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Quelques repères pour comprendre le présent et construire l’avenir

Quelques repères pour comprendre le présent et construire l’avenir



L’histoire est un éternel recommencement. Les collectivités humaines font inlassablement les mêmes expériences, sans doute, sans jamais en tirer les enseignements nécessaires. Haïti n’échappe pas à cette constante. Notre pays se retrouve, comme en 1791, à la croisée des chemins avec diverses catégories sociales s’affrontant pour une position dominante. Les masses, issues des strates les plus défavorisées de la société croupissant dans une misère innommable, et, espèrent de tous leurs vœux, le chambardement de l’ordre établi depuis trop longtemps. La catégorie des affaires est un groupe disparate ou les positions varient au gré des intérêts de chacun. Celle du milieu, se retrouvant entre les deux autres, très hétéroclite, est constituée des lettrés (je n’ose dire intellectuels), des politiques, des commerçants, des socioprofessionnels... Seules les masses peuvent prétendre au changement profond des conditions d’existence pour tous dans cette société en putréfaction, jadis esclavagiste et ségrégationniste, aujourd’hui consumériste, compartimentée et, plus que jamais, ségrégationniste.

La formation du G-9 en famille et alliés, cartel de gangs crée une situation nocive surtout en raison des commanditaires supposés de cette entreprise. Cela va inéluctablement influer sur la vie politique de la nation. Quelle que soit l’issue des prochaines élections, le paysage politique haïtien ne sera plus le même. Pour mesurer, sans à priori, la portée du changement (malheur) qui nous guette, il convient d’analyser, à vol d’oiseau, l’histoire politique récente de notre pays.

1990 : Aristide ou la chance qui passe.

Sans vouloir réécrire l’histoire, il faut se rappeler qu’une partie de la classe politique, prise de panique à l’annonce de la candidature à la présidence du docteur Roger Lafontant, et se sachant incapable de contrer les néo-duvaliéristes, a court-circuité le processus de désignation de son candidat pour se rabattre sur le père Jean Bertrand Aristide, l’homme providentiel. De raz-de-marée électoral en passant par le coup d’état manqué du 31 janvier 1991pour aboutir enfin au 7 février 1991, le premier gouvernement démocratiquement élu charriait les rêves de tout un peuple. Le rêve s’est transmué en cauchemar. L’armée a déposé le président élu six mois après sa prestation de serment. Les vieilles habitudes sont coriaces. Le retour à l’ordre constitutionnel n’a rien changé. La lutte pour une société plus juste et pour l’égalité des conditions de vie n’était plus à l’ordre du jour. Titid était revenu pieds et poings liés. Sa réélection n’avait rien changé non plus. Un second coup d’État-séquestration l’avait rendu aphone, depuis.

Dans le même temps, les disparités entre les différentes couches sociales sont devenues de plus en plus criantes. Les deux mandats du président René Garcia Préval ont apporté une paix factice à la société. Le peuple a pu rappeler au bon souvenir de ses dirigeants qu’il fallait encore compter avec lui lors des émeutes de la faim. Sinon, le pays continuait allègrement sa descente aux enfers. Les gouvernements de transition n’ont rien apporté. Le 12 janvier 2010 qui aurait pu nous servir de catalyseur pour fonder véritablement la Nation a permis simplement l’émergence de nouveaux millionnaires tout en favorisant l’avènement de nouvelles figures dans le paysage politique.
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Le Martélisme ou les incompétents au pouvoir

Michel Joseph Martelly a été propulsé à la suprême magistrature du pays du jour au lendemain. Dépourvu de toute culture politique, détenteur d’un savoir approximatif, le chanteur haïtien, fort de sa popularité et d’un charisme évident, a conduit la barque du peuple haïtien vers des horizons non encore explorés jusqu’à lui. En effet, ce qu’il restait de retenu et de pudeur, tant politique que morale, s’est évaporé avec le Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) au pouvoir. L’élection de Jovenel Moïse perpétue le savoir-faire Tèt Kale.

Dans ce contexte politique bouillant, de putréfaction sociale, le PHTK non seulement sape ce qu’il restait des assises institutionnelles du pays, mais encore promeut, comme jamais auparavant, la gestion systématique des quartiers défavorisés par des groupes armés. Ces derniers font régulièrement des sorties remarquées pour s’affirmer comme forces incontournables de dissuasion capables de faire gagner des élections à l’ouverture des urnes (yon sèl kout kle). Les récentes déclarations de monsieur Jimmy CHERIZIER sur les réseaux sociaux, témoignent non d’une « prise de conscience » des chefs desdits groupes armés de leur importance sur l’échiquier politique, mais ‘dune volonté affichée par les décideurs de brouiller les pistes.

