S'identifier Contact Avis
 
26° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Le parachutage des alliés du PHTK: entre conscience et mimétisme politique

Le parachutage des alliés du PHTK: entre conscience et mimétisme politique



Depuis plusieurs mois, nous assistons à un épisode troublant dans la scène politique en Haïti. On dirait une mise en scène qui tend à tourner la naïveté du peuple en dérision. Certains membres influents de l’équipage "Tèt Kale" ont sauté de l’habitacle sans avoir encore atteint la piste d’atterrissage. En effet, des défenseurs farouches du pouvoir en place qui ont maintes fois tenté de défendre l’indéfendable et qui ont toujours cautionné et applaudi avec audace les bêtises des tenants du pouvoir ont donné leur démission. D’autres "alliés sûrs" qui ont gracié la gérance catastrophique de Jovenel Moïse d’un silence épais, ont fait des sorties médiatiques surprenantes annonçant leur prétendu divorce d’avec le régime PHTK.

Ces derniers évènements ont soulevé pas mal de préoccupations au sein de la société haïtienne. Certains disent, par naïveté, que ce sont les iniquités du régime qui parviennent jusqu’à frapper le tombeau de la conscience de ses propres chiens de garde, il est alors obsolète et sa fin s’approche. Partant d’une lecture méditative, d’autres affirment que c’est plutôt une diversion politique qui est mise en scène par les tenants du pouvoir pour mieux assurer leur succès électoral, soit la continuité du régime. De ces deux points de vue, lequel reflète le mieux la réalité politique haïtienne ou qui en est le facteur explicatif ?

- Quand l’avarice tue la conscience

On n’a pas besoin d’être opposant farouche du régime ʺTèt Kaleʺ pour constater la dérive d’Haïti depuis l’ascension de Jovenel Moïse au pouvoir jusqu’à l’instant présent. Et malgré cette gestion catastrophique, une jeunesse en convalescence et en chute libre, les gémissements d’un peuple en coma de misère, la profanation des institutions publiques, il ne peut y avoir de meilleure gestion pour les adeptes du PHTK. À la moindre contestation, on est déjà qualifié de ʺkrazè peyiʺ. « kite peyi m mache, bann ti Lavalas sal », tel est leur slogan. Pour eux, le président a fait tout son mieux, ce sont ses opposants qui lui empêchent de progresser en dressant des embûches à sa politique d’innovation prônée depuis sa campagne électorale. Et même lorsqu’on constate que ses réalisations n’arrivent qu’aux coins de sa bouche, la défense est encore de mise. Ainsi, répliquent certains d’ente eux : « pou pwoblèm Ayiti gen la, sa nou te vle Jojo fè pandan ti 5 kan li a ? Se 25 kan Lavalas te fè wi ». Notre plus grand problème est de toujours vouloir justifier une bêtise par une autre. Si LAVALAS a passé 25 ans au pouvoir, PHTK en a droit à autant ou plus. Une lutte de clan engagée au nom du bien-être collectif et non pour le bien-être collectif

Que peut-on espérer de bon dans un pays où la soif du gain arbitraire du Chef et de ses Valets l’emporte sur leur sens du devoir et de service ? Je l’ai souvent souligné qu’en Haïti la majorité de nos dirigeants ont sacrifié leur dignité, leur conscience et même leur humanité au profit de la crasse. La volonté du Chef, insensée ou pas, est incontestable. On se souvient tous des propos du PM-marionnette, Jouthe Joseph : « lè m antre nan biwo preyidan Jovenel, m antre ak volonte pa m ; lè m soti, m soti ak volonte preyidan an. E m pa gen dwa al konteste sa Chèf la di. C’est à prendre ou à laisser ». C’est indignant même pour le plus pauvre paysan de s’enterrer ainsi devant un président, voire pour un individu qui se dit Chef du gouvernement. C’est le prototype d’un ministre sans caractère, sans état d’âme. Je l’ai dit une fois : « nan peyi m souflanntchou tounen metye. Depi nèg la ap defann degouden, Chèf li mèt grennen pete, li di se gita l ap jwe ». Il n’existe pas de pire crime contre soi-même que de liquider sa propre conscience en contrepartie de la mesquinerie. On n’est plus humain.

