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Nationalité et Citoyenneté : deux notions (conçues ici comme valeurs) qui auraient pu éviter l’occupation américaine de 1915 ainsi que tant d’autres occupations du pays

Nationalité et Citoyenneté : deux notions (conçues ici comme valeurs) qui auraient pu éviter l’occupation américaine de 1915 ainsi que tant d’autres occupations du pays



 Ce 28 juillet 2020 marque le cent-cinquième (105e) anniversaire du débarquement, pour la première fois depuis après la proclamation de notre indépendance le 1er janvier 1804, des forces armées étrangères au sein du pays. Il s’agissait de l’arrivée des troupes marines américaines à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, avec pour mission officielle de « restaurer la stabilité/la paix et la sécurité ». Depuis, même après le départ de ces troupes dans le pays en aout 1934 et jusqu’à date, on assiste chaque 28 juillet à des activités revendicatives de natures politico-culturelles et autres par divers secteurs dans le pays. Ceux-ci croient, ce qui n’est pas faux, que cette date marque le début de cette éternelle suprématie de l’impérialisme américain particulièrement, mais aussi d’autres pays comme le canada, la France ainsi que des organismes internationaux comme Nations-Unies, l’Union européenne, le Core Group, les ONG et tant d’autres sur Haïti. Mais, n’aurions-nous (les Haïtiens vivant sur ce territoire) pas pu éviter cette première occupation ainsi que tant d’autres qu’a connues historiquement le pays ? Une culture consciente et profonde des notions nationalité et citoyenneté n’aurait pas pu nous aider à éviter de si malheureux évènements ?

Le but de cet article est de montrer comment l’absence d’une culture profonde et consciente de la nationalité ainsi que de la citoyenneté a pu occasionner la domination du pays par des forces diplomatiques, politiques ou militaires étrangères. Pour ce faire, il nous paraît nécessaire de faire un détour en passant d’abord par la définition des notions nationalité et citoyenneté, ensuite de faire un survol historique autour des causes de la première occupation américaine et, enfin, sur comment l’absence des deux notions, considérées dans cet article comme des valeurs, a pu occasionner cette première occupation et tant d’autres.

Nationalité

Étymologiquement, le mot nation vient du mot latin natio, qui dérive du verbe nascere qui signifie naitre en français. Le terme natio désigne les petits d’une même portée, et signifie aussi « groupe humain de la même origine ». Suivant Marc Quaghebeur, c’est clairement, à travers l’Histoire de France et les formes de son unification, que la notion de nation prend la plupart des dimensions qui sont aujourd’hui encore les siennes. Et c’est très précisément au XVIIIe siècle – et notoirement à travers la Révolution française – que le terme acquiert le sens que nous lui connaissons. La nation, on le sait, s’y substitue au roi. Ernest Renan (1882), comme un des classiques ayant travaillé sur cette notion, le définit comme étant une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. Cette notion, avouons-le à l’instar de Simone Guyon, Marie-José Mousseau et Nicole Tutiaux-Guillon (1993 : 18, 19, 34 & 35), est bondée de dimensions affectives, émotionnelles et de valeurs qui structurent la personnalité individuelle et collective (identité, appartenance), valeurs civiques qui recouvrent des héritages historiques et politiques (telles la révolution haïtienne), des traditions (culture, langue, religion).

Toujours selon ces trois auteurs susmentionnés, la nation joue plusieurs fonctions. D’abord, une fonction d’intégration dans la mesure où l’identité nationale exige l’appropriation, l’intériorisation, la sublimation de toutes les diversités autour d’un projet politique commun. Cette fonction d’intégration sert également à intégrer les individus au-delà des conflits de classe. Elle remplit, ensuite, une fonction de pont qui établit des liens sociaux plus vastes que ceux de la famille ou du voisinage. Il y a aussi la fonction de sublimation de la nation qui permet de capter l’imaginaire de ses membres à travers la fixation de l’identité territoriale, historique et culturelle. Puis, on parle de la fonction historique de la nation, puisque chaque nation est une étape dans l’évolution de l’humanité.

Et enfin, il y a la fonction d’identification répondant au besoin d’appartenance, de communauté, de se définir dans un « Nous » qu’on oppose aux autres à travers des symboles qui permettent aux sujets de se reconnaitre, s’éprouver, comme participants à une signification collective singulière, ancrée dans l’histoire et la géographie. Tout ceci, pour rester effectif dans la réalité, nécessite une sorte d’engagement des citoyens. D’où la nécessité de la notion de citoyenneté comme complément.