S’il semble évident qu’ils deviennent des faiseurs de rois, il n’en demeure pas moins que les palabres des représentants du G-9 ne trompent personne. Dorénavant, se disent-ils, les inégalités existentielles doivent être compensées par l’égalité sinon effective, totale entre tous, du moins, cette égalité doit servir à la transformation des rapports désuets et sclérosés dans la société. Pourtant, les donneurs d’ordre interdisent toute manifestation d’un groupe quelconque de la société qui ne se réclame pas du pouvoir. Bonjour l’égalité et la justice pour TOUS.

Bien entendu, ils disposent (je parle des chefs de gangs fédérés) d’une capacité de nuisance à hauteur des aspirations de reconquête du pouvoir de leurs chefs à un point tel que la Police nationale n’arrive pas à les contenir ni tenter de s’approcher d’eux jusqu’ici. Leur omniprésence s’explique par la volonté de certains nantis, politiciens et hommes d’affaires, de neutraliser leurs adversaires en recourant à leurs services. Il semble qu’ils participent, parfois, au choix de certains hauts fonctionnaires. Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Ils sont là et ne s’en iront pas. Pas si vite !

Le discours dérangeant, aux allures belliqueuses, voire révolutionnaires, de monsieur Jimmy CHERIZIER, a une double portée, il confirme à la fois leurs ambitions politiques (ils veulent occuper des fonctions à tous les niveaux) et le nivellement par le bas de la société. Pire, le concept de classes sociales est galvaudé, vidé de sa substance. Les politiques s’incrustant partout, grâce au pouvoir, l’argent et le sexe, créent de nouvelles catégories sociales sans le savoir. Haïti est devenue une sorte d’Abbaye de Thélème.

Plus le G-9 va occuper l’espace public, plus il va exacerber les conflits sociaux. Les divergences vont devenir antagoniques si elles ne le sont déjà. Cette irruption brutale des chefs de gangs armés marque un point de non-retour aux cycles traditionnels des conflits pour le pouvoir en Haïti ou des cas de violence sporadiques (liés aux élections) sont enregistrés. Ce mouvement contrôlé, par certains secteurs mafieux, nourrit la violence au quotidien. Il semble que seule la violence, pour certains, peut créer les conditions leur permettant d’accéder ou de se maintenir au pouvoir. Les gangs s’inscrivent donc dans une politique de la terreur.

D’un autre côté, le délitement des institutions et des mœurs s’est opéré, de manière constante, à chaque changement de régime. Mue par le souci d’obtenir des faveurs du président, en acceptant tout de lui, la société, dans son ensemble, se prostitue. Le président peut tout se permettre, de stigmatiser la femme, à travers une femme, en public, humilier un ministre toujours en public et se prendre pour Anténor Firmin, aussi, en privé.

La perspective d’un bain de sang, de luttes fratricides, semble de plus en plus plausible. À moins que les nouveaux dirigeants, tenant compte des menaces qui pèsent sur la société, se remettent en question, se réinventent même et décident de gouverner pour le peuple, par le peuple et avec lui.

Une ultime possibilité serait un véritable dialogue national sans les hypocrites dits amis d’Haïti. À ce sujet, il faut se demander comment les Haïtiens peuvent être si candides ? L’occident a jeté, de tout temps, un regard plein de mépris pour ceux qui sont différents et qui ne servent pas ses intérêts. Le changement de comportement et de paradigme n’est pas pour demain (je pense à Floyd et Traoré).

Haïti risque de s’enfoncer un peu plus dans l’abîme. Les prochaines élections — qui n’auront pas lieu cette année malgré tout — seront capitales. Le billet de mille gourdes ne sera probablement pas le plus sûr moyen d’obtenir le vote des démunis. Il faudra beaucoup plus, un projet politique qui tient compte de la justice, de l’égalité, de la justice sociale, des compétences, des valeurs haïtiennes et non de celles de l’occident et de la fraternité. Les politiques pensent, presque toujours, à l’immédiateté, au lendemain, les hommes et les femmes d’État eux, s’inscrivent dans la durée et construisent l’avenir.

Franck S. VANÉUS, av.




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