S'identifier Contact Avis
 
31° C
  à Port-au-Prince
Radio Pacific 101.5 fm - En direct
Le Journal Dernière heure Actualité Édito Tribune Société Économie Culture Diaspora Sport rpacific101.5 FM  
× Immobilier Appartements Maisons Locaux commercial Locaux pour Bureau Terrains Véhicules Voitures Camions Tout Terrains Minibus Motos Divers Animaux Articles ménagers Ordinateurs et pièces Équipement électronique Équipement industriel Équipement lourd Diverses études Légal Bijoux et montres Smartphone et tablettes Vêtements Jeux video

Le scalpel du chirurgien des maladies de l’État haïtien

Le scalpel du chirurgien des maladies de l’État haïtien



Présentation préliminaire du cas

Entre nos vœux et notre réalité politique, l’écart est grand de deux mondes. Notre culture témoigne d’un comportement, nous en proclamons l’opposé dans nos discours de tous les jours. Les vétilles, les vanités et les caprices de nos responsables retiennent notre attention plus que nos problèmes et la quête véritable de leur solution concrète. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons faire preuve de maturité. J’écris à l’encre des larmes fluviales et du sang versé d’une nation véritablement en péril. Car en prêtant une attention particulière aux couleurs farfelues de nos paysages politiques actuels, je conclus que la crudité de la vérité et l’honnêteté citoyenne blesseront sans léser et serviront à notre croissance en tant que peuple. « Après Dieu, je suis le seul à détenir le pouvoir et l’autorité en Haïti. » Tous s’en prennent à Monsieur Jovenel Moïse pour cette affirmation. Il a dit vrai. Dans tous les sens. Par définition, il est le « Primus inter pares ». (Le Premier citoyen de la Nation). Il est supérieur à tous les autres citoyens aussi longtemps qu’il siège dans le fauteuil présidentiel. En l’élevant à la Magistrature suprême de l’État haïtien, nous lui avions octroyé une dignité et un prestige planant au-dessus de tous les citoyens. On ne modifie pas un mauvais devoir après l’examen. Rappelons-nous bien cette vérité de la palisse, ce truisme.

Notre culture politique entretient une image beaucoup plus embellie du Chef de l’État. Nous estimons que « le président a raison même s’il est en caleçon ». D’autres exagèrent et surenchérissent en allant jusqu’à croire que « le président a raison même s’il est sans caleçon ». En pratique, le culte du président nous transforme tous en lèche-cul, en lèche-botte, en soumis, en sans-voix, volontairement. Du « Primus inter pares », nous en faisons carrément « Deus ex machina ». En ce sens, nous avons grandement tort. Monsieur Jovenel Moïse ne va pas aussi loin que le Docteur François Duvalier qui, s’adressant dans un discours aux V.S.N., se hasarda, par ces mots, d’émuler la Divinité elle-même : « Avancez VSN, avancez, colonnes vivantes de mes pouvoirs sans limites. » Il mourut paisiblement dans son lit, désigna un gamin pour le remplacer et obtint, dans le séjour des morts, la soumission servile de toute une nation. « Bay moun tèt yo nan pran pòz nou konsène. Paske jou nou konsène tout bon, mèm dyòl mesye sa yo pap gen yen pou yo pale. » Nous sommes, en quelque sorte, conditionnés pour penser, comprendre et agir en ce sens et non en connaissance de cause. La racine de cette déviation comportementale est la même pour tous les autres problèmes du pays. Traversons ensemble le champ apparemment indéchiffrable de nos maladies politiques collectives.