Citoyenneté

La citoyenneté, en fait, comme l’a si bien mentionné Dominique Schnapper (2000 : 148-151 ; 302-305), n’a pas une définition universelle, elle se définit en fonction des sociétés et de leur évolution, même s’il existe néanmoins des traits communs entre les différentes définitions possibles. Par exemple, poursuit Schnapper, elle fait toujours référence à une dimension collective, appelle constamment à la participation ainsi qu’à l’engagement pour qu’elle soit effective en réalité et revête assidument d’un caractère universel, ce qui caractérise et différencie, en même temps, la citoyenneté moderne de la citoyenneté antique. Toutefois, dans le cadre de ce travail, on garde les idées de Débora Nunes (2001 : 7), celles de Michel Séguin et.al., (2005) et celles du professeur Jean Rénol Élie (2006 : introduction) sur la citoyenneté.

En fait, dans son texte intitulé La citoyenneté à travers la participation : Projet pilote à Vila Verde, Brésil, Nunes nous dit que le Concept de citoyenneté est un concept à double dimension. D’une part, elle se réfère à la condition concrète de l’individu dont les droits politiques, civiques et sociaux sont respectés et, d’autre part, elle se réfère à l’engagement de l’individu dans la lutte pour le maintien et l’augmentation de ces droits, dans une dimension collective.

Pour Michel Seguin et.al, la citoyenneté ne peut être réduite uniquement à un problème juridique ou constitutionnel ou encore au mode d’insertion de l’individu dans la communauté et de son rapport au pouvoir. Mise à part du droit de votation, la citoyenneté, une définition qu’ils ont reprise de Canivez, se réfère aussi « au processus de décision collective où chacun prend sa part de responsabilité, égale à celle de tout autre, et au nom de laquelle il doit faire prudence ». En ce sens, elle implique la participation active aux affaires de la cité et, donc, le fait que l’individu ne soit pas être seulement gouverné, mais participe aussi à la gouvernance.

Dans la perspective du Professeur Jean Renol Élie, comme il l’a d’ailleurs lui-même écrit, les concepts de citoyenneté, participation, décentralisation et démocratie sont très liés. Le citoyen pour lui a non seulement des droits, mais aussi des devoirs envers sa communauté. Il fait en sorte de connaitre et d’apprendre ses droits et ses devoirs. Élie poursuit pour nous dire que le citoyen « s’intéresse à tout sujet d’ordre public ; il opine et prend position. Il ne laisse pas passer l’occasion d’agir, pour corriger une situation ou pour encourager une action profitable à sa communauté ou à sa cité. Donc, il participe. »

Les causes de l’occupation américaine

Pour pouvoir bien relever les causes de l’occupation américaine de 1915 d’Haïti, nous choisissons d’utiliser le schéma simple : causes profondes et causes occasionnelles. Les causes profondes sont d’ordres extérieurs, c’est-à-dire ne dépendant en rien du pays, mais de l’impérialisme américain lui-même et celles dites occasionnelles qui s’expliquent à partir des facteurs nationaux.

Causes profondes : sans tourner autour du pot, disons que l’impérialisme américain avait eu des raisons spécifiques pour envahir Haïti, qui n’avait rien à voir avec son instabilité sociopolitique à l’époque. Ces raisons, pour nous, sont de (3) trois ordres : impérialistes, économiques et stratégique-militaires. Illustrons alors ces trois (3) raisons précitées avec Suzy Castor (1988 : 30-49).

Pour ce qui concerne les raisons impérialistes, rappelons comment durant cette période les États-Unis, comme particulièrement d’autres pays européens tels que la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Portugal et l’Espagne, cherchaient à tout prix à étendre leur domination sur les autres États considérés comme faibles à cette époque. Comme nous l’a rapporté Castor, les cercles dirigeants de la finance et de la politique des États-Unis voulaient faire des États-Unis la puissance d’autorité indiscutable de l’hémisphère occidental, puisqu’il possédait une grande marine, contrôlaient de l’Isthme de Panama, ainsi que des bases navales dans les Caraïbes et le Pacifique. Ils étaient donc capables de rivaliser avec les plus grandes puissances au moins dans des conditions d’égalité. D’ailleurs en 1890, bien avant l’occupation en 1915, le capitaine Alfred T. Mahan avait écrit « qu’ils le veuillent ou non, les États-Unis doivent aujourd’hui commencer à regarder vers l’extérieur ».

