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Adieu, Maud Timothée !

Adieu, Maud Timothée !



Je me souviendrai longtemps de Maud Nicoleau Timothée, disparue bien trop tôt le 29 juin dernier, vraiment trop tôt hélas ! Je n’ai pas besoin de décrire mon état d’âme en rendant ce dernier hommage à cette femme de courage qui m’a soutenu de manière si désintéressée dans des moments difficiles de ma vie. Au nom de l’amitié, la vraie, celle que seule connaît l’ancienne génération. Aujourd’hui, il m’est difficile de lui dire adieu dans son dernier voyage.

Dire adieu à Mme Timothée, cette amie-sœur rencontrée dans l’administration haïtienne, est pour moi une grande douleur. Une peine que partagent sa famille et ses amis endeuillés à qui je présente ici mes condoléances émues, en particulier à son époux Eddy, sa fille Anne-Valérie, son fils Michel Eddy, sa mère Mme Marcelle Routier, sa sœur Mme Marcelle Manigat Georges, ses amis et aux staffs dirigeant et enseignant de l’Université.

Maud est partie à un moment où la jeunesse estudiantine de l’Université Notre-Dame a tant besoin de ses conseils avisés pour construire leur avenir. Et pour nous ses amis, sa disparition laissera un vide immense.

J’ai rencontré Maud en 1993 à l’Institut du Bien-être social. J’étais à l’époque administrateur et elle, directrice de la Section des handicapés. Avec son fort caractère et sa grande sympathie pour les déshérités du sort, elle était toujours impatiente de recevoir des moyens pour venir en aide aux handicapés, surtout en cas d’urgence. Il nous arrivait parfois de nous chamailler, mais nous finissons toujours par nous entendre, pour les besoins de la cause. Et aussi par amitié.

Ayant apprécié ma façon de gérer la crise qui sévissait à l’Institution à l’époque, elle m’a promis de me prendre comme directeur au cas où elle deviendrait ministre dans le futur. C’est ce qu’elle a fait quand elle est devenue ministre des Affaires sociales. Elle a tenu parole en faisant choix de moi comme directeur de la Caisse d’assistance sociale (CAS). Engagé dans un processus de réforme de la caisse afin que les vraies personnes en difficulté puissent en bénéficier. J’ai eu de grandes difficultés lorsque j’avais pris la décision de retirer de la liste les noms qui ne devaient pas y figurer. Ce qui a conduit à ce que l’un des bénéficiaires illégaux, un attaché de la FRAPH, a failli m’ôter la vie, en faisant irruption dans mon bureau et en me menaçant avec un revolver.

Informée d’un tel fait, Maud a immédiatement cherché à savoir qui était derrière cette machination et à obtenir qu’un proche de la personne me présentât des excuses.

Ce n’était pas l’unique fois qu’elle m’a soutenu. Devenu directeur du Bien-être social, j’ai été révoqué sous prétexte que le montant alloué aux établissements scolaires en faveur de 3.000 élèves était un gaspillage pour l’Institut.

Secrétaire d’État aux affaires sociales à l’époque, Maud a lutté pour que le responsable d’alors revienne sur sa décision. Elle a obtenu gain de cause.

Les intrigues n’étaient pas terminées pour autant : les soi-disant victimes avaient formé un comité composé de certaines autorités pour demander au Président de la République d’alors de me révoquer comme directeur de la CAS. Je me rappelle encore que j’étais dans son bureau lorsque le Président en question a appelé Maud pour exiger mon licenciement. En guise de réponse, je l’ai entendue dire : « Excellence, vous allez faire également la lettre de renvoi de Madame Maud Timothée, Ministre des affaires sociales ! »

Une femme de courage et de caractère. Quelle belle marque d’amitié envers quelqu’un qu’elle avait rencontré sur son chemin il y avait seulement 3 ans. Il me faudrait très longtemps avant de comprendre qu’elle est vraiment partie, qu’il n’y aura plus de communications entre nous. Oui, Maud était une belle personne, certes avec un caractère qui n’appartenait qu’à elle, mais c’est ce qui faisait sa force aussi.

Un autre fait, en 1997, des individus sont allés fouiller à la résidence de l’ex-président Prosper Avril et procéder à l’arrestation de ses fils. Un avocat avait alors demandé 50.000 dollars américains pour les faire libérer. Sans me consulter, Maud a persuadé Claudy Cinéas, de regrettée mémoire, de me confier ce dossier. Elle lui a déclaré : « Dis-lui simplement, c’est pour sa sœur Maud Timothée et tu n’auras rien à dépenser ! ». Claudy est venu en effet me voir et j’ai fait le nécessaire jusqu’à libération des enfants de l’ex-président Avril. Voilà le genre de femme au grand cœur qu’était Maud !

Mado, à propos, là où tu vas, si tu vois nos deux amis communs —, le colonel Ramus Saint-Vil et le diplomate Claudy Cinéas —, dis-leur que nous ne cesserons de penser à eux.

Que ton âme repose en paix ! Toi qui aimais tout partager avec les autres, voisins et voisines ce que tu avais, pour leur permettre de payer l’écolage de leurs enfants ! Adieu Maud, femme de courage ! Adieu mon amie ! Adieu ma sœur ! Ta famille, tes amis et collègues ne t’oublieront jamais !

Emmanuel Charles
Ton ami de toujours




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