Soyons réalistes ! Si pendant 3 ans, les alliés PHTK-istes ont été toujours fidèles, toujours prêts à acclamer cette pourriture administrative et jusqu’à s’y intégrer, pourquoi se retirer au dernier moment ? Étant donné que le mandat parvient-il déjà à la lisière de son terme, quelle doit être la principale préoccupation des tenants du pouvoir ? Entre mea-culpa et stratagèmes pour la conservation du pouvoir, que dit la réalité de l’arène politique haïtienne ? Ce sont les questions auxquelles nous allons tenter de répondre dans la partie qui suit.

- Un épisode de « faire diversion »

On n’a pas besoin ni d’être "devineur" ou prophète, ni analyste politique de renom pour percer ce voile d’hypocrisie cachant nos « poli-ti-chiens » aux mille visages, ensorcelant des yeux qui voient des loups rugissants aux apparences moutonnières. Ce sont des transbordés politiques qui n’ont ni conviction ni engagement. Autrement dit, des « Bòdègèt » – kote plezi a ye, se la yo prale -. Rien ne préoccupe le Chef haïtien que la jouissance de ses privilèges et leur passation à un complice de l’équipe. Ce faisant, pour comprendre cet épisode confus, il faut l’appréhender au prisme d’une logique conservatoire. Ainsi, se revendiquent fièrement les PHTK-istes : « les Lavasiens ont léché durant 25 ans au pouvoir, quant à nous, nous nous en emparons pour 50 ans ». Celui qui n’a pas su passer le pouvoir à un autre pion de l’équipe est un pur et dur crétin, tel est l’énoncé de l’un des théorèmes fondamentaux de l’exercice du pouvoir politique en Haïti. À propos, le président René Garcia Préval était un Crétin pour n’avoir pas su pondre, coûte que coûte, son allié Jude Célestin à la place de Michel Joseph Martelly. Nous sommes dans la merde. Tout s’articule autour du pouvoir et pour sa conservation. La réalité politique d’Haïti est plus complexe qu’on le croie. Étant donné que le PHTK est vu comme un régime déchu, la popularité, la dignité, le respect… tout est à celui qui le critique acerbement. « Alors, critiquons-le, mimétisons-nous, affichons-nous le revers pour triompher à l’insu du peuple », voilà la nouvelle stratégie de la bande "Tèt Kale". Et c’en est vraiment la meilleure posture à épouser puisque ce n’est que dans les diversions qu’ils peuvent régner et non dans les affrontements. Mais que deviendront ces alliés parachutés ?

Rien n’est le fruit du hasard. Tout est bien calculé, mesuré et pesé. Passons-nous de la conscience, il n’en était et n’en est jamais question. Certains se retirent de l’équipage sous l’instruction du Chef de l’habitacle pour aller se faire installer dans la ʺtour de contrôleʺ (cellule qui donne des instructions en temps réel à l’aviateur depuis le décollage jusqu’à l’atterrissage). Ce sont des espions éparpillés deca-delà. Ils sont en mission officielle et ont pour rôle de se faire faufiler dans le camp adverse pour tordre la tendance à leur profit. Le temps est à la prudence et à la vigilance la plus vigilante pour ne pas s’offrir un autre Jovenel Moïse. La politique telle qu’elle est mise en scène ici n’est pas ce qui doit être ou ce que l’on pourrait penser, mais ce que l’on aurait jamais pu penser. Elle relève toujours de l’inconcevable, de l’impensable ou de l’inimaginable pour s’affirmer en des évidences. Ce qui fait des élections, où se joue le destin du peuple, un véritable jeu du hasard.

- Le jeu des élections, un hasard

Il est dit que les élections, véritable outil de la démocratie, sont un lieu d’expression de la volonté populaire, moment solennel où se joue le destin du peuple. Puisque le choix de ses représentants déterminera ce qu’adviendra son avenir. À noter qu’il s’agit des élections libres et démocratiques, dont les résultats témoignent la voix des citoyens. Mais en Haïti, c’est plutôt un hasard. Les sondages d’opinion d’avant élections ne sont que de simples formalités. Les résultats inversent souvent ce que disent les sondages. Puisque les élus sont ceux qui ont un capital financier important pour se disposer du contrôle des urnes par les bandits et ceux du CEP ̸ KEP. Le parti du pouvoir en place en a toujours l’avantage, parce que le trésor public et les matériels de l’État (voitures, bureau...) lui sont amicalement dédiés, comme bon lui semble. Et dans nos murs, c’est l’argent qui fait la popularité. Est plus populaire, le candidat ayant le plus investi dans ses campagnes. Or, nos sondages (superficiels) se reposent exclusivement sur la popularité. Ce qui fait primer le plus souvent les candidats du pouvoir.