Les causes d’ordres économiques elles-mêmes peuvent être considérées comme les plus fondamentales en vue d’expliquer le débarquement des marines en 1915. Avec le développement industriel très poussé des États-Unis à l’époque, il devenait une nécessité pour les entrepreneurs, ainsi que les commerçants américains, de trouver d’autres marchés pour écouler les surplus de leurs produits et d’autres territoires pour investir les surplus de leurs capitaux. Castor nous dit qu’après d’intenses recherches sur la possibilité d’investir en Haïti, plusieurs financiers américains étaient arrivés à la conclusion « qu’ils investiraient immédiatement… si le gouvernement américain assurait la direction des affaires en Haïti ». De plus, les Américains s’inquiétaient de l’Allemagne et la France qui, durant les décennies avant 1915, étaient les seuls chefs de file de l’économie d’Haïti. Une des raisons pour lesquelles le président Wilson déclara, en 1913 « notre devoir envers le peuple américain exige que nous portions notre assistance légitime aux investisseurs américains à Haïti ».

La cause profonde d’ordre stratégico-militaire de l’occupation est explicitée juste pour la position géographique d’Haïti. C’est pour cela qu’en 1904, dans une discussion autour de la position stratégique d’Haïti au Sénat des États-Unis, le Sénateur l’Idaho expliquait que « l’Ile d’Haïti est, dans l’Océan, la terre la plus proche du Canal de Panama qui puisse être obtenue, sous certaines conditions, par le gouvernement américain. Elle est située directement sur la route qui mène à l’entrée du Canal. Ce pays peut assurer, à mi-chemin entre nos ports et le Canal, une base terrestre qui nous serait profitable de temps à autre pour protéger non seulement le Canal, mais également notre petite possession de Puerto Rico, qui se trouve à côte». Et effectivement, pour répéter les propos de Castor, après l’acquisition du canal de Panama, les démarches pour la cession du Mole se multiplièrent et les pressions se firent de plus en plus fortes dans les dernières années précédant l’occupation.

Causes occasionnelles: comme nous l’avons dit tantôt, ces causes sont provoquées à partir des facteurs internes du pays. Elles sont très connues de la part du grand public, elles sont toutes liées à la crise économico-socio-politique que connaissait le pays à l’époque. Castor a pris le soin d’évoquer ces facteurs séparément dans son texte. Mais nous-mêmes nous souhaitons seulement relever les causes liées à la crise politique du pays, comme : l’instabilité des pouvoirs politiques depuis environ trois (3) décennies avant, massacre des 173 prisonniers, l’attaque du consulat dominicain, l’attaque de l’ambassade de France et l’assassinat du président Vilbrun Guillaume Sam le même 28 juillet, juste quelques heures avant le débarquement des marines. Mais ce qui nous intrigue, c’est comment ces marines, une fois débarqués sur le sol du pays, arrivèrent-ils à légaliser leur présence ? Ou du moins, à l’instar du défunt Professeur Michel Hector (1958), comment Louis Borno, ministre en 1914 qui avait défendu énergiquement l’Intégrité nationale : Une année plus tard, arrivait-il à signer la convention qui légalisait l’occupation, donc des soldats étrangers sur notre territoire ?

En guise de conclusion : Absence d'une conscience nationale et d'une citoyenneté engagée (chez particulièrement nos dirigeants politiques), principale cause de l'occupation américaine de 1915 et tant d'autres occupations du pays

comme Hector l’a si bien illustré, la politique principale, source de revenus des classes dirigeantes haïtiennes (l’agriculture peu développée à cause de l’insécurité, le commerce accaparé par les étrangers) devenait ainsi de plus en plus précaire vu les révolutions chroniques. L’ORDRE, c'est-à-dire le raffermissement de leurs privilèges ébranlés était une impérieuse condition de survie de ces élites. Or, à cette époque justement, les États-Unis s’érigeaient en Policier et Restaurateur de l’Ordre en Amérique, C’était donc le Messie : Plus d’un souhaitait sa venue et son action salvatrice. C’est pour cela que bien avant le débarquement en 1915, divers politiciens et journaux notoires ont pris position en faveur d’une occupation américaine dans le pays, sous prétexte que les Américains avaient établi « la paix » dans d’autres pays comme République dominicaine, Puerto-Rico, ect. Ainsi, l’ensemble de ces élites ont facilité l’établissement des occupants sur le sol du pays : des maisons privées sont offertes pour l’installation des troupes d’occupation, les généraux remettaient les places fortes, la convention qui légalisait l’occupation a été signée juste peu de temps après, ect.