I. L’absence de la maçonnerie initiale : l’éducation civique

Éduquer, c’est inculquer les notions indispensables. Le civisme se rapporte au comportement convenable dans la cité. L’éducation civique réclame, comme une première définition, l’ensemble des notions indispensables susceptibles de promouvoir le comportement convenable au sein des relations et interactions dans la cité. Précisons que les pompeuses définitions conceptuelles de l’éducation ne sont même pas encore exigibles ou admissibles dans le présent contexte. L’État, dans sa forme institutionnelle, structurelle, n’entre pas encore en ligne de compte. Il s’agit purement et simplement de notions recueillies et reçues de manière individuelle, personnelle. Or, l’individu n’accède à ces notions, primordialement, qu’à partir du foyer. Il s’ensuit que là aussi commence l’éducation civique. Car l’éloquence des actes quotidiens dépasse incomparablement le vernis insufflé sur nos âmes au cours du programme scolaire ou universitaire. Et nous n’avons point besoin de solliciter l’assistance de La Bruyère pour attester que les bons traits de caractère résultent, inéluctablement, des paradigmes familiaux. Comme l’indique l’étymologie grecque «  : kharakter » signifie signe, empreinte, ce qui est gravé. Et j’ajoute « graver sur la table du cœur, dans l’esprit, dans l’âme ». Nous savons tous la valeur irremplaçable de la première impression. Et, pour notre malheur, nous négligeons de soigner les premiers contacts de l’enfant avec la société. Nous oublions de les humaniser en pensant que, devenus grands, ils s’imposeront en qualité de professionnels par leur titre ronflant. Encore une fois, nous avons tort en agissant ainsi. La citoyenneté débute avant l’état civil. Les parents en sont les véritables responsables. « Joumou pa don nen kalbas ». L’éducation civique s’articule sur l’axe suivant : « Ce que j’entends, je l’oublie. Ce que je vois, je le retiens. Ce que je fais, je le comprends. » Les détails s’excusent et seraient de trop dans le cadre de cette analyse. Nous emportons de chez nous les vertus, les qualités, la force de caractère, la forte personnalité de nos parents. C’est du même endroit que proviennent également les vices, les replis et les dessous de nos caractères, nos petitesses, notre hypocrisie, la cleptomanie, la mollesse féminine du dos, la personnalité servile, les vilénies, la veulerie, la roublardise et tout le cortège de ce qui nous renverse au quotidien. L’État n’est pas, théoriquement, responsable de l’éducation civique. Ce sont les citoyens qui forment l’État. Ils puisent donc leur citoyenneté dans ce qui est antérieur à l’État. Et la seule entité qui soit antérieure à l’État, dans le sens le plus complet du terme, s’appelle la famille. D’où la justesse de l’expression désignant les fauteurs de troubles et les délinquants : « san manman yo ». L’habit tire sa supériorité de la qualité du tissu qui entre dans sa confection. L’État puise sa fierté, sa grandeur dans les familles qui le constituent. Cela s’identifie à la maçonnerie initiale de toute société. Et il n’y en a pas d’autres. Absolument pas.

II. L’Absence de l’expression collective : l’opinion publique nationale

On reconnait la tradition démocratique dans un simple fait définissant toute une nation. En se rendant au marché, observons la conduite de l’épouse. S’excuse-t-elle sans conférer au sujet du plat du jour avec son époux et ses enfants ? S’assoit-elle et écoute-t-elle l’opinion de tous, puis ils en décident tous ensemble ? De même, en entrant dans un restaurant, nous commandons notre mets de prédilection. Si le menu ne l’inclut pas, nous nous rendons ailleurs. Un fait trivial, dites-vous ? Point du tout ! Tout le contraire ! Ici réside pourtant le secret, la base d’une société démocratique : l’apprentissage du choix, de la tolérance, de l’indépendance. L’entrainement familial se déverse sur la société imperceptiblement, mais ponctuellement et efficacement. Par contre, nous prônons la procuration en tout. Sans nous en apercevoir. Et c’est surtout là que le bât blesse plus cruellement. Nous n’élevons pas une nation, mais des automates, des soumis. « Gade pitit vise boudaw ou boure manje a tande. Epi fèmen dyòl ou ban mwen. » Ces propos vont se cristalliser dans le subconscient et referont surface à chaque fois qu’un déclic le permet. Vous souvenez-vous du cas le plus récent ayant traversé notre société comme une traînée de poudre : « Mwen antre nan buwo prezidan republik lan ak lide pam, m sòti ak lide pa prezidan an. Moun pa reponn chèf. Moun pa diskute ak chèf. Ou fè sa chèf ou diw fè. » Il n’est pas le seul de son espèce. Nous le savons tous. Et, à cet égard, il n’est point le pire parmi eux.

Illustrons, à l’aide d’une brève histoire, la valeur respective de l’expression collective et de la folie autocratique. Dans un même canton vivaient deux veufs. L’un d’eux fut plus riche que Crésus. L’autre vivait dans la purée noire, fauchée comme le blé mûr. La soif tenaillait la gorge des veufs dans leurs résidences respectives. Ils appelaient, chacun d’eux, leur fils unique. Apporte-moi à boire. J’ai une grande soif. Le garçon pauvre prit ce qui se trouva sous la main, le nettoya et l’emplit d’eau fraiche, puis l’apporta à son cher papa. Il en a bu et en fut soulagé. Le riche garçon ne consent pas à servir son ‘vénérable’ père dans des calices d’or usagés. Il appelle l’un des chauffeurs et part en quête de ce qui convient à la gorge royale de son noble père. De retour au château, un attroupement l’accueille. Son père a voyagé par tous les chemins du monde pour ne plus revenir.