Sans vouloir ignorer le poids de la communauté internationale et de la bourgeoisie dans le maniement des élections, l’instauration d’un groupe mafieux capable d’envisager des manœuvres pour un succès électoral s’élève en une préoccupation fondamentale pour les tenants du pouvoir et en un facteur déterminant. La conservation du pouvoir n’est pas une option, mais un impératif catégorique. Et les PHTK-istes en ont mille raisons de se battre.

Un montant d’US$ 3. 8 milliards du fonds Petro caribe a été dilapidé par nos Chefs. Certes que l’administration du président Préval s’en est mouillée, mais tout porte à croire que le gaspillage effectif a eu lieu pendant le règne du PHTK (Martelly-Jovenel). Malgré les récentes manifestations populaires de plusieurs milliers d’Haïtiens dans la capitale, Port-au-Prince, et d’autres grandes villes du pays, durant plus d’une année ; malgré des centaines de combattants succombés à la fureur des Forces de l’ordre et des mercenaires ravitaillés par le Palais national ; malgré les rapports émis par le plus grand tribunal administratif du pays, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSC ̸ CA), lesquels indexant vivement certains cadres de l’administration publique bien connus et même l’actuel président, aucun procès n’est tenu, aucune arrestation n’a eu lieu, aucune destitution jusqu’à date.

Alors, si le pouvoir se voit accaparer par un membre de l’opposition, il y aura de toute façon des procédures pour la tenue du procès ; que ce soit sous la forme ou pas, sachant qu’il n’a pas que le PHTK qui abrite des corrompus, des assaillants, des malfrats ... « Ce que l’on ne doit pas se laisser faire ou même envisager ». Le gibier au pouvoir a bien raison de dire : à qui veut l’entendre. Nenpòt lè eleksyon ta fèt nan peyi a, pa gen pèsonn k ap ka pran pouvwa sa nan men nou. On ne doit pas à l’erreur. On peut le qualifier de bavard, mais il sait bien ce qu’il dit. Que l’on veuille ou non ! Qu’il tonne, qu’il gronde ! « Jan l pase l pase (JPP) » !, il est clair que le PHTK veut à tout prix, coûte que coûte, conserver le pouvoir.

- D’un appel à la vigilance populaire !

Force est enfin de constater que cet épisode de démission et de divorce d’avec le régime en place n’a rien à voir avec une certaine conscience patriotique. S’être démis ʺiciʺ pour être promu ʺlà-basʺ. Car, pour les ʺaloufaʺ, la conscience n’est qu’une lâcheté, un indice de non-professionnalisme. On ne peut se permettre d’être pris encore au dépourvu, de saigner encore la plaie. Sachez qu’il serait fort probable que le candidat du PHTK connu de tous ne soit pas le représentant idéal sur lequel le parti se mise réellement. Beaucoup de stratégies sont envisagées. L’adoption de l’une ou de l’autre dépend de l’évolution de la situation. Il y aura certainement des alliances confidentielles. Certains candidats ou mêmes partis de l’opposition vont s’associer avec le pouvoir au prix de hautes fonctions et des privilèges hors normes.

À noter que ce ne sont pas tous qui disent ʺabas Jovenel !ʺ, ʺaba Jovenel !ʺ, qui sont réellement contre le la misère d’Haïti, certains clamant ainsi haut et fort ne font que viser la prise du pouvoir pour se ʺpiafferʺ eux-mêmes ou défendre une cause personnelle ou de clan. L’heure est à la vigilance : « veye yo anwo, veye anba » . Haïti n’en peut plus. On en a déjà vu trop d’épisodes. On se fait trop jouer à la parade. Il faut repenser la scène. Le jeu de pouvoir soumis au principe "ʺdonè leve" (ôte-toi que je m'y mette)ʺ et où ce sont des vauriens qui se succèdent aux vauriens, toujours sous l’acclamation populaire, doit être éradiqué de l’espace politique à jamais. L’Haïti prospère, l’Haïti souveraine, l’Haïti pour tous se fait trop tarder, trop attendre, l’heure du grand réveil national se fait résonner pour une énième fois. Je crains que ce soit la dernière.

Serge BERNARD ;
Sociologue & activiste politique ;
Facebook/Twitter: Serge Bernard de Mazamby ;
Email:bernardserge47@yahoo.fr




Articles connexes


Afficher plus [1619]