Toutes ces illustrations ci-dessus nous montrent combien est réelle l’absence d’une conscience nationale et d’une citoyenneté engagée chez particulièrement nos élites politiques et économiques. Comme a été toujours le cas, pour le pouvoir et des avantages économiques, ils sont prêts à liquider le pays au détriment des masses. N’ayant éprouvé aucune conscience nationale, les projets d’avenir de ces élites ne se lient donc pas avec la nation haïtienne. Ainsi, ils ne se voient pas dans ni un présent ni un lendemain collectif. Les mobiles de leur action ne sont que personnels sans rien à voir avec le pays, conçu comme nation. Comme ils ne se considèrent pas comme membre du pays (donc des citoyens dans son sens étymologique qui veut dire membre de la cité), alors pourquoi donc s’engager et participer pour apporter un changement avec des retombées collectives. Ce qui compte c’est uniquement comment garder, toujours au sommet, la pérennité de leur régime de nature soit économique ou politique. Voilà la logique qui a occasionné l’occupation américaine de 1915 et tant d’autres occupations avec ces différentes métamorphoses du pays.

NB : pour faciliter l’écriture de cet article, nous avons utilisé simplement le genre masculin, mais pas parce que nous ignorons ou avons un problème quelconque avec la promotion de l’égalité Hommes et Femmes.

Nelson JEAN FRANCOIS,
Licence en Travail Social,
Maitrise en Sciences du Développement (en cours) à l’UEH,
Formation en communication de Crise et contrat de communication,
Toastmaster, Assistant Professeur à la Faculté des Sciences Economiques, Sociales et Politiques (FSESP) de l’Université Notre Dame d’Haïti (UNDH).

Tel : +(509)39022738/41558659
Email : jeanfrancoisnelson.njf.njf@gmail.com

Bibliographie
- CASTOR, Suzy. 1988. L’occupation américaine d’Haïti. Editions Henry Dsechamps (Port-au-Prince, Haiti), 272 p.
- ÉLIE, Jean Rénol. 2006. Participation, décentralisation, collectivités territoriales en Haïti (problématique). Presses de l’imprimeur II, Port-Au-Prince (Haïti), 324p.

- GUILLON, Simone , MOUSSEAU, Marie-José et TUTIAUX-GUILLON, Nicole. 1993. Des Nations à la Nation : apprendre et conceptualiser. Institut National de Recherche Pédagogique (INRP- Paris). Disponible sur le Web à partir de : http://ife.ens lyon.fr/publications/edition-electronique/divers/des-nations-a-la-nation.pdf

- HECTOR, Michel. 1958. « Une ÉPOPÉE HAÏTIENE : la Résistance à l’occupation des Marines ». Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie. Article publié en 1958 dans le numéro 3 du Journal Combite.
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- Marc Quaghebeur, “Rearticuler histoire(s) et littérature”, Carnets, Littératures nationales: suite ou fin résistances, mutations & lignes de fuite, nº spécial printemps / été, pp. 255-270. http://carnets.web.ua.pt/

- NUNES, Débora. 2001. La citoyenneté à travers la participation (projet pilote de Vila verde, Brésil). Paris. Les éditions de l’UNESCO, 104 p.

- RENAN, Ernest (1882). Qu’est-ce qu’une nation ?. Conférence en Sorbonne , le 11 mars 1882. Disponible sur le web à partir de : http://www.iheal.univparis3.fr/sites/www.iheal.univ-paris3.fr/files/Renan_-_Qu_est-ce_qu_une_Nation.pdf

- SCHNAPPER, Dominique. 2000. Qu’est-ce que la citoyenneté. Paris. Les éditions de Galimard, 320 p.

- SEGUIN, Michel et Al. 2005. « Le contexte planétaire in enjeux environnementaux contemporains : les défis de l’écocitoyenneté ». Les Nouvelles Pratiques Sociales, vol.18, no1- Automne 2005, p 18-25.




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