L’expression collective ne requiert rien d’utopique. Herbert Spencer n’avait pas entièrement raison, scientifiquement, mais la justesse des propos suivants s’impose ici, indiscutablement : « La survie n’appartient pas aux plus forts, ni aux plus intelligents, mais, de préférence, au plus apte. Dans le contexte politique, nous parlons de la capacité d’adaptation pratique aux flux et reflux quotidiens. Car le fait social change constamment. Nous le savons tous et le répétons à tout bout de champ. L’appliquons-nous au quotidien ? Comprendre notre réalité, cesser de nous bercer d’illusions, sortir des coquilles de l’utopie paralysante, tel est le devoir du citoyen. Notre culture préconise le contraire. Nous vénérons l’inestimable Monsieur X aujourd’hui pour le combler d’injures demain. La prestigieuse Madame A essuie, en un clin d’œil, les pires invectives. Par ailleurs, l’harmonie sociale ne comporte rien de légendaire ni de miraculeux. C’est l’œuvre collective effectuée au quotidien et s’articulant sur les besoins réels de l’autre qui ne sauraient être les siamois des miens propres.

Les Sages du Talmud estiment que le nombre des ressortissants d’Israël doit correspondre au nombre des interprétations de la Torah. Autrement, pensent-ils, la nation périclite. « Yo di misye yon bagay, lap pale nan figu moun toujou. Fout pasel yon pataswèl. » L’aisance à ignorer l’autre, à se passer de ce qu’il est et de ce dont il a spécifiquement besoin représente le nœud gordien de notre croupissement social. Et, dans de telles conditions, nous ne parviendrons point à articuler une OPINION PUBLIQUE NATIONALE. Tristement pour notre nation, celle-ci symbolise pleinement la rampe de lancement de tout programme de développement démocratique véritable. Ironiquement, pour notre malheur, Haïti écoute les prêtres et les médecins. Un défaut majeur de la cuirasse. Le prêtre parle et tous acquiescent par l’amen liturgique. Le médecin parle et le patient exécute sa prescription. Telle est la ligne comportementale de l’haïtien d’aujourd’hui. Ses yeux sont éberlués. Il refuse de voir la réalité et de s’en charger. Comme Ignace de Loyola qui voit vert si le Pape décide que rouge est soudainement vert, l’haïtien devient mouton de Panurge. La politique nationale ne dépend pas des dispositions de lutte occasionnelle. La nation peut en profiter. Mais elle détient en tout le mot de passe et sa volonté prime avant tout et en tout.

III. Encrages indéracinables du concept de l’État « se chwal gran papa »

Nous venons d’établir de manière limpide les deux absences les plus inacceptables pour le développement d’Haïti. Évaluons ensemble les funestes conséquences de ces absences, dont le laisser-faire, les chemins tortueux, l’attente odieuse, et cetera... L’expression « Leta se chwal gran papa » évoque d’abord la fragilité de la fonction publique, l’alternance au pouvoir. La deuxième connotation recèle toutes les nuances et tout le poids que charrie l’expression. Ainsi, « Leta se chwal gran papa » nous introduit dans les roublardises en vue de se perpétuer au pouvoir, avec l’attente odieuse qui en vérifie la portée de la manière la plus éloquente. Expliquons nos propos.

Sachant qu’il peut partir à n’importe quel moment, le dignitaire ou le fonctionnaire ne se soucie point de la prospérité collective. Il corrompt au mieux son entourage en éliminant la compétition la plus valable. Cependant, celui qui corrompt son entourage réussit également à constituer un dossier où sont enregistrés, ponctuellement, les faux-pas des uns et des autres. Aux moindres remous, il les limoge. De là nait aussi l’attente odieuse des déçus. Cette attente s’explique comme suit : des démarches sont entreprises assidument en vue de remplacer le patron mécréant. Rien n’indique la moindre velléité de changement dans les comportements des nouveaux aspirants. Il ne s’agit que d’une démonstration inverse de la méchanceté. (Milscent s’adresse à eux tous sans exception : « Je saurais parvenir sur ce mont escarpé, si, comme toi, j’avais rampé. ») Une simple réédition du dicton latin : « Mihi licet, tibi non licet ». (À moi, c’est permis. À toi, ce n’est pas permis. D’où le licite et l’illicite.) Voilà aussi l’origine indéniable du laisser-aller administratif qui ronge l’Administration publique en Haïti. Les travers étant partagés par tous, les punitions deviennent impossibles. Car tous, dans un temps prochain ou lointain, en seraient atteints sévèrement. D’où surtout une solidarité tacite entre l’opposition et le pouvoir. « Nèg yo se yon bann mèt dam. Anba anba, yo tout antann yo. » En conclusion, c’est le cheval de grand-père qui périt sous les cavalcades des enfants sans cœur.

