’entreprises dans différents secteurs. Ce qui porte à dire qu’il est le symbole de la réussite dans le domaine de l’entrepreneuriat dans son pays.

Il a aussi œuvré dans le social, particulièrement dans le domaine de l’éducation. Il est membre du conseil d’administration de l’Université O&M. C’est à ce titre qu’il a été récompensé par le Rhode Island State Congress, aux États-Unis, pour sa carrière dans les sphères publique, éducative et commerciale.

Abinader semble déjà avoir l'estime des États-Unis, le patron de la région. Car, il a reçu des prix du bureau du maire de Boston et du Sénat de l'État du Massachusetts pour sa contribution à l'enseignement supérieur, à l'engagement civique et au service communautaire.

Sa carrière politique

Abinader n’est pas un politicien madré et très expérimenté. Cependant, il n‘est pas non plus un novice dans la politique. Il a été candidat à la présidence sous les couleurs du PRM lors des élections générales de 2016 en alliance avec le Parti social-chrétien réformiste (PRSC). Il était candidat à la vice-présidence aux élections de mai 2012 pour le Parti révolutionnaire dominicain (PRD).

Le 6 octobre 2019, il est choisi par le PRM comme candidat présidentiel du principal parti d'opposition. Dans son programme, il promet le changement et entend lancer une bataille contre la corruption qui ronge l’État dominicain.

Abinader reste le candidat le plus populaire et le plus riche parmi les cinq autres. Son engagement dans la lutte contre la Covid-19 a renforcé sa popularité qui croît graduellement au fil des semaines.

Gonzalo Castillo Terrero

Il y a une certaine similitude entre Abinader et Castillo. Il s’agit de deux hommes d’affaires passés à la politique. Cet ingénieur de 60 ans, né à Barahona (Sud du pays proche d’Haïti), est le candidat du PLD (Parti de libération de la République dominicaine) qui est également le Parti au pouvoir; ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse.Son slogan de campagne est la continuité dans la diversité.

Sa formation académique

Il a fait ses études classiques à l'école Divina Pastora et ses études supérieures à l'Institut polytechnique de Loyola à San Cristobal. Là, il a obtenu le titre d'Expert en électronique industrielle en 1980. En outre, il a poursuivi des études de troisième cycle en électronique numérique et microprocesseurs à la Pontificia Universidad Católica Madre y Maestra. Finalement au Québec, au Canada, il a complété un MBA en administration des affaires.

Ses entreprises

Études et entreprises font bon ménage chez lui comme chez Abinader . Au cours de sa carrière d’entrepreneur, il a fondé sa première entreprise en 1983, dédiée à la vente d'équipements technologiques. En 1992, il en a fondé une autre, Helidosa Aviation Group, une société offrant des services d'aéroambulance avec des avions et des hélicoptères.

Sa trajectoire politique

Sa réussite financière assurée, Castillo s’est lancé dans la politique. Il a débuté, dès 18 ans en 1979, au sein du Parti de libération dominicaine (PLD) qui, historiquement, est un Parti de droite, mais s'est timidement glissé vers une politique sociale aux senteurs de la gauche au cours des deux mandats du président Danilo Medina. En 2001, Castillo a été élu membre du Comité central de ce parti. En 2002, il a intégré l'équipe de campagne de l'ancien vice-président de la République, Jaime David Fernández. En 2005, il a travaillé dans l'équipe de campagne présidentielle de l’actuel chef de l’Exécutif pour les primaires de 2007 contre l'ancien président Leonel Fernández.

De 2012 à 2019, il a été ministre des Travaux publics et des Communications. Il a marqué son passage à la tête de ce ministère en réalisant la première fiducie publique de la République dominicaine. Qu’en est-il de Fernandez ?

Leonel Fernandez

Fernandez est le candidat le plus complet en termes d’expériences politiques, de formation académique et de maîtrise des relations internationales. Après Juan Bosch, c’est le Dominicain le mieux connu et le plus respecté à l’étranger. Président du PLD jusqu'à sa défaite surprenante lors des primaires du 6 octobre 2019 qui l’ont opposé à Gonzalo Castillo.

Après cette défaite difficile à digérer, Fernandez a créé son propre Parti ‘’ Fuerza del Pueblo’’ (Force populaire) qui a l’allure d’un parti de gauche et se déclare candidat. Avec ses 67 ans, il va sans dire qu’il est le candidat le plus âgé de la compétition pour cette présidentielle.

Sa formation académique et sa carrière
Il est difficile de présenter le parcours académique de ce candidat qui est à la fois professeur, écrivain, polyglotte et homme politique bourré d’expériences.Son mot d'ordre est l'expérience et la compétence au service du pays.

Après avoir terminé ses études secondaires, il a entamé des études de droit à l'Université autonome de Santo Domingo (UASD) et a poursuivi sa formation universitaire à New York, aux États-Unis où il a passé une bonne partie de son enfance et de son adolescence. Il a rejoint le PLD en 1973.

Il fut professeur à UNIBE (Universidad Iberoamericana), une prestigieuse université, et à la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLACSO), dans les domaines de la sociologie de la communication, du droit de la presse et des relations internationales.

Il a reçu le titre de docteur Honoris Causas dans plus d’une dizaine d’universités prestigieuses en Europe (Sorbonne), en Amérique du Nord (Université du Massachusetts), en Asie (Hankuk University of Foreign Studies, Corée du Sud), en Amérique latine (Université nationale de San Martín, Argentine) et chez lui en République dominicaine (Université nationale Pedro Henríquez Ureña.) etc.

En tant qu’écrivain, il a publié de nombreux ouvrages dont Le crime de l'opinion publique (Sa thèse de doctorat), Racines d'un pouvoir usurpé, Les États-Unis dans les Caraïbes : De la Guerre Froide au plan Reagan, La République dominicaine vers le nouveau siècle, Mondialisation et République dominicaine

Il a déjà dirigé la République dominicaine à trois reprises (1996-2000, 2004-2008, 2008-2012) et est devenu dans un certain sens, l’incarnation du philosophe-roi dont parlait Platon dans sa théorie politique (La République) ou de Demesvar Delorme, ce grand politique et écrivain haïtien du XIXe siècle, dans son excellent ouvrage Les Théoriciens au pouvoir.

La République dominicaine se veut non seulement un modèle économique, mais aussi une référence politique dans la Caraïbe. Contrairement à Haïti qui a toujours fait choix de l’amateurisme politique et de l’incompétence (Exception faite pour Leslie François Manigat) à chaque élection présidentielle depuis la chute de la dynastie des Duvalier en 1986, elle cherche la voie du progrès et du bien-être social par la symbiose du binôme savoir-pouvoir.

Par ailleurs, avec la montée fulgurante dans les sondages du candidat du PRM, Luis Abinader, qui représente, à certains égards, la vraie droite et les secteurs conservateurs dominicains de par son statut socio-économique, Haïti doit s’attendre, si ce dernier parvient à faire la différence au second tour face à une éventuelle alliance entre Fernandez et Castillo, à une politique migratoire encore plus drastique. Au cas où ce scénario se matérialiserait, l’État haïtien n’aurait alors d’autres choix que de jouer la carte du commerce qui est un levier sensible capable de faire plier Santo Domingo.

Bleck D Desroses,
Professeur d’Histoire et de Géopolitique
bleckedward@gmail.com




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