IV. La Spirale tortueuse d’une haine politique subtile

En 1989, lors des préparatifs du congrès du parti politique dénommé : Comité de Liaison des Forces Démocratiques, ayant pour sigle CLFD et dirigé par Docteur Daniel Narcisse, j’ai été témoin d’une scène digne d’être rapportée dans ce texte. Un jeune homme de vingt ans a été désigné par un comité réduit du CFLD pour préparer l’Organigramme, les Déclarations de Principes et le Projet de société du Parti. Je veux dire les projets de texte qui allaient faire l’objet des discussions en Assemblée en vue de leur finalisation et adoption. Un reproche bizarre lui a été lancé par le Secrétaire général du Parti, en ces mots précis : « Ayiti pa ka gen bagay sa yo. Mèm Kanada ak LaSwis poko rive nan pwen sa a. Epi Pèp la pa mande tou sa non plus. Monchè lèw Kandida wa ekri pwojè paw lan konsa. Redwi bagay lan nan tisans Ayisyen. » Tombé des nues, le jeune homme de vingt ans rentra chez lui pour ne revoir la face du Professeur Daniel Narcisse qu’au jour où il lui annonça l’échec du Gouvernement de Prosper Avril et sa chute imminente. En accumulant notre capital politique, nous courtisons les faveurs de la population avec la bouche pleine de tous les mensonges. Nous savons fermement que nous n’entendons rien accomplir de positif en sa faveur. Nous n’avons de souci que les chaudes et rondes cuisses des jeunes filles en chaleur et une émulation parfaite de la conduite de nos prédécesseurs.

Nous ne sommes pas des formations politiques aspirant à changer l’État. Nous sommes toujours une opposition concertée en vue d’abattre une brebis galeuse. Rien de ce qui s’effectue dans l’arène politique ne favorise le renversement prochain de Monsieur Jovenel Moïse. Aucun rassemblement valable n’est possible sous le leadership d’un parti évoluant dans l’arène politique d’aujourd’hui. Nous mentons à nous-mêmes. Haïti ne compte pas pour Monsieur Jovenel Moïse et son gouvernement. Nous le savons tous. Sur l’autre manche, nous ne recensons parmi les acteurs politiques un seul qui soit en odeur de sainteté. Ce sont d’anciens fonctionnaires, d’anciens conseillers, d’anciens dignitaires, de candidats malheureux, tous des vieux de la vieille. La lutte est personnelle ainsi que les objectifs. « Nèg yo pa renmen Peyi an vre. »

V. La carence politique est-elle quantitative ou qualitative ?

Les institutions de l’État haïtien s’avèrent plus nombreuses que celles de beaucoup d’autres pays. L’Élite ou l’Intelligentsia d’Haïti se distingue par des tranches exquises de grands docteurs devant la Face du Dieu tout-puissant lui-même. D’où vient-il que le fonctionnement de l’État, l’Administration Public haïtienne patauge dans une aussi affreuse déchéance. Affirmons fermement que notre mal résulte de la volonté de nos responsables de détruire le pays. Aucune autre explication ne convient à notre cas. Yo pa gen parenn ni marenn nan peyi etranje. Yo aprann lang e pran degre sou blan nan pwòp peyi blan yo. Alò se Lwa « JanSòt » ak Lwa « JanKochon » ki danse nan tèt yo an Ayiti ? Se eksprè mesye-dam yo fè yap kraze Ayiti. Vagabon yo tout ye. Epi dan. La carence politique ne comporte rien de quantitatif ni de qualitatif. La déchéance qui s’étale à nos yeux est voulue et relève de la méchanceté des responsables de l’État en Haïti.

VI. Une Négligence singulière engendre une Déchéance particulière

À quoi pouvons-nous comparer l’arène politique en Haïti ? Elle répond au profil d’une femme qui bénéficie de son mari une première maison bien meublée, des habits somptueux, la possibilité de parfaire son éducation, de la nourriture exquise en abondance, des ménagères, la sécurité sociale sous la forme d’un compte bancaire regorgeant de fonds, mais elle s’ennuie parce que son actuelle condition de vie l’empêche d’accuser son mari et de justifier ses folies et légèretés sexuelles. Elle procède à la destruction du patrimoine familial, refuse de collaborer avec le mari, s’érige en obstacle devant ses pas, et, enfin, s’écrie : « Qui est le plus intelligent de nous deux. » Ou cette autre, marâtre et mégère à la fois, dépensant follement l’économie de la famille dans les vanités les plus répréhensibles, et s’arrange pour mendier dans le voisinage le pain de ses enfants afin de ternir l’image de son mari. Nos responsables répondent à la même description. Ils se bagarrent entre eux pour masquer leur objectif commun : piller les deniers publics et détruire Haïti.

« Qu’il mourut ! », déclara Horace dans Horace. À certains égards, tenant compte de notre glorieuse histoire, notre disparition collective vaudrait beaucoup mieux que les génuflexions éternelles auxquelles nous soumettent les plaisantins sans vergogne. Notre dignité de peuple traine pendant trop longtemps dans les égouts fétides de l’humiliation. Un pasteur édifie un temple, et, bientôt, il y inclut une école et un centre professionnels. Un illettré commence une activité de rien (dépannage des bicyclettes, par exemple), la développe et parvient, avec le temps, à construire un Hôtel respectable dans la même ville. Un cireur de bottes à Martissant, Jean Robert, collecte les loyers de ses maisonnettes qu’il a bâties à partir des maigres revenus provenant de ses activités. Une ménagère, Éliane, rassemble trois mois de salaires de son travail et se lance dans le commerce du savon « Rosita », paie le loyer de sa petite chambre et réussit à élever son fils qui, plus tard, devient Médecin. Alors, comment comprendre l’attitude de ces garnements se plaignant constamment en ayant à leur disposition le budget d’une nation ? Qu’est-ce qu’ils cuisinent là-haut, sur les sommets du pays, nos pauvres petits grands hommes politiques ? De toute évidence, ils ne sont pas intéressés à la nation et à ses besoins. Purement et simplement.

VII. La racine du problème haïtien et le problème des racines fallacieuses

Nous venons de découvrir, sans grande pompe conceptuelle, deux pays. Celui du racket politique avec ses misérables troupes triomphalement debout sur des amas d’ordures et clamant une autorité et une fierté invisibles aux yeux de tous. Et le pays réel, avec le défilé de ces héros d’une vie quotidienne impossible, refusant d’accorder gain de cause, trainant dans la poussière du désespoir, repoussant le suicide, s’engageant dans un corps à corps avec la mort, et témoins entêtés d’un meilleur avenir. C’est comme ce jeune Maitre qui rencontre le voleur des livres de sa bibliothèque, pitoyable créature, sollicitant encore son assistance pour préparer un devoir. Le peuple haïtien regarde le spectacle inqualifiable de ceux qui n’ont de nom dans aucune langue humaine, déambulant partout dans l’État, menottés par la cleptomanie et l’impudicité. Leur convoi épouse l’allure d’un enterrement dans le désert. La racine du problème s’identifie ici à la triste absence de volonté de travailler pour la nation et à la célérité effrayante à emporter les maigres ressources destinées à son bien-être.

En guise de Conclusion : oreilles de sourds, voix de muets

C’est une perte de temps de nous adresser aux politiciens d’aujourd’hui. Ils sont un corps anesthésié. L’arrière-cousin de ma Grand-Mère paternelle, Jérémie, détient leur carte d’identité : « Ils ont des yeux et ne voient point, des oreilles et n’entendent point. » Si nous continuerons à les suivre, nous périrons comme une nation d’insensés. La première et la plus grave maladie de l’État haïtien vient du virus de l’usurpation. Un peuple qui perd de vue la notion du « mens sana in corpore sano », qui propulse à sa tête un « prolem sine matre creatam », considère les joutes électorales comme ses obsèques nationales. Nan ka Ayiti ye la a, nou pa ka nan danse gede. Se Pèp lan ki pou badijon’nen tout tèt li ak piman poul ka reveye e sòti nan tonèl malè l ye la a.

Rabbi Yaakov Betzalel HaShalom Porte-des-Étoiles Kilomètre 47, Thozin Grand-Goâve, Haïti ryhshbbam1@gmail.com




Articles connexes


Afficher plus [1745]